LIVRE IX
SECTION I
Valeur de l*aBete«
J'ai dit, page 526, que le blé absorbait par hectolitre 500 kil., et par 100 kilog. de grains 640 kilog. de fumier normal. Ces résultats permettent de préciser, d'après l'analyse que 1^. Boussingault a faite de cet engrais, la quantité de matières utiles que le fumier fournit au sol et celles que lui enlève le blé. Voici ces chiffres :
Azote. Acide phosph. Chaux. Alcalis.
640 kil. de fumier apportent. . . 2^56 16S80 38\40 32^,00 100 ~ dQ blé enlèvent 2 ,56 13 ,60 11 ,25 18 ,00
Il résulte de ces données que la culture du blé peut se soutenir indéûniment sur une terre donnée et bien préparée si on lui applique chaque ajinée 640 kilog. de bon fumier miite par chaque 100 kilog. de grains qu'elle aura produits.
Ces faits, que j'ai examinés en détail en étudiant les assolements ET LES SYSTÈMES DE CULTURES Constituent les bases d'après lesquelles on détermine la valeur moyenne du kilogramme d'azote,d'acide phosphorique et de phosphate terreux.
Le prix du fumier est très-variable. Dans telle localité, on le vend efr.les 1000 kilog.; dans telle autre, on l'achète ;a fr. En outre, dans telle exploitation on lui donne une
VALEUR DE L'aZOTE. 665
valeur de 5 fr., tandis qu'ailleurs on élève cette même valeur à 12 fr. Ces différenœs résultent de la facilité avec laquelle on achète des fumiers, et du système de comptabilité qu*on adopte. Nonobstant, voici, selon la valeur vénale du fumier, la partie imputable au blé :
A & fr. les 1000 kil., le blé paye les 640 kil. de fumier 3', 20
Si le blé vaut 18 fr. l'hectolitre ou 22 fr. 50 c. les 100 kilogrammes, la valeur de l'engrais qu'il soldera sera :
Il résulte des chiffres qui précèdent que le blé paye :
V Le kil. d'azote . . l',25 5« Le kil. d'awle.- 2' ,25
Mais quelle doit être la valeur maximum de 1000 kilog. de fumier ou du kilogramme d'azote employé dans la culture du blé?
Cette valeur doit naturellement varier suivant le prix moyen de cette céréale. Ainsi, elle est plus ou moins élevée selon que le Wé se vend, en moyenne, 20, 25, 30, 35 ou kO fr. les 100 kilog. En général, lorsque le blé est cher, les cultivateurs fument fortement et ne craignent pas d'acheter des engrais d'un prix élevé, parce qu'ils veulent, avant toute chose, obtenir des récoltes abondantes. Il en est tout autrement quand le blé se vend au-dessous de 20 fr. les 100 kilog.
Dans cette circonstance, les cultivateurs achètent très-peu d*engrais commerciaux, ou ils recherchent ceux qui ont la plus faible valeur.
Ainsi, il est impossible d'indiquer, si Ton ne connaît pas le prix de vente du froment, la valeur maximum à laquelle on peut acheter le fumier qu'il exige.
Toutefois, il n'est pas inutile de préciser le prix moyen auquel cet engrais peut être payé lorsque le froment a une valeur moyenne. Ce résultat constitue une base importante, en ce qu'elle sert à déterminer la valeur vénale des autres matières fertilisantes.
Le prix moyen du blé en France est de 18 fr. l'hectolitre de 80 kilog. ou 22 fr. les 100 kilog. Or, ce prix est suffisamment élevé pour que la culture de celle céréale puisse donner par hectare un bénéfice satisfaisant. Ce bénéfice est en moyenne de 66 fr. dans la culture céréale, et il atteint 120 fr. dans la culture industrielle.
Dans le premier cas, le froment revient, déduction faite de la valeur de la paille, à 15 fr. l'hectolitre, et à 19 fr. 10 c. les 100 kilog. ; dans le second, il ne coûte au cultivateur que 13 fr. l'hectolitre, et 16 fr. 60 c. les 100 kilog.
Si l'on admet que le prix de revient du froment est en moyenne de 14 fr. l'hectolitre, ou près de 18 fr. les 100 kilogramme% on est forcé de reconnaître que la valeur du fumier qu'il consomme ne doit pas dépasser, en moyenne, 8 fr. les 100 kilog.*. A ce prix, ainsi que le constatent les chiffres qui précèdent, l'azote coûte 2 fr. le kilog., et le blé consomme par chaque 100 kilog. de grains, 5 fr. 10 c. de fumier, soit 22 pour 100 de son prix de revient.
1. On a dit et on répète chaque jour que 100 kilogr. de blé consomment 1000 kilogr. de fumier. Cette donnée est contraire à tous les faits pratiques. ( Voy. livre V , les Assolements et les Systèmes de culture.)
VALEUR DE L'aZOTE. 667
Le froment peut-il supporter une dépense d'engrais plus considérable ?
Gela n'est pas possible. Trois exemples suffiront pour le prouver. Ainsi, si l'on suppose trois terres de bonne qualité louées : Tune 50 fr., produisant i 8 hectolitres de blé; l'autre 75 fr., donnant 25 hectolitres, et la troisième iOO fr., produisant 30 hectolitres par hectare, on a les résultats qui suivent :
ABC
Valeur locative 50 fr. 75 fr. 100 fr.
Impôt et frais généraux 20 30 40
Conduite et application du fumier. 10 15 20
T^abours et hersages 35 40 55
Semailles et semences 45 50 60
Soins d'entretien 5 4 3
Frais de récolte 25. 30 35
Conservation des gerbes 20 25 30
Battage et criblage 20 30 35
Frais à la vente 10 15 20
Total des dépenses 240 fr. 314 fr. 398 fr.
De ces diverses sommes il faut déduire la valeur de la paille, qui s'élève en moyenne :
ABC
Quantité par hectolitre 170 kil. 160 kil. 150 kil.
— parhecUre 3000 4000 4500
Ce qui donne , à 20 fr. les 1000 kil. ... 60 fr. 80 fr. 90 fr . Le reliquat des dépenses est donc. .. 180 234 308
Ainsi les 100 kil. de blé reviennent à. VV.HS 12S4o 13', 10 Et l'hectolitre à 10,00 9,35 10,25
Si l'on ajoute la valeur du fumier, le prix de revient des 100 kilog. de blé s'élève :
ABC
Si le fumier vaut 8 fr. les 1000 kil., à 17', 95 17', 65 18',20
— 9 fr. --- à 18 ,60 18 ,20 18 ,85
— 10 fr. — à 19 ,25 18,85 19,55
Il reste donc pour bénéfice par hectare, si le blé est vendu 22 fr. 50 c. les 100 kilog. :
ABC f Fumierà 8fr ; 63',70 92', 15 99',00
— à 9fr 54,60 81,70 84,00
— àlOfr 46,90 69,35 69,00
Ainsi, en général, la valeur du fumier appliqué pour le froment ne doit pas excéder 8 fr. les 1000 kilog., et le kilogramme d'azote 2 fr. Il faut que le prix de cette céréale dépasse 22 fr. 50 c. les 100 kilog. pour qu'il soit possible avantageusement d'appliquer des fumiers ayant une valeur de 10 ou 12 fr. les 1000 kilog., prix qui élèvent le kilog. d'azote à 2 fr. 50 c. ou 3 fr.
Je ferai observer que les bénéfices que donne la culture de cette céréale sur des terres louées 50 fr. l'hectare, se réduisent à très-peu de chose quand elle est précédée par une jachère, puisque le froment, dans cette circonstance, doit payer deux années de loyer. Ainsi, le bénéfice se réduit :
!•' exemple à 13',70
Dans le troisième exemple, le boni se change en une perte de 3 fr. 10 par hectare.
Si le fumier valait seulement 6 fr. les iOOO kilog., le bénéfice s'élèverait à 80 fr. 86 (Voir les Assolements et les Systèmts de cuUure, livre VII, chap. vi).
En résumé, je porte à 2 fr. la valeur du kilog. d'azote. M. de Gasparin le cote 1 fr. 50, M. Rohart 1 fr. 65; ces chiffres sont trop faibles.
En admettant le chiffre 2 fr*, je suppose du fumier normal ou fumier type contenant, au minimum, 0,40 pour 100 d'azote, soit 4 kilog. pour 1000 kilog.
Le prix de 2 fr. que j'accorde au kilog. d'azote me permet de donner au fumier précité une valeur moyenne de 8 fr. les 1000 kilogr.
Le fumier ne vaudrait que 6 fr. les 1000 kilog. si l'azote valait seulement l fr. 50 les 1000 kilogr.
Si on a égard aux quantités moyennes d'azote et de phosphate de chaux contenues dans les engrais commerciaux et