‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 48 sur 74 · L'INFANTICIDE · texte numérisé non relu

L'INFANTICIDE

manité. Ils voulurent tout détruire et, sans regarder si c'était bien ou mal, ils attaquèrent ce qui était, seulement parce que cela était.

Après avoir fait la guerre aux hommes, ces rêveurs malfaisants la déclarèrent aux enfants. Selon eux, il y en avait trop. Pharisiens au cœur de pierre, ils auraient battu de verges TAgneau dans sa crèche.

Les homicides ne sont pas seulement ceux qui, le glaive à la main, attendent leur victime sur la route, ou qui versent le poison dans sa coupe ; il en est dont la plume tue plus vite que le fer et Tarsenic. Oui, ces gens, pour sauver quelques pièces d'or on seulement pour étaler leur fausse science, laisseront le nouveau-né expirer sur la pierre et jetteront sa mère au bourreau.

— Mais rouvrir les tours, c'est encourager la débauche et les unions illégitimes, diront leurs disciples ; c'est une prime donnée à la corruption des mœurs.

— Saint Vincent était donc un corrupteur? Courez alors briser ses statues. Que votre voix l'accuse, voilà ce qu'il vous répondra : Si leurs pères sont coupables, en quoi ces innocents le sont-ils ? Dieu a voulu qu'ils vivent, et c'est vous qui les condamnez ! Mais vous, mais nous tous ne sommes-nous pas aussi les enfants du péché?

— Ce péché c'est votre œuvre, répondront-ils encore ; votre humanité n'est qu'un leurre. Le libertin qui a séduit la jeune hlle, la jeune iillc qui s'est laissé séduire ont compté sur votre charité. Sans cette charité imprudente, l'un et l'autre peut-être seraient encore purs.

— Quiconque parle ainsi n'a jamais lu dans le cœur humain ; il ne se connaît pas lui-même, il ne connaît pas les autres; il se trompe ou nous trompe. Est-ce que la passion raisonne? est-ce que l'amour calcule? Où il y a calcul, il n'y a plus ni passion ni amour. Il ne faut pas être grand physiologiste pour le comprendre. Cet amour,

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trop sourent rhomme le feint La femme, elle, ne le féiiit pas : cet homme, en qnî elfe yoit nn appui, nn époux, elle ne s*en méfie pas. Il lui a promis mariage, il Faime, donc il Faimera toujours. Elle n>n sait pas et ne yent pas en savoir daTantage. Oui , telle est chez nous Hmpré- Topnce de la fille du peuple. Et c'est cette fille étourdie, mais non penrerse, cette fille honnête et qui toujours le fût restée arec un amant plus digne, c'est elle qui, selon TOUS, va s'informer s'il existe ou n'existe pas de tours dans la ville où elle aime. Hélas ! si tant de malheureuses s'abandonnent, si elles commettent une première faute, une faute indélébile, une faute qu'elles expieront par-toute une vie de larmes, une faute que la religion pardonnera enfin à leur repentir, mais que le monde ne leur pardonnera pas, c'est qu'elles n'en ont pas prévu les conséquences, c'est qu'elles n'y ont jamais songé.

Voulez-vous sauver ces infortunées et prévenir de nouveaux crimes? soyez impitoyables pour les suborneurs, flétrissez-les, dépouillez-les d'une partie de leurs biens au profit des hospices qu'ils grèvent ; ou s'ils n'ont que leurs bras, obligez-les à adopter Fenfant de leur victime, à travailler pour lui, et vous verrez bientôt diminuer le nombre des unions illégitimes et des abandons d'enfants.

Mais quoi qu'il arrive, je vous dirai encore, et Fexpérience vous le dira avec moi : ne fermez pas les tours, et rouvrez ceux que vous avez fermés. La morale n'a rien gagné à cette fermeture. Il n'y a eu ni moins de séducteurs, ni moins de filles séduites, mais il y a beaucoup plus de mères criminelles : les annales des cours d'assises en font foi.

Quant au nombre des enfants qui, par suite de cette économie barbare, périssent chaque année, il nous est difficile de le savoir; mais il est à croire qu'il excède toutes vos prévisions. A ces morts d'enfants, ajoutez celles des

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