TANGUE
plus prudents et plus retenus dans l'emploi de ce sable, dont ils ont à la longue reconnu les désastreux effets. La plupart d'entre eux, au lieu d'appliquer directement la tangue sur les terres, la mêlent à du terreau, des vases et du fumier, et la rôpmdent de préférence sur des terres argileuses ou froides. Dans la Basse-Bretagne, on l'associe aux goémons ou au fu* mier, et on l'applique particulièrement sur les terres fortes.
Mode d*appiieatioii. — Lorsque la tangue est alliée, avant son emploi, à du fumier, des curures de fossés, etc., on la stratifié par couches alternatives avec ces matières un mois environ avant de s'en servir. Ainsi, sur un endroit donné du champ, ou dans la cour de la ferme, on met une couche de fumier, puis une couche de tangue, puis une couche de vase, de curures de routes, etc. Quand ces trois lits ont été disposés, on met une nouvelle couche de fumier, puis une couche de tangue, etc., et ainsi de suite jusqu'à ce que le tas ait atteint 1™ à 1",30 de hauteur. Deux semaines environ après cette mise en tas, on recoupe toute la masse, on la redispose en forme de tombe et on l'abandonne de nouveau à ellemême. Huit à dix jours après, le compost est préparé et on peut procéder à son emploi.
Lorsque la tangue est employée seule, on la répand à la main ou à la pelle, suivant la quantité que l'on applique par hectare. L'ouvrier qui se sert de la pelle pour répandre la tangue, monte sur la voiture et, de là, la projette sur le champ, en faisant avancer de temps à autre les animaux.
Poids da mètre eabe. — La tangue est plus OU moius pesante, selon la quantité de sable qu'elle contient. En général, le poids d'un mètre cube varie entre 1200 et 1400 kilog. La plus légère, qui est la plus estimée, ne pèse pas moins de 1000 kilog. Le poids de la plus pesante no dépasse pas 1800.
Svantité qii*ii favt appliquer. — £n Normandie, on ré-
pand en moyenne par hectare de 10 à 12 mètres cubes, soit 13 000 à 15 000 kilog. La plus forte dose n'excède pas 20 mètres cubes, soit 25 000 à 28 000 kilog. C'est par exception qu'on applique 50 et même 80 mètres cubes. En général, la quantité est d'autant plus grande que la tangue est plus vaseuse, plus riche en matières organiques.
Les tangues vives et très-chargées de sels s'emploient à la dose de 6 à 10 mètres cubes par hectare. Cette quantité est rationnelle et suffisante. Ainsi appliquée la tangue très-saline ne nuit pas aux plantes avec lesquelles elle est en contact.
En Normandie comme en Bretagne, on renouvelle les trézages tous les trois à cinq ans quand on les exécute sur les terres arables ou les prairies naturelles. Les tanguâmes pratiqués sur les luzernièresse renouvellent tous les deux ou trois ans.
Sur le littoral de Saint-Pol-de-Léon, on applique, lorsqu'on rrère pour la première fois, 40 000 kilog. de tangue; cette dose suffit pour trois ans. Après ce temps, on trèze de nouveau, mais la quantité appliquée alors est toujours plus faible. On ne recommence le trézage que lorsque le sol a perdu de sa fertilité, c'est-à-dire lorsqu'on reconnaît que des doses plus faibles appliquées tous les trois ans sont insuffisantes pour maintenir le sol au degré de fécondité où il était arrivé après le trézage complet.
Mode d*acUoii. — L'action chimique de la tangue est due aux parties calcaires, aux débris organiques et aux particules salines qu'elle contient. Toutefois, comme le carbonate de chaux y existe très-divisé dans une grande portion, il est évident qu'elle tire sa principale propriété fertilisante de ses parties cal aires et non dos parties salines qui y sont mélangées. Du reste, celles-ci ne peuvent exister dans une forte proportion. J'ai dit que la tangue pénétrée d'eau de mer avait une action très-vive et qu'elle brûlait la végétation.