HISTORIQUE
L’attention semble avoir été longtemps attirée surtout par les complications intracraniennes des mastoïdites, au détriment de l’étude des mastoïdites évoluant vers les régions profondes du cou, vers les régions cervicale et sous-occipitale. ï
Kub aurait le premier mentionné en 1847 une forme spéciale de mastoïdite, dans laquellg le pus se ferait jour au voisinage de la pointe de l’apophyse. Toynbee, puis Brouardel signalent la possibilité pour le pus provenant du rocher, de la caisse ou de la mastoïde, de fuser dans la direction du pharynx et du cou. De nombreuses observations se rapportent à ce sujet. En 1881, parut dans le Deutsche medizinische Wochenschrift un Mémoire de Bezold « sur une nouvelle voie de propagation des suppurations de Poreille moyenne dans le voisinage et de la thérapeutique à y appliquer ». Après les observations des phlegmons sous-sterno-mastoïdiens conséculifs à des mastoïdites ouvertes à la face interne de lapex ou dans la région de la rainure digastrique,
l'auteur publiait le résultat de recherches expérimentales.
ro 2
Perforant de part en part l’apophyse mastoïde, il poussait sous pression par lorifice de la face interne une injection de liquide solidifiable. Voulant reproduire ainsi, par le seul effet de la pression, le processus d'extension des collections suppurées, il obtint des décollements des différents espaces intermusculaires ; 1] vit sa masse d'injection fuser dans diverses directions : soit sous le sterno-cleïdo-mastoïdien, dans la gaîne du muscle, ou suivant la face profonde de son enveloppe aponévrotique et tendant à le déborder en avant ou en arrière, soit le long du bord antérieur du trapèze ou en dessous de ce muscle, soit dans les espaces qui séparent les différents muscles de la nuque : trapèze, splénius, complexus et muscles courts de la nuque.
Un certain nombre de cas de phlegmons profonds du cou ou de la nuque furent ensuite publiés, et divers auteurs : De Quervain, Luc, Broca, entre autres, reprirent cette étude. Collinet, réunit dans sa thèse en 1897 un nombre importaut d'observations de ce genre (65). Il remarque déjà que depuis la description, limitée à des cas assez particuliers, donnée par Bezold, la plupart des auteurs ont eu tendance à dénommer d’une façon générale « mastoïdite de Bezold » toutes les mastoïdites qui ne se manifestent pas par des signes de réacuon nette sur la face externe de l’apophyse mastoïde et qui évoluent vers diverses régions du cou. Il propose de grouper tous ces cas sous la dénomination générale de « mastoïdites anormales ». Mais depuis, les études anatomiques plus approfondies du développement et de la disposition des cavités mastoïdiennes, les
trépanations, les résections même, systématiquement plus complètes de la mastoïde, ont montré que le développement des cellules pouvait s'effectuer avec de grandes variaticns individuelles dans diverses directions ; on a vu qu'elles pouvaient occuper presque tous les points du massif mastoïdien, empiéter sur les os voisins, et on a constaté qu'avec cette diversité de disposition anatomique, la variabilité des lésions était presque la règle. On peut rassembler ces mastoïdites sous la dénomination générale de mastoidites profondes, qui, sans beaucoup présumer à leur sujet, indique du moins qu’elles n’ont que fort peu ou même pas de tendance à se développer vers l'extérieur. Il ne faut pas s’attendre à les voir se manifester par des sigues bruyants apparaissant sur la face externe de la mastoïde. Les caractères particuliers imprimés à l’affection par le siège spécial de la lésion osseuse primitive et dus à la région dans laquelle pourront consécutivement se développer les phénomènes inflammatoires et suppuratifs, permettent de distinguer diverses variétés parmi ces mastoïdites profondes. Bien des auteurs, parmi lesquels nous pouvons citer Lubet-Barbon, Moure, Mouret, Jacques, Citelh, Fiocre, Caliceti sont, à diverses reprises, revenus sur ce sujet. Dans une leçon, publiée en 1912, sur les indications de la trépanation mastoïdienne, dans une clinique plus récente, du 28 janvier r920, sur «les formes cliniques des mastoïdites aiguës », M. le Professeur Sebileau a attiré l’attention sur les particularités présentées par bien des mastoïdites traînantes dans leur évolution.