‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 39 sur 74 · LE COUSIN 61RAUT · texte numérisé non relu

LE COUSIN 61RAUT

aimés arec passion pendant trois années. Malheureusement Amélie n^a pas d^enfant, et Dareyille pas d^occupation. Suffisamment riches pour vivre sans rien faire, ils ne le sont pas assez pour se passer dVdre et dépenser sans compter : or, Amélie ne compte pas. Premier gri^f. •

Quelques dettes amenèrent la gêne : Amélie voulait que son mari prît une place, lui ne s'en souciait pas. Deuxième grief.

Leur mariage les avait brouilla avec leur famille, car les parents d'Amélie comptaient sur sa grande beauté pour lui trouver un mari millionnaire.

De leur côté, ceux de Dareville avaient presqu'arrangé le sien avec une riche veuve qui n'était pas belle et dont il ne s'était pas soucié.

Par cette double désobéissance, les deux époux étaient donc eu froid avec leurs parents, et leur fortune s'en ressentait.

Dareville désirait que sa femme se rapprochât des siens ; celle-ci s'entêtait à n'en rien faire. Troisième grief.

Enfin, de grief en grief, on en était à l'incompatibilité d'humeur. Des scènes fâcheuses étaient survenues et l'on parlait de séparation, lorsque le cousin Giraut qui, las de la capitale, cherchait une pension en province, vint, comme la colombe dans l'arche , apporter le rameau d'olivier.

Dareville, qui lui avait quelques obUgations, lui offrit une hospitalité provisoire, et après une semaine d'essai, le mari et la femme furent si satisfaits de l'égaUté d'humeur de leur commensal et de son impertuibable gaîté, que d'un commun accord ils lui offrirent de rester dans la maison, le laissant maître de fixer lui-même le prix de sa pension, ce qu'il fit équitablement.

Ainsi installé, Giraut, qui alors approchait de la cinquantaine , commença , par sa seule présence , à arrêter

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bien des diseiifsioDS qu'on se pemettait âerant les domestiques, mais dont on aurait rougi de rendre ttfmoûi un étranger. Néanmoins, de temps » antre la mésintelligaMe éclatait encore : alors on prenait le cousin pour arbitre» et il formulait toujouRs son jngement de manière à eoncîlier les deux parties.

Girant, en bon Parisien qu'il était, aimait fort le confii»table, tout en détestant le désordre. Il reconnut bieaiiftt que Ton dépensait dans la maison^ pour y être mal, deux fors plus qu'il n'en eût fallu pour y être bien. La eause venait de ce que ni le mari ni la femme ne s'en «élaieniL Lui s'en mêla, et, dès ce moment, le ménage se crut transporté en pays de cocagne : jamais il n'avait eu de â bonne cbère, ni fait si petite dépense.

Après la cuisine, Giraut s'occupa d^affaires plus sérieuses, c'est-à-dire des revenus et des dettes. Quoique celles-ci fussent assez considérables, les économies d'une part et, de l'autre, la vente d'une coupe de bois, les acquittèrent.

Avec la gêne cessa la mauvaise humeur, et les époux en vinrent bientôt à se demander pourquoi ils ne s'aimaient plus. Je ne puis affirmer que leur tendresse revint ce qu'elle avait été pendant la lune de miel, mais ce n'était pas indispensable : il suffit dans un ménage de s'aimer assez, vu que le trop est sujet à durer peu.

Quant à Giraut, il engraissait à vue d'œil, un peu trop même en raison de sa courte taille. C'était son seul souci : bon de cœur, heureux d'imagination, il avait la conscience de son bonheur, et sa satisfaction s'étendait sur tout ce qui l'approchait. Oui ! sa félicité était communicatîve : ce qui lui semblait beau, il le faisait paraître beau ; ce qui hû paraissait bon, vous le trouviez excellent; enfin, mine, gestes et voix, tout en lui était persuasif. Et pourtant Giraut n'était pas beau, mais il y avait dans sa physionomie, dans ses paroles je ne sais quoi de si placide, de si

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