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LE DÉVORANT

Le ciel l'entendit : iette fortune vint, et il la mangea comme la première.

— Et de deux ! c'était donc un ogre que cet homme-là.

— Je vous ai dit qu'il vivait de rien, mais il voulait que ce rien fût servi dans la porcelaine la plus chère et sur la nappe la plus riche, relevée d'une argenterie qu'aurait enviée Crésus. Il aimait les belles choses, il garda celles-ci les dernières; mais quand il n'eut plus rien à mettre dessus, il lui fallut aussi les vendre.

Il résolut de mourir : c'était vraiment ce qu'il avait de mieux à faire. II s'y disposait bravement et devait le lendemain se jeter à l'eau , lorsque la Providence lui -vint en aide. Par suite du tracé d'un nouveau chemin de fer, un terrain dont il ne tirait rien et qu'il n'avait jamais pu vendre acquit une valeur considérable, et, pour la troisième fois, Saint-Maclou se trouva riche.

— Sans doute celle-ci fut la bonne ; enfin devenu sage, il jouira de son revenu et gardera le capital.

— Hélas! l'expérience n'a rien apprfe à Saint-Maclou. Glissant toujours sur la même pente , il va se ruiner encore, et ceci sans qu'on dise comment, sans qu'il puisse le dire lui-même, car, en vérité, il ne le sait pas.

— Eh bien ! moi je le sais : Saint-Maclou n'a pas d'ordre, il ne calcule rien, il ne sait pas compter. Il ne mange pas sa fortune, il ne la donne pas, il la laisse perdre : elle passe tout entière en gaspillage, disons mieux, en grignotage et sous la dent des rats. Son laisser-aller livre sa maison aux races malfaisantes, et fait des rongeurs de tous ceux qui l'entourent.

Rien de plus curieux que la tenue de son ménage et les mémoires qu'on lui présente. Ce ne sont pas seulement ses domestiques qui le pillent, c'est tout ce qui l'approche. Des individus qu'il connaît à peine ont des comptes ouverts chez son épicier, sou boucher, son glacier, son

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pâtissier. Od lui apporta Tautre j%ur une note de neuf cents francs de petits pâtés. Comme il n'en mange jamais, calculez combien d'autres en ont mangé pour lui.

Une autre fois c'était un article de quarante-cinq francs pour allumettes chimiques, et de douze cents francs pour robes de chambre et pantoufles fourrées, et ainsi du reste.

Tout le monde lui emprunte, et personne ne lui rend. Puis Tient l'article de la bienfaisance, des souscriptions et des loteries philanthropiques. On connaît sa générosité, Dieu sait si on l'exploite ! Sont-ce les pauvres qui en profitent?— Demandez à ses gens.

Saint-Maclou sait qu'on te vole, mais il aime mieux être volé que de se donner le spuci de se garer des voleurs. 11 a eu ridée de prendre un curateur et de se mettre en tutelle : malheureusement l'amour-propre l'en a empêché.

Cette nouvelle fortune ne lui profitera pas plus que les deux autres. Fondant entre ses mains, elle non plus n'aura pas fait d'heureux, pas même lui. Elle aura laissé une dupe et fait des fripons^ voilà tout.

En vérité, il aurait autant valu que Saint-Maclou se fût jeté à l'eau.

L£S LAPINS. Des lapins et de leur influence politique et administrative y tel est le titre d'un mémoire que me montrait un jour un de mes amis qui occupait le poste très-important alors de directeur des douanes dans les départements de la Somme et de la Seine-Inférieure. C'était un homme grave et qui ne se serait pas permis une plaisanterie sur les choses concernant son état, notamment dans les circonstances où nous nous trouvions, lesquelles n'étaient guère à la joie, car nous sortions à peine d'une de nos grandes crises politiques. Le mémoire était donc sérieux. 11 était fort long, et comme il devait ce jour

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même être expédié au ministre, le temps me manqua pour le lire. Alors mon ami, qui voyait que le titre avait piqué ma curiosité, m'en exposa ainsi le sujet :

« Je ne me plaindrais pas trop de la révolution de 1830, me disait-il, si elle n'avait pas réveillé deux moyens de persécution ou plutôt deux citfgories de persécuteurs dont je me croyais délivré. ^

Ces persécuteurs, ces ennemis de mon repos sont, vous aurez peine à le croire, les lapins et les canards. Les archives de la direction, les registres de correspondances, ceux des greffes, des mairies, des sous-préfectures et de la préfecture même, viennent à Tappui de ce que j'avance et montrent à chaque page Pimportance du rôle que jouent ces animaux dans les affaires et transactions particulières et publiques de ce département. La masse d'écriture à laquelle ils donnent lieu est telle, que pour faciliter les recherches et prévenir le désordre et la confusion, j'ai dû établir dans le cabinet des archives un rayon pour eux seuls , avec une série de cartons étiquetés : canards et lapins, Phis, des subdivisions : canes, canetons, lapins et lapereaux, etc.

Maintenant, comment lesdits lapins et canards, canes et canetons ont-ils acquis une si grande influence sur le personnel et le matériel de cette direction? comment y sont-ils la cause de la plupart des changements, dégradations, révocations dont sont frappés les employés? comment enfin absorbent-itofe temps et presque la raison de tant de fonctionnaires et des magistrats eux-mêmes? C'est ce que je vais tâcher de vous expliquer, en vous priant de vous rappeler que des plus petites causes naissent souvent de grands effets, et que si les oies ont sauvé le Capitole, les canards et les lapins ont bien pu faire et défaire des ministres.

Pour ne point fatiguer trop longtemps votre attention,

nous diviserons la question en deux : lapins^ — canards. Je n'aurai ici que quelques mots à tous dire de ceux-ci, c'est spécialement des premiers dont j'ai à tous entretenir en ce moment ; une autre fois nous causerons des antres.

En votre qualité d'antiquaire, vous avez entendu parler du Grotoy, petit port situé a l'embouchure de la Somme, en face de Saint- ValeryHt qui fut célèbre par son château dont on voyait encore^es ruines il y a peu d'années, et où fut enfermée Jeanne d'Arc. Au-delà du Grotoy est le ci-devant Marquenterre, pays de sable, véritable Sahara où, sauf dans quelques oasis, l'herbe rare ne laisse de nourriture qu'aux lapins qui, en étant les seuls habitants, s'y multiplient sans conteste. On comprend qu'avec un tel voisinage aucune culture n'est possible; aussi les propriétaires de ces terrains appelés dunes et garennes n'ont-ils d'autre récolte que cette manne à quatre pattes.

M. le baron de C*, qui est un peu mon parent et beaucoup mon ami , quoique nous soyons toujours en querelles, est le^principal de ces seigneurs des dunes; peut-être même est-il le seul, car il en revendique de huit à dix mille arpents, et il est douteux que le pays en contienne davantage. 11 est donc, dans sa conviction du moins, le légitime roi des lapins et, en cette qualité, il prétend avoir exclusivement le droit de les tondre et de les écorcher. Aussi ne s'en fait-il pas faute. Il les expédie vers la capitale, non par bourriches, non pas même par charretées, mais par chariots à ij§(|^tre chevaux, et souvent en poste quand la chose presse: c'est comme une conscription des derniers temps de l'Empire.

Étalés sur les marchés de Paris, ainsi que nos conscrits sur les champs de bataille, ils y sont vendus à la grosse, quarante centimes pièce, la peau comprise, ce qui est bien peu si l'on considère que cette peau vaut à elle seule de dix à quinze centimes selon la saison.

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Malgré le vil prix auquel mon cousin le baron vend ses lapins et le peu de cas qu'il semble ainsi en faire, il en est jaloux, comme si leur chair était d'argent et leur peau d'or. Bref, chaque terrier contiendrait un phénix, qu'il n'y regarderait pas de plus près. Cet amour de M. de C* pour les lapins est d'une telle notoijÉié dans le pays, qu'il n'y est connu que sous le nom de oB^ de Conigîiano.

Or, à mon arrivée en 1825, ce gentilhomme, alors oflîcier dans la garde royale, se trouvant dans son duché, s'empressa de venir me faire visite. En entrant dans mon cabinet, il était fort ému. Je m'imaginais que c'était d'attendrissement de me revoir, mais c'était autre chose : après les compliments d'usage, il me dit qu'il avait à me faire une importante révélation ; qu'elle lui était pénible, mais qu'en sa qualité de Français, d'émigré et de serviteur dévoué à la monarchie, il ne croyait pouvoir la différer sans manquer à son devoir et à ses serments.

Étonné, presqu'effrayé de ce début, je lui demandai de quoi il s'agissait? — Il s'agit de vos employés. — De mes employés, et qu'ont-ils donc fait?— Ce qu'ils ont fait? ils ont une opinion détestable ; oui, ce sont tous des bonapartistes, des brigands de la Loire (1); ils appellent de leurs vœux une révolution, ils sont en conspiration permanente contre le trône et l'autel; et si j'ai, comme parent, comme ami, comme royaliste, un conseil à vous donner, c'est de les révoquer en naasse.

A cette propositioi^^ji^ bondis sur mon siège ; néanmoins je me contins et demandai à mon cousin sur-quoi était fondée son accusation ? — Sur une preuve irréfragable et matérielle, reprit-il. — Laquelle? — Ils me tuent tous

(1) On nommait ainsi les régiments qni, en 1814, s'étaient retranchés derrière la Loire. Les brigades de douanes, composées d'anciens soldats^ eu contenaiejut un assez grand nombre.

mes lapins. — Comment tous vos lapins ! on m'assure que vous n'en savez que faire, que vous en nourrissez vos domestiques, vos chiens et toute la garde royale, et que vous en vendez encore pour mille écus par an, — J'en vendrais pour dix mille, sans ces coquins qui me ruinent. Ce sont eux qui en viMpt, et ne vivent pas d'autre chose, lis en mangent, V en boivent, ils en salent, ils en confisent ; ils en font des mitaines à leur femme et des manchons à leurs maîtresses. Il n'y a pas jusqu'à la queue qu'ils n'emploient à faire des panaches aux gamins qui font le guet tandis qu'ils furètent. Oui ! leur chair les nourrit, leur sang les abreuve, leur peau les habille, et si vous en doutez, retournez leurs uniformes, ils en sont tous doublés. Dites, après cela, que ce ne sont pas des bonapartistes, des conspirateurs, des terroristes, enfin des hommes excessivement dangereux...— Pour les lapins?— Non, pour ma bourse.

— Dans tout ceci, ajoutai-je, on n'aperçoit pas encore le trône et l'autel, et je ne vois pas quel rapport...— Comment ! vous ne voyez pas quel rapport ! c'est pourtant bien clair, cela saule aux yeux. Croyez-vous qu'ils tueraient mes lapins si j'étais un libéral comme... — Comme vous, allail-il dire ; il s'arrêta par politesse, puis il continua. — Ils les tuent par opinion. — Oh! oh! fis-je.— Oui, par opinion, par haine des nobles et des prêtres, par haine de la légitimité. Ils les tuent par autour pour l'usurpateur et sa dynastie, prêts à m'égorger-É6i-même, les scélérats! ou ce qui serait mille fois plus horrible, à massacrer nos bons princes.

— Comment donc? lui dis-je, mais la chose est plus grave que je ne le pensais : c'est une aifaire du ressort de la cour des pairs, c'est de la haute trahison, car je vois dans nos braconniers tout autant de Louvel, et s'ils se baignent dans le sang des lapins, c'est faute d'autre et

en attendant mieux. J'y mettrai bon ordre, je vous le promets, et si j'y puis quelque chose, vos lapins seront respectés ni plus ni moins que s'ils descendaient de ceux de Charlemagne.

A cette assurance j'ajoutai quelques consolations dictées par l'amitié et la circonstance»;^t mon bon cousin partit un peu tranquillisé sur l'avenir de ses sujets.^

Le lendemain , je mandai l'inspecteur de la division : c'était M. de Ch**, royaliste aussi, mais d'un autre genre. Au seul nom de lapin, ses cheveux semblèrent se hérisser. Poussant un profond soupir, il prit sa tête dans ses mains et resta enseveli dans une méditation sérieuse qui, probablement, aurait duré longtemps si, dans ce moment, un des canards de ma basse-cour n'avait fait entendre sa voix mezzo-harmonique. A ce bruit inattendu, il frissonna comme s'il eût entendu crier: Au /«u/ — Oui, me dit-il, les lapins et les canards causeront ma mort. Vous voyez ces cheveux grisonnants, c'est à ces animaux que je les dois ; ils m'ont vieilli de dix ans et m'ont causé plus d'insomnies que nos deux révolutions. —Puis, soupirant de rechef: — Ah! mon directeur, ajouta-t-il en me regardant avec une douce sollicitude, vous ne savez pas, je le vois, ce que sont les lapins... — Il allait ajouter les canards, mais il se retint, car il voyait à mon ébahissement que je ne comprenais pas quel rapport ce gibier à plumes pouvait avoir avec le service des douanes et la tranquillité des inspecteurs, ni surtout comment il leur faisait grisonner les cheveux.

Ce que je ne concevais pas alors, je l'ai conçu depuis, et si mes cheveux aussi ne sont pas devenus gris, c'est qu'ils étaient déjà blancs. Mais n'anticipons pas sur les événements.

Quand M. de Ch** fut un peu revenu de son émotion et que sa voix fut assez assurée pour parler d'une manière

intelligible, il commença à me citer une suite de faits plus effroyables les uns que les autres, tous soulevés par ces damnés lapins, auxquels se trouvaient mêlés les propriétaires, les gardes-champêtres, les juges-de-paix, les procureurs du roi, les procureurs-généraux, les souspréfets, les préfets et, en définitive, M. le conseiller d'État directeur général et le ministre.

Après ce programme, m'indiquant du doigt, avec une horreur indicible, deux montagnes de papiers enliassés placés sur Tune des étagères, il me dit : V^ici les lapins, voici les canards ; et comme je me levais pour me diriger de ce côté, il saisit son chapeau et s'enfuit aussi lestement que s'il eût vu un serpent sortir de la muraille.

Je continuai mon mouvement vers la montagne de liasses. J'en ouvre une au hasard : je compte dix dossiers portant sur la chemise la nomenclature des pièces. Voici l'indication de celle du premier dossier :

Dénonciation ;

Demande de renseignements ;

Enquête, contre-enquête ;

Rapport au directeur ;

Rapport à l'administration;

Supplément d'enquête ;

Nouveau rapport à l'administration ;

Nouveau supplément d'enquête ;

Troisième rapport à l'administration ;

Décision ;

Changement, dégradation;

Blâme pour le capitaine ;

Blâme pour Finspecteur.

Second dossier. Même thème: un lapin. Même suite. Un rapport de plus. En sus : avoué , avocats. Transaction. Blâme encore pour le chef, conclusion obligée.

Troisième affaire. Deux lapins. Toujours rapport, en-

quête, contre-rapport, contre-enquêtre, avec un incident de coups de bâton, procès-verbal de rébellion, dommages et intérêts, cinq cents francs d'amende, six mois de prison.

Quatrième affaire. Celle-ci mérite quelques détails; il ne s'agit plus d'un lapin, mais de sa queue. Un particulier, braconnier ou amateur, ^st à Taffût ; il a une casquette que, par un malheureux caprice, il a décoré d'une queue de lapin. Un préposé est embusqué à cinquante pas de là, sans se douter du voisinage. L'amateur, couché sur le penchant d'un rideau, remue la tête, la queue suit. Le préposé voit ou croit voir un lapin, il ajuste, et l'homme à la queue reçoit la charge en plein sur la face. II n'est pas tué, pas même aveuglé ; c'est un miracle ; mais il est prodigieusement enlaidi.

Sa femme ne lui en veut pas trop tant qu'il est en danger de mort; mais à peine est-il rétabli, qu'elle lui cherche querelle. Lui qui déjà, par l'effet de son accident, n'était pas de très-bonue humeur, en s'entendant traiter de mufle ou de laid museau se fâche tout-à-fait. Il ba^sa femme. Sa femme le lui rend.

L'affaire s'embrouille. Le préposé, qui avait arrêté la plainte au moyen d'un peu d'argent, se voit tout-à-coup l'objet de méchants propos. Le blessé, depuis qu'il est devenu laid, est aussi Revenu jaloux : il bavarde, il commère.

Le public, qui ne vaut rien nulle part, saisit la balle au

bond : il oublie l'affût, le bonnet et la queue de lapin,

"^ause réelle de tout le mal, et prétend que le douanier a

tendu un piège au mari et qu'il l'a voulu tuer pour avo ir

sa femme.

A cette nouvelle, la femme du préposé devient jalouse à son tour, et s'en va criant partout que l'épouse du blessé était d*accord avec son mari à elle pour aider à la chose du meurtre.

La justice s'ëmeul, la gendarmerie se met en campagne. On arrête le préposé, on arrête la femme du ble^, on interroge maire, adjoint, curé, brigadier, lieuten'ant, capitaine, etc., etc. Bref, toutes les justices, toutes les brigades, tous les gardes-champêtres, tous les juges, procureurs du roi et substituts spni en émoi, et tout cela pour une queue de lapin !

Autre incident. Voilà que Tadministration centrale s'aperçoit que le préposé a été arrêté sans une autorisation du conseil d'État. C'était contraire à la loi qui exige que cette autorisation ait lieu pour tout fonctionnaire : or, un préposé est un fonctionnaire comme un commissaire royal. L'administration se fâche contre les chefs locaux; elle blâme directeur, inspecteur, etc. ; elle crie, die menace, et Yoilà dix révocations qui pendent sur la tête de rétat-major d'une direction, et toujours pour une queue de lapin !

Opposition à la mise en jugement.

Réclamation du procureur-général.

Persistance de l'administration .

Nouvelle réclamation du parquet.

Appel au ministre de la justice qui veut qu'on aille en avant.

Refus du ministre des finances qui soutient l'inviolabilité de ses agents.

Renvoi au conseil des ministres.

Discussion orageuse.

Le cabinet est prêt à se dissoudre.

Les jouruaux révolutionnaires proiitent de l'occasion pour souffler le feu.

Attroupements ; commencements d'émeutes.

Les fonds baissent; la tranquillité de la France est menacée, et toujours pour une queue de lapin !

Tandis que ceci se passe à Paris, autre chose arrive au

village. L'épouse da braconnier blessé, trouvant de jour en jour son mari plus laid et ne pouvant le souffrir même à distance, disparaît un matin avec son amoureux qui n'était pas le préposé, lequel ne Pavait jamais été, ce qui se trouve matériellement démontré.

Pied de nez pour la justice qui n'en veut pas moins juger.

Autorisation du conseil d'État de mettre en jugement le préposé qui a été reconnu innocent.

D'après cette autorisation, ordre de l'administration des douanes de faire arrêter et incarcérer ledit préposé qui est en prison depuis six mois.

Assises, condamnation. Appel en cassation.

Le jugement est cassé. Renvoi à une autre cour. On recommence.

Je n'étais encore qu'au tiers du dossier et des écritures, et l'affaire n'était pas plus avancée que le premier jour. La queup de lapin était toujours au greffe, et paraissait devoir y rester longtemps. J'en avais assez.

Après ce que j'avais vu de cette seule liasse, je crus inutile de consulter les autres. L'importance politique des lapins et l'influence qu'ils exercent sur l'ordre social et la paix du monde m'étant révélées, je concevais l'horreur qu'ils inspiraient à mon digne collaborateur M. de Ch**.

Quoi qu'il en soit, me conformant à la philanthropie du jour et, il faut bien l'avouer, cédant à la peur que m'inspiraient ces terribles animaux, je fis en faveur des lapins une circulaire contre les hommes, menaçant de révoquer et de livrer aux tribunaux tous ceux qui seraient surpris braconnant.

Ces instructions rédigées, approuvées et circulairement adressées à tous les postes, consignées sur les registres d'ordre et affichées dans tous les corps-de-garde, je me mis en tournée pour en assurer l'exécution et interroger les

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préposés sur les mœars, les habitudes, les penchants, les passions, les vices et les vertus desdits lapins, et également sur le nombre présumé de ceux qui habitaient le pays.

Les questions que j'adressai furent donc nombreuses et surtout catégoriques ; mais ici, je Favouerai, ma perplexité fut grande. Selon mon cousin le baron et l'inspecteur M. de Ch**, le pays foisonnait de lapins, la terre en était couverte, enfin on ne pouvait faire un pas sans marcher dessus. D'après les préposés, le lapin était une espèce perdue pour le pays, et s'il y avait existé autrefois, les vieillards s'en souvenaient à peine.

Tel était leur dire. Quelques-uns même semblaient ignorer ce que pouvait être cet animal , et je me crus obligé de leur expliquer qu'un lapin était un quadrupède ayant une petite queue et deux grandes oreilles.

Je leur demandai alors comment il se faisait que le propriétaire en vendait pour trois mille francs par an? A ceci il n'y avait pas de réplique, et pourtant l'un d'eux la trouva : il prétendit que si M. de C* en vendait en effet, c'était par une ruse de ses gardes qui, pour lui faire croire qu'il y avait quelque chose à garder et conserver ainsi leurs places, achetaient ces lapins au marché ou bien les élevaient dans leurs caves avec les choux de leurs jardins.

Il n'y avait rien à objecter à de si bonnes raisons, et je finis mon interrogatoire en paraissant convaincu qu'il n'y avait pas de lapins.

Les préposés, et je dois dire un peu les chefs, fort satisfaits de voir ajourner une enquête que probablement ils n'auraient pas sollicitée, s'en croyaient quittes, lorsque je leur dis que désireux d'instruire M. de C* de la plaisanterie de ses gardes, je comptais parcourir le lendemain les garennes pour m'assurer qu'elles étaient désertes, et je demandai à quelle heure, en supposant qu'il y eût des lapins, j'avais espoir d'en rencontrer?

A rananimité , chefs et préposés me dédarèrent que c'était à dix heures du matin, quand le soleil était dans tout son éclat et la rosée bien dissipée, le lapin étant un animal qui ne se promène qu'au grand jour, de temps sec et quand tout le monde est aux champs.

Je les remerciai de leurs bons avis, et j'ajoutai que pour être sûr d'être en pleine chasse à dix heures, je partirais à quatre.

Ce départ si matinal parut donner quelque inquiétude sur ma santé à mes sensibles subordonnés; ils m'assurèrent qu'à cette heure il faisait beaucoup de brouillard et qu'on risquait de gagner la fièvre. Je leur dis de se tranquilliser et que j'aurais soin, à mon retour, de prendre du quinquina.

Au petit jour, j'étais sur pied et arpentant les garennes, précédé de trois chiens et accompagné de mes véridiques douaniers.

Je n'avais point de fusil, quoique j'eusse carte blanche de la part du propriétaire, ne voulant pas donner mauvais exemple : je voulais voir des lapins, mais non en tuer. C'est qu'en vérité rien^ n'annonçait que mon désir serait satisfait, et, bien que mes chiens fussent excellents et qu'ils quêtassent à merveille, j'avais parcouru une vaste étendue de terrain et je marchais depuis une heure sans avoir aperçu l'ombre d'un individu de l'espèce conille.

J'en revenais à mes hésitations et je commençais presqu'à douter des dires de mon digne parent et même des terreurs de M. de Ch**, quand un bruit que j'entendais depuis longtemps attira mon attention. Ce bruit était accompagné d'une nuée de sable que j'apercevais toujours à un demiquart de lieue devant moi, sans jamais en être ni plus près ni plus loin. Ceci ne laissait pas de m'intriguer, d'autant plus qu'il ne faisait pas assez de vent pour soulever cette poussière. Une dune qui dominait les autres se

montrait à quelque distance, j'y courus malgré les cris de mes guides prétendant que j'allais m'entcrrer dans les sables mouvants.

Arrivé au sommet, je reconnus la cause du bruit et de la poussière qui, depuis ce matin, me précédaient avec tant de constance : c'était tout simplement un troupeau de moutons dont mes prudents conducteurs me faisaient religieusement suivre les traces, ou plutôt, par une ma^ nœuvre plus habile encore, les dirigaient, au moyen d'un signe convenu avec le berger, vers le point où je me dirigeais moi-même. Or, comme il était rationnel que les lapins ne laissassent point deux à trois cents moutons, sans compter le pâtre et ses chiens, leur passer sur le corps, il n'était pas étonnant que j'en rencontrasse peu.

Mes épagneuls, plus clairvoyants que moi, avaient tout d'abord deviné la malice, et depuis longtemps ils avaient cessé une quête qu'ils jugeaient devoir être inutile, évitant seulement, dans leur bon sens de chiens, de se rapprocher des moutons pour n'avoir pas maille à partir avec leurs gardiens dont ils redoutaient les mâchoires. Ils étaient donc, sans s'en douter, d'accord avec mes guides pour me tenir à distance des moutons.

Je descendis la dune sans paraître avoir aperçu le troupeau ; je dis seulement que j'avais joui d'une fort belle vue.

Convaincu que le terrain avait été trop battu pour que de la journée un seul lapin s'y montrât, je témoignai l'intention de rentrer, proposition qui fut, comme on pense, accueillie sans réclamation.

Le but de ma tournée était atteint, je savais à quoi m'en tenir sur les lapins ; et par les soins minutieux et toutes les précautions prises pour que je n'en visse pas, je ne pus douter qu'il n'y en eût beaucoup, et que si les plaintes du propriétaire étaient exagérées , elles n'étaient pas sans fondement. Je maintins donc ma circulaire ; j'y joignis un

anathème complet et une excommunication majeure nonseulement contre tout employé qui chasserait aux lapins, mais contre ceux qui auraient avec ces lapins la moindre communication directe ou indirecte. Je défendis qu'on en dressât à tirer le pistolet , à battre le tambour, à faire Texercice et autres gentillesses qui n'eussent été encore qu'un moyen de dissimuler les gibelottes.

Ma défense et les terribles menaces dont elle était accompagnée ayant paru faire impression sur les auditeurs, je partis convaincu que les lapins de mon cousin seraient respectés comme Dieu même.

En effet, deux mois se passèrent sans qu'on entendît parler lapin. M. de Ch** respirait ; néanmoins, il secouait la tête quand je lui disais que j'en avais fini avec cette engeance redoutable, et il avait l'air de dire : Plût à Dieu ! Je m'en inquiétais peu, et dans la persévérance de son doutç je ne voyais que le scepticisme d'un homme longtemps malheureux et qui ne croit plus au bonheur, lorsqu'un matin arrive le baron. — Eh bien ! lui dis-je, vous voici satisfait, votre revenu est doublé, on ne touche plus à vos bêtes. — On n'y touche plus ! me répondit-il, tenez, voici le relevé de mes comptes de l'année : je n'en ai vendu que pour deux mille cinq cent vingt-cinq francs : donc vos gens m'en ont volé pour quatre cent soixante quinze francs de plus qu'à l'ordinaire, est-ce clair? — Mais les maladies, mais les fouines, mais les renards et les buses, les tenez-vous pour rien?— Les renards sont vos préposés, la buse c'est moi qui crois à vos promesses.

J'étais furieux à mou tour. — Non, lui fis-je, on ne vous en a pas tué pour quatre cent soixante-quinze francs, on ne vous en a même pas tué du tout. Voyez les rapports du brigadier que j'ai spécialement chargé de cette surveillance; voyez ceux du lieutenant, du capitaine et de l'inspecteur lui-même.

— Do brigadier! s'écrie-t-il, il est tootfs les noîts à TafTât. Da lieoteDant ! il a trois furets, est-ce pour prendre des taapes? Un capitaine ! qnand ses subordonnés tuent deux pièces, ils lui en portent une, et pas plus tard que hier, lorsque jVntrai chez lui pour me plaindre, sa bonne accommodait un lapereau, feu ai vu la peau.— Mais Hnspectenr? — Llospecteur était la semaine dernière dans mes dunes, avec trois amis, quatre chevaux et une meute, et je vous réponds qu^il ne chassait pas aux linottes. — L'inspecteur ! c'est impossible, il ne peut sentir les lapins, et jamais M. de Ch**.... — Aussi ne vous ai-je pas dit que ce fût lui, mais bien son sous-inspecteur qui avait obtenu de le remplacer ce jour-là sans doute pour cette besogne, et il Ta bien faite. Sa carnassière était un sac, il était plein. Mes gardes vous le diront.

rétais attéré ; moi aussi je pris mon front à deux mains. —Maudits soient les lapins ! m'écriai-je, ils feront donc tourner la tête ù tout le monde, la mienne n'y tient plus. Enfin, mon cher parent, que voulez-vous que j'y fasse? pourquoi avez-vous des lapins? Je ne puis pourtant aller me mettre à la piste des braconniers, et si tout le monde s'en môle, je ne sais plus à qui m'en prendre.

— Il y a un moyen, reprit-il. J'ai confiance entière en l'un (le mes gardes, il est jeune, il est honnête et intelligent. Nommez-le prépose, mettez-le dans une des brigades (les dunes; là, il servira d'épouvantail et, au besoin, il nous (lira si l'on braconne.

— Eh bien ! j'adopte votre avis ; présentez-moi votre honunc, et s'il est propre au service, je le prendrai.

11 se trouvait là justement : c'était un jeune et beau garçon. Je le commissionnai immédiatement, et je le plaçai au centre dos garennes et du royaume des lapins.

Pour cette fois, je croyais avoir fait merveille. M. de Ch** lui- nu^uuî était rassuré. Pendant ce trimestre, les affaires

canards ayant donné beaucoup, toute sa haine s'était concentrée sur eux, et il s'était si bien adouci à Tendroit des lapins, qu'un jour, à Tétonnement général, il avait consenti à en manger un filet, de peur, il est vrai, d'être obligé d'accepter celui d'un canard qui lui faisait face.

Quoi qu'il en soit, ces trois mois avaient été pour nous le siècle d'Auguste : la paix régnait sur la terre, et, comme jadis dans le paradis terrestre, le préposé et le lapin mangeaient au même chou et du même serpolet ; enfin , le serpent n'était plus là, je le croyais du moins et l'inspecteur aussi; mais un jour je vois reparaître M. de C* qui avait quitté la garde royale et mis bas son épaulette de chef d'escadron pour être tout entier à la grande affaire de sa vie, à celle près de laquelle toutes les autres n'étaient qu'ombre et fumée, en un mot, pour se consacrer aux lapins corps et âme.

Dès qu'il fut assis:— Je suis très-content de votre homme, lui dis-je, c'est un des plus actifs et des plus vigilants de mes préposés, et s'il continue, je l'avancerai. — C'est un traître, me répondit-il, défiez-vous-en ! — Quoi donc ! qu'a-t-il fait?— Ce qu'il a fait ! Je vous l'ai désigné comme un sujet sur qui je pouvais compter; vous l'avez placé avec la même confiance pour qu'il maintînt ses compagnons dans la ligne du devoir et du respect des lapins; eh bien ! le misérable, non-seulement n'empêche rien et ne dénonce personne, mais c'est lui qui conduit les autres, qui leur indique les bonnes places et le moyen d'éviter les gardes, ce qu'il sait mieux que qui que ce soit, le scélérat, puisqu'il l'a été, et qu'il n'y en avait pas un plus malin à dix lieues à la ronde.

— Le remède est facile : je vais l'envoyer loin d'ici, à l'extrémité de ma direction.— Ah ! il faudrait les y envoyer tous, puisqu'ils braconnent tous.— Eh bien! je les y enverrai tous, et j'en mettrai d'autres.

— Gardez -vous -en bien! s^écria mon cousin effrayé; braconnier pour braconnier, j'aime mieux ceux-ci. Anciens dans le pays, ils sont gorgés de lapins, ils n'en mangent que lorsqu'ils n'ont pas autre chose : c'est leur pain de munition, c'est leur soupe à chien, et je sais de bonne part qu'on est obligé de donner le fouet aux enfants pour qu'ils en mangent encore, tant les malheureux en sont repus. Mais si vous. appelez de nouvelles familles, elles arriveront affamées; pour elles, les lapins seront de la primeur, du fruit nouveau, du bon et fin gibier; elles n'en auront jamais assez, et des années s'écouleront avant qu'elles soient parvenues au point de satiété où sont aujourd'hui les autres. En résultat, le dégât sera doublé.

— La réflexion est juste, lui dis-je, elle est fondée à la fois sur le cœur et l'estomac ; prenons donc patience, et le goût des lapins passera comme tout passe en ce monde.

— Ce n'est pas là. une conclusion, reprit M. de C*.— Alors quelle est-elle?— Puisque vous me le demandez, il y aurait un moyen, un excellent moyen, et qui serait même une économie pour l'État. — J'aime les économies. Parlez, quel est votre moyen? — Ce serait d'abattre vos corps-degarde et de licencier vos brigades. — Et qui gardera la côte? — Moi et mes gardes. D'ailleurs, qu'a-t-elle besoin d'être gardée? on ne fait pas de fraude ici, et en vérité je ne vois pas trop à quoi servent vos gens, sinon à nous vexer. Je m'en aperçois surtout depuis que je suis maire. Savez-vous qu'ils font un tort intini aux communes riveraines , en empêchant les habitants indigents d'aller ramasser les débris des navires et les ballots que la mer apporte, ce qui pourtant les aiderait beaucoup à vivre. C'est encore un préjudice que nous a causé la Révolution qui ne respecte rien, pas même le droit du pauvre. Oui, le gouvernement pille tout, et quand un bâtiment vient à la côte, il n'y en a plus que pour lui.

On voit que les principes administratifs de mon digne parent n'étaient pas précise'ment d'accord avec l'ordonnance de la marine de 1681 et celle des douanes dn 22 août 1791, mais il s'en inquiétait peu. Ce n'est pas qn'il s'intéressât beaucoup aux naufrages ou aux riverains qu'il considérait aussi comme fort mal pensant, et il était loin d'aimer les voleurs. S'il en avait parlé, c'était comme incident : les lapins étaient pour lui le fond des choses, et c'était dans l'intérêt unique de ces chers animaux qu'il ne voulait plus de douanes.

— Ceci est une grande mesure, lui répliquai-je ; elle ne dépend pas de moi, pas même des ministres, car il ne s'agit de rien moins que de changer toute la législation du r9yaume : c'est donc aux chambres qu'il faut vous adresser.

^ Je n'ai pas besoin des chambres pour cela, il ne me fai<t qu'un juge-de-paix et un huissier. Le charbonnier est maître chez soi : tel est' le droit des gens et le principe universel. Or, vos corps-de-garde sont bâtis sur mon terrain, je vais vous signifier de les faire démolir dans la huitaine. Quand vos hommes n'auront plus d'abri, il faudra bien qu'ils s'en aillent.

A cette proposition, je me fis apporter un gros registre, je l'ouvris.— A quelle époque avez-vous acheté vos dunes? lui demandai-je.— En 1805.— Bien. Tenez, voici nos titres, et ces corps-de-garde et tout le terrain qui les entoure, formant la lisière de ce que vous appelez vos mollières, étaient la propriété des douanes ou de la ferme générale en 1703. Lisez, tout est en règle ; nul n'a pu vous vendre ce qui ne lui appartenait pas. Donc ce ne sont pas mes préposés qui chassent sur vos terres, mais bien vous qui, lorsque vous sortez de chez vous, passez sur les leurs ; et, vous venez de le dire, le charbonnier est maitre chez soi : donc à eux permis de vous interdire le passage.

A cette observation à laquelle il n'y avait rien à répondre,

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car la preuve était patente, mon excellent consîn resta anéanti : c'était ici le coup de grâce que je portais à ses lapins. 11 était évident que si le terrain riverain n^était pas à lui et s'il existait une zone commune autour de sa propriété, il tombait à la merci de ses co-propriétaîres qui pouvaient renouveler en sa faveur tous les agréments du blocus continental et, sans même se déranger, confisquer au passage bon nombre de lapins atteints et convaincus de se livrer à la maraude. La question changeait de Cace : ce n'était plus les douaniers qui couraient après les lapins, c'était les lapins qui couraient après les douaniers et qui venaient pour ainsi dire les trouver à domicile. Bref, la moitié du gibier était à nous.

— Transigeons, lui dis-je. J'ai épuisé tous les moyens d'empêcher le braconnage, je n'ai pas réussi, et je crois que nul n'y réussira davantage. Renonçons donc à le détruire tout-à-fait, cherchons seulement à l'atténuer en le contenant dans de justes bornes. Le braconnage est un mal sans doute et un grand, mais dans la position où sont mes hommes, ce n'est pas un crime aussi grave que vous semblez le croire. Pesons les choses, laissons même de pôté le terrain qui appartient à l'État ou à l'administration , n'envisageons la question que sous le point de vue de la propriété. Les préposés aussi sont propriétaires, ils ont des Jardins qu'ils ont acquis du domaine, ou qu'ils ont obtenus à charge de défrichement. Dans ces jardins, ils cultivent des légumes : or, les lapins mangent ces légumes, et les préposés mangent les lapins. Il y a là une sorte de compensation. Conséquemment, au lieu de poursuivre mes hommes comme braconniers, intéressez-les à la conservation de votre domaine, faites-les vos gardiens : cela ne vous coûtera qu'une politesse, qu'un iapin que vous leur donnerez de temps à autre ou que vous leur permettrez de tuer. Ce lapin vous en vaudra deux qu'ils auraient pris

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