LACHE, LÂCHETÉ. Î
du capitaine puissent les rassurer. Ils mettent leur pâleur sur le compte du mal de mer, et leur frisson sur eelul du froid ; mais leur estomac est bon et la sueur coule de leur front : lexLV mal n'est que celui de la peur.
J*ai iru aussi de Taillants grenadiers et des jeunes gen» connus par leur audace sur le turf ou leurs exploits de bretteur, bésiter pendant une beure à sauter d'une hauteur de trois pieds dans une eau qui n'en avait pas quatre de profondeur et se rhabiller enfin aux rires des spectateurs, sans jamais avoir pu vaincre Tinsunnontable effroi que cette eau leur inspirait. Elle est trop froide, disaient-ils.
D'autres, véritables loups de mer et calmes devant la tempête, vont s'effrayer à chaque cahot d'une diligence, et, contraints de monter à Cheval, jeter des cris d'effroi au premier mouvement de l'animal et manquer de se tuer pour en descendre plus vite.
Je n'en finirais pas si je voulais donner la nomenclature de toutes ces causes d'effroi plus ou moins puériles qui viennent par instant assaillir les héros et en faire subite-^ ment des enfants peureux, sans que le raisonnement, les moqueries, les reproches même puissent les guérir de leurs ridicules paniques.
Puis, par un étrange contraste, des individus réputés sans courage parce qu'ils ont été soldats prudents ou qu'ils ont refusé de se battre en duel, montreront dans d'autres circonstances une intrépidité remarquable. Ils courront au-devant d'un taureau furieux, d'un attelage emporté, ou se précipiteront dans un torrent ou à travers un brasier pour en arracher une victime.
Que conclure de tout ceci?— C'est que l'héroïsme a ses jours ; dès-lors qu'aucun homme n'est ni toujours brave ni toujours poltron, mais que sa nature le porte plutôt à la peur qu'à la bravoure, et que cette bravoure même n'est biea souvent que la conséquence de cette peur. Combien