CHLORURE DE SODIUM
On serait en droit de penser, d'après cette simple relatioù, que le sel doit être regardé comme une substance qu'il faut employer sur tous les terrains et sur toutes les cultures. Malheureusement les faits qui sont à ma connaissance ne me permettent pas de me ranger sous la bannière de ceux qui pensent que la question agricole est désormais résolue. San& doute, diverses expériences faites dans ces derniers temps ont permis de constater que le sel avait des effets remarquables sur les céréales et les légumineuses, et en présence des résultats obtenus, comme en face des faits constatés depuis près d'un siècle, il n'est plus possible de nier son action stimulante. Mais les faits publiés, s'ils ne sont point exagérés, s'ils ne sont pas dus à des causes locales ou particulières, suffisent-ils pour conclure affirmativement en faveur de l'emploi de cet engrais ? Est-ce qu'il n'est pas possible d'opposer aux résultats sur lesquels on s'appuie pour recommander cet engrais, d'autres expériences qui ont permis de constater des faits tout à fait contradictoires ! Est-ce que la pratique n'a pas démontré depuis fort longtemps que le sel n'a d'action sur les plantes que dans certains cas et dans certaines limites ?
Je crois à l'activité du chlorhydrate de soude en agriculture ; je regarde ce sel comme utile à la végétation. Mais en considérant, d'une part, qu'appliqué à grande dose, il nuit à l'existence de la plupart des plantes, de l'autre, la trèsfaible quantité que les végétaux renferment, je ne puis comprendre qu'il soit réellement avantageux d'en ajouter au sol. La terre n'est pas totalement dépourvue de soude, et il est certain que, dans la plupart des circonstances, la proportion qu'elle recèle, et qui résulte de la décomposition des roches, suffit aux exigences des plantes. Il faut se rappeler, eu outre, que la mer, qui éprouve une vaporisation continuelle, ré-
pand sur toute la surface de la terre des sels gu'on retrouve dans l'eau de pluie, et qui sont indispensables à l'existence des végétaux. Ainsi, on sait depuis longtemps que dans les tempêtes les feuilles des plantes se couvrent de croûtes salines, et cela dans la direction de Touragan vers la terre ferme, même sur une étendue de 40 à 60 kilomètres. Mais est-il besoin de tempêtes pour volatiliser le chlorure de sodium! Non! Ainsi que Tobserve Liebig, chaque courant qui traverse la mer, quelque faible qu'il soit, enlève avec les millions de quintaux d'eau de mer qui se vaporise annuelment, une quantité correspondante de sels qui y sont dissous, et amène à la terre ferme du chlorure de sodium. Cette volatilisation continuelle du sel contenu dans l'eau de mer ne permet donc pas d'admettre qup le sel puisse être employé dans les localités qui avoisinent le rivage de la mer.
Mais en supposant son utilité comme engrais, quelle doit être la quantité qu'il importe de répandre par hectare? quelle est celle qu'il faut mélanger aux fumiers, si, comme l'a soutenu Sprengel, il favorise la décomposition des substances animales et végétales? Il est impossible, dans les circonstances actuelles de résoudre ces deux questions, parce que les faits observés sont trop contradictoires. Ainsi, tel quantum qui, sous tel climat, sur telle terre, a augmenté la productivité de la terre, l'a diminuée sous d'autres latitudes, quoique le sol fût de même nature.
Il y a vingt ans, je n'ai pas craint de combattre vivement ceux qui demandaient, en faveur de l'agriculture, la réduction de l'impôt établi alors sur le sel. En face de l'enthousiasme qui s'était manifesté de tous côtés pour cette réduction, je disais que la pratique n'accepterait pas le sel comme engrais, et je répétais la phrase de l'Évangile de saint Luc :