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qu’en réalité ce que nous avons pris l'habitude d'appeler irritabilité de la matière vivante n’est autre que ce que nous appelons affinité quand il s'agit de matière inorga-
nique (1).
Les deux propriétés fondamentales de la matière vi-! vante, qui pendant longtemps l’ont séparée de la matière brute sont la transformation continuelle et l'irréversibilité de cette transformation.
Mais les substances colloïdales présentent ces deux propriétés :
« Ainsi le colloïde, dit M. Jacques Ducraux (2) dans son intéressante thèse, une fois que nous l'avons créé, ne nous obéit plus. Il se transforme sans cesse sans que nous puissions l'empêcher. Le,seul moyen que nous ayons de nous opposer à son évolution est d'y arrêter tout mouvement, en congelant toute la masse : mais une fois revenu à la température ordinaire, quoique profondément
transformé, il recommencera à évoluer.
« La matière vivante se transforme aussi, sans tendre vers aucune limite: une spore, par exemple, se modifie avec une lenteur extrême, mais on ne peut pas l’amener artificiellement à un état qui soit stable. L'évolution de la
matière vivante est déterminée à chaque instant, comme
(1) Denis CourtADe. L'irritabilité dans la série animale.
(2) Jacques DucLaux. Recherehes sur les substances colloïdales. Thèse présentée à la Faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade de Docteur ès sciences physiques, 1904.
celle des colloïdes, par fous ses états antérieurs, comme si sa vie écoulée lui donnait une volonté propre. Si nous essayons de l’amener plus vite à l’un des états par lequel elle passera plus tard, nous forçons son évolution et elle y arrive avec des propriétés différentes et en tendant vers un but différent : la direction qu'elle prend en un moment quelconque de sa vie dépend de tout ce qu’elle a acquis
depuis sa naissance. »
Il est vrai que lorsque les conditions nécessaires pour que la matière vivante maintienne intact son état d’organtsalion cessent d’être remplies, ou bien elle passe à l’état de vie latente, ou bien elle se désassimile et meurt. Dans ce dernier cas, les diverses unités chimiques qui la composent se désagrègent ou bien affectent des liaisons chimiques incompatibles avec la vie (1).
Mais si la mort de l'être vivant arrive d’autant plus facilement que l'être considéré est plus complexe et s’il semble que l’évolution naturelle de l'être vivant consiste à naître, s'accroître et mourir, cette évolution ést moins évidente quand on s'adresse à l’être vivant leplus simple: « Prenons par exemple, dit M. Félix Le DanTEc, une bactérie charbonneuse ou une amibe. Nous verrons ce plastide s’accroitre indéfiniment pourvu que les conditions de milieu le permettent. L’accroissement est surtout limité par un maximum de la dimension d'équilibre possible et est alors suivi d’une division. Dans un milieu suffisam-
ment vaste (la mer ou un fleuve) pour que les conditions
(1) Denis Courrane. L'irritabilité dans la série animale.
ne changent guère par suite de la vie élémentaire manifestée du plastide lui-même, une bactérie peut s’accroitre sans changer de forme, reste semblable à elle-même au | cours de sa croissance et se bipartit quand elle a atteint
son maximum de dimension en donnant deux bactéries
semblables à ce qu’elle était elle-même au début de lob-
servation. Aucune variation n'apparaîtra dans sa consti-
tution, quel que soit le nombre de bipartitions (1).»
Le rôle de la science biologique est surtout de déterminer les forces physico-chimiques ou mécaniques qui produisent une forme ou un phénomène biologique ; aussi est-il rationnel de chercher à reproduire cette forme ou ce phénomène par le seul jeu de ces mêmes forces physicochimiques, sans aucune intervention de la vie. |
C’est ce qu'a fait avec succès le docteur Stéphane Lenuc qui a cherché — non pas à reproduire un être vivant — mais, en dirigeant les forces de la nature, à reproduire séparément les formes élémentaires des êtres vivants et les” phénomènes de la vie. |
C’est ainsi qu’en 1901, il a montré comment la diffusion pouvait produire des formes analogues aux cellules et aux tissus cellulaires avec les membranes d'enveloppe, des contenus analogues au cytoplasma, et les noyaux ; comme les cellules vivantes, ces cellules ont un double courant de la périphérie au centre et du centre à la périphérie; ce
double courant se continue tant que l’on maintient la diffé-
(1) Félix Le Danrec. Théorie nouvelle de la vie, p. 155. Un volume de la Bibliothèque internationale scientifique.
Ayo et
rence de concentration entre le centre et la périphérie ; il peut être arrêté par la dessication et reprend lorsqu'on fournit de l’eau à la préparation, montrant ainsi l’image de la vie latente des graines et des rotifères. La cellule
artificielle dissocie les molécules, assimilant à sa sub-
stance les ions peu diffusibles et éliminant les ions plus
diffusibles.
Dans ses communications de 1904 et de 1905, le docteur Stéphane LEpuc a montré comment, sous l'influence de la diffusion et de la cohésion, les liquides pouvaient subir une segmentation analogue à celle du vitellus, et se transformer en un tissu lacunaire, ou cellulaire, analogue aux tissus dont sont constitués les êtres vivants.
En 1903 et 1904, il a montré comment la diffusion pou-
vait produire les figures et les phénomènes observés dans
la karyokinèse.
Enfin, l’an dernier, le docteur Lepuc à présenté le ré-
sultat de ses recherches expérimentales pour reproduire
des phénomènes analogues à ceux de la germination et de
la croissance (1).
Des considérations précédentes, on peut tirer la conclusion suivante :
« L'être vivant a.été longtemps considéré comme doué de propriétés tout à fait spéciales et sans analogie avec
celles que manifestent les corps étudiés dans le règne
(1) Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences, Ajaccio, 1901 ; Montauban, 1902 ; Angers, 1903 : Grenoble, 1904 ; Cherbourg, 1905.
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minéral. Les acquisitions scientifiques de la seconde moitié
de ce siècle ne permettent plus de s'arrêter à cette concep-
tion et la matière vivante doit être rattachée d’une ma-
nière directe au reste de l'univers. Depuis le minéral le plus simple jusqu’à l’animal le pius compliqué en organisation, tout n'est qu'’assemblage, dans des proportions variées, des différents corps simples connus, et les phénomènes qu'ils présentent sont tous de même ordre et obéissent aux mêmes lois, » (1)
Il en résulte que toutes les propositions que l’on démontre en mécanique sont applicables aussi bien à la matière vivante qu'à la matière inorganique entre lesquelles il n’y a lieu de faire aucune distinction au point de vue
mécanique.
(1) Denis Courtade. L'/rritabilité daus la série animale.
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