‹ Les masques rougesChapitre 40 sur 44 · XX · texte numérisé non relu

XX

Le Marseillais o»* S*était point trompé.

L'homme qui se trou voit debout sur lit berge, an seuil de la maison, était birn le bras droit, le lieutenant du chef de la police.

— L'était T Endormi.

L'Endormi avait rendez-vous à celle maison arec son chef.

Il s'y trouvait depuis deux jours et attendait pâlie minent, nuit et our, car le Mar i illais, en le quittant, n'avait pu lai fixer au jnsle 'heure où ils se retrouveraient.

La barque toucha la berge.

u Ma belle enfant . dit le Marseillais, j'espère que vous allez être sage...

— 0 monsieur ! monsieur J supplia-t-elle une dernière fois, ayez pitié de moi; ramruez-moi à Coblents, et j'bnblierai le mal que vous nous avez fait , et je prierui Dieu pour vous. ■

Le Marseillais lui prit le bras :

« Ma petite , dit-il , je suis ppr.»nadé que vous ne craignez pas la' mort, et la menace de vous tuer, si vous essayez de m échapper, pourrait ne point vous intimider ; nui.- songer birn à ceci : Votre père et vos frères viendiout vous chercher & Paris, et leur vie sera entre mes mains... r

Cette menace terrible anéantit Claire d'Azay.

Elle courba la tête et se laissa entraîner hors de la barque sans résistance.

L’ Endormi s'était approché de son cheT.

Les gens de police, tout- comme le» voleurs, parlent entre eux nn langage mceuipr i elieusible pour tout le monde.

Le Marseillais et son agent échangèrent un signe d’intelligence , et tout ausMtôt PEosfomn m- servit du langage de convention, que nous Irak irons en langage vulgaire.

« L'auberge est à nous, dit-il.

— aSF

— L'aubergiste est un brave homme d'Allemand qui est sootd et aveugle quand on le paye bien. Il est veuf et n'a qu'une servante qoi m adore depuis kw.

— Très-bien.

— Nous passerons la journée ici. Ce soir nous aurons des chevaux, et, en une nuit, nous aurons repayé les lignes françaises.

— J 'aimerai* UMi passer la nuit ici.

— Ah! «

Le Marseillais laissa tomber un regord effrayant de cynisme snr mademoiselle d'Azay.

Do sourire énigmatique vint anx lèvre* de PEndormi.

« Patron , dit-il , je crois que ce n'est pas possible.

— Pourquoi?

— El je crois , en ontre , que vous faites fausse route.

— Comment cela?

— Mettons 1a petite à l'ombre et puis nous causerons... »

l-i maison devant laquelle la barque venait de s'arrêter était Pauberge dont parlait PEndormi.

Le Marseillais y ht entrer Claire.

La menace terrible qu'il lui avait faite avait plongé la jeune fille Jans une sorte d'inertie hébétée. Elle se laissa conduire sans résisancc dans une chambre de Panberge, où le Marseillais l'enferma •n lui disant :

«■Chère belle, je vais von* faire sertir ù déjeuner tout à l'heure.» .

Pub il rejuigmf P Endormi.

Celui-ci avait toujours son petit air goillrrct et gaillard :

• Oui. mon patron, dit-il en çnlrainaut le Marseillais hors de la maison , je crois que vous faites fausse route.

— Comment cela?

— Elle vous plaît , la petite?...

— J'en suis fou.

— Vraiment?

— Et je veux P épouser...

— Ce n'est pas bêle, ça...

— Ellu & un cbètc&u, des prés, des bois... je ferai guillotiner le père et le* frères... Ce sera un beau parti, hein?

— Oui.

— Mai* vois-tu, moi, je n'ai pas do préjugés, et comme le mariage demande des formalités...

— . Pardon, interrompit PEndormi, nu mot, s'il voua plaît.

— Parle.

Avez-vous consulté le patron?

■ — Qnel patron ?...

— Le citoyen Robespierre , donc.

— Tour liant mon mariage?

— Oui.

— Ma foi, non! dit le Marseillais.

— • Von* avez eu tort.

— Plalt-il?

— Ah dame! fit PEndormi en se grattant Toreille, il frit être juste , le patron n’est pas scrupuleux pour faire tomber des tètes , mais il est h chgval sur la morale. »

Le Marseillais tressaillit.

«i Que voiilex-voiis? reprit PEndormi, il y a de* gens comme ça....

— Mais, que veux-tu dire? explique-toi...

— Vous croyez que le patron a’ est borné à vons laisser carie blanche?

— Dame !

*■- — F.l qu'il ne sait pas le premier mot du petit plan qne voua venez d'exécuter?

— Comment le sanroil-il?

— Il sait tout, et s'attend h ce que vous enlèverez mademoiselle d'Azay.

— Par qni, le sait-il?

— Par moi, dit froidement PEndormi.

— Tu m'as donc trahi, misérable?

— Moi , pas le moins du monde. Seulement , quand vous avez été parti, le patron m’a fait venir; et dame! il a des façons de vous regarder, qu il vous tire un aveu du foud de l’Ame. Moi, j'ai

— Le patron a paru satisfait. »

Le visage rembruni du Marseillais se rasséréna.

L'Endormi poursuivit :

« Il a même dit : a C'est nn homme précieux, le Marseillais, j1 en ferai quelque choyé.

— Ah ! il a dit cela?

— Oni, mais il a ajouté : Je veux néanmoins qu'il respecte cctto jeune fille...

— Tn crois qn'il a dit ça? fit le Marseillais en fronçant le sourcil,

— Il l’a même écrit...

— Lui9 *

L'Endormi lira de sa poche nn papier qn'il mit sons les yeux du Marseillais.

Celui-ci I lut :

■ Si le Marseillais transgresse mes ordres, il peut se considérer comme démis de ses fonctions, et remplacé par l'agent P Endormi , que je charge de faire respecter ma volonté. »

Le Marseillais eut un cri de rage.

» Ah dame' murmura PEndormi, je conçois que c'est dur...

— Drôle 1 fil le Marseillais avec hauteur, je suis tenté de te planter mon enuteau dons le ventre.

— Ions auriez tort...

— Mais, non. car je me débarrasserais de toi.

- — Itah I suivant votre recommandation, j'ai amené denx hommes

— Ces hommes m'obéissent.

— Ils m’obéiront bien mieux à moi; puisque voua transgressent** les ordres de Robespierre, je deviendrais leur chef, *

Le. Marseillais se mordit les lèvres.

u Et puis, acheva PEndormi, vous sarez qnc je suis d’une joli? force, et que j'ai étouffé un jour dans mes bras un garçon boucle r. Allez donc voua risquer à jouer du couteau avec moi. n

Olivier Brun, dit le Maruiltau , eut une exclamation de colère , mais il courba la tétc en signe de soumission.

Et ce fut ainsi que mademoiselle Claire d'Azay arriva, huit jours après, à Paris, sans avoir été en butte aux odieuses pourvu il es du Marseillais.

L'Endormi avait fait scrupuleusement son devoir...

Clairo d'Azay était prisonnière, mais son bonnenr était sauf

Or, le Jour même de son arrivée, le Marseillais» se rendit chez Robespierre.

Le proconsul, averti du retour de son fieront et de l’enlèvement de mademoiselle Claire d'Azay, Pattenclait avec une certaine impa-

Df-pui* *e mutin, Robe*pi«*nv était nmrai, agité, ri te proiiie- | bail ch. i lui d un pas inégal il brusque.

« .'il' te voilà! «lit-il, en voyaut outrer le Marseillais.

— Oui, citoyen, et j’espère qtfe von* serez coalent de moi.

— Cela dépend... oui. si madame de Uucliciuaure arrive surle-champ à Paris; mais si rlh* (aide... -

Le Maricdlam regarda curieusement Bobc*pi<-nv , et s'aperçut qu'il était de fort méchante humeur.

Le proconsul lui inoutra du doigt sa table chargée de papiers, pi sur sa table, le dernier numéro du journal «le Prodhoinme :

« Lia, * dit-il.

Le Murscilljia prit lu journal et trouva celte phrase au compte rendu de la dernière séance «Je la Convention :

m Le citoyen Danton a demandé un congé de deux mois pour 1

* cause de santé. Il a annoncé l'intention où il était d'aller passer

• ce laps de tempo dans son pays njjtal , à Arcis-sur-Aubo. n

«Oh! oh! dit le Marseillais, voilà qui me dérange un peu «fans me* combinaisons.

— Nous verrons, * murmura Robespierre...

Puis il ajouta brusquement :

■ Ainsi, tu as enlevé mademoiselle d’A/ay?

— Celait convenu ênlre nous.

— Cest vrai. Mais tu m'as obéi9...

— Oui , dit le Mar.-célais eu baissant In tête.

— Que comptes-tu eu faire?

— Je veux 1 épouser. •

Robespierre eut un geste de dégoût.

• El , il moins que vous ut fassiez do l'opposition , dit le Marseillais avec cynisme, e**la se fera. »

Robespierre, qui, jusque-là, s’ était promené de long en large, s’arrêta brusquement :

• Ecoule, dit-il, faisons un marché.

— J’ai tends.

— Tu comprends que me mêler du mariage d’un misérable l«*l que toi avec une jeune tille pure et belle , suc répugne. »

la* Marseillais fit la grimace.

• Mai», comme si lu mènes à bonne fiu notre petite affaire, je te devrai une récompense... ch bien!...

— Voua me marierez?...

— Xon pas , mais je te laisserai libre de faire ce que tu voudras.

— C'est bon. Je me charge du reste.

— Seulement, dit Robespierre, retiens bien ceci encore..*

— J'écoute.

— Tant que mademoiselle «TAzay ne sera pas ta femme, je t’or-

donue de la respecter. 4

— Soit, mais vont me laissez libre d'employer tels moyens qui me plairont pour qu’elle m'accorde sa main?

— Oui.

— C’est bien, je me tirerai d'affaire. *

Et le Marseillais, le soir même, confia mademoiselle d’Azay à fa

Mayotte.

Tout un plan ténébreux avait germé dans l'esprit fécond du misérable.

Il savait bien qu'il faisait horreur à Claire, cl que ce ne scrt.il que par la terreur et les torture* qu'il arriverait à la réalisation Jn aes proj’els.

t Ce congé inattendu qu’avait demandé Danton, suivi de près de eon départ pour Areis-sur-Anhc, en enrayant provisoirement les combinaisons de Robespierre, vint également modifier les plans «lu

Marseillais.

Comme on derait s’y attendre , le chevalier de Rnehe maure et sa femme étaient* venus à Paris cl y cherchai' rit Claire (F A ray.

Il fallait donc la soustraire aux recherches, afin de tes forcer h rester a Paris; et, en même temps, pour qu’ils y prolongeassent leur séjour, jusqu’au retour de Danton , il fallait qu ils eussent la certitude que Claire n’avait point quitté la capitale.

l’n malin, le MarseiL.vis vint voir In Mayuitc; il la trouva torturant sa victime.

« Va-t-en , vilaine boiteuse, lui dil-il, je veux causer avec mademoiselle. »

La Mayotte passa dans lu seconde pièce du logis ; puis «lie colla son oreille au trou de la serrure.

Claire demeura seule et tremblante en présence de sou persécuteur.

s Votre père est à Paris , » dit-il.

Claire jeta un cri «le joie.

« Je sais où et je puis le faire arr«Her, ajouta le .Mar

seillais. *

Au cri de join qu’elle avait pon«sé succéda un cri d«* frayeur, et Claire joignit le^ mains avec désespoir.

u Cependant, je ne le ferai pas, m vous m’obéissez... «

Son visage, épouvanté, ne s'éclaircit point. Elle devint d'une pilleur mortelle et crut que cet homme allait encore lui parler de son amour odieux.

•* Rassurez- vous, dit le Marseillais, l’heure où tous serez ma femme n’est point encore venue.

— Que voulez-vous donc de moi? demanda-t-elle en tremblant.

— Je veux que vous écriviez à voir»' pire tous les deux jours une lettre que je lui ferai tenir, et que je vous dicterai; et je vous promet* que tant que vous ferez cela, sa vie rl sa liberté seront respectées. »

Le Marseillais avait, en effet, dicté à Claire d’Azay Tes lignes suivantes :

« Mon père,

» Je suis prisonnière... et il m’rst interdit de vous faire savoir en

quel lieu se trouve ma prison.

n Tout ce que je puis vous dire , c’est que je via et que je sais toujours digne de votre amour et de vos caresse*, n

Le Marseillais tint s* promesse. Le baron et ses fils, qui avaient suivi madame de Rochemaure et te chevalier, et n’étaieiil malheureusement arrivés qu'après le départ de Danton , ne furent point arrête», bien que la police n'eût pat» perdu nn seul instant leurs traces. Trois mois s’écoulèrent.

Pendant ce s trois mois, le chevalier, M. d'A/ny et ses fiU fouillèrent inutilement Paris pour retrouver Claire, dont ils avaient des nouvelles tous U** deux jours.

Pendant ces trois mois, les Masques Rouges eux-mêmes s’épuisèrent en vains efforts. La jeune liile était introuvable, et le Marseillais déjouait tous le» plans de ses adversaire».

Claire était torturée chaque jour par la Mayotte, et le Mars» illais espérait triompher de son dédain; mais il lui fallait pour cela avoir accompli sa besogne, et Robespierre, par l«>* soies de l'Kadorrur , veillait sur la jeune lille.

Reportons-nous maintenant à re jour luininenx et tiède, tout inondé des premiers rayons du soleil de mars , et retournons à U n ansanle où non* avons vu la Marotte pénétrer et s’apercevoir que Claire avait, en son absence, entrouvert la fcue'rc. '* r< "

lai Mayotte entrait facilement en fureur. D' abord, elle n'aimait pas 1rs aristocrate»; elle avait ça dan> le sang, comme elle disait.

Ensuite, clic baissait tout ce qui était bi-a«i, de celte haine que les ténèbres doivent avoir pour ta lOmière.

Enfin, elic voyait dans Claire d'A/ay Ii fille et la s«rnr de e«*s déni homme» qui avaient tué Nicolas Cotirju. Xon pas «pi'ellc eût jamais ru de l'affection pour son ancien maître cl umant, la Marotte n aimait personne; mais l'habitude l'avait attachée, petit à petit, ë ce complice do ses meurtre» et de ses cruautés; et sa mort avnif été la dissolution de cette triniié sanguinaire qui avait si Jongtomp régné dan» l'auberge du Corbeau tirant.

Donc, la Mayotte, à qui , do reste, le Marseillais avait laissé liberté entière, torturait Claire d'Azây avec de» raffinement» iuouis de cruauté. Elle lui servait une nourriture infâme, la battait souvent, l’éveillait brusquement pendant fa nuit, si la pauvre créature, brisée, finissait par s’endormir.

Nuit et jour, elle vomissait contre elle et contre les aristocrates des LorrenU d'injures.

Enfin, elle avait inventé pour la pauvre enfant un dernier t\ suprême supplice.

Chaque jour, l'horrible tricoteuse se rendait à fa place dt> I*

Révolution.

Mie nuirait bien aianl que I* charrette des condamnés se fût arrêté»* au pied de l’échafaud; — elle n’en partait que lorsque la dernière tête était tombée.

Puis elle revenait chez elle en chantant la Maneillnife , — et lorsqu'elle s'était enfermée avec sa virlim*, elle lui racontait uiinu-

tieusement, dans tous rndéliili, le drime sanglant auquel •■Ile renaît d'assister. Elle «avait le nom de» supplicié»; clic mimait leur* derniers geste», minaudait leur# dernières paroles.

Ce monstre avait de» dispositions dramatiques; il racontait avec uoe effrayante vérité, avec un coloris épouvantable. Quand elle parlait, on voyait le condamné parler, trembler, pripr Uien, — le bourreau retrousser scs manches , — les aides nettoyer le plancher de la machine , après chaque chute du couperet.

Claire sc sentait mourir chaque jour, à l'heure de ce sinistre récit; c’était pour elle une torture qui effaçait toutes les antres.

Or, ce jour-là, après avoir vomi son habituel torrent d'injures, la Mayotte jeta ses béquilles , s'assit , radoucit sa vois et dit d’un ton cafard :

— Çà, venez, ma mignonne, que nous causions nn peu... J’ai promis au citoyen Robespierre de faire de vous une bonne patriote, et je veux tenir ma promesse. »

Claire se prit à frissonner.

Lu Mayotte continua :

« Je ne viens pas de la place de la Révolution , comme bien vous penser. Il est à peine midi, et le spectacle, là-bas, ne commence qu'à quatre heures; mais une fois n'rst pas coutume, on peut bien faire la noce en passant. Je me suis débauchée aujourd'hui... «

Elle ent nn rire féroce et regarda Claire.

Claire baissait les yeux.

La Mayotte continua :

« Comme il faisait beau temps , j'ai voulu voir ce qu’on faisait là-haut, & r ex-barrière de l'ex-Trine, en haut du faubourg Antoine... •

Malgré elle, Claire écoulait.

« Faut le dire, citoyenne ma mignonne, poursuivit la tricoteuse, que la république est bonne fille ; elle aime Brutus comme son enfant, et elle a bien compris que le pauvre cher homme ne pouvait pas fout faire , le nombre de ces chiens d'aristocrates se multipliant à l'infini. Alors, voici ce qu’elle a fait : 'elle a créé une sueeursole de l'institution, c’est-à-dire une seconde guillotine. Comme elle est plus jeune, on la nomme Mademoiselle ; celle de là-bas s'appelle Madame ou bien la Vente. Je n'avais jamais vn la petite, je me défiais, quoi ! je me disais ; ce doit être une Joignante qui touche la besogne du bout des doigts, une péronnelle qui fait sa tiie, au lien de faire celle des autres. »

A cet horrible jea de mots , le rire odieux de la Mayotte prit des proportions plus large*.

■ Eh bien ! figure-toi , citoyenne , que je rac trompais , continuat-elle. C'est un amour, un bijou de machine, qui travaille dés le matin, comme chantent les alouette*. A six heures précises, son galant arrive. C’est un jeune homme, l'aide en chef de Brutus; celui-là même qui a donné un croc-cn-jumbc à Capet, lorsqu'il a voulu parler, malgré le roulement de tambours ordonné par le général Santerre. A six heures un quart, on amène les épouseur* de la demoiselle. Jusqu'à huit heures, clic ne s'arrête pas, la chère belle; die leur donne à tous no baiser si bien appliqué qu’ils n'co ont jamais demandé un second. «

Claire avait été reprise de ce tremblement convulsif qui s'emparait <T elle chaque jour, lorsque la Mayotte entamait son récit infernal.

■ J’ai été ravie, enchantée, disait toujours l'abominable créature. Je ne croyais pas, foi de «ans-culotte! que ce fût si bien que ça... là, rrai...

— Madame... madame, au nom du ciel, supplia Claire.

— Laisse donc , citoyenne, il faut bien rire un peu en ce monde, puisque ta république a aboli l’autre. Tn vas voir... c’est drûle! Ou a commencé par un curé, ce maliu... nue bonne tête, va... il avait les cheveux tout blancs, comme tou aristocrate de père, qui y passera on de ces jours. . . »

I-a Mayotte allait continuer sans doute longtemps encore snr ce ton-là , lorsqu’on frappa à la porte.

La Mayotte tressaillit; mais comme on avait frappé deux coupa, pois un troisième, et cela d'uoe certaine façon, elle ne fit aucune difficulté pour aller ouvrir.

lia homme entra.

A la vue de cet homme, le visage bouleversé de mademoiselle d’Azay se rasséréna un peu.

Cet homme venait chaque semaine voir la prisonnière. Il ne l'insultait point comme la Mayotte, il n'avait pas l’audace de l'outrager par des propos d'amour comme le Marseillais. Xon, il était triste, poli, il la questionnait avec un certain respect, et la pauvre jeune

fille avait remarqué que la Mayotte se radoucissait un peu quand cet homme était venu.

C’était ï Endormi , l'agent de la contre-police de Robespierre, celui qui était chargé de veiller sur l’honneur de mademoiselle a Aray . L'Endormi salua Claire et dit rudement à la Mayotte : u Je vois que je viens à point. Tu étau encore à tourmenter mademoiselle...

— Moi! fil la Mayotte d’un ton hypocrite. Je lui racontais, au contraire, de belles histoires...

— C’est bon !

— I j chère enfant , elle s'ennuie un peo.

— Tais-toi !

— Tiens! comme tons me parlez mal aujourd’hui... Je m'en plaindrai au patron. *

L’Endormi haussa les épaules.

u Ouvre la porte de ta chambre, dit-il, j'ai à te parler...

— En particulier... «

La Mayotte ouvrit la porte de sa mansarde à elle. Celle-là était propre, presque meublée, et n'inspirait point le dégoût suprême qu'on ressentait en pénétrant dans le taudis qui servait de prison à mademoiselle Claire d’Azay.

L’Endormi y poussa la Mayotte :

u Attends-moi, n dit-il.

Et, refermant la porte, il s'approcha de Claire.

Il avait mis uo doigt sur ses lèvres pour recommander le silence à la jeune fille.

« Je suis un ami, n dit-il tout bas.

Claire leva sur lui ses yeux enfiévrés. Il y avait ai longtemps qu’elle n'avait plus d’amis !...

« L'heure de votre délivrance approche, continua-t-il tout bas... voire père est sur vos traces... ce soir, lui et les siens vous enlèveront... Chut! maintenant... allez où la Mayotte vous conduira... » Claire écoutait comme écoutent ceux qui sortent d'un long et pénible rêve.

L’Endormi passa daus la seconde pièce et s’y enferma.

La Mayotte l’attendait, le sourcil froncé.

« Savez-vous, dit-elle , que ça ne me convient pas du tout que vous me parliez comme ça devant la petite?

— Sais -tu, drdlef.se , répondit l'Endormi, qne si je roulais la petite t’échapperait...

— Obi pour ça, faudrait voir!...

— Si le patron le veut, tu verraa bien...

— Le patron ?

— Oui , le citoyen Robespierre. »

la Mayotte s'inclina avec respect.

k Le citoyen Robespierre, dit- elle, sait très- bien qne je «iis fidèle...

— Oui, parce qne tu as intérêt à l'être. On te paye bien, n Elle haussa les épaules.

« Tenez, dit-elle, vous m’amusez, vous... si j'avais voulu, paa pins tard qu’hier.., le Marseillais m’aurait donné troi» mille livres...

— Ah! il te les a proposées?

— Oui.

— Et cela pourquoi faire?

— Pour le laisser ici une heure,

— Tout seul?

— Avec la petite , s'entend.

— Et tu as relusé?

— lin peu.

— Bien vrai? fit l'Endormi, qui la regarda attentivement.

— J’avais mes raisons.

— Ah!

— D'abord, voyez-vous, reprit le Mayotte d’nn ton facétieux, j’aime à rire, moi. Ça me plaft d'aller voir, tous les jours, les aristocrates éternuer dans le son. .Mais s'il fallait faire la promenade ponr mon propre compte, ça ne me plairait plus...

— Ab !

— Et je crois qne ce serait le moyen de la faire, que désobéir a»* patron .

— Ceci est certain.

■ — Ensuite, j’ai une autre raison... Oh! c’est la fameuse, ccllc-là. •

— Pent-on la savoir?

— lien ! ben I »

La Mayotte parut hésiter; puis elle céda sans doute à ua irrésistible besoin d'expansion ;

« Voici la chose. dit-elle. Le Marseillais m'a dit que le patron lui donnerait carte blanche quelque jour...

— C’est possible.

— ■ Alors je voudrais pour ce jonr-là réunir les parent* cl amis de la demoiselle, comme qui dirait son père, ses frères...

— Assez, assez! fit l' Endormi, à qui la Marotte Gt horreur. Tu mériterais d'être hachée menu comme de la chair à saucisses. »

Iji Mayotte riait d'un gros rire.

« Mais, reprit l’Endormi , tout ça ne me regarde point, je viens I apporter la réponse du patron, louchant ce que tu m'as chargé de mi demander.

— - Il veut bien?

— Oui. »

La Mayotte eut un cri de joie et ses yeux vérons brillèrent comme ceux d’une hyène rddanl, la uuil, autour d'un campement d’Arabes nomades.

■ Pour quand?

— Pour aujourd'hui. »

■La Mayotte battit des mains.

« Tu prendras un Gacre jusqu'à l'entrée du pont Tournant.

— Et si la petite cherche à m’échapper?

— Nos hommes seront là. On ue vous perdra point de vue un seul instant.

— Adieu... au revoir I »

Et l’ Endormi sortit.

Mais, en repassant auprès de Claire, il se pencha n son oreille :

b Obéissez, dit-il, vous allez être libre ce soir-même. n

Son accent avait le timbre de la couviclion , et Claire eut foi en la promesse de cet homme.

Comme (rois heures sonnaient , la àlayolte ouvrit une armoire d'où elle tira du linge blanc, une robe et des souliers.

Puis elle étala ces objets devant Claire d’Azay, et lui dit d’un air aimable :

b .Ma petite , nous allons sortir, il fait beau temps.

— Sortir ! dit Claire avec égarement. Sortir !...

— Oui. Voilà huit jours que, voyant revenir le beau temps, j’ai fait demander la permission de le promener... ça te fera du bien... n

Claire regardait son bourreau avec effroi.

y Où voulez-vous donc me conduire?

— Habille-toi... tu verras... »

La pauvre enfant tremblait de tous ses membres; mais elle se souvenait des paroles mystérieuses de l’Endormi, et elle obéit. Elle quitta les haillons qui la couvraient et s’empara avec avidité du linge et drs habits que lui donnait U Mayotte.

« Viens, citoyenne, dit alors celle-ci, viens, tu seras contenir.. » Et elle lui jeta un manteau sur les épaules et lui en rabattit le capuchon sur les yeux , disant : * Je ne veux pas qu’on te voie dans la rue. ■

Mais la précaution était inutile. 11 y avait un Gacre à la porte ; no fiacre, rue du Puits-qui-parle! cela ne s’était jamais vu...

La Mayotte comprit tout de suite que c’était une attention de F Endormi.

Elle regarda le cocher et reconnut sur-le-champ un homme de police.

• Monte, citoyenne, b dit-elle en ouvrant la portière.

En même temps elle se plaça auprès de Claire , et dit au cocher :

« Place de In Révolution ! »

A ce nom, la jeune fille pdlit.

« Vois-tu , ma petite , dit la Mayotte, je veux joindre pour toi la pratique à la théorie. Je te raconte bien comment fonctionne m«dumt ou madetnoiselU ; mais ça ne suffit pas... il faut que tu voies par toi-méme... »

I«e tremblement convulsif de Claire la reprit plus effrayant et pins terrible que jamais. La Mayotte ajouta':

■ Nous allons voir raccourcir qurlques aristocrates. . . ça te formera... et puis, qui sait? tu verras peut-être des connaissances... 00 ne sait pas !... ■

Claire étouffa un cri, et le nom de son père vint à scs lèvres...

Le fiacre roula,

Mademoiselle (TA ray se trouva livrée alors à une épouvante sans nom.

1 Où la c un (luisait-on? La inenait-on à l'échafaud? allait-elle mou- I rir, enfin?

' La mort était presque une délivrance pour elle , après les tortures qu'elle subissait chaque jour.

Celle première supposition était donc moins affreuse que ccltr autre qui lui vint à l'esprit. Elle se dit que peut-être cet homme qui i avait paru s’intéresser à elle la trompait comme l'avaient trompée déjà la Mayotte et le Marseillais , — et qu'on ne la conduisait à U place de la Révolution que pour la faire assister au supplice de son père ou de ses Itères , — peut-être même de tous les trois réuni». Et quand celte pensée eut germé dans son cerveau , elle y grandit peu à peu, y prit consistance, et devint , pour la pauvre jeune tille comme une effrayante vérité.

A partir de ce moment, aussi , Claire d'Azay fut en proie à cette prostration morale et physique qui s'empare des condamnes à l'heure du supplice , — et le fiacre qui l’ entraînait lui parut être U charrette fatale.

la Mayotte, elle, plaisantait agréablement. Elle avait baissé la glace de devant do Gacre et entamé conversation avec le cocher, qui, en ce moment, parcourait les rues solitaires du laubourg Saiot- Germain .

« Dis donc, citoyen, tu ne te plaindras pas , beiu?

— - Pourquoi, citoyenne?

— Parce que je te mène au grand spectacle.

— C’est vrai.

— A la comédie de la nation, ma foi!

— La comédie des aristocrates, répondit le cocher d'un air aimable.

— Et vois comme lu es heureux , reprit la Marotte , au lieu de payer ta place, comme c’est l'habitude, non-seulement tu y vas gratis, mais encore on te paye.

— - Je suis déjà payé, dit le cocher en clignant de l'œil.

— Ça, je m'en doute... ■

Et la Mayotte pinça le bras de Claire.

b Ah çà! ma petite, dit-elle, est-ce que tu vas nous faire cette mine-la longtemps? C'est pas aimable, sais-tu? o(l te mène à la comédie, et lu n’es pas contente!... ■

Claire laissa ■tom ber deux grosses larmes le long de ses joues et ne répondit pas.

« Chipie! va, grogna la Mayotte. Gibier de potence, fille d’aristocrate. Ah! lu n'aitucs pas madame la guillotine, la fille aînée et bicn-aimée de la république? Ah ! lu fais la nujoréc quand on te mène voir tomber les télés des ennemis de la nation?

— Madame... par pitié... supplia Claire.

— Ali! il faut que tu t'y fasses, méchante grêle, reprit laàlAyottc; et ne t’avise pas de fermer les yeux... tu verras tout, tout! cutends-lu? n

Claire frissonnait cl appelait la mort à son aide.

La Mayotte s’adressa de nouveau au cocher.

u Sais-tu combien il y en a aujourd'hui?

— Environ douze ou quinze.

— Tu es sûr? *

— On le disait tout à l’heure , dans la rue des Canettes , où nous avons passé.

— Tant mieux! la petite aura le temps de voir.

— Mon Dieu! prenez pitié de moi! « murmurait Claire d’Azay.

I.e Gacre arrivait au bout de la rue du Bac et débouchait sur le bord de l’eau,

là, brusquement, l'isolement du faubourg Saint- Germain cessait ; à la rue déserte succédait le quai encombré ; au silence , le bruit tumultueux de la foule.

Il était quatre heures moins un quart, et les habitués de ce sanglant spectacle, que la Mayotte appelait la comédie de la guillotine, se rendaient à leur poste.

Les tricoteuses chantaient la Maruillaite , les enfants grimpaient sur les arbres pour voir si la cbarFettc n’arrivait pas.

Le fiacre s’arrêta.

a Que fais-tn donc, citoyen? demanda la Mayotte au cocber.

— Je m’arrête.

— Pourquoi ?

— Maïs parce que nous ne pourrons aller plus loin,

— Tu crois?

— La foule est compacte.

— Eh bien , lu feras claquer Ion fonef.

— Non pas. On nous prendruît pour des aristocrates.

— Si ça ne fait pas pibn, murmura la Mayotte, qui chercha se*

béquille sous la banquette «In fiacre, qu'on ne puisse aller ou speclaclc en voiture ! C’est pourtant ces gredins de ci-devaul qui sont ; cause de tout cela! •

Le cocher cligna de l’oeil.

« Je lois des gens de ta connaissance , citoyenne , dit-il.

— Tu vas être en compagnie. Descends... »

En effet, au moment où la Mayotte sortait du fiacre, deux hotn- Hips en carmagnole s'approchèrent.

Gloire ne vit que le premier d'abord, et laissa échapper un soupir de soulagement.

G'éluit l'huiniue qui lui avait promis sa liberté, c’est-à-dire J’Kuoonni.

Il lui offrit la main et lui dît tout bas :

« Venez, mademoiselle, et ne craignez rien. *

Main à peine hors du fiacre, la pauvre enfant étouffa un cri d'angoisse, et son épouvante la reprit. L'autre huiuntr en carmagnole s' était mis o échanger quelques mots à vois busse avec In Mayotte. Glaire reconnut le Marseillais.

Celui-ci vint à elle et lui dit :

u Prenez mon bras ! »

l.«* Marseillais inspirait à Claire une terreur qui tenait de la fascination. Il l’cùt entraînée au fond d'un abîme sans qu’elle essayât de résiner.

Elle se laissa donc prendre le bras et le suivit sans résistance.

Lu Mayotte marebiiit m avant ; l‘ Endormi suivait.

Dés lors , mademoiselle d'A/.uy fut en proie à une somnolence épouvantée; ses oreilles bourdonnèrent, son sang afflua îers son : coeur, ses tempes se mouillèrent d'une sueur glacée, et tous 1rs bruits , toutes les rumeurs furieuses qui V environnaient n’arrivèrent jusqu’à elle qu’à l'état de brouhaha confus. Elle ne voyait rl n'eutendait plus, mais elle marcha:!.

le Marseillais, qui la sentait à demi pliée snr son bras, pensa que le moment était fav mahlc pour parler un peu de son amour.

I nc déclaration dans l'antichambre de la guillot.no , c’était délicat, comme eût .dit ta Mayotte.

u Ah! ma chere di-mo-. Ile, ilissit-il, vous êtes bien la cause première de tous vos malheurs, croyez- moi . Votre existence est- elle assez trisle, assez misérable, en vérité! La Mayotte vous persécute, et moi je ne puis m’y opposer... car. eroycz-le bien, c’est le patron, et non pas moi, qui ordonne toit cela...

Il a son idée, voyez-vous, le patron; c’est un grand citoyen, et qui voit les choses de loin. Il voudrait fusionner les aristocrates av< c le peuple... c’es; pour ça qu'il serait heureux si vous deveniez ma femme... »

A ces derniers mol» , Glaire secoua su torpeur, et elle essaya d’arracher son bras de relui du Marseillais...

« Jamais! jamais! « répéta l elle.

Olivier Brun, dit le Marseillais , était violent à ses heures. Il eut un mouvement de foreur :

• Ah! maudite fille d’aristocrate! dit-il, je t'offre la liberté , la fortune , la vie tranquille dans les anciennes terres , et lu refuses ' et je te fais horreur!... Eh bien, soutire alors , tu n'rs pas au bout ■ de les lorlurps! et il doubla le pas, disant : — Viens! viens! je le mènerai jusque sous l'échafaud , tu les verras tomber de près les ■ téle> des tien* !... »

Glaire poussa un gémissement et retomba dan* son atonie.

La Mayotte continuait à ouvrir la marche Elle bousculait la foule arec ses hémtilles, tempêtant, injorianl , traitant tout le moud; d'aristocrate, de ci devant, d'cuaenii du peuple ; et la foule s'écartait devant c- -lie furie.

On arriva ainsi j'isqu’au pont Tournant.

« Place! disait la Mayotte, rangez-vous, aristocrates! laissez passer le* patriotes !... »

Et la foule s'écartait sur le pont, comme elle s’était écartée sur le quai.

« Oh ! c’te guenille ! r cria une voix moqueuse, an moment où la Mayotte arrivait sur la place.

Elle m ti tourna, il vît un gamin juché sur té réverbère élevé à l’entrée du pont.

le gamin lui faisait un pied de ucz . et lui cria : u Hé! la marquise, c’est t’y pas loi qui a» demandé le roi de Prusse pn mariage? *

La Mayotte !«• menaça de .-a béquille.

u Prend* donc gai de .'citoyenne ! réplinua le gamin, tu vas faire iorl à la toilette. À u de «.Lue pu le» deiilcUo et veille à te» panier

— Petit misérable! hurla la Mayotte . je le ferai moorir sons le balon , toi qui foiMilie* les bonnes yatiiote*.

— On te raccourcira avant ce temps-là, ma pauvre vieille, reprit le gamin, aussi vrai que je me nomme Lolo! Tieus, vois-tu la machine, la-bas?.,, je vais l’en dire la chanson. »

Et le gamin chanta à tue-téte :

C‘e*t un < oif que l'on requit Avant qu'on » en douta...

• C'est lui. murmura l'Eodormi à l’oreille du Marseillais.

— Qui, lui?

— Le gamin que le patron fait chercher partout.

— Tu crois?

— Je vais bien voir. »

Et r Endormi, levant la tête, apostropha le gamin toujours juché sur son réverbère comme un singe sur la branche d'un cocuti' r.

« Eh! dis donc. Loto?

— Qu’ est-ce que lu veux , toi?

— .le croyais que lu devais entrer à l’Opéra?

— Ah ! oui . répondit le gamin; mais c’est un joli farceur, le citoyen qui m'a donné trente sous... Ce n’est pus le directeur... Ah! mai* non... «

Lu Muyotte continuait soi» chemin.

x Se le perds pas de vue, dit le Marseillais à l’Endormi. jusqu'à ce que j’aie rencontré on de nos hommes pour le faire suive*... Avançons ! »

La Mayotte jouait de sa béquille, criait , jurait , insultait, et se frayait ainsi un paîsa;;p.

Le Marseillais entraînait Claire derrière elle, et il la fit entrer ainsi jusque dan* le cercle de Yorehestre.

Criait ainsi qu'on apprtuil plaisamment la demi-lune que les tricoteuses formaient bit n avant l'heure autour de l’échafaud.

*• Nous voilà chez nous, dit la Mayotte. Ma mignonne, lu peux regarder la chose. •

Glaire, a demi morte, leva le* yeux sur la guillotine et les baissa vivement.

la* Marseillais la spntil défaillir et crut qu’elle allait tomber morte.

Heureusement ['Endormi, qui s’etait glissé derrière elle, murmura un mot :

0 Courage ! »

Et Glaire, une fois encore, se cramponna à ce mot et à ta pensée qu’il éveillait en elle, et une fois encore elle espéra...

I.n foule murmurait sourde ment; tout à coup i Ile éclata , fil entendre des cris et de* bravos, et éprouva ce mouvement de flux et de relhix qui signalait toujours I apparition de la charrrlte. Eu effet, \n fournée venait d'apparaître , et le hideux véhicule s'arrêtait au pied de l’éehafaud.

Le bourmni monta le premier sur la plate-forme.

« Bonjour, citoyen ^bonjour . mon i: iguoa ! » lui cria la Mayotte.

Le bourreau reconnut \' habituée et la salua.

l«es triroieusr» battirent des mains.

Mais, à peine enivrée de celte petite ovation, la Mayotte éprouva une .déception cruelle.

Le rocher l’avait Iront ée, la république se moquait du peuple, la Journée était misérahle !... Il u'y avait que trois condamnés dans la charrette, deux hommes et une femme.

« Ah ri ! qu’ est-ce qu'sis font doue? s'écria la Mayotte indignée, la république n’a donc plu» d’eniit mi»? ou bien le tribunal est en VMjanres? Si c'est pour cela qu'on nous déroute, Cillait nous prév.» ir...

— Tu te plains toujours, dit le Maimttais; regarde doue cette

vieille. *

La Mayotte attacha ses yeux vêtons sur l'échafaud.

1 plèvre assermenté en montait h» degrés, soutenant la fciuw qui «/lait mourir.

Celait nue leinuie de haute taille, belle encore, malgré ses cheveux blanc*, et qui contenu luit la foule accourue à son supplice j nvee mie tiai.qiiillilé dédaignei^e.

- Mais rrg r I. -loue, - <1 h Mayotte, qui donna un coup de sa béquille sur r épaule «le Chi e. #

la condamner détournait U tète et ne voulait point écouler les oxhoriatioo* du prêtre apmi.'it.

Le hunrmiu s'approcha d\ |L- et lui Ata son fichu .

Elle rut un geste d'imligualiou ; pi'is , comme si ell«* *Vo lût repenti Mir-le-cbaum , elle b va les yeux au ciel, et dit « l exécuteur •

« Faites votre' devoir, monsieur. »

LES MASQUE!» ÜOCGLA.

On la poussa sur la planche ; die fui liée en un clin d\vil, et U p'.utchc courut, en même temps que la lunette se refermait.

Claire détourna les yeux :

« Ali 1 chienne d’uris4ocrale ! hurla la Mayotte , lu ne veux pas voir !... »

Et elle lui donna un nouveau coup de béquille.

Claire poussa un cri de douleur ; — mais ce cri se perdit dans un«' rumeur immense.

I.e bourreau avait lâché la ficelle qui soutenait le couperet.

Lu couperet avait jeté un éclair en recontrunt un rayon du so- Vil ; puis il était descendu rapide, et, tout à coup, il s* était arrêté... Il Vêtait arrêté à un pied de lu lunette, à trente pouces du cou de l.i condamné* ; et lu condamnée, saisie d'épouvante, s'était pri*e à huiler et h srcotier ses liens, ébranlant l'échafaud...

L'était la seconde fois que cela arrivait.

La machine Vêlait détraquée.

Alors Claire d'Azuy fut | risr d'une curiosité ardente , irrésistible. De nouveau elle Ica les, yeux et vit...

Elle vit les aides de T exécuteur qui relevaient la planche, déliaient la condamnée et la faisaient asseoir aur un escabeau , tout auprès des bras routes et sinistres de la guillotine.

La condamnée était pâle , niais elle ne criait plus.

En ouvrier monta en toute hâte sur l'échafaud, avec un marteau et des oulils.

La condamnée suivait dp l'uni tous srs mouvements...

La foule attendait amieuse...

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