‹ Les martyrsChapitre 28 sur 147 · Tertull., Ad ScapuL · texte numérisé non relu

Tertull., Ad ScapuL

Préface xli\

saiilune seule — intluencées par la préoccupation de Taire un choix parmi les coupables. La mention de ce choix en vue « d'un exemple )) abonde dans les documents authentiques et d;ms ceux d'une valeur moins assu-

rée

A partir de Scptime Sévère, le mot de Tertullien « nomen in causa est » ne s'applique plus à la jurisprudence nouvelle. La « cont'essio nominis », comme on disait à la première époque, n'a plus une criminalité absolue. Cette observation est très importante pour permettre aux personnes peu familières avec la période des persécutions de prendre une idée exacte de la situation des fidèles. Plusieurs s'imaginent que partout et toujours la vie du chrétien était menacée. On se rei)résente un régime analogue, sinon semblable de tous points, au régime de la Terreur pendant la Révolution française. La vérité est très différente. L'ordonnance de Septime Sévère (202) ne proscrit que les païens qui se feront chrétiens. Aussi les plus illustres victimes de la persécution seront des catéchumènes ou des néophytes, Perpétue, F'élicité, Révocatuset leurscompagnons. Nous sommes probablement alors en présence de deux procédures : Tune, celledurescritdeTrajan, n'a pas été abrogée, elle subsiste donc et fonctionne, bien que nous ne puissions y rapporter aucune pièce certaine ; l'autre, prescrite pour le cas d'un délit spécial : la conversion. Ainsi, à l'égard des catéchumènes et des néophytes on

1. Passio S. Pionii, ^ 20 ; Acta S. Cypriani, g 4 ; Passio S. Philippi Heraclxi, §4 iPassio S. Quirini, ^ 4 ; — Àcta S. Speusippi, § 5 ; Acta S. ('Aanentix. ^ S ; Acla S. CuUixti, § 5. (ActaSS., 17 janvier, 23juur, 14 octobre.)

L Les Martyrs

semble être revenu à la loi néronienne de la poursuite d'office. Le début de la Passion de sainte Perpétue semble le dire : Apprehensi sunt adolescentes catechumeni. Les complices delà conversion semblent, être également décrétés de prise de corps *.

L'extension du droit de cité romaine à tous les provinciaux sous Caracalla entraîna une légère modification dans la situation des chrétiens. L'appel à César contre les jugements des gouverneurs fut abrogé. Depuis les origines du christianisme, nous ne l'avons vu revendiquer que par saint Paul et par quelques habitants de la province de Bithynie.

L'édit de Dèce (250) n'a pas été conservé. Ce que nous savons de son application permet de le reconstituer en partie. Ce fut un édit de proscription universelle. Tous les chrétiens sans exception étaient convoqués individuellement devant une commission locale. Les moindres villages eurent la leur. A l'appel de son nom, chacun devait offrir une victime, ou au moins brûler de l'encens sur l'autel et faire une libation. Il prononçait ensuite une formule blasphématoire dans laquelle il reniait le Christ. La cérémonie se terminait par un repas idolâtrique. La commission délivrait un acte constatant ce qui s'était passé. Cette pièce se compose de deux parties. I^ première est une requête adressée aux « préposés aux sacrifices » de la localité par celui qui veut faire acte de soumission. Il décline ses noms, âge, lieu de naissance, signes d'identité, déclare qu'il a de tout temps offert des sacrifices et que (( récemment en leur présence, confor-

1 . Passio S. Perpeiuae, § 2 et 4 eu ce qui regarde Saturus, le catéchiste.

Prcftice

ménicnt aux prescriptions de l'édil, il a oflert l'encens, lait la libation et goûté aux victimes ». Il demande ccrtilicat de tout ceci. La commission ou l'un de ses membres appose son visa et date le certiGcat. Il est tout àlîiit probable qu'il y eut un formulaire unique pour tout l'empire *.

La persécution dura moins de dix-huit mois. Les hostilités de Gallus et d'Emilicn ne semblent avoir rien changé à la jurisprudence en vigueur. Les édils de Valérien témoignent d'un grand changement survenu. Pour la première fois l'Église est traitée en association. Le texte du premier édit (257) est perdu. Plusieurs pièces nous révèlent ses dispositions. Il ordonne de traduire en justice non les chrétiens indistinctement, mais les principaux membres du clergé, évêqucs, prêtres "^ et diacres ^ ; à ceux-là seuls s'appliquera la procédure que le droit commun réserve aux diices factionum *. Les simples fidèles pourront manifester leur religion en toute liberté^. Nous voyons les chréiiens de Carthage accompagner leur évêque saint Cyprien au tribunal et au lieu de l'exécution. Dès lor:>, pour être martyrisé, il fallut fournir les preuves de son rang dans la hiérarchie ecclésiastique 6. Ces restrictions avaient le double avantage d'épargner la popu-

1. Khebs, dans Sitzungsberichle d. K. Pr. Akademie d. Wisseiusch. <I893/, p. 1007-1014 ; Wessely, Kaiserliche Académie d. Wissensch. in Wien (1894), p. 3-9 ; Fhanchi de Cavamerï, dans le Nuovo Bulhltino di archc(^logiu criatiana (1895), p. 63, 73, et Thcol. Lileralurzeitung (1891 . t. XIX, p. 37 et 162.

!2. Acia proconsularia S, Cypriani.

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