‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 20 sur 74 · FAIBLESSE · texte numérisé non relu

FAIBLESSE

Cette pitié n'est pas bonne, parce qu'elle n'est que pour nous et n'émane que de Fégoïsme. Nous redoutons moins de faire du mal à un homme ou de le punir injustement que de prendre le souci de l'écouter et de nous affecter de sa peine; ou si nous sommes déterminé à frapper, nous craignons que sa défense ou seulement sa rue n'ébranle notre résolution et ne nous rejette dans les tourments de l'incertitude.

Ce n'est point là de la fausseté, de la dissimulation, c'est de la faiblesse, vice non moins dangereux, s'il ne l'est dayantage. .

li. L** le comprend, il connaît son côté faible, il regrette de n'avoir pas plus d'énergie. Il aime si peu à punir que, sans la crainte de manquer à son devoir et de compromettre les intérêts qui lui sont confiés et conséquemment de se perdre lui-même, il ne punirait jamais.

Quand il doit provoquer une peine contre un coupable ou la prononcer, il en est malade huit jours d'avance, et il l'est encore huit jours après : assurément ce n'est pas là le fait d'un mauvais cœur.

Il passe cependant pour l'avoir tel : on se méfie de lui.

— Il m'a fait bon accueil, dira cet employé, il ne m'a pas adressé le moindre reproche ; au contraire, il avait l'air très-satisfait, et le jour même il signait un rapport contre moi.

— C'est aussi pour me perdre qu'il me faisait si bon visage, s'écrie un autre; il m'a pris en traître; vous le voyez, c'est un sournois.

—Non, M. L** n'est ni un traître ni un sournois. Rien de faux dans son caractère; il ne dissimule pas, il ajourne. Il espère que le sujet se corrigera et qu'il sera ainsi dispensé de l'admonester et de sévir. Mais comme il ne fait rien pour le prémunir contre ses mauvais penchants, celuici s'y abandonne, et quand le malheureux est révoqué,

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quoiqa*i| le soit justement, il n'en a pas metns i se plaindre de son ehef, parce que s'il Peut averti dès sa première faute, il eût prévenu la seconde et Peut sauvé de la rév€h cation. S'il ne Fa pas fait, s'il ne lui a paa adressé cette rcmontranee, est-ee par affection pour k coupable? esl-ee dans l'spprâiension de lui causer un chagrin?-^ Non, c'est pour se l'éviter à lui-même, efest pour ne pas tronUev sa propre quiétude. Ce n'est pas pour l'amour de lui qn^l s'est abstenu, c'est pour l'amour de aoî.

Tous les chefs ne sont pas fiiits ainsi : la plupart, notamment ceux qui, partis d'un point infime, sont arriva tard au commandement, semblent avoir à cœur de se venger sur les autres des abus de pouvoir dont ils ont seufferl« Pour eux, des répriaMindes à adresser, des menaces à sU gnifier, des peines à infliger, semblent être une distraction, un plaisir même. Aussi ils ne le remettent pas au leade» main. Toujours pressés d'en jouir, ils n'hésitent jamais et n'en ménagent pas les termes : pour les manquements les plus légers, leur parole sera acerbe, blessante, et c'est avec une satisfaction marquée qu'ils voient le patient trembler devant eux , cela les élève à leurs propres yeux ; ils se complaisent à manifester ainsi leur importance. Leurs reproches seront d'autant plus durs qu'il y aura plus de témoins de l'humiliation du malheureux qu'ils écrasent, qu'ils atterrent et renvoient perdu d'épouvante et le désespoir au cœur.

Certes, je ne dirai pas que de tels che£s sont aimables et qu'ils méritent des éloges, mais ils sont certainement moins dangereux pour leurs subordonnés que M. L** et son humanité trembleuse. Aussi sa douceur lui a fait plus d'ennemis que la brutalité de l'autre n'a fait de mécontents. Quand celui-ci a tout dit, on n'a plus rien à craindre de lui, il n'en fera pas plus qu'il n'en a dit ; tandis qu'on ne

it jamais où H. L** s'arrêtera. U vous punira par devoir,

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mail il |K>ttrra également le faire par peur de tes supërieura qu'il n'ose pas plus affronter qu'admonester son in^ieur : il o«rle9 contredira même pas quand ils se trompent. Il e«t donc doublement à redouter : il vous mmrd ave& ses dents et ayee eelJes des autres ; et tout compte fait, il aura, dans un temps donne', causé plus de mal et fait plus de victiaMs en Touiant être bon, que l'autre en se montrant médiant. CeloMïi TOUS bat, lui tous tue.

U deroir d'un ebef et même de tout homme est de tou^ joum parler en face. A-V-il une punition à infliger, quHl en avertisse le coupable, et ayant de le juger, qu'il renten4e«

Bst^ce une remontrance à lui faire? qu'il la lui lasse nettement et, s'il se peut, sans témoins : elle en sera plus efficace, parce qu'en l'humiliant moins, elle ne le déconsidérera pas et le touchera sans l'irriter.

C'est moins le châtiment qui blesse que ]a manière de l'appliquer. Le condamné n'en veut à son juge que s'il croit qu'il a frappé plus fort que la loi, et que c'est lui eH non son crime qu'il a poursuivi.

SIR JOHN. Sir John D** est Irlandais, fort bon compagnon et pas du tout sujet au spleen ; je n'ai jamais yu un homme de meilleure humeur, plus /bu-/bu, comme disent nos Picards; il a toujours le petit mot pour rire. Il est yrad qu'il en rit tout seul , car ses bons mots irlando-gàUO' britanniques n'ont pas toujours le mérite d'être intelligibks. N'importe, l'intention y est, et comme il en est fort content et qu'il en rit de tout son cœur, ce n'est pas à moi, son grand ami, d'être sur ce point plus difficile que lui.

Sir John n'est pas un nabab, il ne roule pas sur l'or, mais il a une fortune honnête, et il l'emploie le plus confortablement qu'il peut. Il est fort sur la bouche, comme disent encore les gens de Picardie, c'est-à-dire qu'il aime

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