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ou de l'harmonie naturelle , c^est-à-dire de la musique rendue à sa véritable acception et à sa simplicité native.
UN PAGE* Arthur a été page, il y a de cela environ quarante ans : on peut en induire qu'Arthur n'est plus un enfant. En effet, il a cinquante-six ans sonnés; mais qu'importe, puisque Arthur ne s'en doute pas ou, du moins, ne croit pas qu'on s'en doute : au fait comment s'en douteraiton, il n'avoue son âge à personne? Il a conservé toutes les allures de la jeunesse, disons mieux de l'adolescence, dont il a jusqu'à la chevelure bouclée et les dents perlées. Il est vrai que sa chevelure est une perruque et ses dents un emprunt fait à la mâchoire d'un hippopotame. Qu'importe encore, puisque sa perruque est si bien faite et son râtelier si léger qu'il cesse de croire à leur inamovibilité seulement le soir, lorsqu'il les pose sur sa commode.
A quoi serviraient un costume jeune et une figure rajeunie à celui qui n'aurait ni le caractère ni l'entrain de 'la jeunesse? Arthur a heureusement l'un et l'autre, et ce qui ne vaut pas moins, la santé. C'est toujours le page de 1812, lutin et minaudier. Cependant comme les ressorts d'un corset n'ont pu si bien comprimer la rotondité d'un ventre fort peu en harmonie avec la légèreté de son esprit, c'est le papillon le plus cocasse qu'on puisse imaginer. En me rappelant sa taille élancée et ses aiguillettes de page, quand je le retrouvai, après trente ans, si étrangement attifé, deux larmes qu'il vit couler dans mes yeux et que, grâce au ciel, il prit pour de l'attendrissement, étaient, je le dis à ma honte, l'effet de l'éclat comprimé d'un accès de fou rire.
Mais on s'accoutume à tout: témoin les cercles que fréquente Arthur, où il est pris au sérieux, et ce sont les «"lus brillants de la capitale. 11 est riche, il est garçon et
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porte un de ces beaux noms aristocratiques que Tempereuraimait aux gens de son entourage; enfin M. le yicomte Arthur de 6**, malgré ses ridicules, ou peut-être à cause d^eux, est un homme à la mode, et il passe pour le plus élégant et le plus spirituel des dandys du noble faubourg*
Voilà de ces engouements qu'on ne rencontre qu'à Paris ! La mise d'Arthur est soignée, j'en conyiens ; il est de bonne société, je le veux bien encore ; mais spirituels c'e^t plus difficile à admettre. Causer chevaux, voitures, chasse, chiens, tel est son sujet quand il veut paraître grave. Revient-il à son rôle de papillon, il lance, comme des fusées, de petits mots qu'on trouve ravissants et qu'on ne comprend guère : aussi a-t-il le bon sens d'en lancer peu.
Contemporain d'Arthur, son camarade d'école, un peu son parent et, depuis que j'ai eu le bonheur de le rencontrer, jouissant amplement de sa société, je devrais le connaître. Pourquoi donc me paraît-il si différent de ce qu'il semble aux autres? Est-ce que je le verrais mal?— C'est possible; mais puisque je fais son portrait, il faut bien que je le montre comme je le vois.
Arthur, c'est une justice à lui rendre, n'est pas méchant, il ne l'a jamais été, et ses épigrammes, car il se pique d'en faire, prouvent seulement la bonté de son cœur ; mais c'est assurément la tête la plus creuse que jamais aient portée deux épaules d'homme. Par tête creuse, je n'entends pas ici un rêve creux; non, Arthur ne rêve pas : c'est un homme très-positif et qui, dans son luxe, a autant d'ordre que la meilleure des ménagères. Avec cinquante mille francs de rente, il fait plus de fracas que tels qui en dépensent deux cent mille. C'est un grand enfant, mais un enfant rangé qui ne brise pas ses hochets.
Arthur est heureux en ce qu'il a la science de son bonheur : il en prend ce qu'il peut prendre sans en tarir
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la source. Sachant ce qa*il lui ftnit et ce qu^il &Qt aux aotrest il a le talent de doaner à chaeim sa part, sans diminuer ta sienne.
Bien qu*il ne fêsse rien, il ne s'ennnie pas, parce qu'il croit toujours £iire que^pie chose ; tout lui deyient occupation : il passera une heure à cirer sa moustache ou à tourner une Dièche de ses cheveux postiches. Une réponse à faire, une politesse À rendre, nn bouquet à offrir, une partie à organiser, sera pour lui une affaire qui Toeeupera un jour, et il en passera quatre à étudier le menu d'un déjeûner qu'il vent donner à quelques lions, ses. amis.
Cette étude est sans fatigue, il la fait en jouant* Hais il en est de plus graves. La coupe d*nn habit ou d'un pantalon est bien un autre sujet de préoccupation, disons même de méditations. Cela se comprend : pour lui, Fhabit c'est l'homme. Aussi lorsque son tailleur tremblant, car l'opinion d'Arthur est un arrêt sans appela lui présenté son œuvre, voyez de quel odl de maître en saisissant l'ensemble il analyse les détails \ écoutez avec quelle solennité il discute la forme, il commente les plis ; rien ne lui échappe, pas même l'inégalité d'un point ou l'imperfection d'une boutonnière.
Ce qui m'a souvent surpris, c'est que lui qui se rend si peu compte de la marche du temps en ce qui touche sa personne, lui à qui son miroir n'a jamais montré une seule de ses rides, est le premier à s'apercevoir si quelque chose dans sa mise perd de sa fraîehenr, ou si une mode vieilht. Alors il n'hésite point : ne connaissant de décré* pitude que celle de la mode, on peut juger s'il est pressé d'en changer dès qu'elle baisse. Aussi, dans chaque re* nouvellement de sa garde-robe, voit-il un véritable rajeu^ nissement. Un homme à ses yeux n'est jamais vieux quand son costume est frais et jeune : le moyen alors qu'Arthur ait cinquante-six ans ! On peut les lui donner, mais il ne
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les coBs^rera que le ternira nécessaire pour la confectûNi d*iiii habit neuf.
Qiiaiqa'Af thur plaise généralement, je doute quUl ait jamais £»it naître de passion véritable; il «st trop enfent pour inspirer un sentiment séneux et pour Féprouyer laiiméme. Les jeunes fillç& et surtout les jeunes fenuasâ aiment ks petits enfantSt mais rarement les grands; oa ne cite que les douairières, qui, faute de mieux, s'en contentent* Pois Arthur, qui toMjours s'est amusé de riens, en srail trop le goût poiur en avoir d'autres. U eourtisatt les dames sans 1^ ad<»%r. fiTaimant, d'ailleurs, ni le jeu ni le vin, le bon ordrf de sa maison, comme celui de son cœur, est £iQÎle à comprendre.
On voit pourquoi les événements ont agi si peu sur lui. Que révolution politique k touchait Uen mobis qn'une yéveilutioo fashionable : celle-là seule pourrait interrompre son sommeil et lui causer quelques soucis. Vous ne devineriez pas ce qui l'a préoccupé lors de Feutrée des étrangers à Paris, en 1814, et ce qui a fait toute la semaine le sujet de sa conversation?— C'est la taille de guêpe des officiers de la garde russe et les plumes de coq de leur chapeau.
En sa qualité de page, commensal des Tuileries, il a vu de près le maître, et il Ta même accompagné dans plusieurs de ses courses triomphales. Je l'ai souvent interrogé sur les habitudes intérieures du héros; mais des grands jours de l'Empire, il ne se souvient que de ses e^négleries de page, dont il compte faire des mémoires. Ils serviront peu à Phistoire, car ses exploits n'ont jamais dépassé l'antichambre.
Quoi qu'il en soit, il figure dans nos fastes militaires : médaillé de Sainte-Hélène, il vient d'être nommé officier de la Légion d'honneur. Chacun lui en a fait compliment, moi comme les autres. Pourquoi pas? Dans un