‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 34 sur 74 · DEUX JUMEAUX · texte numérisé non relu

DEUX JUMEAUX

inscrit parmi les plus illustres du siècle, ne dût passer à rimmortalité. Voilà pourtant comme Ton s'abuse. Il y a quarante ans à peine qu'il a été célèbre, et pour la génération nouvelle ce nom est presqn'inconnu : sur un millier d'individus, si une centaine ont pu l'entendre prononcer, il a'y en a pas vingt qui aient lu ses livres. Mais leurs pères les ont lus, ils les ont prônés, admirés. Combien d'auteurs même de génie ont vu s'écouler leur vie sans obtenir un sourire d'approbation, sans jouir d'un jour de renommée !

Ce jour peut-être se lèvera pour eux, car tôt ou tard les œuvres vivaces jettent leurs rameaux : telles sont ces graines enfouies dans les profondeurs du sol, elles y restent des siècles, et puis un matin le germe sort de terre, un arbre s'élève, se développe et survit aux générations.

DEUX JUMEAUX. M. de K** était un bon gentilhomme breton, habitant son château, bien qu'il ne fut pas très-habitàble, car il était plus grand que commode, et si l'été on y était assez bien rafraîchi par l'air en circulation ou ce qu'on nomme vulgairement vent coulis^ on sentait l'inconvénient de la chose quand l'hiver arrivait et que la bise piquait. Mais le bois coûtait peu sur les domaines de M. de K**, non que les arbres y poussassent, car pour qu'ils poussent il faut en planter, ce qui n'entrait pas dans les idées du maître qui aimait les choses toutes venues. La Providence était là, et les naufrages amenaient chaque hiver des portions de navire et autres combustibles qui, de génération en génération, venaient alimenter les cheminées du château.

Je n'ai point à parler ici des vertus naturelles ou acquises de M. de K**, ceci ne rentre pas dans mon sujet ; je dirai seulement qu'en sa qualité de noble et de Breton, il savait

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