S16 TALENT ET SAVOIR-FAIRE
itn6 â*»der à^la yie de Tfaorame «t à soa btcn^-étre, el j'aimerais mieux avoir popularisé la pomme de terre que d'aroir gagné trois batailles; profit, parce qu'il y a làltne fortune à faire , et Télevear d'anguilles pourra ua jour riraliser arec celui des coqs yierges et des chapons du Hans.
Puis^ si TOUS êtes curieux et amis de la Datnre, wwa pourrez, dans cette éducation intime^ résoudre un pto*bième qui, depuis un siècle, fait pâlir les savants « problème presqu'aossi insoluble que la quadrature du cercle : c'est la question de savoir si l'anguille tient du serpent ou de la vipère» si elle est ovipare ou vivipare? Onil la découverte d'un œuf d'anguille ferait dans te monde scientifique autant de bruit que celle d'un œuf de rock ou du grand serpent marin.
TALENT ET SAVOIR-FAIRE. Il y a deux genres de succès : l'un s'obtient par le mérite, le savoir ou le talent; l'autre par le savoir-faire.
Lequel des deux exige le plus de travail, de démarches et de soins? — Je ne saurais le dire, car je connais des gens qui se sont donné trois fois plus de peine et ont perdu dix fois plus de temps pour faire croire qu'ils savaient ou pouvaient une chose, qu'ils n'en auraient mis pour l'apprendre ou pour la faire.
Aussi sont-ils ordinairement plus flattés des succès qu'ils ont obtenus sans les mériter, que de ceux qu'ils ont loyalement acquis ou des palmes qu'ils possèdent à juste titre. Ils me rappellent toujours cette bande d'écoliers que je rencontrai un jour en partant de Strasbourg.
Ils venaient d'y concourir pour le baccalauréat, et je me trouvais au milieu du groupe des élus. Tons paraissaient heureux de leur victoire ; mais un d'eux l'était beaucoup
TÀLBrrr et SAV(»R-FiimE. jit
plus que les autres, et en semblait surtout infiaiBieiit phis fier : or, de quoi Tétait-il ? — C'était d'avoir été élu sans Y avoir droit.— « Oui, s^écriait-il avec une satidiactioii inêicible, Hs m'ont nommé, les imbéciles, moi qui n'ai jamais voulu lien faire et qui ne sais ni a ni 6. •
Alors il racontait, à qui voulait l'entendre, les ruses qnVH avait employées pour faire croire à ses mattres qu'il tra- Taîllait, et les moyens avec lesquels, aidé d'un compère, il était parvenu à tromper les examinateurs et à répondre â des questions dont il ne savait pas le premier mot.
Il est des caractères ainsi faits, même parmi les personnages les plus graves : très-modestes sur ce qu'ils savent et ce qu'ils font bien, ils sont pleins de prétention et de morgue sur ce qu'ils ignorent et font mal.
Girodet avait une passion malheureuse pour la nusiqm^ Peintre de premier ordre, il était fort raisonnable sur œ point. II n'en était pas de même de son talent de violoniste : quoiqu'il n'y fût pas même de dixième force, il en était plus fier que de ses meilleurs tableaux.
On sait que lord Byron était beaucoup plus flatté d'hêtre nommé grand nageur que grand poète.
Frédéric-le-Grand se croyait phis illustre par ses poésies que paç ses victoires , et il aurait sacrifié sa gloire de général à celle du rimeur.
Je surpris un jour l'un de nos premiers écrivains dans une bouffée d'orgueil qui ne m'étonna pas peu, car d'ordinaire il n'en avait pas Tombre. Il venait de barbouiller en rouge, en bleu, en jaune quelques misérables figures qu'il avait esquissées sur une toile. Ceci ne valait pas mieux que ce qu'aurait pu faire le premier venu; mais séduit par l'éclat des couleurs, il s'imaginait avoir un talent inné pour la peinture, et regrettait vivement d'avoir né^ gligé le pinceau pour les lettres. J'ai eu toutes les peints du mcitdie à le guérir de cette idée qui lui revenait «an« cesse.