Î POPULARITÉ
POPULARITÉ. Combien de gens ont sacrifié leur fortone, leur repos, leur conscience, leur rie pour obtenir la popularité ! Or, qu'est-ce que la popularité? Telle est la question que je posais on jour devant un homme qui, pendant une semaine, en avait eu prodigieusement. Voici ce qu'il me répondit :
— Avoir de la popularité, ou en d'autres termes* être populaire, c'est être aimé du peuple et devenir son fevori, son benjamin.
— Je comprends, lui dis-je, mais qu'est-ce que cela rapporte ? — Cela rapporte beaucoup d'bonneur et de iort beaux privilèges. — Lesquels?— Quand nous passons, la foule dit: Le voilà qui passe. — Après ? — Elle nous applaudit au théâtre ou à la tribune. —Et puis?— On parle de nous dans les cercles, les cafés, les journaux.— Ensuite?
— Cela serait trop long à dire. — Dites toujours.
— Eh bien! elle nous prend sous sa sauvegarde, et si nous vivons sous un gouvernement ombrageux et qui veut nous chercher noise, elle brise les vitres et les réverbères, et tue en notre honneur un homme ou deux, souvent plus. 11 est vrai qu'on nous en rend quelquefois responsable : on nous déporte, on nous met en prison.
— Alors la foule vous en tire ? — Non ; pour Tordinaire elle nous y laisse, mais nous ne lui en sommes que plus cher, et si nous y mourons, elle nous tresse des couronnes d'immortelles.
— Mais si vous n'y mourez pas? — Elle nous plaint, elle nous pleure.— Cela dure-t-il longtemps?— Oui sans doute.
— Après?— Après, elle se console : on ne peut pas pleurer toujours.
Tel était le dialogue que j'avais avec un de mes voisins, ancien carbonaro, aujourd'hui parfumeur. On voit qu'il y avait du Brutus, du Gracchus, du Scœvola et même du César dans cet homuvd-là. Aussi ce qu'il venait de dire