I-e petit œil de la Mayotle pétilla
» Sais-tu, reprit le Vieux d’un air affable, que ta n'es pas mignonne tout de même , ma bru?
- — Pourquoi donc ça?
- — Mais parce que tu ne veux pas rae rendre mon demi-tiers, » En | arlanl ainsi , le Vieux faisait tout bas celte réflexion : a Je ne vent rien avoir à me reprocher. »
Mau b Mayotte lui répondit avec un rire effronté :
• C'est Xicobs qui Ta dit. Tant pis pour ions... il faut travailler tout de même, b. au- père.
— Hélas ! soupira le l ien* , qui peur-ait eu même temps : — J'ai fait une mi-ilienre affaire qm- loi, méchante grêlée... cl lu as en bien tort de me voter mon demi-tiers.
— Chul! fit tout à coup b Mayotte en posant un doigt sur ses lèvres.
— Qu’est-ee? »
Me indiqua b porte dn cabuiet avec b main.
Vu ronflement sonore se faisait entendre au travers, u Ils durmeni, dit le lieux.
— Est -ce que vous avez entendu craquer le lit, vous, beaupère ?
— Oui , quand ils se sont couchés.
— Eh bien, v’Ia le moment...
— Descends-tu h b cave?
— Et von* aussi, faut bien que vous m’éclairiez, benu-père?
— C'est juste. «
La Mayotte prit uuu bottine qui pendu I sous le manteau de la cheminée, y plaça no bout de chandelle et se leva la première.
Le Vieux avait bourré une seconde pipe.
« Ali çè! mais. c'est drôle tout de même, dit-il À b Mayotte, éacquemaid ue bouge pi».
— Eh bien' c'est qu'il a besoin de dormir, répondit la grêlée. Est- ce que vous croyez à ce» bêtises, vous, beau-père?
— Qui vivra verra ! » ricana le petit vieillard, qui eut un sourire sinistre.
Iji Mayotte n'y prît garde.
Elle ouvrit la porte du dehors, abrita sa lanterne avec la main et sortit b première.
Le Vieux, sachant qu'on aurait besoin de retourner â la cuve, avait négligé de refermer la trappe de tôle; c’était de la besogne de moins.
Lu Mayotte deaceudit d'un pied léger, comme si elle fût altéu à une fétc.
Toujours flegmatique et calme, le Vieux b suivait sans dessi ner les dents.
« C'est une jolie idée qu'il a eue la. maître Xicobs, dit b Mayotte en posant sa lanterne sur une futaille lide.
— - Oui . dît le Vieux, mal* j’aime mieux te voir défaire la corde que la défaire moi- même.
— Et pourquoi cela, beau-père?
— Parce que j’aurais peur d’étre écrasé. Ça tombe rudement vite la trappe.
— Oui. mais je saute bien, moi. Vous allez voir. *
Et b Mayotte posa une main sur b corde qui faisait jouer b bascule du ht et précipitait le* victime* dan* b cave.
Cette corde était enroulée autour d’une grosse cheville plantée dans une pièce de bois Irmmersalc.
h Attention ! « dit b Mayotte.
Le Vieux s'effaça, u Çu y est-il? fit b grêlée.
— Ça y est. r . i
— Alors, soufflez la lanterne, et gare dessous I »
File arraeha la cheville et voulut faire un bond en arrière; niais a;;ile et perfide comme un chat, le petit vieillard loi donna un croc* en-jamhe, la rejetant ver'icalement au-dessous de b trappe.
Eu même temps b bascule joua et le lit tomba sur elle...
Le Vieux n' avait point éteiul b lanterne.
Maître Nicolas Goorja entendit le bruit du lit tombant dans la cave.
• Le coup est fait! ■ pensa-t-il.
El il descendit pieds nus, son merlin à la main.
Des cris déchirants montaient drs profondeurs du sol.
■ il faut les achever! ■ se dit-il.
Et il courut à rentrée de la cave.
Mais là, les cris devinrent plus distincts, et maître Nicolas fris* sonna et pâlit ; c'était la Mayotte qui criait.
Il descendit , éperdu , et trouva sa concubine les deux jambes broyée* par le lit.
Le Vienx s'était blotti dans une futaille vide.
1a lanterne brûlait toujours.
Maître Nicolas Gourju demeura un moment inerte, immobile, contemplant d'un mil abruti la Mayotte, qui se tordait sanglante et les lèvres bordées d'écume, sous les débris de cette tuasse qui l'avait
écrasée.
Mais, tout aussitôt, un éclair se fit en haut de la voûte, une balle siffla, et maître Nicolas Gourju tomba mort. Le baron d'Azy, penché au bord de la trappe béante, venait de faire justice de Vaaaassin.
« Voilà! ricana le Vieux en sortant alors 4e sa futaille, comment finissent les enfants qui volent leur père, a
Le jour commençait à poindre lorsque denx hommes . qui marchaient assez rapidement, arrivèrent à la porte de la Conciergerie.
L’un était tout de noir vêtu ; l'autre portait celte éternelle carmagnole qu'endossaient les patriotes exaltés
Ces deux hommes, nous les avons déjà vus ensemble. C'étaient Robespierre et Olivier Brun, dit le Marseillais.
A iiagt pas de cette terrible porte de la Conciergerie, qui rarement s'ouvrait pour rendre à la liberté, ils s’arrêtèrent tous deux.
» Voyuus, dit Robespierre, explique-toi bien clairement, citoyen.
— ic vais essayer; mais pour cela il nie faut un area.
— Parle.
— Vous voulez perdre Danton?
— Je veux la preuve qn’il est de connivence avec les masçuss ronges et qu'il protège les aristocrates.
— Et si je vons donne cette preuve, le perdrez-vous?
— - Oui. »
Ce mol fut articulé sèrhemeul , comme un arrêt de mort.
« Eh bien, écuutei-moi... n
Et le Marseillais s'assit sur le parapet du quai, en face de la Conciergerie, tandis que Robespierre demeurait debont.
« Le citoyen Danton, reprit-il, aime une aristocrate.
— Ah!
— Oui , une fille de ci-dcvant , mademoiselle de Vérinières...
— Ce nom m’est connu, dit Robespierre, mais attends dooc... Elle a été condamnée à mort il y a trois jours?
— Oui.
— Et exécutée...
— Non.
— Ah! c'est juste, je me souviens.... Il parait quelle eat enceinte. B
Le Marseillais haussa les épaules,
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l< tiouilM «Lit debout, eui«U>|»|* (Uot un grand maulcau, cl k mage cuuvcrt d'un ma»que rouge. — l'agc V).
■ C'est ce qu’ils ont dit, mais c'est faux; mademoiselle de Véritiièrrs rat une honnête 611e, et depuis trois jours elle pruteste énergiquement contre ce qu’elle appelle une infime calomnie.
— Alors, dit froidement le leirible proconsul, je ne vois aucrn îdc nvéuient à ce qu’elle soit exécutée.
— J’allais vous le proposer.
— Ah!
— C’est pour cela que je vous ai prié de m’accompagner à la Conciergerie.
— Mais ces cboses-là ne me regardent pas directement.... c’est l'affaire de Fonquier...
— Fouquier est bien avec Danton , et Danton veut sauver mademoiselle de Vérinières à ton! prix. Or, suivez bien mon raisonnement. Nous allons pénétrer dans la prison de mademoiselle de Vérinières.
— Bien.
— Vous l’interrogerez et lui ferez signer une déclaration comme quoi elle n’est pas enceinte.
— Crois-tu qu'elle signera?
— Des deux mains. Aujourd’hui, quand le comité de salut public se réunira, fort de cette déclaration écrite, von* ferez venir Fouquier et vous vous étonnerez de ce qu’on ait sursis à F exécution de mademoiselle de Vérinières.
— Et je le ferai en présence de Danton?
— Naturellement. Vous le rerrrz p&lir alors... pâlir, se troubler, bsdbntier... Il était superbe hier matin, mais vous le verrez devenir tremblant, humble, suppliant... *
• Robespierre écoutait avec ravissement le Marseillais et semblait jouir déjà de son Iriomphr,
» Et tu crois, dit-il, qu'il s« trahira?
— Oui , pour sauver mademoiselle de Vérinières.
— Ah! murmura le procousul, je suis capable de faire grâce à ccllc-là si Danton avoue sa complicité avec les ma?>|iirs rouges.
— Kl lui, dit brutalement le Marseillais, lui ferez-vous grâce?
— Non. •>
Le terrible agent de police porta la main â son bonnet.
■ A la honne heure! dit-il, vous êtes le seul homme logique de ce temps-ci , vous, citoyen Robespierre. Vous sentez que la république ne peut se fonder qu'à coups de hache !
— Allons, * dit Robespierre, que les compliments du Marseillais ne flattaient pas.
Ils frappèrent h la porte de la Conciergerie, et quand le guichet se fut ouvert , le Marseillais se montra.
L’agent de police avait ses grandes et ses petites entrées dans les prisons. Redouté de tous, exécré de tous, il signalait ordinairement son passage par des plaintes et des récriminations contre les geôliers et les autres employés. Il avait clé la cause de plusieurs révocations. C’était lui qui avait envoyé à la guilli'tine un aide-guichetier qui avait eu l’imprudence de pleurer sur le passage dp la charrette.
Le geôlier en chef viot recevoir le Marseillais et fit ouvrir la porte.
Puis il reconnut Robespierre et salua.
• Montrez-nous le livre d’écrou, • dit le Marseillais.
Le geôlier se fil apporter le registre , et le Marseillais indiqua du doigt à Robespierre In notice qui concernait la citoyenne Armande de Vérinières, entrée le... condamnée le... réintégrée à la Conciergerie. dans le cabanon n" 14.
Robespii ne dit au geôlier :
XES MASQUES ROUGES.
« Celte femme fit-elle tou jour* ici? •
— Toujours.
— Perstfle-fllc fi soutenir qu'elle nVst pas enceinte?
— Depuis deux jours cite ne parle pas et reste constamment couchée.
— Mais elle mange?
— Oui , lorsque nous nous sommes retirés.
— Kl elle ne vous adresse jamais la parole?
— damais.
— Quel fige a-t-elle?
— Vingt ans.
— Est-elle belle?
— Comme un angp.
— Aristocrate! dit le Marseillais, tn sais bien qu’il n'y a plus d’anges! *
Robespierre sourit, et s'adressant au greffier:
« Prenez une plume et de l’enrre, et conduis, z-nous au cabanon