‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 41 sur 74 · LACHE, LÂCHETÉ · texte numérisé non relu

LACHE, LÂCHETÉ

LACHE 9 LACHETE. La plus grande offense qu'on puisse faire à un homme est de rappeler lâche; et parmi les personnes d'un certain rang, c'est une insulte qui équivaut à un soufflet et qui ne s'efface que par la mort de rinsulteur.

Par lâche ^ le peuple entend un homme indolent, un dormeur, et, pour lui, un grand lâche est un grand paresseux. Tel n'est pas le lâche de l'homme du monde : le vrai lâche à ses yeux, le lâche par excellence, celui dont il ne veut plus être l'ami et duquel il rougirait d'être le frère, est l'homme qui a souffert un affront sans en tirer vengeance.

On voit que cette morale est absolument contraire à celle de l'Évangile , qui dit que quiconque a reçu un soufflet sur une joue doit tendre l'autre.

Ainsi, d'après le livre saint, celui qui supporte une injure est digne de la vénération du monde, et d'après l'opinion de ce monde, ce sont tous ses dédains qu'il mérite. Selon l'un, c'est un grand saint dont la place est marquée dans le ciel. Selon l'autre, c'est un grand misérable à qui nous devons fermer notre porte, et qu'on ne saurait trop honnir et conspuer.

Sur le point d'honneur, les hommes sont beaucoup plus difficiles que Dieu, et, de nos jours, le Christ aurait été fort mal venu pour n'avoir pas craché au visage de Pilate et jeté sa couronne d'épines au nez de ceux qui l'en coiffaient.

Sont-ce des libertins, des impies, des athées qui raisonnent de la sorte? — Non, ce sont de très-honnêtes gens : c'est vous, c'est moi, ce sont nos pères, nos frères, nos mères, nos filles, nos sœurs. Oui, les femmes en sont aussi, et les dévotes comme les autres : elles aiment mieux nous voir morts que déshonorés, car, je le répète, la lâcheté déshonore ; et, selon le monde, le pardon d'une

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injure ou au moins de certaines injores, est une lâcheté.

J'ai exposé les faits et tiré les conséquences , et quiconque connaît nos mœurs et nos usages dira qu^elles sont rigoureusement exactes. Hais ce qui -ne Test pas moins, c'est que nous sommes de singulières gens, avec nos préjugés en contradiction avec notre conscience, notre religion et surtout le bon sens.

Qu'est-ce qu'un lâche en définitive?— Un poltron. -^Bl qu'est-ce qu'un poltron ?— Un homme qui a peur. Bh bien ! je déclare que dans ma longue TÎe, lié avec bien des soldats et des plus intrépides, des hommes renommés pav leurs exploits dont la preuve vivait dans leurs nombreoies blessures, je n'en pourrais citer un seul qui ne îùi Iflohe en quelque point ou qui, dans certaines circonstances, ne s'e£frayât de choses qui n'auraient pas dû le faire sourciller.

L'un se croyait mort quand il éprouvait la moindre indisposition. L'autre pâlissait à la vue d'une souris. Celuici se trouvait mal devant la lancette d'un médecin ou la lime d'un dentiste. Celui-là n'osait pas poser le pied sur une planche vacillant sur un fossé. Cet autre refusait de coucher dans une chambre où il avait aperçu un chat, et s'enfuyait à toutes jambes devant une couleuvre ou un orvet.

J'en ai vu, et je parle toujours des plus braves, craindre l'approche d'un cimetière ; ne pas se mettre en route un vendredi ; perdre l'appétit quand on était treize à table ; blêmir au hurlement d'un chien, au cri d'une chouette ; frissonner devant un éclair; se boucher les oreilles pour ne pas entendre le tonnerre, etc., etc.

C'est surtout à bord des navires que vous verrez des hommes réputés la bravoure même se montrer plus timides que les femmes, trembler au moindre vent, au plus petit roulis, sans que la tranquillité de l'équipage et le sourire

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