FAIBLESSE
État bien gouverné, on doit récompenser tonte espèce de mérite : or, Arthur a eu celui de se bien soigner et de se conserver à merveille. N'est-ce pas là quelque diose? Je dis que c'est beaucoup: on encourage la conservation des monuments, pourquoi n'encouragerait-on pas celle de rhomme? Ce soin qu'Arthur a de lui-même est donc un exemple excellent et dont bien des gens devraient profiter. Comptez ceux qui, sautant à pieds joints par-dessus leur jeunesse, sont, a trente ans, plus vieux, moralement et physiquement, qu'Arthur ne l'est à cinquante-six.
Encore si le mal qu'ils se font devait profiter au voisin, s'ils pouvaient lui céder cette santé qu'ils gaspillent, cette beauté, cette jeunesse dont ils font si bon marché ! Mais non, c'est en pure perte et sans aider à qui que ce soit qu'ils gâchent ainsi leur existence. Certes ! de tels gens sont pis que des égoïstes, car si c'est un mal de n'aimer que soi-même, le mal est double quand on n'aime ni soi ni les autres.
Arthur n'est donc pas un modèle à dédaigner. Esprit conservateur et soigneux de sa peau, s'il ne fut utile qu'à lui-même, cela vaut mieux cent fois que de ne l'être à personne. Il a prolongé la vie d'un citoyen : à lui la couronne civique !
FAIBLESSE. Directeur d'une administration, M. L** a la réputation de manquer de franchise, disons plus, d'être faux. On se trompe: M. L** n'est qu'un homme timide. Quand il a un reproche à faire à un de ses subordonnés, il n'ose pas le lui faire en face, non qu'il le craigne, mais parce qu'il redoute le spectacle de l'afQiction : c'est une souffrance pour lui que de voir souffrir, et c'est par sensibilité, par pitié si vous voulez, qu'il ferme sa porte à Taccusé et le condamne sans l'entendre.