CHAPITRE XXIII
MAELEVELT.
L'antique résidence des comtes de Flandre, avec sa chapelle et son parc, célèbres au moyen-âge pour leur beauté (^), le château de Maele, rappelle, par son nom même, les institutions primitives des peuples germaniques, le malins, lieu de réunion de l'assemblée judiciaire (^). A côté du parc, du domaine proprement dit, io5 hectares environ de terres incultes, dont la jouissance était restée aux habitants, portaient le nom de Maelevelt.
Peu de chartes nous ont conservé rhistqire de ce bien : origine, c'est, du reste, celle de tous les pâtis communaux ayant fait partie du Bulscampveld. M. Gilliodts van Severen le prend comme exemple, avec le Beverhoutsveld et les Gemeene-Weiden d'Assebrouck, pour l'application des principes qu'il développe, au sujet des pâtis communaux, clans son Introduction aux Coutumes du Bourgde Bruges (^).
Nous le mentionnons à notre tour pour indiquer, à titre
(1) Voir on aperçu de l'histoire de Maele, seigneurie contribuante du Bourg de Bruges, fief avec justice annexée, dans Gilliodts van Severen, Coitt. dit Bourg de Bruges, Introduction, 1. 1, p. 89. Maele forme aujourd'hui un hameau de la commune de Sainte- Croix, canton de Bruges.
C) KiLiAEN, Etym.^ vo Mael; Du Cange, Glossarium, v*» Mallum. Faut-il voir une analogie d'origine entre ce Maele et le nom donné aux parts de copropriété dans un bois situé eu Hollande et cité par M. de Lâveleve {Des formes primitives de la propriété^ chap. XI : La Marke en Néerlande, p. 231)? La propriété du Gortelschebosch, dit cet auteur, est divisée en 60 parts, appelées ^faien, Les copropriétaires, maalmannen, avant de prendre part à l'assemblée générale, maalspraak, devaient prononcer un serment, dont M. de Laveleye rapporte l'antique formule.
(3) Gilliodts van Severen, Coitt, du Boitrg de Bruges, Introduction, t. II,
Règlement dc coiuparaison, un règlement sur la meilleure régie du **^' ' pâturage des bêtes à cornes et l'enlèvement de la tourbe dans le Maelevelt, règlement sans doute ancien — ses dispositions mêmes Tindiquenf — et renouvelé en 1718 (^), à la suite d'un arrêt du conseil de Flandre. Cette juridiction avait été amenée à reconnaître, le 18 décembre 17 17, les droits des usager^, moyennant certaines réserves, quant aux arbres, en faveur du seigneur (*). Celui<i participait à la nomination du hooftman, avec la cour scabinale et les usagers eux-mêmes; un serment était imposé à ce chef-homme, à qui appartenait la police, la surveillance de la bruyère et la poursuite des délits. Le hooftman était indépendant du bailli, attaché à la cour scabinale pour y représenter spécialement le seigneur. Ses dispositions. Voici les dispositions réglementaires, d'après la forme qui leur fut donnée en 171 8 : i^ Les pauvres ménages de Maele ont, pour leurs vaches et leurs veaux, la libre et gratuite paisson dans le veld. Il ne faut pas prendre le mot : pauvres, a^r;;/(?, au sens absolu, puisqu'il s'agit de ménages possédant du bétail. Ce sont les petits ménages, le commun peuple, comme on disait ailleurs; 2° les ayantsdroit peuvent prendre la tourbe nécessaire à leur consommation ; mais nul ne peut piquer plus de 8,000 mottes par an. Si deux ménages habitent le même endroit, ce maximum s'applique à leur consommation totale ; 3° la tourbe ne pourra être emportée sans avis préalable donné au hooftina7îj sous peine de 2 livres d'amende, au profit des pauvres de la paroisse. Rappelons-nous ce que nous venons de dire au sujet de ces pauvres : ce sont les intéressés, les usagers eux-mêmes; 4° les vaches seront chassées vers l'intérieur du veld; aucun mouton ne pourra y être mené; 5° ces usages sont restreints aux actuels habitants de Maele et, pour l'avenir, à ceux qui y auront une honorable résidence de trois ans accomplis; 6*^ les
(') Acte du 20 avril 1718; n® XXXIX de nos Preuves. (2) GiLLioDTS, litid,, p. 420.
propriétaires de chevaux sont exclus de la ccurimune jouissance. Ceci nous donne la limite de ce qu'il faut entendre par aerme huisgesinnen ; 7° le caractère personnel de l'usage est sanctionné par la défense, sous peine d'amende, de toute vente de tourbe et de tout transport hors de la seigneurie. Une seule exception est faite : si les moyens de charroi sont insuffisants, des étrangers peuvent être appelés à voiturer la tourbe pour les usagers, et il leur sera alloué de ce chef une charge de tourbe pour 8,000 mottes transportées, moyennant préavis donné au chef-homme ; 8° le hooftman est choisi tous les trois ans par le collège échevinal de Maele, sur une liste triple, présentée par les intéressés, de aerme ghemeenten. Son salaire consiste à pouvoir prendre 2,000 mottes déplus que les autres chefs de ménage. Ces derniers mots nous •• montrent que le hooftman devait être lui-même un de ces « pauvres » usagers.
Le Maelevelt fut réduit en culture en même temps que le culture en 1839. Sysseelsche-Veld. On s'en occupa dès 1839 (^). L'accord s'établit vite entre les usagers et l'autorité locale. Le 5 octobre 1840, le conseil communal de Sainte-Croix tint séance, avec l'assistance des intéressés, du commissaire d'arrondissement et du gouverneur en personne (*). On représenta l'utilité du défrichement. « Il fut convenu que l'on commencerait par mettre en culture une partie de la bruyère; que des lots, de la surface d'une mesure du pays (44 ares), seraient présentés à bail par adjudication publique; que les habitants de Maele seuls auraient le droit d'y faire des enchères i^) ; que la première année du bail serait gratuite et que des primes, à imputer sur le produit des baux, seraient données à ceux qui se distingueraient par la meilleure culture. » Cette délibération
(1) Rapport pour 1839 sur l*état de Tadmiuistration de la Flandre occidentale, chap. XI, i" section, § 2 (Défrichements). Mémorial administratif , p. 170.
(2) Même rapport pour 1840. Mémorial administratifs p. 162.
(-) C'est le moyen imaginé pour sauvegarder les droits du hameau ; on obtint ainsi l'assentiment individuel des anciens usagers.
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prenait le caractère d'un contrat entre la commune et la section de M aele, partie à l'acte, suivant les anciens errements : par la présence de la majeure et plus saine partie du commun de Maele, comme on eût dit jadis.
Trente-six hectares furent ainsi loués la première année, trente-six autres la seconde, et autant la troisième. La satisfaction fut générale, quoique, au début, on se fut heurté, là aussi, à des résistances et à des récriminations. La députation permanente comprenait son rôle d'une façon paternelle et non sans sagesse, quand elle écrivait, à ce propos : (( De pareils succès méritent toute la reconnaissance publique et démontrent que pour réussir, dans les projets de l'espèce, il ne suffit pas d'une vaine théorie, mais qu'il est nécessaire de calculer les mo3^ens à employer suivant le temps où l'on vit, les localités où l'on se trouve et les hommes avec qui on est en contact. Ces résultats prouvent à l'évidence qu'il faut souvent faire le bien à l'insu de ceux qui doivent en profiter, quelquefois même contre leur gré (1). )) Bieng Nc quittous poiut cette région de l'ancien Bulscamp-
anaiogucs. yeld saus citcr deux biens situés sur le territoire de Ruysselede (*) : le Sint-Petersveld et le Prochieveld. Le premier, mesurant 127 hectares, servait, depuis i823, à la culture de la betterave à sucre ; il était alors exploité par un particulier P). Depuis lors, l'Etat belge y établit une école de réforme pour les jeunes mendiants et vagabonds (*^). Ce vcld a été, par eux, défriché et mis en culture. Le Prochieveld est cité, sous la rubrique : (( Défrichements », dans le rapport sur l'état et l'administration de la West-Flandre pour 1842 (^). Il comprenait
(1) Même rapport pour 1840. Tbid, Ce rapport est signé par le gouverneur, comte de Muelenaere.
(8) Canton de l'arrondissement de Bruges .
P) Rapport de 1838 sur rétat et l'administration de la Flandre occidentale. Mém, adm» pour 1838, p. 369.
(*) Giron, Droit administratif , t. II, n® 1002; Andries, Notice sur le Bulscampveld. Annal ts de la Soc. d'émulation de Bruges ^ 2* série, t. XIII, p. 283.
(5) Mémorial administratif ^VLT 1842, p. 255 et suiv.
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deux parties : le Leegveld, la partie basse, de 26 hectares, alors défrichée et occupée par 57 ménages qui s*y étaient construit des maisonnettes, et le Hoogveld, la partie haute, de 3i hectares, dont 26 étaient défrichés et occupés de la même manière que le Leegveld^ par 27 ménages; deux autres hectares servaient de sapinière communale ; le reste était encore inculte. La commune est propriétaire incontestée de tout le veld.