‹ Les masques rougesChapitre 16 sur 44 · I.o citoyen Isnard fil la grimace · texte numérisé non relu

I.o citoyen Isnard fil la grimace

« Après la pluie vient le soleil, poursuivit le Marseillais. On a' est mouillé d'abord, il faut se sécher... et pour cela il n’est paa inutile d'avoir des habits de rechange.

— C'est vrai, dit le citoyen Isnard.

— J’ai découvert pour l'heure où le soleil reviendra on joli petit chèteuii entouré de bois et garni de quelques fermes. Il y a dedans une jolie fille dont je ferai ma femme... »

L’honorable député du Var regarda le Marseillais avec un air de surprise assez irrévérencieux ; mais celui-ci poursuivit :

« Figure-toi qn'il y a à Paris nnc jeune fille dout le père et les frères sont émigrés, et ne rentreront pas de sitôt.... s'ils rentrent.

• — Bon! Après?

— Elle est jolie, la petite, si jolie qne je m'en suis toqué.

— Vraiment’... Et tu veux l'épouser?

— Le château me convient.

— Maison les r&sc, les châteaux.

— Qu'est-ce que ça fait? On ne rasera pas celui-là.

— Ali! lu crois?

— Car il sera acheté par uo bonhomme d'intendant qui aéra maire de sa commune, membre du district et ami fidèle de la république.

— Je ne comprends pas grand’ chose à tout ce que tu me racontes là, dit le citoyen Isnard.

— Faut-il m'expliquer?

— Sans doute.

J« a'ftl qn'un Ml à d«rv, qu'uu bout «U * Mjner, «t j« i'miom coucher à U Ceocùfftrie. — i:..

— Mai» c'est que. voyez-vous, dit le Marseillai» en se grattant F oreille, j’aimerais mieoz ne pas m'expliquer du tout.

— Comme il le plaira.

— A 1a condition toutefois que tous me ferex nommer commiswire...

— Dans l'Yonne?

— Certainement.

— Et pourquoi ne veux-tu pas t’expliquer, citoyen? demanda le citoyen lanard ,• qui était non - seulement bavard , mais encore evrieox.

— Tcnei-vous à en savoir la raison?

— Ooi.

— Eh bien , c'est parce que vous êtes au fond une trop buune pâte d'homme... *

Le citoyen Isoard ne prit pas ces mots pour un compliment ; il cnit devoir froncer le sourcil.

• Je suis, dit-il, juste, mais sévère, et je ne pactiserai jamais avec les ennemis de la république. »

Le Marseillais haussa les épaules.

■ Mon pauvre citoyen député, dit-il, il y a loin de vos opinions actuelles à celles que vous professiez en 1787. Vous souvenez-vous comme vous étiez dévoué à la monarchie alors?

— Tais -toi, drôle!

— Bon ! voilà un mot de I* ancien régime , citoyen 1

— Enfin, que veux-tn dire?

— Je dis que vous êtes au fond un brave homme que la peur a rec du terrible, nu mouton inolïensif qui s’est transformé en loup, cm homme qui demande des têtes parce qu'il tremble de laisser choir la sienne.

— Mais te tairas-tu , misérable !

— Allons donc, citoyen, ne craignez rien... nous sommes seuls... on ne nous entend pas!... *

Le malheureux député du Var suait à grosses gouttes, et gémissait, impuissant, sous les sArcasmps du Marseillais.

u Tenez, poursuivit ce dernier, donnez-moi seulement un mut pour le citoyen Robespierre. ■

A ce nom , la transpiration du citoyen Isoard devint plus abondante.

Le Marseillais lui indiqua (Ton geste une table sar laquelle il y avait ce qu’il faut pour écrire.

m Mais , observa le député du Var, crois4a que je ne ferais pas mienx de lui parier moi-méme?

— Non.

— Cependant...

— Cependant, dit froidement le Marseillais, c'est comme ça... prenez la plume, je vais dicter. «

Sans doute le Marseillais exerçait une pression étrange , absolue sur le citoyen Isnard , car il prit la plume en laissant échapper an geste désespéré.

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