DIAGNOSTIC
Nous avons vu qu’un des principaux caractères des mastoïdites profondes est d’affecter dans leur développement une allure particulièrement lente et insidieuse et de ne se manifester souvent que par un minimum de signes. Pourtant il importe de diagnostiquer l’existence de l'affection d’une façon aussi précoce que possible. Une intervention judicieuse et opportune doit alors prévenir les complications intra-craniennes, susceptibles de se produire d’une façon parfois très rapide, empêcher la propagation de labcès aux diverses régions du cou, éviter du moins son extension, qui constituent en elles-mêmes des éléments d’aggravations appréciables.
On recherchera l'existence de l’'œdème généralement peu marqué; à la phase initiale, dont nous voulons parler, on n'observe presque toujours aucune modification des téguments. Une tuméfaction, même peu considérable, et une douleur nette à la pression, bien localisées, sont deux signes de début très importants. Elles permettent même, dans une certaine mesure, de
EDS
diagnostiquer le siège des lésions. On les trouve en avant et un peu au-dessous de la pointe pour les mastoïdites du triangle digastrique, en arrière de la mastoïde, pour les mastoïdites postérieures, au niveau de la pointe où un peu plus bas sous le sterno-mastoïdien pour les mastoïdites apicales.
La constatation d’une otite moyenne, en évolution, ou la notion d’une otite récente, fournit une indication précieuse. L’écoulement persistant d’un pus abondant, fluide, sous pression, serait très significatif, mais c’est un signe qui peut faire défaut.
Il faudra tenir compte, comme nous l’avons vu, de la douleur hémi-cranienne spontanée, tenace, accompagnée d’insomnie, d’une fièvre, qui persiste, même si la température est peu élevée. Il faut prendre en considération l’inappétence, l’état général du malade. |
On trouvera rarement tous les signes réunis et bien caractérisés; l’existence de quelques-uns d’entre eux doit déjà éveiller attention.
Dans certains cas, la radiographie pourrait, d’après M. le Docteur C. Broder fournir d’utiles renseignements sur la constitution de la mastoïde. Ce procédé d'exploration, peu pratiqué encore en France, croyonsnous, serait capable, dans des conditions favorables de mettre quelques lésions en évidence. Ce serait alors un précieux auxiliaire.
Quoi qu'il en soit, le diagnostic positif d’une mastoïdite profonde au début est souvent difficile; il en est parfois de même du. diagnostic différentiel.
Une adénite mastoïdienne, consécutive à une otite
externe, surtout à une otite furonculeuse, accompagnée d’ une réaction souvent très violente, avec suppuration du conduit, douleur très vive, forte élévation de températuré, ne devra pas en imposer pour une mastoïdite. La périadénite, la périostite de voisinage empêchent souvent de bien distinguer les ganglions. À l'examen, la constatation des signes de l’otite externe, la découverte d’un tympan sain pourront lever les doutes. Le cas devient extrêmement embarrassant si on a otite externe et otite moyenne à la fois, Ce n’est guère alors que l’évolution des phénomènes qui permettra de se prononcer.
Une atteinte des ganglions profonds du cou situés sous la portion la plus élevée du sterno-mastoïdien, peut dans une certaine mesure simuler une mastoïdite avec collection sous-sterno-mastoïdienne. Ces ganglions reçoivent les lymphatiques de la face, de la nuque, de la portion cervico-faciale, des voies digestives et respiratoires. Des lésions banales, les manifestations locales de la tuberculose, de la syphilis, du cancer, sont susceptbles de déterminer à ce niveau une adénopathie, qu'il faudrait, le cas échéant, rattacher à son origine. Si, d'autre part, on ne constate aucune trace d'otite moyenne, Si on n’a pas la notion d'une otite relativement récente, on à peu de raisons de craindre la mastoïdite.
D'autre part, la palpation minutieuse révèlerait en cas de mastoïdite une sensation de continuité entre la tuméfaction et la mastoïde, tandis. qu’en cas d’adénopathie on arrive à limiter la masse et à la distinguer mieux
LRU ee du contour mastoïdien. Cette sensation est moins nette si l'adénopathie s’accompagne de périadénite; néanmoins, on arrive toujours alors à percevoir une certaine mobilité de la masse inflammatoire par rapport au plan osseux.
Le développement d'un adéno-phlegmon affecte une allure beaucoup plus aiguë que celle d’un abcès mastoïdien. |
Un abcès froid ganglionnaire serait peut-être plus difficile à distinguer. Il aura été précédé, pourtant, d’une phase d’adénite chronique, sera souvent indolore, accompagné d'un empâtement moins marqué; la fluctuation y sera ordinairement plus facile à percevoir.
Une mastoïdite de la région antro-périantrale, s’accompagnant de signes locaux très marqués, peut coïncider avec une collection profonde, qu'il ne faut pas prendre pour un œdème de voisinage. On devra alors rechercher si la tuméfaction du cou donne une sensation de fluctuation profonde, si, par la pression, on réveille en un point une douleur très vive. Si le maximum de la douleur est bien localisé au niveau de la pointe ou en avant et un peu au-dessous d’elle, ou un pèu en arrière et vers la base de l’apophyse, on devra songer à la possibilité de lésions mastoïdiennes éloignées de l’antre et il faudra les rechercher au moment de l’intervention.
Le développement d’une tumeur de la région 1astoïdienne ou de la base du crâne, s’accompagnant ou non de signes de compression de divers nerfs craniens susceptibles d’être intéressés au cours d’une mastoïdite,
et
peut être d’un diagnostic fort difficile, qui se complique encore si le malade présente des bourdonnements, des douleurs d'oreille, si son oreille moyenne suppure ou a suppuré récemment.
Le développement de la tumeur est généralement apyrétique, plus lent encore que celui de l’abcès mastoïdien profond.
Dans le cas d’une ostéite de la base du crâne, on pourrait avoir aussi beaucoup de difficultés à rattacher l'existence d’un abcès du cou à sa lésion originelle, suriout s’il existait en même temps une otite moyenne.
Plus fréquemment, les torticolis de diverses natures, la raideur de la nuque de la méningite, devront être distingués du torticolis, qui, en règle générale, accompagne les mastoïdites profondes.
Le mal de Pott sous-occipital ou cervical, qui donne souvent lieu à la formation d’abcès profonds du cou ou d’abcès rétro-pharyngiens avec immobilisation ‘des vertèbres constituera un cas particulièrement compliqué s’il coïncide avec une otite moyenne.
« Le diagnostic est autrement embarrassant, dit M. le Professeur Moure, lorsque le malade se présente à nous avec une vieille fistule siégeant du côté du bord antérieur du muscle trapèze. Il parle d’un gonflement rétroauriculaire, ouvert jadis par un chirurgien. On fait un diagnostic rétrospectif de mastoïdite, on croit à une cellulite postérieure et, au moment de l'opération, on constate intégrité absolue de l’apophyse mais tuberculose des vertèbres cervicales. Il s'agissait d’un mal de Pott cervical »,