DEUX AVOCATS
confier sa machine qu'ils demandaient pour la rédaction du rapport, s*eng;ageant d'ailleurs à la lui remettre sous quinzaine.
Or, il y aura bientôt dix ans qu'il attend ce rapport et avec lui son instrument que, malgré les plus actives démarches, il n'a pu retirer encore des mains des vieux savants qui, toujours de plus en plus épris de la beauté et du fini de la lunette, l'ont mise sous triple enveloppe pour que personne n'y touche.
DEUX AVOCATS. J'ai pour voisin un avocat qu'on nomme Dumeril. Nul ne met en doute son savoir : plusieurs beaux plaidoyers lui ont donné une réputation méritée de logique et d'éloquence. Cependant M. Dumeril a fort peu de clients, et vous ne devineriez pas pourquoi? C'est qu'il a la manie de réconcilier les gens et qu'il y réussit ordinairement.
On ne saurait imaginer combien, lui avocat, a* arrêté ainsi de procès, et vous croirez moins encore à quel point ceci lui a fait tort, non pas seulement dans sa fortune, mais dans l'opinion. A peine avait-il terminé une affaire par transaction et réconcilié les parties, qu'au lieu de lui en savoir gré, les plaideurs allaient, chacun de son côté, dire que leurs droits étant positifs et incontestables, ils auraient certainement gagné leur cause s'ils n'avaient cédé à des considérations de paix et d'harmonie, mais que cette paix ne leur avait pas moins coûté une portion de leur avoir. Cela dit, ils laissaient entendre que Dumeril avait été largement payé par la partie adverse, bien qu'il n'en eut pas reçu autre chose qu'un compliment de même nature.
Prévenus par ces insinuations peu bienveillantes, les gens qui n'étaient pas d'accord se gardaient bien de s'a-