‹ Les masques rougesChapitre 4 sur 44 · I. — li A COlSKBir UK !-A llUlftliO>tl»B · texte numérisé non relu

I. — li A COlSKBir UK !-A llUlftliO>tl»B

Un dernier rijpon de soieu luiubait du haut de» buts dans le préau

de la conciergerie

Une trentaine de prisonniers des deux sexes iitU> tuaient un peut tréteau sur lequel ou avait place line chai se.

« Mesdames et messieurs, s'écria l'un d'eux, voici huit juins J consecutifs que je surs bourreau, je demande d'autre» ion «itou». 1

Celles de prêtre assermenté ne ou» déplairaient pas, je tôt» l’avâii* ! »

Le personnage qui parlait ai»M étai Igiand, mince, tout mine, portait de jolies moustache* brunes et une queue convenablement poudrée et enrubanne*.

Sa veste pou-de-soie vert tendre, «ou habit de vetaar* cramoisi et a culotte blanche étaient d une irréprochable Iriiditor, i

Un eût juré, — le voyant soutire en saupoudrant sou jabot pbss* de quelque» grains de tabac, qu'd sortait do bat ou tout du ut-dns des confisses de 1 Opéra. ■ ,1

■ Vicomte! dit un* voix jeune et rieuse, vous êtes un détestable

joueur. , . ,

— l'urdou, marquise, je sais aussi beau et ainsi bon joueur qu’tm autre; mais, si tous voulez m* le permettre, je vous dirai mes raisons en vous coulant une histoire. *

Lue jeune tille étincebnk' de beauté, de grâce et de jeunesse, descendit du U-éicnu .-ur lequel elle était montée et dit :

i- l’nisqne le citoyen Broies veut mus* raconter une lus luire , le tribunal tondra Lieu, je l'espère, uiaccoider un saisis,., ou uup contmitfahuu de peine. »

Un h oui inc grave, tout velu de noir et les chev«ox ynsenuanta, répondit aveu sang-froid :

m Mademoiselle , en mn qualité d' accusateur publie, je dois unis provenu' que la coiiHiinUfrou ce peine que tous demutuU * ur saurait vou.s être aecordiv; mois le tribunal daigne remettre votre exécution à plus lard, et il • coûtera riiislnire du citoyen ilrulus avec i'inùul* gencf di'Qk il a deja donné tant de preuves. ■

lin long éelat de rire, un éclat de rire d'une franchisa intnno , accueillit ces paroles.

« Bravo! bravo! cria- 1 on.

— Ibilaalnhlruf cuninrc dirait feu le maréchal d* Hkhdieo, vous êtes un plaisant drôle, monsieur le baron Est-ce que voue »’ étiez pas plus sérieux lorsque vous étiex receveur général ? s

Celui qui partait uiosi était nu gros homme au «Nage bourgeons*, à l'œil malin, aux lèvres épaisses, respirant ta bonhomie.

« Et vous, Ulnosieur le marquis, riposta f ho ni me vêtu de uoir, quand voua cmiuiiiiodiez te beau régiment de Flandre, aviez -voua celte belle humeur?

— - L‘ histoire î l'histoire! dirent plusieurs vota.

— Je veux f histoire do citoyen Brnlus, s'écria ta bcllo jeu» fille d'un tou mutin, ou je tue guillotine moi- même !

— Ce serait contre toutes les règles, mademoiselle , » répondit un nouveau pcrfounagi! qui vint se placer au mdtuo du cercle formé à IYhUmic du tréteau.

("était un pâle et beau jeune homme , au fier sourire un peu triste, à ta taille svelte, aux inaius délicates. Ou eût dit anè jeune fille habillée en garçon.

■ Tenez-vous à ii»m histoire ou acceptez-vous purement Cl .simplement ma démission? demanda le vicomte affuble du surnom de citoyen Brutns.

— taon» voulait» flnataioi.

— Eli b*n, ta voici!... EUc remonte a quinze au». Vu» veniez de naître, mndoatu irrite.

•—Ata bonne heure l voilà ou bourwao galant!

— La galanterie est de toutes les professions, madcmoncUa. Donc il y a quinze ami de c*ta; j'ca avais <kv. Nous étions à Chantilly. Son Altesse lu duc de Bourbon nd'fehiit d* la comédie. Chaque sou nu donnait île* représentations , et chacun y jaunit son rôle.

— Je me souviens de cela, dit le gros homme au bisage bourgeonné qui avait commandé ta béni régiment- d« Flandre.

— » Or, pour. suivit le citoyen Hrutus, à e*Ue époque jè »e tuim- *■ mais encore le vicomte de Saint-Cyrille, loi pièce qui obtint le plus de succès était l'œuvre <Tda petit «biné plein d'esprit, et s'appelait le Lendemain de Funfcnoy.

— Un joli litre ! * dit le grave accusateur public.

Le vicomte citoyen Bratti* continua t

u II y niait dan» la pièce un abominable' coqinh, un espid* fieffé, un baronnet anglais qui , cuotmetltiii le* atrocités jlliff nrjfre* nitÀeé. Ce périd'fttaa|»rlàÉ£ré fëtic fier iffi éàreltèih haéBwé; cbevalicr de Virtay, uoubounc pûte a huntAto; I IrtfidAH^wb inéOldtté, qui nq-Mi. tant . vwe* ta t &Mrt réputé» ÿMïtfHbdé Mâtar.

» Le jour de la première rephtar r.Wfiüfi , é4 rft ferawransp, et pentoude rte pù au aerien* tas- crimes du bnnumet nu dais en le toyetu «wé lo» (neiu doixM ebéreèta» dtaVW«fi'- ,

» L« lendemain, ce fut nu peu ptaa sérw»«i; ta trnisrèiiw jonr^ oivooblta Virtay peur rw voir qui* le baronnet A ta dciixwmi' icpiéseotation, oo lui jeta de» imirna®# jjtacêa à ju figuacr et butta

■ Ce que voyant, 1a pauvre Virlay demanda sérieusement au prince à ne pim jouer la oomédie.

» Eh bien, mesdames et messieurs, nous jouons chaque jour, de deux à quatre, eu attendant le jour vrai, la comédie de la guillotine. Vous me rendras cette justice, qu'investi de votre confiance et de celle de notre tribunal révolutionnaire de famille t j'ai toujours rempli mes fonctions avec xèle et modestie.

— Et une galanterie à toute épreuve, dit la marquise.

— Il est certain, poursuivit le vicomte, que l'autre jour, madame, quand je vous ai exécutée, j'ai relevé votre chignon et écarté vos beaux cheveux avec tous les égards possibles.

— C'est vrai, mais vous y avez mis le temps.

— Vos cheveux sont si beaux (

— Flatteur !

— Citoyen Brulus, dit sévèrement Taccusateur public, si vous oubliez votre dignité de citoyen libre en vous adonnant à nne basse flatterie indigne d'an vrai républicain, la Convention vous destituera.

— Mais c'est ce que je demande! s'écria le vicomte. Vous fiuiries par me prendre pour un vrai bourreau et voua me siffleriez quand je monterais sur ma machioe!...

— Citoyen Brulus! votre démission est acceptée, et votre charge est mise au concours.

~ Vous allez voir, dit la folâtre jeune fille qui montra ses dents de perles en un éblouissant sourire, qu'on va me faire grâce, faute d'un bourreau de bonoe volonté.

— Qui veut être bourreau? dit un vieux marquis dont le profil anguleux et la coiffure à l'oiseau royal rappelaient feu M. de Voltaire.

— Moi, citoyens et citoyennes! répondit une voix.

— Tiens, c’est l'abbé! bravo! bravo!

— Et si mademoiselle de Verinières veut m'accorder sa confiance , elle n'aura point à s'en repentir. »

Le bourreau de bonne volonté qui se présentait était un jeune homme gras, replet, de taille au-dessous de la moyenne, au visage rebondi et haut en couleur, terminé par un menton à fossettes, un véritable abbé, en un mol, comme l'ancien régime seul avait su en créer.

« Oui, citoyens, dit-il, je vous déclare que mes fonctions d'annid nier assermenté ne me conviennent plus; je préfère manier l'instrument. C'est plus amusant, j'imagine. Seulement je désire changer de nom. Brûlas n'est pas le seul grand homme de l'histoire romaine. Horatius Codés a bien soo mérite.

— Et blucius Sccvola donc? dit une voix.

— C'est cela, messieurs et mesdames, je désire m'appeler le citoyen Sccvola.

— Accordé !

— El j'entrerai en fonctions quand on voudra.

— Hais tout de suite, dit la jeune fille qui riait toujours comme une folle. C’est moi qui commence.

— Eh bien! écoulez, mademoiselle. »

Et le petit abbé sauta sur le tréteau , retroussa les manches de ■on habit et ae plaça auprès de la chaise qui figurait, pour rassemblée, les deux montants de la guillotine. Un couteau en papier était fixé tout eu haut, et le condamné pour rire devait passer sa tête dans les barreaux de la chaise.

« Citoyenne , dit le bourreau qui veoait d'étre appelé à d’autres fonctions, je vous ferai observer qu'on ne meurt pas en riant...

— Y a-t-il des exemples?

• Aucon.

— Eh bien, je vais tâcher de devenir grave, répondit la belle étourdie. De quoi allez-vous me parier, monsieur l'aumônier, de Dieu?

— Mais non, citoyenne, il n'y en a plus; on l’a aboli.

— Des saints ?

— On les a destitués.

— De l'Être suprême?

— Sans doute...

— Montons, • dit la jeune fille, qui s'élaoça, légère, sur le trénu où Ox-bourreau la suivit.

La parodie de cette scène terrible qui se renouvelait chaque jour sur la place de la Révolution commença alors.

Le faux prêtre murmura quelques mots à l’oreille de la con~ damnée, lui fit placer sa tête entre les barreaux de la chaise, et I6 couteau en papier tomba.

En même temps, le bourreau prit une tête en carlin, barbouillée le rouge, et la montra au peuple en disant :

• Ainsi périssent jusqu’au dernier tous les ennemis de la République. p

Et l'assistance répéta en riant :

« Vive la République! vive le citoyen Mucius Scrvola!

— Silence! » dit alors l’homme vêtu de noir et revêtu des fonctions d'accusateur public, -— taudis que la jeune fille guillotinée redescendait tranquillement de l'échafaud en disant :

« A qui le tour?

— A moi! à moi! à moi! » crièrent plusieurs prisonniers.

Seul, le jeune homme pâle, aux mains délicates, se lut H

demeura rêveur.

« Silence! répéta l'accusateur public, il est bon de procéder pai ordre, »

Et il tira une liste de sa poche , la déplia et dit :

• Voici les noms de ceux qui doivent mourir aujourd'hui pour la République.

— Comme moi, dit la jeune fille; laissez-vous faire, citoyens, cela ne fait aucun mal. Monsieur que voilà, le citoyen Mucius Scrvola, a la main très-légère. ■

Des éclats de rire accueillirent cette boutade.

L'accusateur public lut :

■ Le tribunal révolutionnaire a condamné à mort les citoyens » dout les noms suivent :

■ 1" Le citoyen Marie Joseph laiperche, ci-devant marquis de » l'ergnaules. »

Le marquis salua comme eût salué de soo vivant feu M. de Voltaire, à qui il ressemblait beaucoup.

» 2* La citoyenne Jeaone Vcrtpré, ci-devant marquise de la ■ Bretauchc. »

La marquise répondit à cet appel en disant :

« Mais on m'a déjà guillotinée, il y a huit jours.

— Cela ne fait rien, répondit gravement l'accusateur public.

« 3* Le chevalier de Rochemanre. »

A ces mots, le jeune homme au visage pâle et au fier souriie leva la tète et parut sortir d’une rêverie profonde.

■ Ah! moi aussi... dit-il.

— Vous aussi, chevalier. El, continua l'accusateur public, fi vous le voulez bien, pour aujourd'hui nous en resterons là... L’beure de rentrer dans nos cellules va bientôt sonner... »

Le marquis monta sur le trétrau. et la comédie recommença .

Puis la citoyenne Jeanne Vertpré, ci-devant marquise de la Brelauche, se livra à son tour aux exécuteur! et redescendit en disant :

■ Ce cher abbé a sûrement pris des leçons du citoyen Sansou. Il a l'air d'avoir pratiqué toute sa vie. »

C’était au tour du chevalier de Rochemaure ; mais comme il allait poser le pied sur le trétean, la porte du préau s'onvrit et un homme entra, dont le sinistre aspect éteignit les rires des prisonniers.

C'était le geôlier.

« Citoyen chevalier, dit l’accusateur public, votre exécution est remise à demain. •

Le chevalier eut nn sourire triste et demeura le coude appuyé sar le tréteau.

L’bomme qui veoait d'entrer était coifTé d'un bonnet rouge, vêtu d'une carmagnole, et portait deux pistolets à sa ceinture, outre un énorme trousseau de clefs.

Tous ces hommes qui raillaient froidement nne mort prochaine, toutes ccs femmes jeunes et belles qui s'essayaient à mourir avec grâce, ne purent alors se défendre d'un léger frisson, — car derrière le geôlier, par la porte du préau demeurée ouverte, ils virent entrer deux autres personnages revêtus d'écharpes rouges.

C'étaient les pourvoyeurs ordinaires du tribunal révolutionnaire, le vrai , celui dont on ne sortait que pour marcher à un échafaud duquel on ne descendait pas.

Ces deux hommes s'avancèrent au milieu des prisonniers, et l'un d eux tira de sa poche un papier dont il lut la teneur :

« Nous, Fonquier-Tinvillc , accusateur public, renvoyons pour y » être jugés et convaincus d'incivisme, de conspiration envers la • République et de complots ayant pour but le rétablissement de la » tyrannie, les détenus dont les noms suivent :

» 1* Marie-Joseph Laperche, ci-devant marquis de Ye rgnaales... • la* marquis eut un froid sourire.

• Je m'y attendais, dit-il. Vive le roi!...

— 2*, poursuivit le greffier, la citoyenne Jeanne Vertpré... •

(a marquise eut un éclair dans les yeux.

• Adieu, messieurs, dit-elle; nous nous reverrons là-haut. *a

IS

— îi*. continua le gruffier, U citoyenne Armande Vérinières... »

U belle jeune fille jeta un 'cri, — mais le sourire n'abandonna

pas ses livres et son éblouissant visage ne perdit point ses éclatantes couleurs.

a Jo sais comment on mante à présent, a dit-elle.

Mais au cri de la jeune fille , un antre cri avait répondu , un cri de désespoir suprême, — et le jeune homme anx mains délicates, au sourire mélancolique, s'élança...

« Elle ! elle aussi ! «

Elle l'entendit , se retourna et lui sourit :

« Adipu, chevalier, dit-elle. J'avais deviné que vous m'aimiex... »

Et elle lui donoa sa main à baiser.

Mais le jeune homme, après avoir mis un baiser et une larme sur cette main, courut au greffier qui venait de remettre le papier dans sa poche.

u Je dois être sur celte liste, moi aussi, lui dit-il.

— Comment vous appelez-vous? demanda le greffier.

— Le chevalier de Rodu-mourc.

— Xon, vous n’y êtes pas.

— Mais c’est impossible! c'est moi qui ai voulu sauver le roi... moi qu’on appelait YAristo dans la gendarmerie...

— Cela lie me regarde pas!

— Mais je veux mourir, moi aussi! s'écria le jeune homme bouleversé... J'ai trahi la République!... et la République n'a pas le droit...

— Soyez tranquille, répondit le greffier, voos ne perdrez rien pour altrndre... votre tour virndra. •

Et il fit un signe aux municipaux qui se tenaient à l'écart dans tm coin du préau , et qui vinrent se placer auprès du marquis et des deux femmes qu'ils allaient conduire à Ja barre du tribunal révolutionnaire.

Le chevalier, pâle connue un spectre, voulait suivre celle qu'il aimait.

Un bras robuste le retint.

< Ce n'est pas tou tour, chevalier, » lui dit une voix brutale, la voix du geôlier.

Le chevalier le regarda avec égarement.

« la guillotine ne vent pas de toi! répéta durement le geôlier... Attends!... et espère!... »

Ce dernier mot fut prononcé tout bas , mais il ent la puissance , néanmoins, de bouleverser le chevalier, qui tressaillit des pieds à la tête.

• Qui donc es-tu? n balbulia-t-il.

Le geôlier lui secoua de nouveau le bras, comme s’il eût voulu so débarrasser de son étreinte, mais il ajouta sourdement :

• Espère!... on la sauvera peut-être... n

Déjà la belle jeune fille était hors dn préan.

An moment où elle en franchissait le senil, elle s'était retournée, adressant au chevalier un dernier regard et un dernier sourire, — )' sel ipti d’un ange quittant la terTe et qui croit à un monde meilleur.

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