I.a condamnée regardait toujours, la foule murmurait
Quelques hommes étaient pris de pitié » b vue de cette noble tête un peu pâle ; les femmes di mandaient que le spectacle commençât.
« Çi ira-t-il? demanda Santon.
— Oui, le couteau s'ébréchera peut-être, mais il tombera, n Le bourreau dit quelques umts à l'oreille d'un de sea aides. Celui-ci descendit les marches de l'échafaud et monta dans la
«barrette . où il y avait des boites de paille qui servaient de siège aux condamnés trop faibles et trop abattue pour se tenir debout. L'aide en prit une et remonta sur IVrhafuud. u Je n'ai pas envie de inc faire destituer. » murmura Sunson.
Et il prit b botte de paille et b mit au Heu et place de b condam iée.
Celle-ci leva les yeux sur le couteau qui remontait et s'arrêta an moment en haut des deux bras rouges. Elle frissonnait . mais son regard brillait d'un feu «ombre, et tt lèvre s'était crispée' en un dédaigneux sourire.
• lirai o ! l'aristocrate ! lui cria b Mayotte. Mais regarde donc! » ajouta-t-elle en pouvant de nouveau l'infortunée Claire d'Azay.
Le cuulcau tomba ; b hotte de paille fut coupée en deux.
» Ça va, * dit le charpentier triomphant.
San son lui donna un écu et le fil descendre.
Cm tard s'en alla tout désappointé. Il avait compté sur f apoplexie de Sanson.
Alors on reprit la condamnée et on la remit sur la planche. Sou supplice avait duré dix minutes, — dix années plutôt!
Mais, comme on poussait la pbuebe vers b Imictlc, la foule n'y tint plus... On cria grâce, on hurla, on se bouscula auprès fie l'ë-
rttafwid.
Il y eut ce mouvement de flux et de reflux qui se produit dans Ici assemblées populaires qui deviennent orageuses.
Samoa -'arrêta indécis.
Fn ce moment, quelques hommes entrèrent dans le cercle des i< oit tues, criant: « A bas b guillotine f
— Ah I les canailles! » hurla U Mayotte.
Claire jeta un cri.
Elle venait de reconnaître un de ces hommes.
Lri même temps aussi le Marseillais lui lâcha le bras et se perdit de. os la foule.
L’homme que Claire avait reconnu était coiffé d'un bonnet rouge; i i ; ait le visage noirci comme un ouvrier iorgürou ; mais pouvaitelle s'y tromper.'
C'était son frère.
La Mayotte entendit le cri, elle vit cet homme qui b'uvauçail vers Claire; elle devina qu'ou venait lui colorer sa victime, u Xoa! non! cria-l-elle, tu ne m’échapperas pas! *
Et elle lui jeta ses doigts crochus autour du cou.
« A moi ! à mol) les patriotes !... n disait-elle.
El ses moins noueuses serraient avec violence le cou blanc et délicat dé mademoiselle d'Azuy.
Tout à coup elle cessa dp crier. Eu même temps ses doigts se distendirent. Elle s’affaissa lourdement, assommée pur iiq vigoureux coup de poing que veuoit de lui assener l’ugeut de polira I En-
Jurai.
Le frère de Claire avait pu Tendre la foule et parvenir jusqu'à elle Il la prit dans «es bras et l'cmp. i ta.
L’Endormi, immobde, le vit s éloigner, bousculant tous ceux qui lui barraient le chemin; puis, quand il l'eut perdu de vue, il se prit à sourire.
■ Le tour est fait I b dit-il.
Tandis que Claire, demi-morte, était emportée par sou frère, un officier de municipaux avait fait battre b générale.
Les murmure* du peuple a’ apaisèrent. Sonson reprit courage et le couteau tomba.
Lu fe.< me aux cbeveui blancs venait de mourir après douze minutes d'une agonie sans nom.
Alors f Endormi s ouvrit à sou tour uu pos»agti à travers la foule, et se dirigea vers le réverbère du pout.
Le gamin s’y trouvait toujours.
• Ob««Mri. y ou» *ll(i èlr« libre ce toir-nn' u», » — Fige 1 11.
« llél Lolo ! lui cria-t-il.
— Que que lu veux , citoyen i
— Je paye à boire.
— Farceur!
— Si tu veut m'apprendre ta chanson.
— Voilà, » dit le gamin.
Et il descendit de ton ponte d'observation en chantant :
Gaillotin ,
Urikein Poliliijae.. .
L’Endormi le prit par le bras.
• Viens avec moi, dit-il.
— Où donc?
— A la Pomme normande, tin joli cabaret qui est dans la rue des Frondeur*.
— Attendes donc, laissez-moi voir jusqu'au bout. »
Et U gamin se dressa sur la pointe des pieds ponr voir tomber las deux autres têtes.
l.’Endormi emmena le gamin hors de la foule, prit la rue Florrnliu , puis la rue Saint-Honoré, et arriva à celle des Frondeurs.
Dans celle rue, qui a cinquante pas de long tout su plus, et qui est encore aujourd'hui comme l’nv mue du quartier le plus mal famé de Faris, se trouvait, à gauche, le cabaret de la Pomme normande.
(Vêtait mi bouge infect, freqnmlê par des femmes de mauvaise r.* , des boutoir» sans prufrssiou avérée, des voleurs et des escrocs, — le tout panaché, comme un disait alors, d'agents de police.
Ce fut dans cet élablissement que TEodormi fit entrer le gamin.
i* Comment t'appelles-tu? lui dit-il.
— Loi o.
— C'est bien toi qui devais «btrtr k l’Opéra?
— Ali ça, dit le gamin, est-ce que vous allez me faire cette plaisanterie-là, vous aussi?
— Je. ne plaisante pas.
— Il était bon , le citoyen habille de noir. Je crois bien que c'est un ci-dcvaot.... Mais, bah! il a du cœur tout de mémo, puisqu'il m’a donné une pièce de treule sous.
— Qu'est-ce que lu veux boire?
— ■ Du vin , donc ! »
L’Endormi frappa sur une table, le garçon accourut.
• Donne-moi du vin cacheté, cire jaune.
— Excusez! dit le gamin.
— - Quand je lais les choses, je les fais bien, dit modestement l' Endormi.
— Ah (à, est-ce qoe vous voulez, vous aussi, me faire entrer à l'Opéra?
— Non , mais je veux te faire gagner dix pistoles. ■
A ces mots, l’émotion du gamin fut si forte qu'il laisse échapper son verre.