TALENT BT SAVOIR-FAIRE
Ce sont là des aberrations da talent, qui n'empêchent pas ce talent de subsister et de produire ; mais il est des gens qui n'ont jamais rien produit ou qui n'ont produit rien qui vaille , et qui pourtant à force de savoir-faire sont parvenus à faire croire à un mérite qu'ils n'avaient pas.
Qui n'a rencontré le peintre M**? Voyez-le là tête haute, le lorgnon à la main, examinant un tableau. Écoutez-le, rien n'échappe à sa critique : ce bras est trop long ; cette jambe est trop courte; ces arbres sont trop verts; ceux-ci trop jaunes, etc., etc. A l'entendre, on croirait qu'il n'a fait que des chefs-d'œuvre. En effet, il parle sans, cesse de ses ouvrages. Qui les connaît? qui les a vus? Il y travaille depuis dix ans dans un atelier, véritable sanctuaire où nul n'est admis, pas même son frère, pas même sa femme qui l'en a prié à genoux : c'est lui encore qui l'jaffirme.
Mais quand paraîtront ces chefs-d'œuvre? On les annonce à toutes les expositions, et quelque cause imprévue les fait toujours remettre à l'exposition suivante. Les y verra-t-on enfin? en verra-t-on un seul?— Non, et pour cause.
M** n'en vit pas moins sur leur réputation, et nul ne doute qu'il ne soit un des grands peintres de l'époque.
Léon V** passe pour l'homme le plus aimable]^ le plus spirituel de Paris. Celui qui en douterait serait regardé comme un barbare. Comment ne pas admirer ce goût si délicat, ces expressions si fines, cette amabilité parfaite ! Or, je connais Léon V** depuis son enfance : c'est un fort bon garçon. Très-peu parleur, très-mesuré dans ses gestes et ses manières, on ne peut pas lui refuser un tact parfait des convenances, un excellent ton, une mise irréprochable; enfin Léon V** a assez d'esprit pour ne pas vouloir en montrer.
C'est donc celui qu'il ne montre pas et qu'on suppose