LE PROMETTEUR
nitioii exemplaire, et, par des conseils paternels, il en a fait de bons employés. A beaucoup d'autres il a procuré l'avancement dû à leur ancienneté ou à la supériorité de leur travail, et néanmoins M. P** n'est pas aimé.
Pourquoi? Peut-être, c'est que tout en rendant service, il le fait avec un air de protection, avec hauteur, avec dédain ; /s'est qu'il est bourru, c'est que son bon cœur se cache sous des formes brutales; c'est qu'il n'a pas une parole de consolation pour ceux à qui il ne peut faire de bien?
— Non, ce n'est rien de tout cela, c'est même absolument le contraire. M. P** s'est fait partout des ennemis par son excessive bonté. Quand il ne peut obliger, il lui coûte trop de le dire; il ne le dit doQc pas. Il donne au pétitionnaire des espérances qui ne seront jamais réalisées ; en un mot, il promet, et souvent même avec la certitude de ne pouvoir tenir sa promesse : c'est le prometteur universel.
Qu'en résu!te-t-il? C'est qn'une foule de gens attendent et toujours vainement, et chaque fois qu'ils voient donner à d'autres ce qu'eux-mêmes convoitaient, ils s'imaginent qu'on le leur vole. Ce n'est pas Thomme qui a la place qu'ils considèrent comme le voleur, mais bien celui qui leur en avait fait la promesse. Celui-là seul, selon eux, est la cause de leur déconvenue, car s'ils n'avaient pas compté sur lui, ils se seraient adressés à d'autres, et, par eux, ils auraient obtenu ce qui leur était dû et qu'on vient, avec tant d'injustice et de perfidie, d'accorder à leur concurrent.
C'est ainsi que raisonnent les solliciteurs malheureux et exhalent leur mauvaise humeur, laquelle ne se calmera jamais si bien qu'ils ne vous en gardent rancune toute la vie.
M. de C** agit tout autrement : il ne s'engage jamais, même avec ceux qu'il protège le plus. Il répond : j'examinerai, je pèserai vos droits, je ne vous promets rien.