‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 52 sur 74 · UNE FEE · texte numérisé non relu

UNE FEE

fait sentir aussi sur les hommes : elle les séduit eu uiémc temps qu'elle les étonne. On croirait qu'elle a deviné toutes les sciences : elle en parle par instinct, puisqu'elle n'en a appris aucune, mais elle en raisonne en ignorante tout aussi juste que les savants avec leurs livres.— Ces choses, qui les lui a dites? — Dieu sans doute.

Si elle raconte, avec quel art elle sait mettre ses figures en scène ! comme elle les fait parler ! on croirait les voir, les entendre. Cependant, presque toujours elle flatte ses portraits : elle leur donne son naturel, son élégance. Elle peut rendre un personnage odieux, mais elle ne le fera jamais ridicule.

Si cette femme écrit comme elle narre, si elle a jamais écrit, il est certain que ses écrits vivront.

Charmante dans les salons, elle est adorable dans son intérieur. Entourée de tout ce que le luxe et l'art ont produit de riche et d'élégant, elle conserve, dans cette existence princière, la simplicité de la perle. Son élégance est grandiose, mais sévère comme le beau même. Ce n'est pas la femme à la mode, encore moins la lionne excentrique: c'est la châtelaine du moyen-âge qui saura, au besoin, se montrer sur les créneaux ou s'élancer sur son palefroi, mais qui, de retour au logis, reprend l'aiguille et dirige le travail de ses chambrières.

Tout ce qui t'entoure, ses enfants, ses commensaux, ses parents et jusqu'à ses serviteurs, ont pris quelque chose de sa douceur, de sa grâce, de sa distinction : il semble qu'un rayon d'elle se reflète sur eux ; et quand ils se joignent à elle pour faire les honneurs du logis et de sa magnifique hospitalité, on croirait que c'est elle encore.

Cette femme mérite d'être heureuse : le pauvre lui doit des jours de consolation ; le riche, des heures de fête et de douce causerie. Oui, elle mérite d'être heureuse, aussi l'est-elle.

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