‹ Les masques rougesChapitre 7 sur 44 · III. t« PM V K QUOTIDnCNIK · texte numérisé non relu

III. t« PM V K QUOTIDnCNIK

En même temps que le président des masques ronges dépliait sou manuscrit, uu des membres de l’assemblée était venu s'asseoir au bout de la table et avait tiré de sa poche une plume, une ccriloireet du papier.

C’était le secrétaire chargé de la rédaction des procès-verbaux.

Le président interpella directement alors le chevalier*

a Numéro 17, levez-vous! ■

Le chevalier se leva.

■ D’où venez-vous?

— De In Conciergerie,

— Qui rous en a fait sortir?

— (Jn homme à qui j'ai juré d'y rentrer avant le jour.

— N’arez-vons pas fait un autre, serment?

— Celui de no pas révéler ce qét* je verrai et entendrai.

— Renouvelez-vous ce serment? »

Le chevalier levu la main :

• Je jure sur l'honneur dp me taire, « dit-il.

Le président fit un signe d’assentiment et continua :

a Lorsqu’on vous a proposé de venir ici , saviez-vous le sort qui rotu attend?

— Oui , citoyen , je m'attends à être jugé , condamné et exécuté.

— Etes- vous résigné à voire sort?

— Oui.

— Alors quel mobile vous a amené?

— Le désir de sauver, si faire se ppot, une personne qui m*est chère, et qui doit, demain , aller à l'échafaud.

— Dès à présent, reprit le président, je dois vous donner quelque espoir. La personne dont vous parlez et qui s'appelle Armande, de son prénom...

— C'est bien cela.

— Celle personne ne sera point exécutée demaio. Un sursis lui a été accordé cette uuit même, b

Un de ces soupirs de soulagement comme en poussent seuls roux sur qui pesait un poids énorme dont on les soulage tout à coup

souleva alors la poitrine du chevalier ; des larmes coulèrent sous son masque , et il regarda tous ces hommes qui lui étaient inconnus comme des frères.

« Numéro 17, poursuivit le président, je tenais à calmer font d'abord vos angoisses , car je sais que vous éles brave jusqu’à la témérité , et n’avez jamais redouté la mort pour vous-même; A présent, nous allons vous initier à nos secrets et rous lire uos statuts. Asseyez-vous. B

Tout cela était si étrauge, même à cette époque de sinistre étrangeté, que le chevalier s'élait demandé plusieurs fois déjà s’il n’était

fias le jouet de quelque rêve épouvantable qui le caurbeinardail sur a paille de son cachot.

1* président lut d’une voit flaire et sonore :

» A tons les âges, chez tous les peuples, et même ch*-z les animaux, uu sentiment a dominé tous le» sentiments, — l'instinct de la conservation.

n De tout temps les hommes se sont lignés contre le danger, comprenant que là où l'individualité succombait, l'être collectif riait à peu près sùr du triomphe.

» Comme les chevaux sauvages qui se groupent en colonne compacte lorsqu'ils sont attaqué» par les loups, aux heures de péril suprême. les hoiumps se sont tennis tantôt autour d'un drapeau qui iloltail au vent, tantôt autour de quelque signe mystérieux de rallieimnt. faisant abnégation de leur» rannmrs, de lotira passions et de leurs idées. Les hommes assemblés ici appartiennent à tous les partis , à toutes les opinions.

» Le» uns sont demeurés fidèles au régime renversé, 1rs autre# sont revrnus d'Amérique avec le sentiment d'une liberté fans limites; — 1rs uns sont gentilshommes, les autres appartiennent a celte bourgeoisie française que naguère on appdait te lirrs.

» Il en est parmi nous qui siègent bien près du pouvoir établi ; d’autres qui ont été ministres du culte, d'autres qui sont le# partisans les plus enthousiastes de la République et de» idées nouvelle».

• Celui qui vient ici ne doit point s'imaginer qu'il a franchi le seuil de quelque club réactionnaire où on médite le renversement des pouvoir» établis et ta restauration du pouvoir renversé.

p Le club des masques rouges, avant de se constituer, a fait préter à chacun de se# membre# le scnuenl qu'il laisserait à ta porte ses opinions, ses haines, ses rancunes et scs affections.

• Le club a écrit ces mots sur le fronton de son temple :

lei on ne parle pat politique!

b Quel est donc son but?

• l.e cluli des masques rouges est une association , une compagnie d’assurances contre la goillulinc , — cet ennemi commun de tous , ce minoianre qui attend patiemment chaque parti , à son jour et à son heure.

b Un grand homme de ce temps-ci, un orateur fougueux, un rouir bouillant et sage à la fois, a dit un jonr à la tribune de la Convention :

u La Révolution, semblable à Saturne, dévore ses enfants. ■

» Pénétres do cette vérité, nous nous sommes réunis; et, sous ce masque qui nous couvre, inconnus pour la plupart les uns aux autres, u'ayant qu'un mot de ralliement, comme les francs-mai ons n' avaient qu'un signe , nous avons fondé le club de» Masques rouget, dont voici les statuts :

» Arl. 1". — Les membres sont solidaires les uns des autres. Chacun d'eux s'oblige à mettre tout en œuvre pour sauver de l'échafaud celui ou celle qui lui sera désigné par le club, — cette personne fût- clic pour lui un ennemi privé.

* Arl. 2. — l-es mcmhres du club, en liberté, se réuniront chaque nuit, à tour de rôle, au nombre de trois au moins, pour prendre les mesures d’urgence qui scroul jugées nécessaires.

» Art 3. — Aucun pouvoir, aucune force, en ce monde, ne pouvant être constitués sans argent, chaque membre du club sera tenu de verser dans une caisse commune une somme quotidienne fixée selon la fortune et les ressources dont il dispose.

b Avec les sommes produites par celte cotisation, le club ponrra gagner des agents, expédier des courriers, corrompre des subalternes, etc., rte.

» Arl. -i. — De même que les membres du club qui appartiennent par leur opinion, leurs tendances, leurs amitiés et leurs infiuencrs au pouvoir actuel garantissent leur concours à ceux que le pouvoir traque et persécute , ce# dernier» prennent des engagem mt# Heiitiquvs pour le cas et l'heure où leur parti triompherait.

* Art. 5. — Tout membre du club qui oublierait de verser quo-

Juniifmrnt sa prime d'assurance serait considéré comme démissionnaire, et, dés lors, on ne s'occuperait plus de lui.

" Art. 6. — Tout membre du club, en payant une prime double ou simple, suivant les circonstances, pourra sauver une personne a laquelle il s'intéresse particulièrement.

» Art. 7. — I Ai lieu des réunions variera suivant les circonstances et selon que le président et les membres du conseil de surveillance le jugeront nécessaire.

• Art. 8. — l«e secret le pins absolu est obligatoire.

» Art. ft. — Afin de péoéirer chacun de ses membres de la terrible nécessité de notre association , le club décide que dans chacune de ses réunions une guillotine demeurera en permanence.

» Art. 10. — Si quelqu’un des membres du club était convaincu soit de trahison, soit d’une indiscrétion ayant mis en péril l'existence de l’association, il pourrait être jugé séance tenante, lié sur la guillotine que nous avons à notre disposition et exécuté sur l’heure. »

L’article dixième était le dernier.

I.e président reprit baleine , puis il s'adressa de nouveau au chevalier de Rocbemaare :

« Xuniéro 17, dit-il, vous avez parmi nous des amis ardents qui mettront tout en centre pour vous sauver, vous et celle que voua aimer. Consentez-vous à faire partie du club?

— Oui, citoyen. Seulement, je demande à fuire part au club d'une légère dilficullé.

— Parlez...

— Quand j’ai été arrêté , on m’a pria tout ce que je possédaia; et , pour payer la prime exigible, il me faudrait aller loin de Paris,

à pris de deux cents lieues, où f ai enterré nne somme importante.

— .Vous savons cela. «

Le chevalier tressaillit.

■ Ne vous inquiétez paa, reprit le président. L’a mol de voua nous suffira. Nous savons que vous avez enfoui , dans un bola de t-hénes , à quelque distance de votre chAleati, qui a été rasé récemment , une somme importante en or et en billets de la Banque de Hollande.

— C’est vrai.

— l'n seul homme voua assistait dans cette opération.

» Cela ae passait le 9 décembre de l’an 1791 , et voua deviez partir pour Paria le aoir même. L’homme qui vous assistait aat un pécheur que nous connaissons et qui vous est tout dévoué.

— Je le croia , du moins.

— Venez prendre cette plume et Bignez-nous un bon de deux mille louis , payables chez le pécheur en question. »

Le chevalier, — désormais le numéro 17, — ae leva et viol prendre la chaise que lui céda le secrétaire.

Puis il écrivit avec la plume qu’on lui lendit :

u Je prie Martin Deraux de payer pour inon, compte au porteur, b et dans le but de me sauver de la guillotine, la somme de deux * mille louis.

a Riicheu.vlsb. n

Le président prit ce singulier billet h ordre , le plia et le mit dana sa poche sans que ni le secrétaire, ni aucun membre du dub eusse ni pu lire le nom du signataire.

Puis il ajouta : --pi-.

• Numéro 17, il oe vont eut pu possible, aujourd'hui, <T assister à U séance, qui sera longue d’abord, rt dan* laquelle, ensuite, on discutera les moyens à employer ponr tous sauver, vous et la personne à qui vous vous intéressez. Il faut que vous rentriez à la Conciergerie avant le jour. Maintenant , avant de nous quitter, jures fidelité aux statuts. »

Le chevalier posa la main droite sur le cahier que lui présentait le citoyen président, et dit d'une voix forte :

• ie jure d’étre fidèle aux statuts qui régissent l’association des Mas ques rouges ! ■

Alors celui qui loi avait servi de guide te prit par la main et lui dit une seconde fois :

• Venez ! *

Le chevalier salua et sot lit an moment où le président disait :

o La parole est au citoyen secrétaire pour la lecture do procèsverbal de la dernière séance. »

Dans la petite salle qui servait pour ainsi dire d'antichambre à celle où se tenait l'assemblée des masques rouges , le chevalier retrouva le gediier de la Conciergerie.

■ Otez votre manteau et votre masque , lui dit son guide ; je voua connais, moi...

— Ah ! fit le chevalier.

— Je sais bien , reprit l’inconnu, que ma voix, passant à travers le masque, n'rst plus la même, sans cela vous la reconnaîtriez. *

Le chevalier tressaillit . et sou regard chercha à derinrr l'homme dont les yeux noirs brillaient à trarrrs le velours rouge.

« Qui donc élcsMOut? ■ lui dit-il.

L'inconnu mit uo doigt sur sa bouche.

• Vous le Murez quelque jour. . . mais à présent je dois me taire.

« Vous souvenez-vous de f auberge do Corbrau riront?

— Oh! oni, s’écria le chevalier. Serait-ce loi, baron? *

L' inconnu secoua la télé.

■ Non , dit-il , niais je sais ce qui s'est passé dans la nuit du 30

au 21 janvier.

— Eh bien , pourriez-vous me dire ce que sont devenus tous cens qui s'y trouvaient?

— Peut-être....

— - L’bételier est mort, par exemple, je T ai assomme d’on coup de crosse dr mousquet.

— Celni-lù e»t mort. liais la Mnyolle vit. et le Marseillais aussi. Quant à celle vieille canaille d'intendant lolcnr, il est resté étendu baignant dans son sang , mois il aurait bien pu rn réchapper.

— - El la jeune fille ?

— Elle s’est sauvée avec l'Allemand.

— Je le Mb . mais que sont-ils devenus? «

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