LA TAUPE
avons pris pour des peuples au berceau ou les premiers jalons d*unc société naissante, anneaux brisés de cette société ou d'une civilisation éteinte, n'en sont souvent que les derniers débris.
Assez pour aujourd'hui des élucubratiôns de mon ami Jacques : laissons-le rêver tout haut et revenons à nos moutons.
LA TAUPE. Pourquoi M"* Zoé de S"* est-elle connue dans la société sous le nom de la Taupe? est-ce qu'elle est noire?— Non, elle est d'une blancheur éblouissante. — Est-ce qu'elle a un nez pointu? — Non encore, son nez est dans de justes proportions, et plutôt rond qu'aigu.— Est-ce parce qu'elle habite quelque manoir obscur, quelque demeure souterraine ? — Pas le moins du monde. Son appartement, très-beau d'ailleurs, est au second.— Alors, je ne vois pas ce qui peut avoir mérité à l'élégante Zoé ce surnom, peu flatteur pour une jolie femme.
— C'est que la belle Zoé, bien qu'elle ait bon pied bon œil, n'aime à voyager qu'à l'ombre et à s'ébattre dans les sentiers couverts et les voies tortueuses : elle a horreur du grand jour et du chemin droit.
Zoé est riche et n'a besoin de personne pour être heureuse. — Alors pourquoi se donne-t-elle tant de peine? est-ce pour obliger autrui?— Tant s'en faut. On pourrait dire phis justement que c'est pour le désobliger. Zoé a une manie, une passion : d'est d'éventer les secrets de ses connaissances, de ses amis mêmes, et de contreminer ce qu'ils projettent. Elle aime à créer devant eux des obstacles, à rendre difficiles les choses les plus simples, à les compliquer et en entraver la réussite.
II faut avouer qu'en ceci elle est d'une habileté rare. Une femme a-t-elle un amant? bientôt elle le saura, et