CHAPITRE VI
MINÉRAUX AMMONIACAUX.
SECTION I
Chlorhydrate d'aataiOBlaqiie.
La plupart des sels ammoniacaux agissent favorablement sur les plantes, lorsqu'on les emploie dans une faible proportion. Davy a reconnu que ces sels accélèrent leur végétation, quand la quantité appliquée dépasse 1/30* du poids de l'eau dans laquelle on les fait préalablement dissoudre ; mais qu'au-dessous de cette proportion ils sont généralement nuisibles. Il a aussi constaté que lorsqu'on les emploie à la dose de 1/300*, leur action n'est pas plus sensible que celle de l'eau de pluie. Ces remarques ont été corroborées par les observations de Rigaud de Lisle et Lecoq.
MM. Schattenmann et Kuhlmann se sont beaucoup préoccupés, dans ces derniers temps, de l'action fertilisante du chlorhydrate d'ammoniaque. Je vais rapporter les observations qu'ils ont faites, et je les compléterai en y joignant les faits constatés et obtenus en Angleterre.
Voici d'abord les résultats des expériences faites sur les prairies naturelles :
ExpérimeDiateurs. Foin. Foin.
Xublmann, 1843, aucun engrais.. . MQO^ 266^ d&sel 6716^
Schattenmann, — .... 5000 400 - 8000
Maclean, — .... 1980 100 — 3340
Moyennes 4681^ 241^ 6611^
168 ENGRAIS BflNÉRAUX.
Ainsi, 241 kilog. de chlorhydrate d*ammoniaque ont fait naître un excédant de 1930 kilog. de foin. Or, 241 kilog. de ce sel à 45 fr. [les 100 kilog., représentent une dépense de 108 fr. 45 ; l'excédant de foin, 1930 kilog., vaut 77 fr. 20, à 40 fr. les 1000 kilogr. Ces expériences ont donc occasionné une perte de 31 fr. 25. Pour que ce déficit n'existe pas, il faudrait que le foin eût une valeur de 56 fr. 20 les 1000 kilog. On remarquera que j'ai négligé de porter en compte les dépenses que nécessite l'emploi de 325 hectolitres d'eau dans lesquels le sel a été dissous.
Voici maintenant le résultat des expériences faites sur le froment : ,
Expérimenuteara. Froment. Froment.
ScliatteDmann , aucun engrais. . . 3900^ 200^ de sel 2810^
W. Fleming, — ... 1334 180 - 1461
Moyennes 2117" 190" 2135"
De ces faits il faut conclure qu'il n'est pas permis de considérer le chlorhydrate d'ammoniaque, comme un engrais pouvant suppléer le fumier.
Peut-être de nouvelles expériences constateront-elles, ainsi qu'on l'a avancé, que ce sel donne une plus grande activité à la fructification des'céréales , qu'aucune autre matière fertilisante; mais en présence des résultats constatés dans les expériences précitées, il est permis de douter de l'aclion énergique qu'on lui a si gratuitement accordée. Royer, du reste, avait reconnu par expérience que son action est presque nulle sur les] céréales. Pour pouvoir l'appliquer avec avantage sur les prairies naturelles, il faudrait que son prix fût beaucoup moins élevé, ou qu'il fût possible de l'employer avec les mêmes avantages à une dose plus faible que celles appliquées par MM. Kuhlmann et Schattenmann.
SULFATE d'ammoniaque. 169
SECTION IL
Le sulfate d'ammoniaque a été aussi employé comme engrais.
Voici les résultats qu'il a donnés quand il a été appliqué sur des prairies naturelles :
Expérimentatea». Foin. Foin.
Fleming, aucun engrais 3500^ 125' de sel 4050^
Wilson, — 3770 180 — 4210
Maclean, — 1980 125 — 3310
Kuhlmann, — 4000 266 - 5^33
Schattenmann, — ...'.... 5100 400 — 8900
Moyennes 367F 219^ 5140^
Ainsi, 218 kilog. de ce sel ont fait naître un excédant de 1468 kilog.de foin.
Quant aux résultats économiques, on trouve, en négligeant les frais d'arrosage, que 219 kilog. de sulfate d'ammoniaque à 40 fr. les 100 kilog., ont occasionné une dépense de 87 fr. 60. Cette dose ayant produit 1468 kilog. de foin à 40 fr. les 1000 kilog., soit une valeur de 68 fr. 75, il existe une perte de 18 fr. 85. Pour que ce déficit ne puisse être constaté, il faudrait que le foin eût une valeur de 59 fr. 60 les 1000 kilog. I
On a aussi expérimenté cet engrais sur le froment, mais on a toujours reconnu qu'il n'agissait pas sensiblement sur cette céréale M. Boussingault l'a appliqué à la dose de 100 kilog. par hectare ; M. Huzard à celle de 200 et 800 kilog.
Ce sel exerce une action plus favorable sur l'orge et l'avoine. M. Boussingault a élevé, en l'appliquant à la dose de
iOO kilog., le rendement d'un champ d*avoine de 37 hectol. 72 litres à 46 hectol. 42 litres par hectare. M. Huzard a obtenu des résultats à peu près semblables.
Quoi qu'il en soit, s'il est impossible de contester l'efficacité du sulfate d*ammoniaque sur les plantes appartenant à la famille des graminées, il n'est pas encore démontré qu'on puisse l'appliquer économiquement. Son prix devra subir une réduction importante avant qu'on l'expérimente de nouveau, et déterminer par conséquent la dose à laquelle il faut le répandre par hectare.
Les sels ammoniacaux dont il vient d'être question dans deux sections qui précèdent, agissent-ils sur les végétaux par Tammoniaque qu'ils comportent? Ce problème, l'un des plus importants qui touchent l'emploi des sels ammoniacaux, a particulièrement fixé l'attention des chimistes.
D'après Liebig, l'ammoniaque serait sans influence sur la formation, dans les plantes cultivées, des substances destinées à se transformer en sang, si le sol ne contient certaines matières (potasse, soude, phosphate). Âjnsi, l'ammoniaque contenue dans les excréments animaux ne favoriserait la végétation, que parce qu'elle y est accompagnée d'autres substances nécessaires à sa transformation en principes sanguifiables, et elle ne serait assimilée que si Ton offre en même temps ces autres substances aux terres. Suivant ce savant chimiste, par Turine, par le guano, et en général par les excréments des animaux, l'on offre aux plantes de l'ammoniaque, c'est-à-dire de l'azote, mais en même temps aussi toutes les substances minérales, exactement dans le rapport contenu dans les plantes qui avaient servi de nourriture aux animaux, ou, ce qui revient au même, dans le rapport qui convient à une nouvelle génération végétale.
Liebig conclût de cette théorie, que l'ammoniaque favorise
SULFATE D'aHTMONUQUE. 171
et accélère la croissance des plantes dans les terrains qui offrent une réunion complète de toutes les conditions nécessaires à son assimilation, mais qu^elle est entièrement sans effet, quant à la production des principes sanguifiables dans les cas où ces conditions sont exclues.
M. Boussingault explique Faction de l'ammoniaque d'une tout autre manière; il pense que les sels ammoniacaux, comme le chlorhydrate, le phosphate et le sulfate, passent à l'état de carbonate une fois qu'ils sont incorporés dans le sol ; c'est alors seulement qu'ils sont absorbés par les plantes en quantité limitée comme la plupart des substances solubles. Mais si au lieu de les administrer isolément, dissous dans l'eau, on les incorpore dans un sol meuble et humide, ces mêmes sels réagissent sur le calcaire que contient presque toujours la terre arable et se transforment en carbonate d'ammoniaque dont il serait difficile de nier l'heureuse influence sur la végétation.
De cette explication, M. Boussingault conclut que le chaulage, le marnage, n'ont pas uniquement pour objet de fournir aux plantes l'élément calcaire qui leur manque, mais qu'ils agissent encore en apportant un principe , le carbonate de chaux, qui exerce une action toute particulière sur les engrais, en changeant, par voie de double décomposition, les sels ammoniacaux qui y sont contenus, et qui ne s'assimilent pas au carbonate assimilable, qui porte dans la plante l'azote de la matière organique des fumiers et le carbone tenu en réserve dans les roches calcaires.
M. Kuhlmann a étudié avec beaucoup d'attention les effets des sels ammoniacaux sur les plantes. Les faits qu'il a observés lui ont permis de penser que le carbonate d'ammoniaque, résultat habituel de la décomposition des engrais azotés, ou le carbonate d'ammoniaque, résultant du contact
du chlorhydrate d'ammoniaque et du sulfate d*ammoniaque avec la craie près Tinfluence du soleil, agit sur le chlorure ' de sodium et de potassium, les transforme en chlorhydrate d'ammoniaque et en carbonate de soude et de potasse, susceptibles d'être saturés par les acides organiques.
Mais les sels ammoniacaux ne se décomposent pas seulement lorsqu*ils sont en contact avec les substances calcaires. M. Peplowski , professeur de chimie à Grignon , a reconnu récemment que ces sels se décomposent sous l'action de l'évaporation à une température de 15 à 20® en présence de toutes les substances poreuses et inertes que renferment les terrains : sable, argile, etc.
Il conclut de cette intéressante découverte quiconQrme l'avantage de faire entrer les sels ammoniacaux dans les engrais commerciaux, qu'il est facile d'expliquer les résultats négatifs obtenus à l'aide de ces sels employés seuls. Il croit que ces engrais, pour agir avec efficacité sur les végétaux, doivent être mêlés préalablement à l'argile desséchée, l'argile calcihée, la poussière de charbon, etc. En opérant de cette manière et en appliquant ce mélange au printemps, à l'époque où les plantes entrent de nouveau en végétation, les sels ammoniacaux en se décomposant agiraient avec une grande intensité, parce qu'ils fourniraient lentement et graduellement de l'ammoniaque en abondance.
En général, les sels ammoniacaux ont eu jusqu'à ce jour des effets très-peu sensibles sur les plantes appartenant à la famille des légumineuses, et il est certain qu'ils doivent être appliqués de préférence sur les céréales et les prairies composées de graminées. Ces faits corroborent, en tous points, les objections que nous opposions à la théorie de M. Liebig, concernant l'action du plâtre sur les légumineuses.
Nonobslant, la théorie de M. Boussingault est-elle plus
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vrafe que celle de M. Liebig? Serait-il utile, comme l'a proposé M. Schattenmann, de ^dissoudre ces sels dans Feau, en donnant à la dissolution la force de 1^ de raréomètre de Baume y ou de diminuer la volatilité du carbonate d'ammoniaque, ainsi que le pratique H. Kuhlmann, en mélangeant les eaux acides provenant de l'acidiCcation des os, aux eaux ammoniacales résultant de la distillation de la houille dans les établissements où se fabrique le gaz ? Voilà des questions qui méritent de flxer l'attention des expérimentateurs.
Quoi qu'il en soit, on doit reconnaître que jusqu'à ce jour, et cela à cause du prix élevé de ces sels et de la nécessité, pour ainsi dire, de les faire dissoudre, avant leur emploi, dans 300 à 400 litres d*eau, on n'a pas retrouvé dans Taugmentation des récoltes l'équivalent des dépenses qu'occasionne leur emploi.
DEUXIEME CLASSE
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