UN DIALOGUE
sans votre permission, plus tous ceux qu'ils laissaient prendre à d'autres : c'est pour vous un bénéfice de trois cents pour cent.
— C'est juste, s'écria-t-ii, et je suis un sot de n'y avoir pas songé plus tôt. Je vais congédier une partie de mes gardes, et je choisirai leurs remplaçants parmi vos préposés si vous m'y autorisez : un service ne peut pas nuire à l'autre.
— Je vous y autorise, lui dis-je ; mais conservez vos gardes, et je les placerai successivement, car vous aussi, mon cher uUrà, vous aimez les vieux soldats et nourrissez les brigands de la Loire.
Ceci fut exécuté de point en point, et le revenu en lapins de M. de C* augmenta considérablement. Le nombre d'affaires, de querelles et de rapports diminua dans la même proportion.
C'est ainsi que j'atteignis 1830. Depuis, les circonstances ont bien changé. Les lapins ont fait aussi leurs trois journées : après avoir été persécutés , ils redeviennent persécuteurs, et j'entends gronder de nouveaux orages. C'est pour les prévenir que j'adresse à son excellence l'exposé dont je viens de vous donner l'aperçu. »
Ainsi parla mon ami le directeur des douanes, et je me dis : J'aime mieux qu'il le soit que moi.
UN DIALOGUE. Un jour, un petit garçon vint m'ap • porter une pierre qu'il avait ramassée dans des décombres, en me disant que c'était une antiquité. Tous les gamins ici ^sont antiquaires. Elle portait, en effet, quelques traces de sculpture. Je lui payai sa pierre et je lui demandai : Que fait ton père?— Rien.— Quoi! rien?— Non.— Et pourquoi ne fait-il rien? — Parce qu'il est mort. — De quoi est-il mort? — De la mort. — Et ta mère, où est-elle ? — Je n'ai