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LES DEUX COMMIS

la preuve d'une confiance plus grande que celle qu*on lui porte et moindre que celle qu'il croit mériter; aussi n'a-t-il d'autre soin que d'attirer à lui le plus d'ouvrage possible, et tout s'il le peut, afin qu'il n'en reste pour personne.

De ces dispositions si différentes, il résulte un effet semblable : tous les deux travaillent assez mal : l'un parce qu'il allonge sa besogne, la délaie et la traîne pour en éviter une nouvelle ; l'autre parce qu'il la presse et la gâche , afin d'en faire plus pour que ses compagnons en fassent moins.

Cette peur de trop faire est la croix d'Alfred ; elle le maigrit et l'abêtit, car elle ne se borne pas au travail. Il ne manque pas d'esprit, mais les trois quarts des gens qui le voient, même intimement, ne s'en doutent pas, si peu il en fait usage : il craint de le dépenser quand il ne lui rapporte rien, ou de le prodiguer à des parents, à des amis qui déjà l'aiment et ne l'en aimeront pas plus. Aussi quand par hasard il a , devant eux , laissé échapper un mot heureux, une phrase gracieuse, il le regrette et se croit volé.

Bien différent, Henri est si pressé de montrer son esprit qu'il vous en assomme : à lui la parole et à lui tout seul, tant il a peur qu'un autre ne lui prenne l'impromptu qu'il médite ou le conte qu'il doit faire. 11 veut plaire, plaire sans cesse, plaire à tout le monde, et par la manière dont il s'y prend, c'est le contraire qui arrive.

Quoique fort bien faits tous deux, ils ne réussissent pas mieux près de leurs femmes, car l'un et l'autre sont mariés : Alfred veut laisser tout faire à la sienne, Henri prétend ne lui laisser rien faire. 11 s'en suit qu'ils les ennuient également.

Le hasard ou une combinaison du patron a fait qu'Alfred et Henri se sont un jour trouvés collaborateurs ou chargés des suites à donn<!r à une même affaire qui exigeait de

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