IX. LA JOVI éCARLSTB
Que s’ était-il pas 'é dans le cabaret de maître Berdin le Bourguignon, tandis que le masque rouge et l'homme au manteau causaient en sp mlde?
La ballerine avait répondu à mademoiselle Claire, qui veoail de pousser tin cri <■« la preuant pour sa cousine, mademoiselle Arntandioc de Vérinicre» :
a Je ne sois pas celle que vous croyez, rl je me nomme Farandole.
— Ohl c’est impossible, c’est toi, Armv !<• ! Je reconnais tes beaux cheveux noirs, les grands «eux, ton j;e front)
— C’est donc vrai, dit la ballerine avec uu sourire mélancolique, je ressemble si parfaitement k une grande dame, qu'on ra'n dit que si nous nous irouvioM l’une à côté de l’autre, on nous confondrait.
— C'est vrai , dit Berdin, et je te P ai dit unirent, a
Mu emoiaelle Claire d'Asay regardait toujours la danseuse avec une sorte de slnpeur.
« À ou , mademoiselle, dit Berdin . moi aussi je vous affirme que vous vous trompez. Je commis Farandole depuis dix p.na quelle danse avec la jupe rouge que vous voyez, a
Fuis, t'adressira! k la ballerine :
• Qu'ot-ce que In veux, ma fille?
— Des babils de femme. F.n a»-lu ?
— liou.
— Cependant lu as une fille de service appelée Marianne?
— Je l’ai renvoyée il y a deux jours.
— Et elle ne t'a rien laisié de »a défroqué?
— Rien. *
La danseuse su tordit 1rs ma'n*.
• Il ntr faut pourtant «ira habits autres que ceux-lk...
— Ma * pourquoi?
— Ah ! je ne sais pas... Mais uu homme est là dehors qui m'attend et m’a offert de sauver quelqu'un de ls grill* itinc, — rt tu sais, ajouta Farandole avec angoisse, ai je suis femme à refuser!
— Mais qui donc vas-tu sauver?
— Je ne sais pas...
— Fri re un homme? est-ce une femme?
— 0!i ' ce doit être une femme, car il est biro ému, cet homme; il • des larmes dans U rois , et II marchait (ont à f Lcurc comme si on l'eût conduit lid-mêmf k jtine.
— F.t il «eut q 1 aitf babils?
— Oui. ,
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas... n
Ber lin sembla réfléchir.
« Comment est-il, cet homme?
— 11 est grand , il a les épaules larges , la roix pleine et sonore , un cou de taureau et de grands beaux yeux q*>i vous descendent au fond de l'Ame. *
Un souvenir parut assaillir le cabaretier.
s Si e’étnil lui! pensa-t-il font haut.
- — Qui , lui? demanda mademoiselle Claire.
— Renfliez , rrprit le Bourguignon pariant avec précipitation. Je suis du pays du votre cousine, mademoiselle...
— Je le sais , l'ériniérns est tout près de Coulanges.
— Il y a six ans, poursuivit Berdin, nn homme tint dans le pays, qui sc prit pour votre cousine d'une passion violente.
— F.t... cet homme?
— Oh! dit Berlin, baissant la voix, crt homme ressemblait au portrait que Farandole vient de nous faire... cet homme, il est luut-pui«»nut aujourd’hui... et ce qn'il veut... il le pont...
— Mais son nom?
— Ce nom brûle les lèvres, mademoiselle... »
Ft Beruiu su pencha k l'oreille de Claire d'Azay, qui frissonne.
« Oui, dit Berdin qui s'échauffait en parlant, ce doit être lui.... et c'est pour la sauver, elle...
— Elle?
— Ah 1 mon Bien , murmura l'honnête cabaretier, mais vous ne savez donc rien?
— Que votirer-votts que je sache?
— Mais votre cousine est condamnée à mort)... »
Claire ^eta nn cri.
. F.t c cri peur ta sadvér; oh! je dèvine loul maintenant.
— C'est-k-dire , murmura Farandole avec mélancolie, qu’on m'enverra à sa place là-bas...
— Oh ! n n... il doit avoir trouvé un moyen. Tiens, petite, voilà ce qoe je m'imagine...
— Parles! dit Clatie d'Azay, qai continuait de regirder In danseuse.
Arrétni arrêt*!' e'ert mm mari. .. eVtt Victor! — Paje «I.
— Je me figure, reprit Ilerdin, qu'il va te mettre à «a place dans ta prison. Et puis, demain, quand elle sera partie, lu te feras reconnaître... Il y s assc* de monde à Paris qui a ru danser Farandole.
— Tcil rein m’est égal . dit tristement Farandole; ri je meurs, j'irai rejoindre Victor. O mon Dieu ! ajouta-t-elle avec angoisse , mois où donc tronverai-je des babils?
— Preoes les miens, dit Claire avec un accent résolu.
— Les vôtres !
— Oni , puisque c’est pour sauver ms cousine.
— Mais, dit la danseuse, vous u' aller pas rester ici, von*, nia* demoiselle? Comment ferci*vous?
— Je mettrai votre jupe rouge et votre basquine. »
Ces mots firent sourire le bon Allemand, jusque-là grave et rilsncieux .
■ C'est an bon costume , après tout , dit-il , pour courir les rues de Paris. On ne devinera jamais qui voos ôtes, quand on vous verra ainsi vêtue. »
Déjà mademoiselle Claire *’éloil enfuie dans l' arrière-salle du cabaret et elle s'y dépouillait de ses habits.
La ballerine l’y suivit.
Pendant quelques miaules , le cabarrtier et le boa Allemand se regardèrent silencieusement.
Enfin , Brnlio lui dit :
• Qu'est donc devenu Jérôme?
— Je ne tais pas... mais, fil tout bas l'Allemand, il a trouvé un acolyte, un misérable comme lui qui a levé sur mademoiselle Claire un regard impur et fera tout pour ai river jusqu'à cHc.
— Oh ? dit le Bourguignon avec un geste d'effroi... et eut homme.. .
— C'eat un homme de la police. «
Ilerdin frissonna.
• Mais comment s'appelle-t-il?
— Je ne sais pas ; on le nommait le ilaneilloi» , à l'auberge do
Corbeau rivant.
— Le Marseillais, s'écria Ilerdin avec on accent d’épouvante; ah 1 le brigand !
— Vous le connaisse*?
— Oni... pour mon malheur... il est venu faire une perquisition ici, il y a huit jours... et il a arrêté un geotilhomme que jo cachais.
— Et ce gentilhomme?
— Mort ! » murmura tristement le cabaretier.
En ce moment les deux femmes reparurent.
Berdin et Friti Millier ne purent se défendre d’on mouvement
d* étonnement.
Farandole était habillée en paysanne ; Claire avait endossé la jnpe rouge et la basquine de velours noir de la danseuse.
Le» deux femmes aimi vêtues semblaient avoir rabi une métamorphose morale et physique.
la ballerine était rcacvenne modeste, simple, presque timde. Seul, son œil avait conservé le sombre éclat du désespoir.
Claire , au contraire , paraissait avoir pris une certaine I ardirsse de regard et de tournure. Ses belle* épaule* une» frémissaient , et,
: roiiuui.' In danseuse , elle avait rejeté ru arrière , pour mettre à j découvert son beau front . sa luxuriante chevelure blond*. L'Allemand admira et murmura tout bas :