‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 24 sur 74 · LE MOT BON · texte numérisé non relu

LE MOT BON

plaisirs devenus impossibles, car Texcès même en a tari la source.

Au total, cet homme qui avait tout à souhait, cet homme dont la vie entière devait s'écouler en jouissances, en amusements, en voluptés, s'il a plus de jours de fêtes que cet ouvrier, a eu aussi plus de jours d'amertume, car entre deux plaisirs que trouve-t-il?— Le dégoût?— Tandis que l'ouvrier, bien qu'enchaîné à son rabot ou à son enclume, a, tout en travaillant, conservé sa gaîté et attendu sans ennui l'heure du repos et les joies du dimanche.

Le pauvre ne connaît pas la satiété, il n'est jamais blasé : sous ce rapport, il reste jeune. Il gagne péniblement son pain sans doute, et souvent il n'en a pas assez; mais ce ^a'il a, il le trouve bon, et quand il en a à souhait, il s'en régale : il a donc encore des instants de plaisir. L'homme blasé n'en a plus. Alors, je vous le demande, quel est le plus à plaindre?

Je le répète : l'indépendance complète, jointe à la fortune qui la donne, n'est pas toujours une garantie de bonheur, parce que c'est le travail qui sauve de l'ennui et qui assure la durée du plaisir. Le travail est la distraction des années. Le plaisir n'est que celle des minutes.

LE MOT BON. Saint-Prix a beaucoup d'ennemis, ce n'est pourtant pas un méchant homme ; mais il a un défaut qui fait qu'on le quitte rarement sans rancune : il veut toujours avoir son mot bon. Quoi que vous lui disiez, il a quelque chose à ajouter ou à contredire.

Ce que cette fâcheuse habitude lui a causé d'ennui et de méchantes affaires serait trop long à raconter. Elle a été cause que sa carrière militaire, qui devait être brillante, a été brusquement interrompue par suite d'une blessure grave qu'il a reçue non à la guerre, mais en duel.

Page 1