‹ Les masques rougesChapitre 23 sur 44 · I.C geôlier obéit · texte numérisé non relu

I.C geôlier obéit

Lorsque la porte du cabanon se fut ouverte , il se fit un léger mouvement sur le lit de sangles qui en occupait le fond.

La prisonnière, qui dormait toute vêtue, s éveilla et leva la télé.

Robespierre fit un pas en n riêre, tant il fut frappé de sa beauté.

u C’est un beau brin de fille, ma foi ! r d'rte Marseillais.

La prisonnière les regardait tous deux alternativement et semblait te dire :

« Que peuvent-ils nie vouloir? Est-ce le bourreau et un juge? nu bien sont-ce deux bourreaux?

— Citoyenne, dit Robespierre, vous avez été condamnée & mort, il ou n’a sursis à votre exécution que parce qu'il a été reconnu que vous étiez enceinte, n

La prisonnière se leva, regarda Robespierre en face et partit d'un i Vlat de rire.

u Ab! bon! dit- elle, je vois que vous ne savez rien, vous r.iilrcs!... «

Ces mots dans la bouche d'une aristocrate étonnèrent ring. 'fièrement le procon-ul.

•. Je n'ai jamais été condamnée fi mort.... et je ne suis pas enr ointe!...

— C'est pourtant bien la citoyenne Armande de Vérinières? demanda Robespierre au geôlier.

— Oui, dit ce dernier.

— Non. » dit la prisonnière.

Le Marseillais haussa les rpuules.

a Je ne m'attendais pas, dit-il, fi ce qu’elle nierait son identité. *

loi prisonnière s'éluit assise sur son lit et riait toujours.

n Voici trois jours que je suis ici, disait-elle, et ils s'y sont tons hompés! tous ils me prennent pour la citoyenne de Vérinières....

• • uis ne vous chagrinez pas, mes beaux messieurs, la citoyenne de 1 1 nnières est en lieu sûr... cl ceux qui m’ont mise à sa place,,. >■

Ces mots arrachèrent lia cri de surprise à Robespierre et au Marseillais.

v Qui donc êtes-vous? dît Robespierre.

— Une chanteuse des mes qu'on appelle Farandole, » répondit-

Robespierre regardait Farandole.

La ballerine reprit, risut toujours :

« Vont êtes vêtu de noir, vous; votre cravate blanche et votre gilet blanc me prouveu! que vous êtes un homme sérieux , uu homme du gouvernement.

— Après’, dit froidement Robespierre.

— Voos venez rri’inlerroger, poursuivit la danseuse; vous venez e :voir si je m'appelle Armande de Vérinières, n’est-ce pa*?

— Oui, dit le proconsul.

— Eh bien! «on... repon lit Farandole. Je suis une danseuse, f: e ballerine, une fille des rues; tout le monde à Paris me connaît; te.it le monde sait qui je suis... Je m'appelle Farandole.. . Je chantais rue des Buus- Enfants... Demandez... tout le monde vous le dira!... «

Robespierre leva sur le Marseillais nn regard sévère.

« Qui trompe-t-oo ici , dit-il , est-ce toi ou moi ?

— Peut être tous les deux, » répondit Olivier Uruu décontenancé.

Farandole continua :

« Je te reconnais maintenant, citoyen, avec ton gilet blanc et ton LJ'it noir, tes lèvres minces et tou visage blême, et tes petits yeux '

gris sans chaleur. Tu es Robespierre, le grand citoyen, le pourvoyeur de la guillotine. »

Robespierre ne sourcilla point. Sa voix ne subit aucune altération.

• Mon enfant, dit-il simplement, ne cherchez point à me tromper. Si vous êtes mademoiselle Armande de Vérinières, dilcs-lo hardiment. C'est la liberté que je vous apporte. »

Farandole se mit fi rire de nouveau.

c .Mademoiselle de Vérinières, dit-elle, n’a pas besoin de sa liberté; elle est libre depuis trois jours. Depuis (rois jours elle a

quitté Paris me laissant ici à sa place car je lui ressemble

connue la goutte d’eau ressemble à la goutte d'eau. »

Ces derniers mots jetèrent nue clarté dans les téuèbrcs donê cette ai future emplissait le cerveau de Robespierre.

Il fronça le sourcil.

n Ah! dit-il, vous ressemblez fila citoyenne de Vérinières?

— Oui.

— l’t vous avez pris sa place dans ce cachot?

— Oui. »

Robespierre se tourna vers le geôlier.

« A ton tour, dit-il, explique-toi... •

Le geôlier répondit :

« Celte femme esi bien la citoyenne Vérinières; Dira ne fait paa deux créatures semblables.

— Envoyez chercher les gens de mon quartier, dit Farandole, et vons verrez... ils me reconnaîtront tous.

— Mais enfin, reprit Robespierre, si vons n’élcs pus la citoyenne Vérinières, comment êtes-vous entrée ici?

— Deux hommes m'ont amenée.

— Ah F

— L'un d'eux, rn franchissant le seuil extérieur de la Conciergerie, a montré une petite plaque de cuivre... don fa laissé passer.

— Et cet homme vous a amenée ici?

— Oui. ■

Robespierre regarda de nouveau le geôlier :

« Est ce vrai, cela?

— Oui, citoyen. On m’a montré une médaille de député, et j'ai cru devoir obéir.

— Et cette femme était avec eux?

— Elle ou une autre, car maintenant, je n'y comprends plut rien.

— Et moi je comprends tout maintenant, » dit Robespierre. Olivier Brun était fort calme.

« Citoyenne, dit-il fi Farandole, connaitricz-vons les hommes qui vous t>nt amenée ici?

— - Peut-être...

- — Pourriez-vons les nommer?

— Tu es naif, toi, citoyen, répondit la jeune fille avec clYionterie. Penses-tu donc que je rais donner de ta besogne fila guillotine?

— Prends garde! dit Robespierre fi son tour. Tu joues gros jeu,

ma petite. . . *

— Allons donc! je n’ai pas peur de la mort, moi... *

Et le sourire abandonna scs lèvres, d une larme roula dans ses yeux.

• Est-ce que j'ai besoin de vivre, moi? N'a-t-on pas guillotiné Victor? »

Le Marseillais se frappa le front,

« Ah! dit-il, je me souviens... cl je te reconnais... oui, tu e» Farandole! »

Puis, se penchant fi l'oreille de Robespierre : b Nous tenons bien mieux notre homme, dit-il, que si nousavionx la vraie citoyenne Vérinières sous la main.

— - Comment cela?

— J'ai mon plan, dit Olivier Brun. Seulement]'! fout mettre cette jenne fille eç liberté.

— Ab!

— C’est le seul moyen de le prendre au piège... connue uo( bête faute.

— Soit! * dit Robespierre.

Et il dit au geôlier tout tremblant et- qui s’attendait fi être révoqué ; ,

• Va me chercher !r livre d'écrou.

— Est-ce aujourd'hui que vous allez me guillotiner? demanda Farandole, qui n'nvait pu entendre ce que le Marseillais die citoyen Robespierre s'ôtaient dit tout bas.

■ — C’est aujourd'hui... et tn va» nous suivre. »

Farandole ne témoigna ni surprise ni terreur, s Comme vous voudrez, *> dit-elle.

Robespierre avait pris une plume et écrivait ce* ligne* en marge do nom de trnidt-mo’iM-lle Armand? de Vérinières :

« Evadée... Les citoyens Robespierre, représentant «In peuple, et Olivier Brun, agent de police, s'étant transportés à la Conciergerie et ayant péuétré dans lu cachot précédemment occupé par la citoyenne Armand? Vériuières, y ont trouvé une jeune Hile lui ressemblant, mais qui a constaté son identité et prouvé qu'elle se nommait Parnndulr et riait chanteuse ambulante. Celle jeune fille avait été substituée à la citoyenne Vérinières.

* I,e citoyen Robespierre a ordonné sou élargissement immédiat. »

Quand il eut fini , le proconsul passa la plume à Olivier Rrun , qui signa.

Puis il fit signer le geôlier, et dit enfin à Farandole :

a Sais-tu écrire?

— l!n peu...

— Lis et signe rela. »

Farandole lut avre étonnement, pnis elle regvrda cet homme terrible h qui ou faisait la réputation d'un tigre.

u Comment, dit-elle, vous me mettez en liberté?

— Oui.

— La guillotine ne veut doue pas de moi?

« — La guillotine ne veut pas des innocents.

— Oh! dit-elle d'un air sombre, Victor était innocent, lui muni, n

Robespierre ne répondit pas; mais il prit le manlratt de la ballerine et le lui jeta sur les épaules.

» Viens avec nous, dit-il.

— Où me conduisez-vous?

— Hors d’ici.

— El après?

— Après, lu iras on tu voudras. »

l’ne derni-heure après. Farandole errait seule par la nie Saint- Honoré et sc dirigeait vers la rue Villrdo.

Lorsqu'elle fut au seuil de la maison où elle logeait avec sa mère, elle hésita un moment et se retourna, saisie d’une vagne inquiétude.

Elle craignait que ses libéra leurs ne l'eussent suivie.

Mois la rue était déserte, et elle entra.

a Ab! citoyenne, lui dit la concierge, que t’est il donc arrivé depuis truis jours qu'on ne l’a vue? Sais-tu que nous avons été bien en peine de loi duns la maison?

— J’ai été en voyage, répondit Farandole.

— Je craignais qu'on ne t'rùl arrêtée, rapport h tes opinions sur la république. »

Farandole Do répondit pas.

« Mais ce matin, continua la portière, nous avons en de tes nouvelles , la mère ri moi.

— Et par qui? demanda Farandole.

— Par un homme qui est venu et nous a dit qu’il t’attrndoi ce matin.

— Et cet homme?

— Il est là-haut...

— Clin moi?

— Oui , je lui ai donné la clef.

— Voilà qui est étrange! » pensa Farandole.

Puis elle songea aux protecteurs mystérieux de mademoiselle de Vérinières.

« C'est Pun d’eux sans doute, » pensa-t-elle.

Et elle monta.

Eu ce moment un homme se montra au coin de la rue Villedo.

- C'était le Marseillais.

Un homme était monté chez Farandole.

Avant h singulière aventure qui lui était advenue, la danseuse habitait, me Villedo, deux petites pièce» ma»*nrdées où clin de* mourait seule. •

La vieille femme qui prétendait étic sa mère sc contentait d’une mansarde située au-dessus.

Ainsi l’avait voulu Farandole , au temps de Victor, le préieodo soldat , qui n’était autre qu'un marquis,

ta log>s de Farandole était petit, pauvre, mais merveilleusement propre, et respirait un certain purfmn artistique.

Cette pauvrr enfaul qui dansait sur la place publique, les larmes bux yeux, cette GHe des mes, vêtue d’oripeaux , avait un je oc sais

quoi de véritablement artiste qui l'avait entraînée à emplir son réduit de meubles et d'objets inconnus au vulgaire.

Sur une console, il y avait nue statuette de Clodiraa; deux petit* tableaux de Boucher ornaient les murs. Une méchante étagère Supportait quelques livres, — le théâtre de Molière, celui de Voltaire, un volume de vers d'André Chénier, et dpux Ou trois romans de madame de Lafayrtte.

Farandole gagnait assez largement sa vie.

Au café-concert de la rup des Bons-Enfants , on loi donnait six livres par soirée — - ce qui à cette époque, équivalait à vingt fermes d'aujourd'hui. «

La ballerine employait ses économies à orner son petit logis.

Depuis la mort de son Victor adoré, Hic n'avait plus d'autre

passion.

Un soir, un homme l’avait suivie1.

C’était un gros marchand du quartier Suint-Denis, capitaine dans In garde civique , un homme considéré dans sa section, et qui n'avul pas peur d’élre pris pour un aristocrate.

li était monté chez Farandole et lui avnit dit naïvement :

« Je suis riche , je n’ai pas de femme et je sous aime ; veniezvous m’épouser? »

Farandole lui avait répondu :

« Je suis vente , et le mort que j'ai dans le cœur n’a pas laissé de place aux vivants, »

Farouche en sa douleur, la ballerine n’avait pas d’amants et ne voulait point en prendre. Elle voulait mourir fidèle àn souvenir de Victor.

Quand elle arriva à «a porte ce matin-là, elle s'arrêta tout émue

Quel était donc cet homme qui ratieoJuit et à qui on avait douné s» clef?

Celte clef était dnns la serrure, à l'extérieur, et il n'y arnit qu’à la tourner pour entrer.

Et cependant Farandule éprouva comme un nfTrenx battement d#

cœur.

Quelque chose, une voix secrète, sans donle, lui disait qu’elle le* nuit dans sa mairi la vie de plusieurs personnes, et que des passions géintes, de vastes intérêts, sc groupaient mystérieusement autour

• dis.

Un léger brnit qui se fit à l’intérieur triompha de son hésitation.

Elle tourna la clef et entra.

Un homme était debout dans la première pièce. — -enveloppé dans un grand manteau , le visage couvert <Tnn masque rouge.

• Je vous attendais, n dit-il.

Farandole reconnut la voix de l’homme à qni1, dans la nuit de son »»»*■ arcéralion , elle avait donné le bras depuis la rue de l'Arbie- Sec jusqu'à la Conciergerie ; de l'homme qni avait écouté, les hirmei aux yeux , la louchante et sinistre histoire de Victor.

« Vous ! dit-elle , c'est vous?

— C’est moi , dit-il , je vous attendais. . .

— Vous sariez donc que je sortirais de la Conciergerie?

— Si je ne l’avais pas su , répondit-il d'une voix émue , vous y aurais- je conduit?

— Mais qui donc êtes-vous? lit-elle avec un étonnement mêlé de crainte.

— Un homme qui pleure les victimes H qui exècre les bourreaux...

—-Ab! fit-elle, naïve et égoïste en su douleur, vous eussiez aimé Victor, vous?

— Je l'ai connu... je Pai aimé... •

Farandole s'élnnra les niaius tendues vers eel homme dont elle ne primait voir le visage.

Il la prit dans ses bras, l’y serra avec émotion, et poursuivit ;

« Au lion» de Victor, é coulez-moi...

— Ab ! parlez...

— Vous avez sauvé Armande , nioir enfant , l'éprit le masque rouge, mais ce n’est point encore assez...

— Pour qui faut-il mourir? demanda-t-elle avec une simplicité sublime.

— - Il ne s’agit pas de mourir, mais de tfvre. .. de vivre pour un être qni aime Armand? comme vous aimez Victor...

— Ah!

— Et contre qni on s’acharne , dont on a médité la perle.

— Partez , dit-elle. Ce que vous ordonnerez, unis qui avez connu

Victor, je le ferai. *

— Birn. Bacon (cz-moi alors comment vous êtes sortie... Qui vous a délivrée!

to

— Robespierre.

— - Je m’en doutais, » murmura le masque rouge.

Farandole lui raconta ce qui s' était passé.

■ Avez-vous su ce que Robespierre a écrit sur le livre d’écrou?

— Oui.

— Avez-vous signé?

— Oui. »

Le masque rouge parut réfléchir.

a Ecoolez-inoi bien, mon enfant, dit-il enlin. Vous vous souvenez de l'homme qui allait tous les soirs rue des Bons-Enfant»?

- — Oui. Celui qui m’a proposé de sauver Annan de?

— Justement. Le reconnaîtriez-vous , si l'oceasiou vous plaçait levant lui?

— Si je Je reconnaîtrais? dit-elle. Oh! il a un regard qui pénétre la pensée , une vois qui vibre au fond du cœur.

— Eh bien ! dit le masque rouge , cet boiuuie , si vous le rencontriez, il ne faudrait pas le reconnaître.

— Ah!

— Si vous le reconnaissiez...

— Eh bien?

— Vous le tueries plus sûrement que le couteau de la gmlloline, n

Farandole frissonna.

« Cet homme, poursuivit le masque rouge, est en danger de mort. Si jamais on vous mettait en sa présence , niez énergiquement l’avoir jamais vu.

— Je vous le jure ! dit Faraudole.

— Vous êtes en liberté, continua l'inconnu , mais tout n'Cst point fini. Il peut se faire qu'on vous arrête aujourd'hui même, qu'on vous conduise devant un juge qui vous interrogera...

— Que dois-je dire? que dois-je taire?

— Vous tairez votre rencontre avec l'inconnu du café-concert.

— Bien.

Et si on vous demande qui vous u conduite à la Conciergerie, vous parlerez de nous.

— Mais je ne vous connais pas, lit elle naivcmeul.

— C'est précisément pour cela !

— Ah! oui, dit-elle, je comprends...

— Adieu , dit le masque rouge qui enfonça son chapeua sur ses jeux et ramena un pan de son manteau sur sua visage.

— - Vous partez ? dit Farandole émue.

— Oui , mais nous noos reverrons... et bientôt.

— Ah! tant mieux! lit-elle.

— Rentres chez vous chaque soir, et regardes souvent en arrière pour voir ai vous n'éles point suivie.

— Bien, et si on me sait...

— Avez-vous une amie, une connaissance, quelqu'un & qui vous puissiez , au besoio , demander l’hospitalité ?

— Je connais une jeune fille, une camarade qui chante, comme moi , pour vivre.

— Son nom?

— La Blonde.

— Où demeure-t-elle ?

— Rue Saint-Sauveur. »

Le masque rouge réfléchit de nouveau.

■ Etes- vous sûre de celte Clic?

— Comme de moi-même.

— loi croyez-vous incapable de vous trahir jamais?

— Elle mourrait pour moi.

— Eh bien , ce soir, allez chez la Blonde.

— J'irai.

— Et atlendez-moi. . . ■

L'inconnu mit uo chaste baiser, on baiser de frère, sur le front de la ballerine , et a’ en alla.

Dans la rue, à moitié enseveli sous l'ombre d'une porte cochère, b Marseillais attendait.

L’homme au masque rouge sortit.

Mais, dans l’allée étroite et sombre de la maison où logeait Farandole , il avait en le temps d’opérer en lui une entière métamorphose.

11 avait jeté son manteau , été son masque , appliqué sur son visage une large barbe d'un blond roux.

Le Marseillais vit sortir un homme en carmagnole, les mains dans •es poches, le bonnet rouge sur la tête , uu brûle-gueule aux dents.

Cet homme passa près de lui en sifflant l’air du Ça ira l et.

, trompé par le» apparences, le .Marseillais le laissa passer et se dit: « Ce n'est pas celui que j'attends... Pourvu que mes hommes ne tardent puiul à venir. Le hurou a un rude poignet, -et ce n’est point [ moi tout seul qui pourrais P arrêter. *

Il se remit à son poste d'observation et atleudil encore.

Quelques minutes s’écoulèrent, puis des pas se firent entendre à l’autre extrémité de la rue, et trois homme», dont le costume équivoque et les allures dénotaient des hommes de police, vinreut à lui.

*. Allons, mes enfants, leur dit le Mur»eillais, je vois que le •»loyen Robespierre n‘a pas perdu de temps.

— Aussitôt prévenus, dit l’un d'eux, nous sommes partis.

— Etes-vous bien armés?

— Parfailei lirai. *

Et chacun d’eux entr’ouvrit sa carmagnole et montra deux pistolets à su ceinture.

u Quel est celui de vous qui tire le mieux?

— C’est Buuissün, dit l'un.

— Moi , dit celui à qui on donnait re nom , je mets, à vingt pas, une balle de pistolet dans un rouge liard.

— Alors , c’est toi qui feras le coup.

— Ab!

— I-r coup est payé cinq cents livres.

— Sur qui faut-il tirer?

— Sur un homme que nous alloua arrêter là , dans cette niaisoo. — Comment est-il?

— Il a un masque.

— Bon , je briserai le masque.

— Allons, venez... ça presse!... «

Et le Marseillais si: dirigea rers la iiijimjii de Farandole, u Où allez- vous, citoyens? dit la portière, émue à la vue decez hommes de mauvaise mine.

— Chez la citoyenne Faraudole.

— Elle n'y est pus...

— Bah ! nous verrons bien. »

El il monta, suivi de ses trois hommes , sans que lu portière songeât à T arrêter.

Farandole avait eu à peine le temps de ee débarrasser de son manteau.

Lorsqu'elle entendit frapper, elle courut ouvrir, croyant que c'était le mnsque rouge qui revenait

u Ah! c'est vous, dit-elle en reconnaissant le Marseillais.

— Qui , ma petite.

— Est-ce que vous avez du regret?

— De quoi donc?

— Mais de m'avoir mise en liberté.

— Non certes.

— Vous ne venez pas m’arrêter !

— Toi, non.

— Qui donc , alors ?

— Un homme que tu as caché ici... »

Farandole se mil à rire.

• Vous êtes fou... dit-elle. Il n’y a personne ici... *

Mais le Marseillais courut ouvrir la porte de la seconde pièce. Celte pièce était vide comme la première. U ouvrit un cabinet, un placard, regarda sous le lit...

Farandole jouait l’étonnement le plus profond, v Mais puisque je vous dis qu'il n’y a personne, fit-elle.

— Tonnerre ! hurla le Marseillais, l'oiseau a' est envolé I • Farandole regarda les agents en riant : v Je crois , dit-elle , que votre patron est fou , citoyens. »

Le Marseillais fut pris d'un accès de rage.

« Il y avait quelqu'un ici tont à l’heure , dit-il en secouant ruda* ment le bras de Farandole.

— Je n’ai vu personne.

— Prends garde !

— Bah! dit la ballerine, vous savez bien que je ne crains pas I* mort. Enunenez-moi en prison , si vous ne me croyez pas. n Le Marseillais fut dupe de ce calme.

« J’ai été mal renseigné, murmura-t-il avec dépit; adieu, pe« tite. a

Et il fit un signe à ses trois agents.

« Filons , ajouta-t-il , ce sera pour demnin. ■

Tous trois redescendirent.

Mais, comme il atteignait la dernière marche de l'escalier, I* Marseillais trébucha.

I venait Je se henrirr à quelque tliuse de mou; et, se baissaut, il ramassa un manteau.

l'n manteau gris... l’uniforme des masques rouges.

En nu1 me temps , nn des hommes relevait un autre objet.

■ Tiens! qo’ est-ce que cela? » fit-il.

Le .Marseillais poussa un cri de rage.

Il avait reconnu un masque de velours écarlate.

« Ah! le brigand, murmura-t-il , en se souvenant de l'homme à U barbe rouge, vêtu d’une carmagnole, qui avait, tout à l'heure, passé auprès de lui... je ne l'ai pas reconnu. M’échsppert-l-il donc toujours? ■

Et il courut chez Robespierre, qui demenrail à côlé, rue Saint-

Honoré.

Après le déport du Marseillais et de ses agents , Farandole demeura un instant incertaine sur le parti qu'elle prendrait. Elle songea d'abord à quitter son domicile, de peur que le Marseillais, se ravisant, ne vint l'arrêter. Puis elle se souvint de* recommandations du masque rouge, qui lui avait dit : a Prenez garde qu'on ne vous suive. «

Elle changea de vêlements et monta à l'étage au-dessus.

I jv vieille femme qui prétendait être sa mère dormait encore et c’avait plus d'elle aucun souci.

Farandole pénétra duns la mansarde sans qu'elle s'évrilllt.

La vieille rêvait tout haut et disait v

« C'est pas avoir de chance, citoyens, que d'avoir élevé celle enfant-là pour la perdre un beau soir. Aussi je vas aller trouver la Blonde. C'est une bonne fille, la Blonde, et pas vertueuse comme celle chipie de Farandole. F.lle aime à rire, an moins; les amaols se succèdent chez elle , et c'est tout profit. •

Farandole fut glacée par ces paroles ignobles.

Elle se relira sur la pointe des pieds comme elle était entrée, et redescendit chez elle sans avoir éveillé la vieille femme.

Puis elle ouvrit sa fenêtre.

Farandole avait un voisin — un tout jeune homme , un ouvrier qui la regardait avec eztasp lorsqu'elle daignait se montrer.

Ce jeune homme habitait la maison voisine, mais sa fenêtre et celle de Farandole étaient situées vis-à-vis l’une de l'autre, et une Cour étroite les séparait.

L’ouvrier était un beau et pâle garçon de vingt ans, fumiste de son état. Il aimait Farandole avec frénésie, et Farandole avait deviné cet amour; mais, on le sait. Farandole ne voulait plus et ne pouvait pas aimer.

Un shIuI, quelquefois un sourire triste, c’était tout ce que Baloche avait jamais recueilli.

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