‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 25 sur 74 · LE MOT BON · texte numérisé non relu

LE MOT BON

Bntré dans les finances, il n'y a pas été pins faettrenz. Il passait parmi ses camarades pour un ergoteur, et chez ses chefs pour un insubordonné. A la suite d'une explication arec Tun d*eux qui, pourtant, lui parlait doucement, mais à qui il ne voulut pas céder, il fut obligé de donner sa démission pour n'être pas révoqué.

Heureusement il épousa une femme qui lui apporta quelque fortune. Sans être bdle, elle était agréaMc, et l'oa citait son excellent caractère. Cependant la paix ne dura guère dans le ménage : sa manie du mot bon fittit par aigrir Thumeur de Tépouse. Ne pouvant plus vivre ensemble, ils se séparèrent à Tamiable.

Saint-Prix, ainsi isolé, se fit recevoir membre d*un carde, et ce ne fut pas sans peine: sa réputation d'esprit oentrariant l'y avait précédé, et au scrutin un tiers des voix fut contre lui. Néanmoins tout se passa bien d*abord, parce que chacun l'évitant, il trouvait rarement Toccasion de converser. On finit par s'accoutumer à sa figure, mais non à sa parole : à ta fin du semestre, plusieurs membres se retirèrent et d'autres menacèrent de le faire.

L'existence du cercle étant compromise, les commissaires dirent à Saint-Prix que sa manière de discuter était peu goûtée de la majorité, et ils l'engagèrent à y mettre plus de modération. Là encore il prétendit avoir le dernier mot, et les commissaires le voyant incorrigible, lui firent entendre qu'il eut à se retirer s'il ne voulait pas être expulsé par le scrutin.

L'invitation était précise, et pourtant il résista. Le scrutin eut lieu, et il fut congédié presqu'à l'unanimité des votes. C'était dur, mais mérité.

On voit, par cette suite d'incidents, qu'il aurait mille fois mieux valu pour Saint-Prix être muet que d'avoir une langue si malheureuse. Il semblait toujours qu'elle était mise en mouvement par son mauvais génie, car elle venait

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à rencontre de tout ce qui pouicsit lui être profitable. Héritier naturel d'un oncle qu^il^ n'srva^ jamais vu et qui habitait une île éloignée, il était en cerrespQndaoce arec loi, et leurs relations avaient jusqu'alors été imiitajl^. Malheureusement Toncle voulut finir sa vie en Eiirôp«f^''U^". y vint et appela près de lui son neveu. Six mois plus taird,: ils se séparaient brouillés. L'oncle mourut: Seiat-Prix était déshérité.

Cependant le testament laissait beaucoup à dire. On soupçonna qu'il j avait eu captation, que Toncle, en déshéritant Saint-Prix, n'avait pas voulu dépouiller ses enfants, enfin qu'on lui avait fait réformer son testament quand il n'avait plus la conscience de son action. Saint-Prix alla consulter un avocat qui reconnut des nullités dans Pacte.

Après avoir étudié l'affaire, il donna rendez- vous à son client pour lui exposer son plan. L'avocat était honnête et capable, mais Saint-Prix, selon son habitude, se mit à le contredire sur tout : le résultat fut qu'il refusa de se charger de la cause.

C'était un mauvais précédent ; néanmoins un autre avocat s'en chargea : il plaida bien et l'affaire était gagnée, quand Saint-Prix voulut ajouter quelques paroles. En vain l'avocat lui conseilla de n'en rien faire. Son mot bon le talonnait : il le dit, se mit en contradiction avec son défenseur, et le procès fut perdu.

Il tomba malade : c'était la première fois, car il jouissait d'une très -bonne santé. II fit appeler un médecin. Le médecin lui indiqua un régime. Mais le moyen de l'y soumettre sans conteste ! le voila discutant tous les points du traitement, et, à chaque argument du docteur, opposant un argument contraire. Celui-ci, désespérant d'un tel malade, fit comme l'avocat : il prit congé.

Saint-Prix se traita donc à sa manière et le mal empira, si bien qu'il manqua en mourir. C'eût été véritablement

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une victime de ce nfiQtrbjUi'iàqnel il lient tant et à qui il

doit tous les iqaHilçiirs'^de Sa vie.

Il y a'Jieu'dê'çcimdre qu'il ne le conduise pas à plus de

félicité ^ns {'autre monde, car à sa dernière heure, je ne

.''^t^t^'^psfs qu'il ne trouve un mot bon à répliquer au

:confesseur après son absolution dont il annihilera ainsi

l'effet par un dernier péché d'orgueil.

UN SAGE. Tropparlernuit, dit le proverbe. Le proverbe dit bien : on vient, dans Saint-Prix, d'en voir un exemple. Mais parler trop peu^ peut être tout aussi nuisible, et nous en dirons autant de ne point parler du tout et même de parler trop tôt. Chaque parole a son temps et son heure. Un mot qui nous fera ministre aujourd'hui, nous eut fait coffrer la veille et pendre le surlendemain : l'histoire est là qui nous l'enseigne. Cependant il est un terme moyen qui, laissant ouvertes toutes les voies de la gloire, de la fortune, atténue fort les dangers de la parole, moyen qui a mis en renom plusieurs grands écrivains et de non moins | grands orateurs : c'est de parler sans rien dire. Je connais un homme ayant soixante ans bien sonnés, qui, dans sa ' vie, n'a jamais dit ni oui ni non. On le nomme M. Morin et, familièrement, M. Motus.

Quand il était jeune, on le disait fou, et un peu plus tard on le crut imbécile ; mais il n'est ni l'un ni l'autre, il est même assez malin et quelquefois fort entêté.

M. Morin dit Motus a été au séminaire, il voulait être ' prêtre. On n'en voulut pas, quoiqu'il fut fort pieux et d'une famille assez riche, mais, comme je viens de le dire, on le croyait un peu timbré. ,

Ensuite, pourquoi M. Morin ne diUil jamais ni oui ni non ? — C'est sans doute par amour de la paix, de la liberté; et pour ne s'engager à rien, car il aime passionnément à

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