LES ABEILLES
LES ABEILLES. Quand je me suis engagé à faire les portraits de mes connaissances, je n'ai nullement entendu me restreindre à celles des salons; j'en ai aussi aux champs, dont la demeure n'est pas un palais tant s'en faut, pas même une hutte : celles-là logent comme elles peuvent, dans un gîte, une bauge, un terrier, un nid, une ruche. C'est aujourd'hui de mes connaissances de ce dernier logis dont je vais parler.
Dans notre Picardie, le paysan propriétaire de ruches ne manque jamais, quand une personne meurt dans la maison, de mettre un petit morceau d'étoffe noire sur chaque ruche. Il est convaincu que s'il n'agissait pas ainsi , toutes les abeilles s'en iraient. Chose étrange et dont j'ai été moimême témoin, c'est qu'elles s'en vont en effet. — Quelle est leur raison, car elles en ont une? — Nous l'avons cherchée et des savants l'ont cherchée avec nous, et ni les savants ni moi ne l'avons trouvée.
En résumé, l'abeille est une créature ttès-fantasque , très-volontaire, très-aimante ou très-haineuse. Il est des personnes qui lui agréent tout d'abord, avec qui elle se plaît et qu'elle ne pique jamais. Il en est d'autres contre lesquelles elle se rue sans provocation aucune, qu'elle attaque de son aiguillon et qu'elle mettrait en pièces si elle était assez forte.
Dans ma maison d'Abbeville est un petit jardin qui touche à mon cabitiet de travail. Ce jardin était fort fréquenté des abeilles , à cause de deux acacias qui l'ombrageaient. A l'époque de la fleuraison, elles volaient par milliers autour de ces arbres, et, bien que la fenêtre et la porte du cabinet fussent ordinairement ouvertes, jamais la fantaisie d'y entrer ne leur était venue.
Les deux acacias ayant grandi au point d'intercepter le jour, je les lis abattre. Le printemps suivant, lorsque' les abeilles reparurent, elles s'inquiétèrent fort de ne plus