‹ Les masques: biographie sans nomChapitre 62 sur 74 · DEUX AVOCATS · texte numérisé non relu

DEUX AVOCATS

dresser à Dumeril, même quand ils croyaient à son désintéressement; ils craignaient qu'il ne leur proposât un arrangement, chose fort redoutée de certains plaideurs qui veulent plaider, fussent-ils assurés de perdre leur cause : n^ont-ils pas Pappel, pui^ la cassation?

Cet esprit de conciliation a brouillé Dumeril même avec ses proches. Lors d'un partage entre ses frères et lui, ne voulant pas que la justice intervînt, il régla les parts, en fit autant de lots, et le sort décida. Cela devait tout arranger. Ce fut le contraire : tout le monde fut mécontent du lot que le sort lui donna. Cependant tous ne pouvaient être mauvais. Il offrit alors le sien contre celui dont on ne voudrait pas. Personne n'accepta. Force fut de reconnaître que les parts étaient égales.

Alors chacun prétendit qu'elles n'auraient pas dû l'être et qu'il devait avoir la plus grosse : Tun, parce qu'il était l'aîné; l'autre, parce qu'il était père de famille; celui-ci, parce qu'il ne devait pas tarder à l'être. Enfin, ce ne fut qu'un cri contre Dumeril qu'aucun de ses frères et sœurs ne veut voir depuis ce malheureux partage.

Il a un confrère, M. Cannéton, qui est son parfait contraste. Cet habile homme trouve partout matière à procès, et jamais il n'en abandonne un qu'il ne l'ait conduit jusqu'en dernier ressort. Né du sang d'anciens recors, c'est le seul survivant des procureurs de la basoche. Nul mieux que lui ne sait plumer la poule sans la faire crier : c'est à peu près son seul talent, à moins qu'on y ajoute celui de parler très- fort et de citer en latin quand il n'a plus de bonne raison à donner en français.

Dans sa vie, il n'a jamais arrangé un seul procès. Il se le reprocherait comme un crijne, « Car, dit-il, c'est ôter le pain aux avoués, aux greffiers, aux huissiers, bref, à tous ceux qui vivent des plaideurs. » Aussi jouit-il, parmi les officiers ministériels de la juridiction, d'une considération

sans bornes : c'est le phénix des avocats, Thomme humain et bon par excellence ; tandis que Dumeril est un ogre, un être sans entrailles pour les malheureux.

Dumeril, dont Fëtude est ainsi abandonnée, sollicite depuis bientôt sept ans un siège de juge. Jamais.homme n'y a mieux convenu, mais il s'est vu successivement préférer dix concurrents qui nVaient d'autre titre que le crédit de leurs protecteurs.

Cependant le tribunal de paix de son canton est devenu vacant; il en était juge suppléant depuis longtemps, on lui avait promis la place. Malheureusement Canneton, qui doit céder son étude à son fils, la sollicitait aussi : c'est lui qui l'a obtenue.

DE QUI SOMMES-NOUS FILS? Sommes-nous tous les fils d'Adam? Ou la création étant complexe et variant selon les temps et les lieux, avons-nous eu autant de premiers pères qu'il y a eu de races d'hommes ?

En d'autres termes, les blancs, les noirs, les rouges, les jaunes sont-ils frères, ou étrangers les uns aux autres, émanant de types divers, forment-ils autant d'espèces qu'ils nous offrent de couleurs ?

Telles sont les questions qui s'agitent en ce moment, questiotis graves , puisque c'est sur elles que roule la légimité ou la non-légitimité de l'esclavage.

Divisés en deux camps, les adversaires sont en présence. D'une part sont les monogénistes, de Pautre les polygénistes.

Les monogénistes soutiennent l'unité de l'espèce humaine; ils la divisent seulement en races.

Les polygénistes font de ces races autant d'espèces.

Les monogénistes distinguent soigneusement l'hybridation du métissage.

L'hybridation est Punion de deux espèces différentes.

Le métissage est Funion de deux race§ d'une même espèce.

Les polygénistes disent que les hybrides peuvent se perpétuer.

Les monogénistes soutiennent que si cela arrive, ce n'est que pour deux ou trois générations au plus, et ^ue les métis seuls se perpétuent indéfiniment.

 l'étranger comme en France, on a écrit des volumes pour et contre, et de fort remarquables.

En tête des étrangers d'outre- mer, nous mettrons M. Àgassiz, à qui la science doit tant ; M. Morton, le chef des anthropologistes américains ; MM. Nott et Gliddon , auteurs de : Types of mahkind (Philadelphie, 1854) ; et MM. W. Usher et H.-S. Patterson, leurs collaborateurs.

Chez nos voisins d'Angleterre, M. Darwin, si connu de tous ; M. Prichard , dont l'ouvrage : Researches into the phiskal history of mankind^ est également très-apprécié.

La liste des Français qui ont aussi sérieusement étudié ce sujet serait trop longue ; nous ne citerons ici que leurs derniers travaux, ou ceux qui résument la question dans son actualité.

M. Georges Pouchet, de Rouen, a fait un livre fort

bien écrit pour démontrer la pluralité des types humains.

Deux célèbres professeurs, M. Geoffroy Saint-Hilaire et

M. de Quatrefages, soutiennent au contraire l'unité de

l'espèce, sans nier pourtant la pluralité des races (1).

Or, l'espèce et la race sont choses fort différentes. L'espèce peut varier d'apparence et se diviser en races, mais la race ne devient jamais espèce , et quelque disparate

(1) Histoire naturelle des règnes organiques, par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. — Histoire naturelle de Vhomme : unité de Vespèee humaine, par M. A. de Quatrefages.

qu'elle semble du type dont elle émane, elle en conserve les instincts et les facultés, notamment celle de se reproduire et de se perpétuer.

Si, par une suite de croisements des raees eatr'elles, d'autres modiGcations s'opéraient dans la forme» elles B'enlèyeraient pas encore à la race nouvelle ses qualités d'espè^ ou ses instincts primitifs; elles tendraient plutôt à la rapprocher de son p(rànt de départ ou du type primordial.

Si j'ai compris, c'est bien ainsi que les mooogénistes envisagent la question.

Avalât d'en veuff aux polygénistes, je leur poserai celleci : S'il y a plusieurs types bumsôns., en est-il un qui soit doué de qualités, de facultés ou d'instincts dont ne jouissent pas les autres? Et, dans oe cas, divisez-vous vos espèces seulement d'après la forme ou la couleur de la peau, ou bien d'après le plus ou moins d'inlelUgence que vous ^ attribuez à chacune ?

En résultat, sommes-nous, à vos yeux, tous également hommes? ou bien nous partagez-vous en catégories décroissantes, dont la dernière formerait le point de jonction entre Tespèce humaine et l'espèce animale?

Dans cette dernière hypothèse, il n'y aurait de fait qu'une espèce d'hommes. Les autres en seraient plus ou moins voisines, comme le sont quelques familles de quadrumanes; mais, pas plus qu'elles, on ne pourrait les • considérer comme des hommes véritables, et la question de l'esclavage serait ainsi tranchée. Ce noir ne pourrait être classé que comme une bête domptée et apprivoisée rentrant dans les conditions de toutes les autres. Mais aussi l'union de la race humaine avec la sienne deviendrait une monstruosité, puisqu'elle tendrait à faire rétrograder l'humanité ou à la bestialiser.

On comprend également que l'éducation morale du nègre

DE QUI SOMMES-NOUS FiLS? 321

n'aurait plas de bat dès qd^on ne reconnaîtrait en lui rien au-delà des qualités physiques. Quant à Tëducation religieuse, s'il devait mourir tout entier comme les animaux ses seml>lables, le baptême et les sacrements seraient une dérision, disons plus, un sacrilège.

Quelqu'étranges que puissent paraître ces remarques, elles n'en sont pas moins logiques. Nous venons ée dire qu'on peut multiplier les races, mais qu'on ne dédouble pas l'espèce. Il n'y a donc ni moitié, ni tiers, ni quart d'homme : on est homme tout-à-fait, ou on ne l'est pas du tout. Alors je vous demanderai : le nègre l'est-il P—Fomme, il doit être traité en homme.— ^^(e, il doit l'être en bête.

Il a moins d'intelligence que le blanc, direz-vous ; c'est un homme enfant. — Oui, quand vousi le traitez en enfant et ne lui permettez pas d'être autre chose. Mais le fût- il en e£Pet, si vous rejetiez de la liste des hommes tous ceux qui, parmi les blancs, ne s'élèvent pas, quant au raisonnement et à l'application qu'ils en font, au-dessus du nègre, ce triage fait, l'humanité se trouverait réduite des deux tiers au moins.

En posant ainsi la question ou en mettant en doute la qualité d'homme des gens de couleur, je ne prétends pas dire que tous les polygénistes l'envisagent de cette façon absolue; non, c'est le très-petit nombre. Nous n'en parlerons donc plus, nous bornant à demander : y a-t-il une ou plusieurs espèces d'hommes ?

Or, les deux savants que j'ai cités, MM. Geoffroy Saint- Hilaire et de Quatrefages, répondent nettement : il n'y en a qu'une; et ils font mieux, ils le prouvent.

Mais aux preuves dont ils appuient leurs considérants, on pourrait, je crois, en ajouter une qui m'a depuis longtemps frappé.

En voyant faire nos éleveurs d'une part et la nature de l'autre , et en examinant les singulières variations que

réducation, la nourriture, les changements de climats et d'habitudes peuvent opérer dans la constitution des êtres, je me suis dit : c'est peut-être moins à la forme ou Tenveloppe, qu'aux penchants et aux instincts innés qu'il faut s'attacher pour savoir si une catégorie d'êtres forme race ou espèce.

Je formule ma proposition.

La figure et la constitution physiquç ne caractérisent pas toujours l'espèce. Cette figure et cette forme sont variables. L'analogie matérielle ou celle qui frappe nos yeux ne prouve donc pas que deux êtres soient frères ou émanés d'un même type.

Mais il n'en est pas ainsi de l'analogie morale, et quand, sous une même apparence, deux êtres naissants ont les mêmes instincts, les mêmes penchants, les mêmes facultés, les mêmes goûts, et qu'ils les expriment par les mêmes mouvements ou les mêmes cris, ils appartiennent' à une seule espèce.

Ils peuvent y appartenir encore lorsque, sans cette ressemblance corporelle, l'analogie morale existe entr'eux.

Telle est la théorie que nous allons tâcher de démontrer par des faits.

Commençons par l'espèce canine, iîomme étant celle que nous connaissons le mieux et qui a subi le plus de modi^ lications, non-seulement dans sa forme, mais dans ses mœurs et même dans quelques-uns de ses instincts étendus par réducation aux dépens des autres.

Si vous vous en rapportiez aux formes de nos chiens domestiques, vous en feriez des espèces à la douzaine. Vous en feriez autant si vous envisagiez, sans remonter à la source, la spécialité d'habitudes ou d'emplois imposée à chaque forme ou catégorie de forme. Assurément rien de moins ressemblants qu'un barbet et qu'un lévrier, qu'un bouledogue et qu'un épagneul , qu'un basset et qu'un

griffon. Vous leur trouverez des propensions et même des facultés qui vous sembleront très-diverses ; cependant, si vous les étudiez, vous finirez par reconnaître qu^elles partent toutes d^un principe commun, et qu^au total c'est un seul et même instinct modifié par l'éducation et dirigé vers un but différent.

II en est absolument ainsi chez les hommes qui ont plus de facilité naturelle pour tel ou tel art, telle ou telle industrie, tel ou tel exercice, facilité que Tétude et la volonté contribuent à développer et a fortifier encore.

Or, ces chiens de formes et d'instincts si divers en apparence, vont, si vous les rendez à leur naturel ou à leur instinct vrai, oublier en un instant tout ce qu'il y a de factice en eux. Abandonnés dans une île déserte, une forêt vierge, ou sans aller si loin, dans un parc bien clos, ces animaux, habitués à recevoir de la main de l'homme leur pitance journalière, souffriront le premier jour ; mais la nécessité ou 1| sentiment de leur conservation aura bientôt rappelé à chacun, quel que soit le métier qu'on lui a fait faire, chien de garde, chien de berger, chien de chambre, chien d'aveugle, quelle est la véritable destination de l'espèce. Tous sentiront qu'ils sont nés chasseurs, et, par un accord simultané, vous les verrez, depuis Ténorme molosse jusqu'au plus petit roquet, se réunir en meute et chacun y faire ce qu'il doit. Là, plus de paresseux ni de lâche, plus de chien boudeur ou hargneux : s'il y a un traînard, c'est qu'il est malade ou blessé.

Ce qui pourra vous étonner plus encore, c'est que tous ces chiens dressés à chasser, l'un la bécasse, l'autre le lièvre, celui-ci le lapin, celui-là le loup, le renard ou le sanglier, et qui, dans leur état de domesticité, n'auraient voulu ni su poursuivre autre chose, oubliant leur spéciahté et devenus, selon la circonstance, chiens courants ou chiens couchants, bons à la plaine comme au bois, réuni-

ront tous leurs moyens pour surprendre on atteindre la proie lancée; ils agiront enfin comme aurait fait une troupe de chiens sauvages. Et cela doit être ; l'espèce en eux s'est prononcée : il n'y a plus de race.

Ne croyez pas que ceci soit une supposition. Non, je Fai vu, et avec moi tous les habitants d'une commune. Dans un village des environs de Morlaix, vivait un chien dont la mission était de garder la maison. Ce n'était pas un animal de chasse, et jamais son maître n'avait eu l'idée de Ty employer. De temps en temps, ce chien, qui était à l'attache durant le jour, disparaissait pendant la nuit pour aller on ne savait oii. Quand ces absences avaient lieu, on remarquait qu'une partie des chiens du village manquaient aussi à leurs logis. Us y reparaissaient dans la journée, mais harassés et portant souvent des traces de sang à la gueule.

Lors de ces disparitions des chiens, on avait entendu dans les bois lointains les aboiements d'une meute, et les gardes y avaient couru ; mais à leur approche, le bruit cessait et l'on ne voyait personne. C'était le sujet de mille contes, la superstition s'en était mêlée, et l'histoire du chasseur noir avait couru dans le pays.

Enfin, on finit par surprendre la meute mystérieuse. C'était bien la plus disparate qu'on eût jamais vue : là encore il y avait des chiens de toute taille et de tout poil, dont la très-petite minoritjé étaient des chiens de chasse. Elle n'en réussissait pas moins, et il fut constaté qu'elle faisait des dégâts énormes : cailles, perdrix, lapins, lièvres, chevreuils même tombaient sous la dent de ces écumeurs de bois, dont le gros chien de basse-cour était le chef.

11 paya pour tous : les plaintes devinrent si graves et si fréquentes que son maître, pour éviter une suite de procès, fut contraint de l'abattre.

Maintenant, je demanderai si un tel accord fût devenu possible entre animaux dont les instincts eussent réelle-

ment été distincts ou appartenant à des espèces diverses? 11 est évident qu'ici c'est Tnnité d'espèce qui a tout fait; c'est l'impulsion primordiale , cette puissance innée qu' caractérise l'individu, laquelle, en se manifestant spontanément chez tous, a détruit à l'heure même ce qu'avait fait l'éducation transmise de génération en génération. La forme même, suite de cette éducation, n'y a rien pu : le roquet a senti comme le dogue, et tons les deux, bien qu'ils n'eussent jamais chassé, se sont retrouvés chasseurs. Pourquoi?^ C'est que la nature les avait faits tels, et que l'homme peut suspendre ou détourner cette nature, mais non l'anéantir (1).

S'il ne peut pour toujours détourner l'instinct de sou but, il ne saurait donc modiûer indéfiniment la forme. Qu'il cesse de s'eii occuper et de retenir l'être dans un état anormal, cette forme redeviendra bientôt, quand les localités sont les mêmes, ce qu'elle fut à son principe. Si ces chiens d'apparences ou de races si diverses étaient restés indéfiniment livrés à eux-mêmes dans Tîle où on les a abandonnés, après une suite plus ou moins longue de générations, toutes ces races vivant ensemble et sous l'empire d'un même instinct, se seraient fondues en une seule se rapprochant probablement du type originel, parce qu'en définitive c'est l'instinct qui fait la forme et non celle-ci qui crée l'instinct, et les éleveurs ne modifient les formes qu'en modifiant les instincts en môme temps que les habitudes.

(1) L^homme ne peut détruire que l'œuvre de l'homme ou de l'être créé. Il serait aussi puissant que Dieu, s'il pouvait briser son œuvre. S'il brise le corps de l'homme, c'est que ce corps n'est pas l'homme. Il atteint l'enveloppe, mais ne touche pas à la vie ou à ce germe créateur et reproducteur du corps, germe qui échappe à nos yeux et non à notre raison. Sans ce principe indestructible, l'individualité n'est qu'on mythé^ l'âme et son immortalité ne sont plus.

On peut donc croire que ces différences d'instincts, suite de la domcslicitë, ne sont qu'apparentes. Elles touchent i la race et non à Fespèce : c'est la nature modifiée par les mœurs, les habitudes et une éducation continuées de père cil (ils. Mais ces modifications ne sont possibles qu'autant qu'elles rentrent dans l'instinct primitif ou caractérisant l'espèce, instinct qu'on ne peut pas plus détruire ou changer (fu'on ne peut changer l'espèce, parce que le changeaient de l'un entraînerait celui de l'autre. Ce ne serait donc plus une autre race qu'on aurait faite, mais une autre espèce, c'est-à-dire une espèce pourvue d'instincts tout différents et complètement étrangère à celle qu'elle remplacerait. L'homme ici n'aurait pas été simple éleveur ou modificateur, il aurait été créateur. Cela dépasse sa puissance : il peut doubler le poids d'un bœuf et la légèreté d'un cheval, mais d'une mouche il ne fera pas un hanneton.

L'instinct qui caractérise le chien est celui de la chasse : tout chien est chasseur. Vous pouvez donc donner au chien toutes les habitudes que comporte cet instinct de chasse qu'il a et doit garder, parce qu'il est de la famille dfis carnassiers, mais jamais vous ne pourrez donner au chien un instinct qui est réservé aux herbivores ; comme jamais vous ne ferez d'un herbivore un animal de chasse. Cela est aussi impossible que de changer leur appareil digestif. Dans tous les cas, c'est par là qu'il faudrait commencer.

La modification des instincts est donc circonscrite dans un cercle duquel on ne peut pas sortir.

H en est de même de celle des formes dont la modification doit suivre celle des mœurs, des habitudes et, définitivement, des instincts. Après un certain nombre de générations, des chiens à qui vous aurez donné des destinations différentes, auront spécialisé leurs instincts d'après ce que vous les aurez amenés à faire. La forme suivra nécessaire-

ment, et, quoique sortis d'un même couple, ces animaux ne se ressembleront ni au moral ni au physique. Mais, encore une fois, cela ne dépasse pas certaines limites, et ces limites sont toujours celles qui existent entre la race et Fespèce.

On s'est donc trompé quand on a cru que la démarcation qui existe entre une espèce et une autre n'était pas infranchissable, et qu'on pouvait produire des hybrides indéfiniment féconds. Ce qui a donné lieu a cette croyance, c'est que la différence entre la race et l'espèce n'était pas encore ueMement définie, et que l'on a pris l'une pour l'autre.

Au surplus, il me semble qu'il y aurait un moyen bien simple d'établir la distinction ou de lever tous les doutes si Ton en avait encore.

Réunissez, peu après leur naissance ou dès qu'ils pourront se passer de leur mère, les petits de toutes les races dont vous voulez définir l'espèce; nourrissez-les ensemble et étudiez-les. Bientôt, quelles que soient les différences de formes et de races, s'ils sont tous d'une même espèce, vous trouverez une analogie complète, non-seulement dans leur instinct, mais dans leurs penchants, leur prédilection pour telle nourriture, leur répugnance pour telle autre ; et ils auront les mêmes mouvements, les mêmes gestes : vous les verrez manger, flairer, boire, regarder, mordre, lécher d'une manière semblable. Leurs caprices seront les mêmes. Dans leurs jeux et leurs combats, ils emploieront les mêmes ruses.— Pourquoi cette égalité de mouvement dans des êtres de formes ou de races différentes?— C'est qu'à leur début dans la vie, l'instinct d'espèce parle seul ; celui de race, c'est-à-dire l'instinct modifié ou secondaire, ne s'est pas encore prononcé. Peut-être même ne se prononcerait-il pas, si rhomme ne lui venait en aide. — Mais se développât -il ci l'éleveur eût -il fait ici des chiens parfaits, dans leur spécialité factice ils n'en conserveront

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pas moins tont ce qui tient aoz caractères généraux de Tespèce, et si tous cessez de poursuivre leur édacation de race et les laissez à eux-mêmes, les instincts primordiaux finiront tôt ou tard par étouffer les autres. Et il en sen toujours ainsi, quelque longues qu'aient été la domesliciié et cette éducation de race, quel que soit rinstinct q«*on ait développé au détriment d'un autre, quels que soient enfin le climat, la nourriture, les habiudes, le métier et, définitivement, la forme qu'on leur ait imposés.

Maintenant, au lieu de jeunes animaux de races différentes, mais de même espèce, réunissez -en d'espèees diverses, même d'espèces voisines et de formes rapprochées ; s'il j a quelques habitudes ou penchants communs entre ces espèces, vous remarquerez bientôt que chacune emploiera des moyens distincts pour les satisfaire. En exprimant un même sentiment de désir ou de colère, de plaisir, d'espoir ou de peur, il n'en est pas deux qui l'exprimeront d'une façon pareille : autant d'espèces, autant de manières. C'est que l'espèce a son cri, son geste, sa grimace, sa pantomime, et que la race ne l'a pas. 11 n'y a qu'un signe pour tous : celui de l'espèce.

Ce cri, ce geste dont la race hérite toujours et qu'elle ne perd jamais, pourra donc, quelle que soit la forme, vous servir à caractériser l'espèce. Deux espèces n'ont jamais le même signe. Ce cri, non plus que ce geste, ne se transmet d'une espèce à une autre. Tous les chiens, grands ou petits, hurlent de la même façon et dans les mêmes cas. Les chiens des races qui n'aboient pas, apprenneut bientôt à aboyer quand on les enferme jeunes avec des chiens qui aboient, parce que leur silence était factice ou local. Mais la plus longue cohabitation d'un chien et d'un chat ne fera ni aboyer celui-ci, ni miauler celui-là ; et depuis tant de siècles que, dans la campagne de Rome, paissent ensemble les agneaux et les chevreaux, jamais on en a vu un

seal imiter les mouvements ou les bélemeuts d'un compagnon de Fautre type. Les qualités ou facultés typiques ou caractéristiques d'une espèce ne passent donc jamais à une autre.

' Rerenons aux animaux d'une même espèce. Si vous les laisdez grandir ensemble, Fâge des amours arrivé, vt>us verres les mâles s'adresser indifféremment aux femelles, sans se préoccuper de la différence de race : aucune ne leur inspire de répugnance. Ce ne sont pas eux qui se tromperont ici sur l'espèce et qui la donfondront avec la race"; et tous les moyens que vous emploierez pour leur faire prendre l'une pour l'autre, seront parfaitement inutiles, tant qu'ils auront sous leurs yeux ou même à portée de leurs oreilles ou de leur nez des femelles de leur sang.

Tentez l'expérience contraire, réunissez de jeunes animaux d'espèces différentes, des loups, des renards, des chiens, des chats, etc., sans doute ils pourront vivre d'abord en paix el même contracter des amitiés, vous les verrez jouer ensemble, car tous les êtres aiment à jouer, mais dans leurs jeux tous conserveront invariablement leur caractère. 11 en résultera, ce qui n'arrive presque jamais dans les ébats d'animaux de même espèce, des blessures faites non peut-être avec intention de les faire, mais faute de s'entendre, parce qu'ils n'ont ni les mêmes instincts ni les mêmes mouvements, qu'ils ne jouent pas le même jeu, enfin parce que , moralement et physiquement , ils ne parlent pas la même langue.

Cette amitié d'animaux d'espèces distinctes ne résiste jamais à la présence d'un individu de leur propre espèce : à peine l'ont-ils aperçu, qu'ils abandonnent l'étranger pour aller faire accueil au nouveau venu, et si celui-ci attaque leur premier compagnon, ils l'attaqueront avec lui.

Je vous ai cité des chiens d'origines, de tailles et d'habitudes diverses, se réunissant dans un besoin commun

pour pour?oir à leur nourriture : vous verrez aussi les bœufs, les chevaux, en cas d'attaque, s'entendre fort bien pour se défendre et pour protéger leur progéniture. Or, cette entente cordiale, ordinaire dans des êtres d'une même race, devient impossible entre ceux d'espèces différentes : loin de s'entendre pour le salut général, ils s'enfuieront chacun de son côté,, ou plus souvent encore s'entredéchirero.nt, n'apercevant plus que des ennemis dans ceux avec lesquels ils avaient toujours vécu en paix.

Nous avons vu, à l'époque des amours, les animaux de races diverses, mais d'une même espèce, s'accoupler sans se préoccuper de cette différence de race ; l'inégalité de taille ne les effraie ni ne les étonne. Considérez maintenant ceux d'espèces distinctes, fussent-elles voisines et d'apparence presque similaire, si quelque mâle s'approche d'une femelle, ce sera une exception, et il le fera toujours avec méfiance et une sorte de répugnance. 11 n'a jamais vu de femelle de son type, et pourtant il comprend que celle-là n'en est pas. Eût-il même toujours vécu avec elle en bonne amitié, cette amitié ne le fascine pas au point de la confondre avec l'amour ; il soupçonne un piège : la nature lui dit qu'il y a ici quelqu'un qu'on trompe.

Ajoutons que la femelle est loin d'aider à la tromperie. Sa répulsion est plus grande encore, et c'est pour l'ordinaire à la peur ou à la force qu'elle cède : de là l'infécondité de la plupart de ces unions anormales.

Maintenant, venons-en à l'homme, et sans nous arrêter à sa couleur ou au préjugé de race, faisous-lui subir les mêmes épreuves.

Réunissez dans un hospice, dans une salle d'asile ou dans une crèche des nourrissons de pays divers, Nubiens, Patagons, Chinois, Lapons, Indiens, Arabes, Esquimaux, Français, Anglais, Espagnols, Allemands etc. : vous entendrez tous ces enfants pousser des cris identiques, rire et

pleurer de la même manière et pour des causes semblables. Les mêmes jouets les amusent; les mêmes formes, les mêmes couleurs, les mêmes sons doux ou aigus les flattent ou les épouvantent. Présentez-leur quelque chose, tous, par des gestes semblables, Paccepteront ou le refuseront. Si vous leur plaisez, ils vous feront la même caresse. Si vous les irritez, ils témoigneront leur colère par les mêmes regards, les mêmes trépignements, les mêmes menaces.

Si vous continuez à élever ces enfants ensemble, reconnaîtrez-vous eu eux des diversités de caractères selon leur couleur, la forme de leurs yeux ou le plus ou moins de proéminence de leur mâchoire? — Non. S'il y a en eux inégalité d'intelligence comme on en trouve dans toutes les réunions d'hommes, la race n'y sera pour rien : tous auront, à des degrés différents, les mêmes facultés, les mêmes goûts , les mêmes passions et jusqu'aux mêmes pensées. Vous en aurez la preuve si vous leur donnez un spectacle, ne fût-ce que de marionnfettes : sur chacun de ces visages enfantins, vous suivrez toutes les péripéties du drame; ils seront plus ou moins impressionnés sans doute, mais tous le seront des mêmes scènes et de la même manière, et Ton ne verra pas les uns pleurer de ce qui fait rire les autres.

Quand vient l'âge de la gymnastique ou de ces simulacres de la guerre qui exigent le concours de plusieurs et où les enfants luttent d'adresse et de courage , est-il besoin de leur enseigner ces jeux?— -Non; ils les trouveront bien seuls, et, sur ce point, les enfants de tous les pays finissent toujours par être d'accord. Reconnaissant bientôt les dangers de l'anarchie , ils se donneront des chefs, et ici encore la couleur ne déterminera pas leur choix : c'est le plus fort, le plus leste ou le plus intelligent qui réunira les suffrages.

Quaqt aux jeunes filles, quelle que soit leur origine,

Polynésiennes , Mauresqaes , Canadiennes , Espagnoles , Esquimaudes ou Françaises, toutes également sociables, auront aussi le même goût pour les poupées , pour la toilette et les occupations qui s'y rapportent. Partout les femmes s'occupent de la couture, du tissage et de la coupe des yétements, même là où elles n'en portent pas.

Le jour de la grande épreuve approche. Vous avez vu les animaux d'espèces différentes, élevés et nourris ensemble et parfois par la même mère et du même lait, oublier à l'instant de la puberté cette confraternité d'enfance et, loin de se rapprocher, s'éviter, se fuir, se traiter presqu'en ennemis. Si ces enfants des deux sexes, nés sons des climats si divers et de parents si dissemblables, sont d'espèces différentes, ils doivent aussi sentir de l'un a l'autre une répulsion d'autant plus prononcée qu'elle sera plus réfléchie, puisque leur intelligence est plus grande. Mais non, c'est le contraire qui arrive : tous ces cœurs se sont immédiatement entendus , et les couples se sont formés.

C'est sans doute le rapprochement des races qui a décidé les choix : les blancs ont choisi les blanches, et les noirs ont voulu des négresses ? — Non encore; il est arrivé ici ce qui arrive tous les jours chez les Turcs, les Arabes et autres : la conformité des mœurs, des caractères ou Tinspiration du moment a bien plutôt déterminé les couples que les couleurs. Le grand maître de la nature, qui ne fait rien qui ne soit parfait, a béni ces unions, car, sauf de rares exceptions, ces croisements de races rajeunissent et fortifient la famille et la rendent plus féconde.

En,serait-il ainsi, si, au lieu de croisements entre races, il se fût agi d'espèces? — Non ; une première génération eût pu être forte et belle comme nous en voyons quelques exemples chez les animaux, mais clic eût été stérile.

Si l'espèce humaine ne décroît ni ne s'étiole physique-

ment par ses unions mixtes, ne s'atténue-t-elle pas moralement, et le sang nègre, rouge ou cuivré ne fait^l pas perdre à la race blanche une partie de ses facultés ou de sa puissance intellectuelle? *

L'expérience encorç ici répond : Non. Tout tend à démontrer Futilité de ces croisements pour la consenration même morale des familles qu'on voit tourner au crétinisme ou à Faffaissement mental , enfin s'éteindre partout où elles s'allient constamment entr'elles : or, les familles font les nations.

Ainsi ont péri bien des peuples. Us ont, cru aussi a la pluralité des types , ils n'ont estimé que le leur, ils se sont fait une loi et même un article de foi de le conserver pur ; mais l'orgueil n'épure pas le sang, ni le préjugé non plus, et ces peuples ont cessé Vl'être.

Nous avons remarqué que des animaux d'espèces di* verses, parvînt-on même à les accoupler, il n'en résultait qu'une union passagère, que l'antipathie n'était pas vaincue et que jamais l'un n'adoptait les mœurs ou les goûts de l'autre. Si les différentes races d'hommes eussent été des^ espèces, même chose fût arrivée. Nous voyons, au contraire, avec quelle facilité, quelle que soit la dissemblance de couleur, dans ces mariages mixtes, les deux sexes s'entendent et se soumettent aux mêmes usages, aux mêmes habitudes : leurs plaisirs comme leurs peines deviennent communs ; s'ils ont chacun leur idiome, l'un bientôt oubliera le sien pour parler celui de l'autre.

Ceci me semble caractéristique, car jamais animal, avons-nous dit, quelque longue qu'ait été sa cohabitation avec un autre, n'a pu lui donner, s'il n'est pas de son espèce, son geste, sou mouvement, son cri. Mais laissez des enfants ensemble, sans leur enseigner aucune langue, ils sauront bientôt s'en créer une orale ou mimique, et ils parviendront toujours à s'entendre. Pourquoi?^ C'est

que tous ont en eux une série de pensées, de volonté, de sensations, de goûts, de facultés qui sont ceux de Fespèce . et que la différence de race ou de position ne peut ni détruire ni changer, parce que c'est précisément ce groupe de qualités et de facultés qui contituent Tespèce, et que si on les étouffait pour les remplacer par d'autres, on même si on les groupait autrement qu'elles ne sont, c'est une nouvelle espèce qu'on créerait.

En un mot, l'espèce est bien moins dans la forme que dans r«nsemble des qualités et facultés; et ces qualités et ces facultés, on ne peut les apprécier que par leur résultat.

Par exemple : on me dira qu'un lapin et un lièvre sont de la même espèce, et à l'appui de cette opinion, on ajoutera : tous les deux ont de longues oreilles et une courte queue, tous deux sont herbivores.— Je répondrai : Si vous voulez me convaincre qu'ils sont de la même espèce, il faut que vous me montriez une famille de lièvres qui creuse des terriers, ou une famille de lapins qui établisse des gîtes.

S'ils ne le font pas, c'est qu'ils ont des instincts et des facultés qui ne sont pas les mêmes, c'est que le rapprochement de leur forme n'est qu'une apparence qui ne change rien au fond : ils sont d'espèces différentes, puisque leurs œuvres sont différentes.

Nous avons aujourd'hui des hybrides de lièvres et de lapins qui se reproduisent, dit-on, jusqu'à la troisième génération. Nécessairement une des deux espèces doit prévaloir ici : s'ils sont plus lapins que lièvres, ils creuseront des terriers ; si le sang lièvre domine, ils feront des gîtes. Mais soyez certain que dans le premier cas, après quelques générations, ils redeviendront lapins, et que dans le second vous n'aurez plus que des lièvres. Ils ne se perpétuent qu'à l'une ou l'autre condition, parce que la nature fait de nouvelles races, mais ne crée pas de nouvelles espèces ; ou si elle en crée, c'est par un procédé à nous inconnu et

tout autre que celui de Taccouplement entre deux espèces existantes.

Ce qui constitue nettement la parité d'espèce ou l'analogie du type entre deux êtres , fussent-ils d'apparence inégale, est donc la similitude des instincts, des facultés, des mœurs, des goûts, des passions, enfin de certaines qualités innées qu'on retrouve dans tous les individus nonobstant la différence de races et qu'ils ne perdent jamais, quels que soient les croisements de ces races et les modifications de forme qui peuvent en résulter, qualités qui se manifestent par des œuvres ou des actes qui ne sont pas ceux d'une autre espèce.

Cette analogie morale ou ces rapports d'instincts, de goûts, de facultés, révèlent la véritable analogie d'organes ou celle des organes intérieurs échappant à nos yeux et qui n'en sont pas moins les plus essentiels, puisque ce sont ceux-là qui gardent le type originel et perpétuent l'espèce.

Ceci je l'applique aux hommes. Si je voyais une race de sauvages qui fût apte à la pêche et seulement apte à cela ; une autre qui ne le fût qu'à la chasse ; une troisième dont toute rintelligence se bornât à chercher des racines et à distinguer les bonnes des mauvaises, je dirais : Ce ne sont pas là des races, ce sont des espèces.

Si, dans notre civilisation, il était un peuple qui passât sa vie à rimer et à chanter et ne pût faire autre chose; un second qui ne sût que modeler ou sculpter et créer des œuvres de terre, de bois ou de pierre, et à qui il fût impossible de faire comprendre ce que c'est qu'un chant, un vers, une idée poétique ; enfin, s'il en surgissait un troisième également impropre à la poésie et aux arts, mais qui excellât dans les métiers purement mécaniques, et que ni le raisonnement ni la force ne pussent faire sortir aucune de ces races de sa spécialité ; quelle que fût l'apparence de ces peuples, eussent-ils la même figure, les mêmes sens,

la même manière de vivre, je dirais : Ce ne sont pas des races ou des branches d'une même souche, ce sont trois espèces bien distinctes.

Maintenant, je pose cette question : De telles catégories existent-elles sur la terre?

Est-il quelqu'un, même parmi les plus chauds partisans de la polygénie, qui puisse affirmer que dans les races noires, rouges, jaunes, il n'y ait pas, ainsi qu'ils existent chez les blanches, l'instinct, le goût, le génie, bref, l'aptitude à tous les arts comme à toutes les industries? Que si l'on faisait élever, avec tous les soins convenables, un certain nombre d'enfants pris parmi ces peuples divers, il n'en pourrait sortir ni un sculpteur, ni un peintre, ni un écrivain, ni un médecin, ni un avocat, ni aucun élève qui, après cette éducation, pût approcher en rien de ce qu'avec les mêmes soins on obtiendrait de nos enfants?

Si l'on me donnait celte affirmation et si les choses étaient réellement ainsi , convaincu par l'expérience , je dirais : Décidément ni la faculté artistique et littéraire, ni aucune de ces capacités qui distinguent Thomme de la bête, n'existant dans cette espèce noire, on s'est trompé en l'appelant race humaine, elle n'en a que l'apparence ; c'est une espèce différente qui se rapproche de l'homme pour la forme, mais qui en diffère essentiellement par les facultés.

Voici nos conclusions :

Toutes les races d'hommes émanent d'un couple unique; elles peuvent procréer ensemble et se perpétuer. Telle est la preuve physique qu'elles ne forment qu'une espèce.

Toutes les races d'hommes ont les mêmes instincts et les mêmes facultés ; toutes jouissent de la parole ; toutes, avec plus ou moins de succès, peuvent apprendre et faire les mêmes choses. Telle est la preuve morale de cette unité d'espèce, nonobstant la pluralité des races.

Végétale ou animale, l'espèce seule est durable.

La race est variable, mais jamais jusqu'à sortir des limites de Tespèce ou des conditions qui la déterminent.

Arrivée, par les croisements, à un certain point de mo-^ dification, la race, ne pouvant aller au-delà, tend toujours à revenir à son type originel.

S'il n'en était pas ainsi, le type primordial de Thomme aurait disparu sous ces croisements multipliés. La famille humaine actuelle ne se composerait que de races. L'espèce mère serait perdue, et elle n'aurait pu en laisser l'analogue : l'espèce peut se reproduire en races, mais non créer une espèce.

D'une race on ne pourrait faire une espèce que si l'on anéantissait en elle tous les instincts de l'espèce dont elle émane, et si on les remplaçait par d'autres instincts absolument différents.

La raison, c'est que ce n'est pas la forme qui crée l'instinct. Cet instinct précède la forme : il fait partie du germe ou du principe de la vie ou de l'individualité.

Le rapprochement des instincts doit amener le rapprochement des formes. Néanmoins, si l'analogie de la forme extérieure peut indiquer l'espèce, elle n'en est jamais la preuve.

La différence de l'enveloppe ou de la forme extérieure ne prouve pas davantage la diversité d'espèce.

C'est donc moins l'analogie des formes qui fait l'analogie et le rapprochement des espèces, que la similitude de leurs instincts et de ce qui en résulte, c'est-à-dire de leurs actes ou de leurs œuvres.

C'est donc d'après leur degré d'intelligence et la nature de cette intelligence ou sa spécialité qu'on devrait classer les espèces, car on ne classe ni les machines ni les inventeurs ^t fabricants de ces machines d'après leur figure, mais d'après la nature et la qualité de leurs produits.

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