MINÉRAUX CARBONATES A BASE DE CHAUX
SECTION I
Anglais. — Lime or chalk. Italien. «- Calc«.
Allemand. — Kalk. Espagnol. ^ Cal.
Historique. — Définition. — Galcination de la chaux. — Variétés. — Terrains qui doiTent être chaulés. ^ Procédés d'application : méthode allemande , italienne et française. — Conditions de réussite. — Enfouissement. — Quantité de chaux à appliquer par hectare. — Poids de l'hectolitre et du mètre cuhe.— Quantité de chaui absorbée par les plantes.— Renouvellament des chaulages.— Modification du sol par la chaux. — Mode d'action.
— Cultures aux quelles elle convient.— Épuisement du sol par la chaux.
— Valeur commerciale. — Bibliographie.
HUt«riqae. — L*usage de la chaux en agriculture est fort ancien. Sonapplication en France remonte au commencement de notre ère. Pline parle de son emploi dans les Gaules. II 2
Au seizième siècle , Bernard de Palissy a proposé de rappliquer en compost sur les sols argileux. A la même époque, Olivier de Serres la recommandait comme un moyen efficace de réchauffer la terre , détruire les insectes et les graines des plantes nuisibles.
Depuis un siècle, lés chaulages se sont beaucoup répandus en France, et, partout où ils ont pu être appliqués, Tagriculture a fait des progrès considérables. C'est à leur emploi que la Bresse, la Mayenne, l'Anjou, la Vendée, etc., doivent les changements si remarquables qui, depuis près d'un demisiècle, se sont opérés dans leurs procédés agricoles; c'est par leur concours que les cultivateurs de ces contrées ont pu rendre à la culture des terrains immenses, jusqu'alors regardés comme stériles.
DéfiBiiion. — La chaux que l'on emploie en agriculture est à l'état de protoxyde de calcium. Alors elle est caustique, vive , et jouit de la propriété d'attirer l'humidité de l'air, de fuser, de tomber en poussière , de fixer l'acide carbonique , gaz qu'elle a perdu par la calcination , et de se transformer de nouveau en carbonate ou en hydrate de chaux.
Gaieination de la ehaux. — La calcination ou cuisson de la chaux s'opère en exposant les pierres calcaires à la chaleur rouge, dans des fours dont la forme varie selon les localités et le combustible employé.
Pendant cette opération , le carbonate de chaux perd son acide carbonique et les 2 à 6 pour 100 d'eau qui étaient interposés entre ses molécules ; en outre , son poids diminue de 20 à 40 pour 100, selon son degré de pureté.
Pour calciner 1 mètre cube de chaux dans un four de 60 à 7Sr mètres cubes de capacité, dans lequel le feu dure de 100 à 150 heures, on brûle 1 mètre 66 de bois de corde, ou 22 mètres de fagots, ou 2 mètres cubes de bonne tourbe, ou 30 mè-
tfeseubes de fascinés de genêt et de bruyère. Lorsqu'on etn* ploie de la houille, on compte ordinairement sur 1 mètre cube au moins de combustible pour 3 mètres cubes de chaux.
La chaux calcinée ou caustique est peu soluble à l'eau. Il fiiut enriron 1000 parties d'eau pour en dissoudre une partie. Toutefois, on a constaté qu'elle était plus soluble à froid qu'à chaux. Ainsi , à zéro, suivant M. Boussingault, la solubiltté de la chaux est de 1/630; à 15^5, de 1/778; à 54\4, de 1/972; à 100*, de 1/1270.
La chaux bien calcinée et pure présente un phénomène particulier lorsqu'on la plonge dans Teau ! il se produit presque instantanément une sorte d'effervescence due aux bulles de gaz qui se dégagent. Ces bulles ne Éoid autre chose que de l'air logé dans les interstices qu'occupait primitivement l'eaû avant la calcination du carbonate. Ce dégagement de bulles d'air est suivi d'un autre phénomène. L'eau absorbée rapidement par la chaux se vaporise par suite d'uiie forte élévation de la température. Pendant cette action , la chaux éprouve diverses modiûcations physiques. De compacte qu'elle était^ elle devient pulvérulente et acquiert une teinte blanche plus ou moins remarquable , selon sa pureté. Alors elle est moins caustique, mais conserve cependant ses propriétés alcalines; on lui donne le nom de chaux éteinte ou chaux hydratée. C'est sous cet état qu'on l'emploie en agriculture.
Variétés. — Selon le degré de pureté de la pierre calcaire que l'on soumet à la calcination , on obtient des chaux de qualités différentes.
l* Chaux grasse. — Lorsque la chaux provient d'un carbonate pur, on l'appelle chaux pure, chaux grasse , chaux chaude. Cette chaux se délite facilement, forme avec Teau une pâte assez liante et elle foisonne beaucoup , c'est-à-dire augmente considérablement de volume par rextinction.
20 ENGRAIS MIMERA UX.
La chaux grasse est la plus active, la plus énergique et celle qui produit le plus d'effets sous un moindre volume ; elle accrott sensiblement la production du froment. En Bretagne, où il existe çà et là des fours qui calcinent des pierres calcaires impures, on remarque toujours que la chaux grasse des rives de la Loire a une énergie fécondante plus grande que la chaux maigre.
Les pierres calcaires qui fournissent de la chaux grasse contiennent de 95 à 99 pour 100 de carbonate de chaux et . 1 à 5 de matières étrangères.
2* Chaux maigre. — Lorsque la chaux contient du sable, des parties ferrugineuses, etc., elle reçoit la dénomination de chaux maigre ou chaux siliceuse. Cette chaux est généralement grisâtre, foisonne peu, dégage beaucoup moins de chaleur à l'extinction, est moins énergique, moins active que la chaux grasse, et doit être employée en plus grande quantité. Sa couleur est grise ou grisâtre.
La chaux maigre ne se comporte pas, sous l'action des acides, comme la chaux grasse. Celle-ci se dissout sans précipité dans l'acide chlorydrique ou nitrique ; la première, au contraire, y laisse un résidu sablonneux et parfois ferrugineui.
Les pierres calcaires qui fournissent de la chaux maigre contiennent seulement 70 à 75 pour 100 de carbonate de chaux, et ordinairement 20 à 25 parties de sable.
S*" Chaux hydraulique. -^ La chaux qui contient beaucoup d'argile est connue sous les noms de chaux hydraulique^ chav^ douce^ chaux argileuse. Cette sorte de chaux est jaunâtre, foisonne très-peu, dégage moiiïs de chaleur et se durcit dans l'eau au lieu de s'y dissoudre.
Si on l'emploie à plus haute dose que les précédents, elle a Tavantage de moins. diminuer les forces productrices de
la terre que la chaux grasse. On a reconnu qu'elle est plus favorable que les chaux grasses et maigres aux prairies et à la croissance de la paille.
Les pierres qui fournissent de la chaux hydraulique contiennent de 70 à 80 pour 100 de carbonate de chaux et 15 à 30 parties d'argile.
4<' Chaux magnésienne. —Lorsque la chaux contient de la magnésie dans une grande proportion, on la nomme chaux magnésienne. Cette chaux est très-énergique et ne doit être employée que lorsque la terre est fertile ou qu'elle a été fortement fumée. Si on remploie sans la faire précéder ou suivre par des engrais abondants, elle épuise la terre en détruisant ses forces productives. H existe en Angleterre des contrées où le sol a été épuisé parce qu'on y a prodigué la chaux magnésienne.
On se rend facilement compte de l'action nuisible dé cette chaux sur la fertilité des terres, si l'on se rappelle que la magnésie conserve sa causticité jusqu'à ce que la chaux soit saturée d'acide carbonique et ramenée à l'état de carbonate. Il s'ensuit que la magnésie peut conserver longtemps sa vertu caustique et exercer une action fâcheuse sur les matières organiques contenues dans le sol en les rendant beaucoup plus assimilables. J'ai dit, en étudiant les éléments qui composent les terrains, que la magnésie absorbe et retient plus de quatre fois son poids d'eau, dans laquelle elle est très-peu soluble, puisqu'il en faut 142 parties à \f)**fi pour en dissoudre une de magnésie ; j'ai ajouté aussi qu'elle ne peut être dissoute par l'eau que lorsque celle-ci est saturée d'acide carbonique. Ces propriétés, qui ne sont, sous aucun rapport, favorables à la végétation, engageront évidemment le cultivateur à agir avec beaucoup de prudence dans l'emploi des chaux magnésiennes; elles lui rappelle-
rppt que s'il existe dans le Languedoc des terres végétalea remarquables par leur fécondité, quoiqu'elles contiennent da 0,07 à 0,12 de carbonate de magnésie, on rencontre, dan$ les départements du Gard et de Seine-et-Oise, des sols formés de débris de calcaires magnésiens ou dolomitiquef tout à fait stériles.
On reconnaît que la chaux contient de la magnésie en traitant Teau de lavage par Tammoniaque. Sous l'action de ce réactif, la magnésie est précipitée à l'état de flocon blanc plus ou moins abondant.
Les pierres calcaires qui fournissent de la chaux magnésienne contiennent de. 60 à 80 pour 100 de carbonate de chaux, 15 à 30 parties de carbonate de magnésie et 12 à 13 d*oxyde de fer, ou 2 à 8 d'argile.
La chaux magnésienne provient presque toujours de pierres calcaires colorées en jaune p&Ie, jaune verdâtre ou jaune brun.
5*» Chaux ammoniacale. — La chaux provenant de l'épur ration du gaz d'éclairage est un puissant engrais.
On la répand pendant l'hiver sur les prairies naturelles ou artificielles. On doit éviter de l'appliquer au printemps ou pendant l'été, car elle nuit aux végétaux, surtout s'il ne survient pas des pluies abondantes et continuelles après son emploi.
TerraisB i|al doivent être ebanlés. — La chauX convient à
tous les terrains qui manquent de principe calcaire. Ainsi, on l'emploie sur les sols argileux, siliceux et argilo-siliceux, les terres tourbeuses de bruyères, les terrains de landes, les sols schisteux et granitiques et tous ceux qui renferment du quartz, du feld-spath, du mica ou qui sont chargés de fer et de terreau acide. Dans les terres humides, les sols marécageux, elle produit très-peu d'effets, à moins que ces terrains n'aient été préalablement drainés ou assainis.
CHAUX. Il
Op répète souvenl que les diaulages ne sont pas utiles suf les sols calcaires, et que même ils sont nuisibles aui terref qui contiennent l'élément calcaire dans une proportion trèssensible.
Cette opinion est-elle vraie? La pratique a-t-elle confirmé l'action nuisible de la chaux sur les sols qui surabondent en carbonate calcaire? Les sols dans lesquels cet élément existe naturellement peuvent-ils gagner en puissance et en richesse par une addition de chaux vive?
On ne chaule pas les terrains dans lesquels le calcaire existe dans une proportion convenable, dans un rapport tel^ qu'il suiBt d'incorporer à la couche végétale d'abondantes fumures pour obtenir de très*bonnes récoltes. Si, au lieu d'accumuler au sein de ces sols des matières organiques dans le but d'accrottre leur richesse, on augmentait, par des chaulages, les particules calcaires, la terre, par cette augmentation, perdrait une partie de sa fécondité. Quels sont les défauts principaux des terres crayeuses, des sols calcaires siliceux, calcaires argileux peu fertiles, sinon, d'une part, le peu de matières organiques qu'ils contiennent, et, de l'autre, la trop grande abondance de principes calcaires?
On a dit aussi que les chaulages ne permettaient pas d'augmenter le calcaire du sol. Cet argument est contredit par les faits. La chaux appliquée à un sol n'est pas entièrement absorbée par la végétation ; une certaine quantité se fixe à la terre, y persévère longtemps et même s'y accroît, si l'on renouvelle les chaulages de temps à autre et si la dose de chaux est toujours la même.
Toutes choses égales d'ailleurs, la chaux ne doit être rer gardée comme productrice de forces végétatives réellement puissantes que dans les terrains où la fougère^ le genét^ la iruyire, Yépine noire, Yagrostù végètent à côté de VoseiUêr
S4 ENGRAIS lONÉRAUZ.
vinette^ la digitoky la petite matricaire, les joncs, les laiches et le chiendent.
Les terrains où croissent le chardon, la chicorée sauvage, le coquelicot, le mélampyre, Varrite-bœuf, le sainfoin, le noj/er, ne seront chaulés qu'autant que des faits bien constatés démon* tréront qu'un excès de calcaire ne peut nuire à l'existence des plantes.
Procédés d'appUeatioB. — La manière d'appliquer la chaux sur le sol diffère suivant les contrées.
l"" MÉTHODE ALLEiiANDE. — Daus quelques localités, on emploie la chaux après l'avoir laissée s'éteindre sous des hangars ou sur le sol, si la température le permet. Quand elle a perdu sa causticité et qu'elle est bien réduite en poussière, on la conduit sur le champ où elle doit agir et on la répand par un temps calme et sec aussi uniformément que possible.
Cette méthode a plusieurs inconvénients. Ainsi, elle nécessite d'abord un grand emplacement, si la fusion de la chaux a lieu à la ferme, et elle rend difficiles le chargement et le déchargement des tombereaux qui servent à la conduire aux champs ; en outre, si la chaux est bien éteinte, une quantité notable est enlevée par le vent. Ce procédé n'est réellement avantageux que lorsque la chaux doit être appliquée en couverture au printemps sur des planfes légumineuses et des prairies naturelles.
On peut aussi obtenir de la chaux en poussière en la plongeant dans l'eau pendant quelques minutes ou en jetant un peu d'eau sur celle qui vient d'être calcinée. Ce moyen est plus coûteux, mais il a l'avantage, sur le précédent, de permettre d'employer la chaux très-promptement.
Par le premier procédé, un volume de chaux grasse vive donne de 1,50 h 1,66 de chaiTx éteinte. Par le second, le
CHATTX. S5
même volume de chaux vive donne 3^58 de poussière. L'avantage est donc au dernier moyen.
2!^ MjÉTHODfi iTAUENNE. —Ce procédé consiste à conduire la chaux sur le champ et à la disposer par tas de 20 à 30 décimètres cubes, éloignés de 6 à 7 mètres chacun. Quand la chaux est réduite en poussière, par suite de son exposition à l'air, on la répand au moyen de pelles, aussi uniformément que possible, sur toute l'étendue du champ.
Cette méthode a l'inconvénient de ne pouvoir être mise en pratique que lorsque le temps est beau.
Lorsque la chaux doit rester longtemps sur la surface du champ ou qu'on prévoit de la pluie, on recouvre chaque tas d'une couche de terre de 16 à 33 centimètres d'épaisseur. Quand la chaux commence à fuser ou à se déliter, qu'elle augmente de volume, on a soin de surveiller les tas et de faire boucher toutes les crevasses ou les fissures qui se font dans la terre qui recouvre la chaux. Lorsque celle-ci est délitée, qu'elle est en poussière, on la mélange avec la terre qui la couvre, puis on reforme de nouveau les tas en ayant le soin de bien cacher la chaux et on les abandonne de nouveau.
Huit ou quinze jours après cette opération, selon que les travaux forcent le cultivateur à accélérer l'hydratation et que la température le permet, on remanie ou on recoupe de nouveau les tas et on les étend sur le champ. Cet épandage doit être exécuté avec soin ; il faut que le sol soit entièrement couvert de particules de chaux et que celles-ci soient régulièrement réparties. Il importe aussi, pour que la chaux puisse manifester son action d'une manière apparente, que cet éparpillejnent ait lieu par un temps sec.
3® MÉTHODE FRANÇAISE. — Le procédé en usage dans les départements de la Mayenne et de la Sarthe, consiste k faire
des compoaU dQ ch^ux et da teire ou da chaui, déterre et de fumier. Voici comment on fait cea composts : •
Durant Thiver on rassemble, sur Fun des côtés du champ qui doit être chaulé, c'est-à-dire sur la partie que Ton nomme ceinture^ cheintre^ forière ou fourrière, la terre que la charrue a poussée sur cet endroit pendant les labours. Cette terre est très-convenable ; elle est toujours de bonne qualité, et son enlèvement contribue beaucoup à l'assainisse* ment du champ. On lui ajoute souvent des gazons, des gurures de fossés et de mares, des débris de végétaux, des boues de cours.
Lorsque le cheintre a été pioché, quand le gazon qui couvrait le sol a été divisé, que les boues, les diverses curures sont presque sèches, on mélange ces diverses parties, et on les dispose en forme de tas prismatiques triangulaires allongés, que l'on nomme wmbes. On laisse ces ombres dans cet état jusqu'au mois de février, afin qu'elles puissent se mûrir.
C'est pendant le mois de février ou de mars que l'on procède à Textinctionde la chaux destinée aux semailles de printemps. Celle que l'on incorpore au sol pour les semailles d'automne, est préparée depuis la Saint-Jean jusqu'à la fin de septembre.
Lorsque le moment d'éteindre la chaux est arrivé, on piochç de nouveau la tombe afin de mieux diviser les gazons et émietter la terre. Cette opération s'exécute au moyen d'une bêche ou d'une pelle en fer. Au fur et à mesure que Ton remue le prisme, on doit reformer la tombe, mais il faut ménager à la partie supérieure, jusqu'aux deux tiers de l'épaisseur du tas, un large sillon destiné à recevoir la chaux vive.
Lorsque la chaux est amenée sur le champ oii le prisme de terre a été préparé, on la dépose dans la tranchée que présente )a tombe, et on la recouvre aussitôt de 15 à 20 cen-
timètres de terre» en donnant i la partie supérieure du prisme une forme bombée. Cette disposition est nécessaire pour empêcher les eaux pluviales de pénétrer jusqu^à la chaux. Quatre ou cinq jours après, selon que la terre est plus ou moins humide, on remue le tas, c'est-à-dire on mélange la chaux à la terre en commençant par un bout et en suivant jusqu'à l'autre extrémité. La chaux est alors éteinte et ea poussière. Le mélange doit être très-intime; l'action do compost dépend beaucoup de la manière dont a été opérée fa mixtion.
Lorsque le mélange est terminé et que le prisme a été re* formé, on l'abandonne de nouveau pour le remuer une seconde fois et le reformer encore quinze ou vingt jours plus tard. Cette opération est ordinairement la dernière. En général le mélange est d'autant plus puissant qu'il a été remué souvent et que sa préparation a été faite longtemps avant son emploi.
Les procédés d'application suivis dans la Sàrtbe et la Mayenne, éprouvent, dans quelques localités et sur certaines exploitations, des modifications assez sensibles, quoique les résultats soient tout à fait identiques dans les deux cas. Ainsi, au lieu de disposer la terre des cheintres ou des têtes de champs en forme de prisme au milieu duquel on dépose la chaux, on place sur un endroit du champ préalablement choisi, toute la terre qui doit servir à la confection du compost en un large monceau. Lorsque cette terre est mûre, bien divisée, et que le moment de commencer l'extinction de la chaux est arrivé, on met sur le sol une couche de cette terre de 0">,20 à 0'",St5 d'épaisseur, que l'on recouvre d'an lit de chaux vive. Sur cette chaux on place une seconde couche de terre, puis un second lit de chaux, et ainsi de suite jusqu'à ce que la terre et la chaux soient stratifiées. Au bout détruis ou
28 ENGRAIS UmÉRAUX.
quatre jours, la chaux est éteinte; alors on remue le tas en ayant le soin de bien mêler la terre et la chaux, afin de bien mélanger tous les lits alternatifs. Ordinairement on remanie le compost dix jours après cette opération; quelquefois même on les remue une troisième fois.
Cette méthode est celle que Ton pratique eii Normandie, en Flandre et en Belgique, où les chaulages tendent sans cesse à accroître la fécondité du sol.
Les composts dans lesquels on fait entrer du fumier se confectionnent comme les précédents. Toutefois on n'incorpore le fumier dans le compost que lorsque le mélange de la terre et de la chaux est très*intime. Dans TÀnjou, cette incorporation n'a lieu qu*en septembre et octobre, quelques semaines avant de répandre le mélange sur la surface du champ, n'est-à-dire quelques jours seulement avant Tépoque des semailles. Ainsi, il s'écoule ordinairement quatre à cinq mois entre le moment où la chaux est mélangée à la terre et celui où l'on ajoute le fumier.
Ce dernier procédé est dispendieux et laisse beaucoup à désirer. Ainsi, il demande beaucoup de main-d'œuvre et des charrois nombreux; il précipite la «décomposition des matières animalesetvégétales; enfin, il facilite l'évaporation d'une partie considérable de principes fertilisants que renferme le fumier. Si dans l'Anjou et la Vendée, on considère ce mélange comme très-actif, très-puissant, et si on l'applique partout où on peut aller à la chaibx^ c'est qu'on ajoute à cette dernière beaucoup de parties terreuses.
La quantité de terre que Ton mélange k la chaux dans la formation des composts varie selon les localités et les circonstances. £n Anjou, la chaux est à la terre dans les rapports de 3 à 60, 5 à 75, 12 à 150, 17 à 150, selon la facilité avec laquelle les cultivateurs se procurent de la chaux et la quantité
de terre qu'ils peuvent enlever des cheintres ou recueillir dans les fossés. Ailleurs, la chaux est mélangée avec cinq à six fois son volume de terre. Cette variabilité existera tou^ jours : en effet, le cultivateur ne multipliera pas ses dépenses et ses travaux si la quantité de terre qu'il peut enlever des cheintres est très- faible, pour en chercher ailleurs. Si la terre ne lui permet pasd*élever une tombe sur l'une des fourrières ou à rintérieur du champ, il aura recours au procédé que j'ai décrit sous le nom de Méthode française.
C'est à tort que l'on attacherait une grande valeur aux chiffres que plusieurs auteurs ont donnés et qui représentent la quantité de terre qu'il faut mêler à la chaux ; ces nombres varieront toujours, selon qu'on se procurera plus ou moins facilement des vases d'étangs^ des curures de fossés, des raclages et des balayages de routes.
Quel que soit le procédé mis en usage, que le compost se compose de terre et de chaux, ou de fumier, de chaux et de terre, on conduit le mélange sur le champ au moyen de véhi-* cules et on. le dispose en petits tas régulièrement espacés. Le volume de ces tas et la distance qui les sépare diffèrent beaucoup, mais ils sont toujours en rapport avec la quantité de chaux que Ton applique par hectare, et le volume de la terre avec laquelle cette substance a été mélangée.
GoadiUoas de réwsslte. ^ Pour que la chaux puisse pro« duire les effets qu'elle manifeste ordinairement, il faut que son application ait lieu sur un sol sec ou préalablement assaini et par un beau temps. Si le temps est pluvieux ou humide, la chaux forme pâte ou se granule, se niélange fort mal avec la couche arable, et perd, par cette hydratation, ses propriétés fertilisantes. Pour la même raison, on devra éviter, autant que possible, que la chaux reste répandue sur le sol plusieurs jours si le temps est à la pluie.
30 KNGiUIS milÉRAUX.
Lorsque le temps est beau, on la laisse pendant un îbxxt au soleil, éparpillée sur la terre; elle devient alors plus pulTé-^ rulente et possède plus d'énergie. L'emploi des composts présente, sous ce rapport, de grands avantages. Quand la chaux s'est bien délitée et que son mélange avec la terre a été bien fait, le compost, qui a l'aspect d'une poudre grise, n'éprouvé aucune modification défavorable sous l'action des pluies.
BMfonteMOient. — Avant de répandre la chaux on herse le champ, afin que sa surface soit régulière et plane. On procède ensuite à son enfouissement en exécutant un labour. Cette incorporation doit être parfaitement exécutée, car les bons effets de la chaux dépendent presque toujours de cette opération. Si le sol a été convenablement préparé, le mélange peut avoir lieu au moyen de l'extirpateur ou du scarificateiu*; hors de cette circonstance, il faut recourir à la charrue.
Le labour doit être superficiel. S'il est profond, l'action de la chaux demeure bornée à une moindre quantité de terre, et peut-être hors de la portée des racines des plantes. Lorsqu'on commet la grande faute de l'enterrer par un seul labour à toute profondeur, il se forme au-dessous de la couche ameublie par la charrue une croûte calcaire qui ntiit aut qualités de la terre et à l'existence des plantes.
Il est donc nécessaire que la chaux soit enterrée peu profondément et qu'elle le soit par plusieurs labours. En exécutant après le chaulage plusieurs labours et plusieurs hersages, le mélange du sol et de la chaux, ou de la terre et du compost, est plus complet et plus intime, et moins sujet à nuire à la germination des graines, s'il survient une sécheresse après son application. On ne peut mélanger la chaux à l'aide d'un labour unique que quand la couche arable a été ameublie par de fréquents labours de jachères. Dans l'Oue&t, on fait ordinairement le chaulage avec l'avant-dernier labour.
k moins que les semailles soient exécutées sous raies et que la chaux soit appliquée quelques jours seulement avant l'époque des ensemencements.
Qttaatlté de ekaax à appliquer par hectare. — La quantité de cliaux que l'on applique par hectare est très-variable. Ce quantum résulte toujours de la nature de la chaux, de la texture du sol, de l'épaisseur et de la fertilité de la couche arable, de la force de la fumure qui suit ou précède le chaulage, enfin du temps pendant lequel la chaux doit agir.
Voici les quantités que l'on emploie par hectare et pat* an, en France et à l'étranger, dans les localités où la chaux est abondante :
Kormandie , terres argileuses 8 à 10 hectol.
— terres sèches 3à 4 --*
Flandre, arrond. d'Hazebrouok.... 12 à 13 —
— — de Dunkerque ... 4 à 5 —
— — d'Âvesnes S à 4 ^
Bresse, départem. de l'Ain 44 5
Maine , t~ de la Mayenne. 3 à 5 —
Bourgogne , arrond. d'Autun 6à S —
Allemagne , le long du Rhin 8à 9 —
Angleterre, comtés divers 30 à 35 —
Ces quelques chiffres doivent suffire pour reconnaître que la quantité de chaux qu'il faut employer est très-variable, et que cette variabilité doit vivement préoccuper le praticien. En général, il faut répandre d'autant plus de chaux que celle-ci est impure ou siliceuse, le sol plus compacte ou plus argi* leux, la couche arable plus profonde, le sous- sol perméable, la terre plus fertile, la fumure qui suit ou précède l'application de la chaux plus considérable, enfin que la durée du chaulage est plus longue.
On commettrait une faute très-grande si Ton répandait sur un sol peu profond, léger ou siliceux et peu fertile, une grande quantité de chaux. Il en serait de même si cet en-
grais stimulant était appliqué dans une grande proportion sur les terres mouillées, les sols humides. Dans ces deux cas les ehaulages doivent être faibles; d*abord pour que la fertilité de la terre ne soit pas diminuée; ensuite pour que la chaux ne perde pas sou action, et que son application ne soit pas une dépense onéreuse.
Dans les terres argileuses, où il existe toujours une certaine quantité de matières végétales non décomposées, dans les terres siliceuses riches en terreau, enfin dans les sols tourbeux et de bruyères^ qui sont aussi abondamment pourvus de détritus de plantes à Tétat acide, la chaux peut et doit être appliquée dans une assez grande proportion afin qu'elle puisse forcer la terre à développer toutes ses forces productrices.
Si la chaux était répandue sur ces derniers terrains en petite quantité, et si surtout les ehaulages n'étaient pas fréquemment renouvelés, il serait difficile d'espérer retirer de grands avantages de l'emploi de ce calcaire.
On ne peut connaître la quantité de chaux qu'il faut appliquer par hectare qu'après avoir examiné la nature, la profondeur et la fertilité de la terre qui doit être chaulée, et la quantité de fumier qu'il est possible d'appliquer avant ou après cette opération. Si la chaux appliquée en trop grande quantité a des conséquences toujours défavorables, un chaulage exécuté dans une proportion plus faible que celle que réclame le sol, est une opération vicieuse, parce qu'il reste presque toujours sans effet.
En France les ehaulages ont lieu dans la proportion de 3 à 5 hectolitres par hectare et par an, selon les circonstances locales. Il résulte de ces chiffres qu'on détermine aisément la la quantité de chaux à appliquer sur une étendue de terrain donnée, en multipliant retendue à chauler par la durée du
chaulage et le chiffre qui représente la quantité de chaux à appliquer par hectare et par an.
Ainsi, s'il était question de chauler un phamp d'une étendue de 4 hectares, si le chaulage devait avoir une durée de cinq années et s'il fallait répandre la chaux dans la proportion de 4 hectolitres par hectare et par an, on aurait à effectuer l'opération suivante :
Ce produit représenterait donc le nombre d'hectolitres qu'il importerait de répandre sur la superficie du terrain à chauler.
Poids de rheetolltre et da Mètve cnlbe. — La chaux vive
pèse de 75 à 80 kilog. l'hectolitre. Le poids du mètre cube varie entre 800 et 850 kilog.
La pierre à chaux crue pèse de 1700 à 2400 kilog. le mètre cube, suivant qu'elle contient plus ou moins de sable et d'argile.
Quantité de dianx absorbée par les plaates« — • Suivant
Puvis, la quantité de chaux absorbée annuellement par la végétation égalerait le sixième de la dose appliquée. Voici les points sur lesquels cette hypothèse est basée. Il admet, avec Th. de Saussure et Sprengel, que 1000 kilog. des différents produits végétaux secs, graines de froment, orge, avoine, pois, fèves, maïs, grains et leurs pailles, produisent en moyenne 86 kilog. de cendres, et que les 10000 kilog. de substances sèches produites par hectare en deux années, donnent 430 kilog. de cendres contenant 86 kilog. de chaux, soit 43 kilog. par an.
Ainsi, si l'on applique par hectare et par an 3 hectolitres de chaux , la végétation en absorbera environ le sixième. Les cinq autres sixièmes resteront dans le sol , s'y dissol- II 3
34 ENGRAIS MméRAUX.
reront et concourront à la formation de certains principes! salins, etc.
M. de Gasparin n'admet pas cette hypothèse. Il suppose qu'une récolte de froment de 20 hectolitres enlève au sol 19 kilog. 49 de chaux, et une récolte de trèfle de 8000 kilog., 153 kilog., soit par an 86 kilog. 24, ou 1 hectolitre, ou un peu plus du tiers de la chaux, si cette substance a été appliquée à raison de 3 hectolitres par hectare et par an.
Nonobstant, il existe une différence assez grande entre ces résultats et ceux admis par M. Boussingault. D'après ses propres observations analytiques, ce savant chimiste a constaté que les plantes enlèvent au sol, sur la superficie de 1 hectare, les quantités suivantes de chaux :
Produits secs. Kilogr.
4029 kilogr. trèfle 76 300
1158 — froment (grain) 800
2790 — — (paille) 16600
1064 — avoine (^rain) 1600
1283 — - (paille) 6400
3085 — pommes de terre 2 200
3172 — betteraves 14000
Or, un assolement biennal qui comporterait une récolte de froment et une autre de trèfle, et pour lequel on appliquerait 3 hectolitres de chaux ou 1250 kilog. par hectare et par an, n'emprunterait au sol, chaque année, que 47 kilog. environ de cette substance, ou près du sixième de la quantité appliquée. Ce chiffre est presque identique à celui constaté par Puvis.
Toutes choses égales d'ailleurs, il est naturel de penser que la quantité de chaux absorbée par la végétation différera toujours suivant les terrains et les climats, et qu'il n'est pas possible de considérer l'un de ces résultats comme déflnitif ; la science agricole n'a pas encore dit son dernier
mot. Mais ces chiffres auront l'avantage d'obliger le cultivateur à suivre les errements de la pratique, et à appliquer cet engrais au minimum de 3 hectolitres. Un chaulage qui aurait lieu dans la proportion de 1 hectolitre à 1 hectolitre 50 par hectare et par an, serait évidemment un mauvais chaulage, et la pratique et la science en justifieraient difficilement l'application.
RenooTelleBient des ehanlaffes. — Les effets de la chauX diminuent chaque année au sein de la terre, et il arrive bientôt un moment où le cultivateur doit chauler de nouveau. Cette disparition a deux.causes. En premier lieu une certaine quantité de chaux est consommée par la végétation. Cette quantité, il est vrai, est bien faible, mais quelque petite qu'elle soit, et ne fût-elle même que le sixième de la chaux appliquée, il est certain que la dose qui reste encore dans la couche arable (on doit admettre qu'une certaine quantité s'y accumule ou se combine avec plusieurs des éléments constitutifs de la couche arable pour former diverses combinaisons), n'est plus en quantité assez forte pour que les produits des plantes soient aussi élevés que pendant les premières années qui ont suivi l'application de la chaux. En second lieu, les pluies qui contiennent une certaine quantité d acide carbonique soutiré à l'air atmosphérique, dissolvent une certaine quantité de chaux et peuvent l'entraîner en dehors du champ, si elles courent à la surface de la terre ou dans les couches inrérieures du sol, et hors de la portée des racines si la couche arable et le sous-sol sont perméables.
C'est donc lorsqu'une grande portion de la chaux contenue dans le sol a disparu que le moment est arrivé de procéder à un nouveau chaulage. On reconnaît toujours ce moment aux produits qui sont plus faibles, aux grains qui sont moins remarquables, et à l'apparition presque subite de certaines
plantes indigènes qui avaient pour ainsi dire disparu sous rinfluence des effets de la chaux.
Alors la dose de chaux à appliquer doit-elle être semblable à la première ou aux précédentes? Peut-on espérer obtenir des produits plus satisfaisants que ceux déjà obtenus en augmentant la dose première? N'est-il pas prudent de maintenir la quantité appliquée précédemment et d'augmenter de préférence la force de la fumure?
Dans les contrées où les chaulages ont lieu à hautes doses» comme en Flandre, en Normandie, etc., il n*est pas prudent d'appliquer une quantité semblable à celle du précédent chaulage. Il faut des circonstances bien impérieuses pour que le cultivateur se décide à appliquer de nouveau un chaulage foncier. D'ailleurs, les chaulages à haute dose nécessitent de fortes dépenses, et les fumures qui les suivent ou les précèdent doivent être en rapport direct avec la quantité de chaux appliquée. C'est dans cette circonstance surtout que l'on doit éviter de porter la dose à un chiffre élevé, car la fécondité de la terre pourrait en être diminuée. Les chaulages qui ont lieu tous les quatre, cinq ou six ans, sont les seuls qui, dans quelques cas, peuvent être augmentés. Mais ici les chaulages ont lieu en composts, comme ceux en usage dans la Mayenne et ceux pratiqués en Flandre et en Belgique après l'application des chaulages fonciers, et ils ont pour but de reculer l'époque où ces derniers peuvent et doivent être exécutés de nouveau.
Il n'y a que l'Angleterre qui puisse renouveler fréquemment les chaulages à très-hautes doses. Dans la Sarthe, on obtient, il est vrai, des résultats remarquables en renouvelant très-souvent les chaulages , mais ces succès tiennent à des causes qui n'existent pas partout et que le cultivateur ne peut faire naître du jour au lendemain. Ainsi, la quantité de
chaux répandue par hectare et par an est très-faible» et toujours son application est suivie d'une fumure si le fumier n'entre pas dans la formation du compost. Enfin, le sol, durant la durée du chaulage, est occupé pendant quelques années par des fourrages légumîneux, par exemple le trèfle. Sans ces conditions, il est évident que depuis longtemps les chaulages nouveaux auraient épuisé la terre et que la répétition des plus fortes fumures aurait suffi à peine pour élever sa fécondité.
Voici comment a lieu le renouvellement des chaulages :
Norm&ndie, sols légers tous les 9 ans.
— sols argileux — 6 —
Flandre, arrond. d'Hazebrouck — 9 —
— — de Dunkerque — 9 ou 10 ans.
— — d*Avesnes — 10 ou 12 —
Bresse , départem. de l'Ain — 12 oul5 —
Mayenne, — de la Mayenne.... — 4 ou 6 —
Bourgogne, — de Saône-et-Loire. ^ 5 ans.
Allemagne , le long du Rhin — 6 ou 8 ans.
• Ainsi, la durée des chaulages est en rapport avec la quantité
de chaux qu'on applique par hectare.
ModlIleatioMs dn sol par la ckanx. — La chaux introduite
dans un sol change- t-elle ses propriétés physiques? Ce chan-* gement, en admettant qu^il ait lieu, est-il permanent ou temporaire? Ordinairement on dit que les terres légères, sous l'action de la chaux, acquièrent de la consistance, et que celles argileuses perdent une partie de leur ténacité, et sont toujours plus meubles. Mais ces effets sont-ils réels? Ëst-il bien vrai que la chaux diminue la compacité du soi, l'échauffé ou le rend plus perméable aux racines des plantes et plus propre à absorber la rosée? Puvis a admis que, dans ces deux circonstances, la chaux transmet au sol compacte et à la terre légère les propriétés qui distinguent tous les sols calcaires, celles de se déliter et de s'ameublir spontanément
aux divers changements atnaosphériques. Cette théorie n*est pas malheureusement confirmée par Tobservation. Si la chaux agissait comme on le pense généralement, il faudrait admettre alors que l'action de cette substance minérale est permanente et que ses effets sont durables. Ce qui prouve clairement que ]a chaux ne peut pas agir comme on se platt à le supposer, c'est qu'elle disparaît du sol d'année en année ; si cette modification était réelle, il faudrait, pour qu'elle fût sensible et durable, la répandre en quantité considérable.
Si un sol chaulé subit des modifications avec le temps, c'est que sa fécondité augmente presque toujours d'année en année. Cet accroissement de richesse a pour cause, d'une part, la culture de plantes fourragères vivaces et bisannuelles appartenant à la classe des légumineuses ; et, de l'autre, l'application de fumures plus abondantes. Sous l'influence de ces deux causes les matières organiques s'accumulent au sein de la terre, la fertilité s'accroît et les propriétés physiques sont modifiées.
En France, comme je l'ai dit précédemment , la chaux est appliquée dans la proportion de 3 à 5 hectolitres par hectare et par an, et il existe bien peu de contrées où les doses dépassent celles en usage en Normandie et en Flandre. Or, ces quantités sont-elles assez considérables pour changer d'une manière apparente la constitution de la couche arable ? Je ne le pense pas. Pour que la couche soit modifiée sensiblement, il faut lui incorporer au moins 100 mètres cubes d'une substance peu soluble dans l'eau, comme du sable, de l'argile, substances qui appartiennent à la classe des amendements. La différence qui existe entre cette quantité et la dose de chaux appliquée dans les chaulages est si grande qu'elle ne permet pas un seul instant de considérer celte question
comme entièrement résolue. Ainsi» par un chaulage qui se* rait appliqué à un sol qui aurait seulement 0",S0 de profondeur, dans la proportion de 20 ou 60 hectolitres de chaux, celle-ci ne s'élèverait pas à plus de 1 ou 6 millièmes de volume de la t^re arable. Il est donc évident, d'après cela, qu*il est impossible d'admettre, comme le soutiennent plusieurs écrivains, que, par les chaulages ordinaires, on puisse espérer modifier favorablement la compacité d'une terre argileuse ou la friabilité d*un sol siliceux.
Mode d*AeiioB. ^ Si la pratique 'ne confirme pas les théories avansées pour prouver que la chaux modifie la texture des sols sur lesquels on l'applique, il lui est impossible de nier qu'elle exerce chimiquement ses effets quand elle est employée sur des sols sains ou sur des terres argilepses bien égouttées.
Mais quelle est la théorie qui explique son action et qu'il faut regarder comme vraie ?
D'après Thaër, la chaux agit sur la masse humique du sol, accélère sa décomposition, la dissout, et dépouille l'humus acide de son acidité. Ensuite, elle absorbe dans l'atmosphère l'acide carbonique qu'elle a perdu par la calcination et favorise dès lors le développement des plantes.
Cette manière d'agir a quelque chose de vrai. En effet, il est démontré que la chaux à l'état caustique agit sur le terreau acide qui lui fournit de l'acide carbonique, et qu'elle facilite la décomposition des matières organiques végétales et animales.
Si ces actions n'avaient pas lieu, la pratique ne constaterait pas chaque jour, et cela dans des circonstances très-diverses, les heureux effets de la chaux appliquée sur des terres de landes, de bruyères et tourbeuses; en outre elle ne remarquerait pas une coloration plus prononcée, plus intense, plus
yert noir sur les feuilles et les tiges des végétaux qui croissent sous son influence.
Puvis a avancé une théorie toute différente. D'après cet agronome, Thumus, après s'être transformé en acide humique, se combinerait avec la chaux pour former Vhumate de chaux.
Ainsi, cette afBnité réciproque de l'acide humique et de la chaux expliquerait pourquoi l'alliance de la chaux avec le fumier, ou les terres chargées d*humus, est si puissante sur la végétation ; pourqftioi la chaux terreautée , qui présente rhumate de chaux tout fabriqué, est beaucoup plus féconde que celle qu'on applique au sol à l'état pur.
Cette hypothèse n'est pas assez certaine pour être admise à priori. La science met en doute l'existence de l'acide humique, et par conséquent celle de Thumate de chaux. Selon Liebig, cet acide n'existe pas. D'un autre côté, il résulte d'expériences faites par MM. E. Lucas et Th. Hartig, que les végétaux n'absorbent de la couche arable pour leur nutrition, ni matières extractives, ni humus dissous, ni humate de chaux, d'ammoniaque, de soude et de potasse.
Si la chaux avait la faculté de créer des produits nouveaux, des substances nouvelles fixes, salines ou terreuses, utiles à la vie végétale, le cultivateur pourrait se dispenser, dans bien des cas, de faire suivre ou précéder les chaulages par d'abondantes fumures ; et, sous un autre point de vue, la constitution des terres arables lui indiquerait si la chaux doit être appliquée dans une grande ou une petite proportion , et si les chaulages doivent être fréquemment renouvelés.
Nonobstant ces diverses hypothèses, et bien que l'action, ou, pour mieux dire, l'influence qu'exercent les substances inorganiques à l'égard de la production des matières organi-
ques, comme l'a dit Berzélius, soit encore obscure, on peut considérer la chaux comme agissant :
1* En attaquant ]a matière organique qui constitue le ter« reau et en accélérant sa décomposition ;
S"» En absorbant Tacide carbonique de Tair et du sol, se transformant ainsi en carbonate;
3P En opérant sur les sels fixes d'ammoniaque provenant des matières organiques, et donnant par là naissance à du carbonate volatil ;
k* En fournissant aux plantes de Tacide carbonique;
50 En mettant en liberté les bases de certains composés de potasse et de soude;
G*" En décomposant certains sels de fer, de magnésie, de manganèse, prévenant par là leur influence nuisible sur la vie des plantes;
7« En jouissant de la propriété d'être soluble dans Teau froide et de fournir aux végétaux du calcaire;
8* En se combinant avec l'acide nitrique qui prend naissance pendant la décomposition des matières organiques, formant ainsi du nitrate de chaux ;
9^ En se combinant avec les acides tannique, gallique, etc., contenus dans les débris organiques des terres tourbeuses et des terres de bruyères, neutralisant par là leur acidité ;
lO^" En détruisant, par sa causticité, certains œufs et certaines larves d*insectes nuisibles, et une certaine quantité de semences de mauvaises plantes.
Csltsres pour lesquelles 11 faol Appliquer 1a ehAiix. —
La chaux vive appliquée sur un sol sec ou assaini a une action alimentaire et stimulante particulière sur les céréales et les légumineuses.
Les froments qui végètent sur des terrains chaulés produisent des grains plus lourds, plus ronds, plus fins, donnant
moins de son et plus de farine que ceux qui proviennent des terres schisteuses» argileuses et siliceuses. En outre, les blés sont moins sujets à verser, tallent davantage, et leur production est bien supérieure à celle de ces derniers terrains. L'avoine et lorge réussissent aussi très-bien après un chaulage.
Les vesces, les pois, acquièrent un développement remarquable sur les terres chaulées. Mais cette influence, quelque favorable qu'elle soit, est moins sensible que celle qui a lieu sur le trèfle. Il n'est aucune plante, parmi ces légumineuses, sur laquelle la chaux ait des effets aussi énergiques. Sous son action, le trèfle a une végétation plus vigoureuse, ses feuilles prennent un plus grand développement, et sa réussite est plus assurée, plus certaine, et son existence plus longue. La chaux a plus d'action que le plâtre quand le trèfle croît dans les sols argileux et froids.
Les pommes de terre s'accommodent très-bien aussi des terres chaulées.
Les plantes crucifères, le colza, la navette, réussissent avec vigueur sur ces mêmes terres. L'expérience prouve chaque jour que la culture des navets est aussi productive sur ces sols.
La chaux répandue sur des prairies naturelles a très-peu d'action, à moins que le sol soit sain et qu'elle soit mêlée à de la terre. C'est à tort que Ton pense que la chaux agit favorablement sur les prairies humides ou marécageuses. En général, cet engrais minéral n'agit sur les plantes de mauvaise qualité, les joncs et les laiches, que quand le gazon a été convenablement assaini, que les plus fortes plantes nuisibles à la qualité du foin ont été arrachées, que la chaux a été répandue par un temps sec, dans une forte proportion et mêlée à des composts terreux. Ainsi appliquée, la chaux force
certaines plantes inutiles et nuisibles à disparaître ; elle favorise la végétation des trèfles rouge, jaune et blanc, de la luzerne maculée, du ray-grass, etc., plantes qui fournissent davantage sous la faux, et qui constituent un foin de parfaite qualité. On est tout étonné, à la suite d*un chaulage exécuté sur une prairie naturelle privée de légumineuses, de voir très-souvent le jonc ou la mousse céder la place aux trèfles.
Ëpnlsemevt da «ol par la ehaux. — La chaux est sans contredit de tous les engrais minéraux celui qui produit le plus d'eflets favorables lorsqu'il est convenablement appliqué ; mais il n'en est aucun aussi qui amoindrisse avec autant de rapidité la fécondité de la terre. Ce résultat a toujours pour cause l'emploi mal entendu de la chaux, l'absence de fumure après le chaulage, le renouvellement trop fréquent des chaulages, l'application de doses plus fortes que celles que peut supporter la terre, eu égard à sa nature et sa fécondité.
Vemploi de la chaux ne dispense pas l'emploi des fumiers. Pendant les premières années qui suivent les chaulages, les récoltes sont toujours plus abondantes parce que la chaux imprime au sol un élan de fécondité, mais ces récoltes extraordinaires ou abondantes sont sans cesse produites au détriment de la fertilité. En effet, celle-ci périclite d'année en année, et il arrive bientôt, ce que Ton remarque chaque jour dans les localités où l'on abuse des eiïets de la chaux, que les produits du sol ne sont plus si abondants, ni aussi remarquables. Cet épuisement, cette stérilisation ont pour cause l'action delà chaux sur la matière organique du sol.
La chaux n'est pas un véritable engrais. Si cette substance avait une action semblable à celle des corps organisés végétaux et animaux, son emploi serait sans danger, et son usage
plus gvanà encore. Mais ]a chaux doit être regardée comme un engrais à la fois alimentaire et excitant. Si elle était un engrais proprement dit, elle accroîtrait, en s'accumulant, la richesse de la couche arable, et rendrait la fertilité à une terre épuisée par une longue succession de récoltes; mais comme un sol épuisé ne peut être ramené à l'état fertile par l'applicatioh de la chaux seule, on est en droit de la considérer avec Brown, comme une substance très-utile pour mettre en action certains principes de la fécondité existant déjà dans le sol.
L'expérience prouve chaque jour qu'il est nécessaire de coordonner son emploi à la fertilité de la terre arable et aux fumiers que Texploitation fabrique ou à ceux qu'elle peut acheter. C'est en agissant ainsi qu'on empêchera la chaux, si elle est appliquée sans fumier sur un sol pauvre en matières organiques, de le réduire en quelques années seulement au dernier degré d'épuisement.
Thaër raconte que des cultivateurs qui ne connaissaient pas la cause de l'action de la chaux, ont préféré cette substance aux fumiers, et ont cru pouvoir se passer entièrement de ceux-ci ; mais l'épuisement dont le sol donna, plus ou moins tôt, des signes effrayants, les jeta dans l'extrême opposé, et ils crurent voir toujours du danger à l'emploi de la chaux sur les terres. Les hommes éclairés s'aperçurent bientôt que l'usage de la chaux ne dispensait point de celui du fumîer, mais qu'il donnait plus d'intensité à l'action de cet engrais. Us profitèrent alors de la fécondité que la chaux avait imprimée à la première récolte pour se procurer le plus de litières possible, afin de pouvoir rendre au sol, par le concours des fumiers, ce que la chaux lui avait enlevé en excitant la végétation des plantes pour lesquelles elle avait été appliquée. Ainsi, on ne doit pas oublier que si la chaux
CHAUX. kb
peut augmenter les produits des plantes cultivées, elle peut aussi les diminuer et épuiser la terre, quand elle n'est pas précédée ou suivie par une fumure en rapport avec la quantité appliquée.
Valeur eonmereiaie. — La chaux se vend de 1 à 2 fr. l'hectolitre. Cependant dans quelques localités, elle ne coûte quedeOfr. 50à0fr. 75.
BIBLIOGRAPHIE
B««ler. ~ Cours d'agriculture, 1783, in-4, t. III, p. 186.
HAarlee. — Traité des engrais, 1806, in-8, p. 137.
pleieS. — Cours d'agriculture anglaise, 1803, ÎQ-S, t. IV, p. 416.
p. Bé. — Essai sur les engrais, 1813, in-8, p. 109.
ne la Bergerie. — Cours d'agriculture pratique, 1820, in-8, t. IV, p. 8.
S. «iBclAlr. — Agriculture pratique, 1825; in-8, 1. 1, p. 413.
ChAplal. — Chimie appliquée à l'agriculture, 1829, 1. 1, p. 206.
viMilr. — Principes raisonnes d'agriculture, 1831, t. H, p. 387.
■arilB. — Traité des amendements, in-8, p. 505.
MTls.^De l'emploi de la chaux, 1835, iQ-8.
•etawers. — Préceptes d'agriculture pratique, 1839, in-8, p. 289.
Beaëla. — Agriculture du Nord, 1843, in-8, p. 119.
l^elere-viMnlB. — Agriculture de Maine-et-Loire, 1843, gr. in-8, p. 210.
BeBëlv. ^ Agiiculture du Tarn, 1845, in-8, p. 134.
Smm^t. — Cours d'agriculture, 1846, in-12, p. 409.
De ctaspariB. — Cours d'agi icultare, 1846, in-8, 1. 1, p. 634.
ne neailMisle. — Calendrier du bon Cultivateur, 1846, in-12, p. 486.
JetaBsteB. ~ Éléments de chimie agricole, 1849, in-12, p. 29S.
Bicharë et rmjen. —• Précis d'agriculture, 1851, in-8. t. I, p. 21.
BevMlBSBalt. — Ëconomie rurale, 1851, in-8, t. H, p. 2.
HadasU ële BnlTeB. — Cours d'agriculture, 1853, in-8, 1. 1, p. 814.
Vev^net. — Engrais et amendements, 1855, in-12, p. 92.
S. Pierre. — Chaux et marne, 1858, in-12.
SECTION IL Marne.
 nglaig. — Mari. Italien Marna.
Allemand, — Mergel. Espagnol. — Marga.
Historique. ^ Définition. — Caractères physiques et chimiques. — Délitement des marnes. -- Terrain où elles existent. — Mode d'extraction. — Prix de l'extraction. — Essais et analyse. — Sols qui doivent être marnés.
— Application ; mode de transport , époque, disposition et grosseur des marnons, préparation du sol, enfouissement. — Conditions de réussite.
— Quantité à appliquer. — Poids du mètre cube. — Quantité de calcaire absorbée par les plantes. — Renouvellement des marnages. — Modifications du soi par la marne. — Mode d*action. — Cultures qui suivent les marnages. — Épuisement du sol par la marne. — Prix de revient des marnages. — Bibliographie.
Historique. — L'emploi de la marne est beaucoup plus ancien que celui de la chaux. Pline parle de son usage dans les Gaules et la Grande-Bretagne, et dit qu'on la tirait de puits de plus de trente mètres de profondeur. Varron fait connaître que les habitants des bords du Rhin s'en servaient pour fertiliser leurs champs.
Les marnages étaient en usage en France au neuvième siècle; M. L. Delisle a trouvé, en consultant plusieurs cartulaires normands, un bail d'une ferme située dans le Yexin normand qui imposait en 1195 l'obligation de marner [marlare). En 1486, l'archevêque de Rouen en fit répandre sur les les terres qu'il possédait à Frênes, 4144 bottées, dont l'extraction lui coûta 136 livres 10 sous. Cette quantité fut appliquée sur 103 acres. A Tépoque où vivait Olivier de Serres, elle était « fort cogneue en TIsle-de-France, en la Beausse, Picardie, Normandie et autres provinces de ces contrées-là. > Bernard de Palissy a beaucoup contribué, par ses écrits, à en répandre l'emploi. De son temps les marnages n'étaient pra-
tiques que dans un petit nombre de localités, et beaucoup d'agriculteurs ignoraient encore les avantages que présente la marne.
Aujourd'hui, cette substance est employée dans presque toutes les localités où elle abonde et où le cultivateur peut rappliquer avec avantage. Cest qu*elle est un des éléments les plus puissants de fécondité ; c'est qu'elle favorise remarquablement la production des fourrages légumineux et des céréales destinées à la nourriture de la société. Toutefois, si la marne peut accroître les forces productives du sol; si, sous son action, la terre augmente en puissance et en fertilité, on ne doit pas oublier qu'elle peut aussi en diminuer sensiblement la fécondité quand elle est mal appliquée. C'est cette conséquence dangereuse pour l'avenir d'une terre qui a donné lieu à ce proverbe: la marne enrichit (espères et ruine les enfants î Cet ancien adage n'a plus aujourd'hui sa raison d'être.
BéflnitioB. — La marne, dont la texture est quelquefois feuilletée à la manière des schistes, est un mélange intime d'argile, de carbonate de chaux, de sable et de quelques autres substances minérales. Quelques auteurs, Thaër, etc., regardent la marne comme une combinaison du calcaire avec l'argile. Cette définition est inexacte. Si cette substance était le résultat d'une combinaison de ces deux éléments, la chimie aurait découvert depuis longtemps le moyen de la former. On ne peut considérer la marne comme une combinaison que lorsqu'on donne le nom de marne au crayan que Ton emploie dans la Beauce; car, à vrai dire, cet engrais minéral n'est pas une marne, mais une véritable craie. Un calcairecrayon pulvérulent ou se délitant à la manière des marnes.
On doit donc regarder la marne comme un produit de la nature qu'il est impossible d'imiter, car la liaison des élé-
ments qui la constituent nous est inconnue. Il nous est facile de mélanger du calcaire^ de l'argile, de la silice, de Toxyde de fer, des sels de magnésie ; mais nous ne pourrons jamais former une substance où Toeil ne pourra distinguer les particules de calcaire de celles de Targile. Le composa qui en résultera sera si dissemblant de la marne formée parla nature, qu*il ne possédera aucune de ses propriétés.
Dans la marne naturelle, les principaux éléments constituants, le calcaire et l'argile, sont juxtaposés molécule à molécule, et l'objectif du microscope est impuissant pour les distinguer l'un de l'autre. Cette particularité n'existe pas pour la marne artificielle. Au moyen du microscope on reconnaît que les particules de calcaire ne sont pas unies intimement à l'argile, qu'au contraire elles en sont séparées par une distance très-sensible.
Garaetères physiques et chimiques. -— La marne présente
des caractères particuliers qu'il importe au cultivateur de bien connaître. Ces signes distinctifs sont:
l"" D'affecter souvent une cassure conchoïde et toujours terne;
2" De happer à la langue à la manière des argiles lorsqu'elle est sèche;
Z"" D'être onctueuse au toucher;
4*' De faire une vive effervescence avec les acides;
b"" De se délitera l'air à la manière de la chaux;
6* De former avec l'eau plutôfune bouillie qu'une pâte.
La couleur des marnes varie à l'infini. Quelquefois elles sont verdâtres, jaunes ou blanches; souvent elles sont brunes, rouges, grisâtres, bleuâtres ou noirâtres. Ces. diverses colorations résultent toujours de l'oxyde de fer ou de la magnésie qui sont contenues dans les marnes et de la plus ou moins grande quantité de calcaire, de sables et d'argile
MARNE. 4a
qu'elles renferment. La couleur est donc un signe équivoque et, dans aucune circonstance, elle ne pourra servir à déterminer la qualité de la marne.
Variétés. ^ Les marnes se présentent sous divers aspects, suivant l'état, la manière d*étre de leurs diverses parties constituantes:
1** Marnes calcaires. — On donne le nom de marnes cal^ caires à celles qui contiennent beaucoup de carbonate de chaux, peu d'argile et encore moins de sable. Ces marnes, qui renferment de 50 à 90 et quelquefois 95 pour 100 de calcaire, sont celles qui produisent les plus grands effets ; elles sont ordinairement blanches, jaunâtres ou grises et se délitent promptement lorsqu'on les expose à l'air. ^
Yoici quelques analyses faites par M. Payen :
a. Marnes eakaires.
»«— «t^- !?.« Silice CtrboDfttd CtrboDtte
ï'^"'®*- ^"' etargile. dech«ox. deBiagnéflie.
Luzarches (Seine-et-Oisd) . . . 3,00 6,50 73,53 14,28
Poulaincs pndre) 1,75 4,60 83.47 7,81
Artonnes (Indre-et-Loire) .. . 3,50 13,25 75,31 3,56
Soudan (Deux-Sèvres) 4 ,05 9 ,25 78 , 15 2 ,81
B. Marnes crayons.
Loclitéfl. ^J^lux. *^""'"'- *"*^*^-
ÊYTeux 85,00 4,50 3,00
Chartres. 87,50 6,50 3;50
Beauvais 86,00 6,00 6,50
Reims 85,00 8,50 4,50
Châlons 86,00 8,00 5,00
Troyes ' 87,00 3,50 5,50
5^ Marnes siliceuses. — Les marnes qui comportent beau* coup de sable, peu d'argile et une faible quantité de calcaire, ont été désignées sous le nom de marnes silicmsesy marnes sa-bleiises. Uaction chimique de ces marnes n'est pas remarquable. Par contre, leur action mécanique est très*sensible, II 4
(0 . ENGRAIS lOlléRAUX.
car elles renferment de 25 h 75 pour 100 de sable. Ces marnes ont peu de consistance.
Localités. Eau. Sable. SrS?r de^S^^r^.
Digoin (BaAne-et-Loire) 3,60 63,00 19,89 2,58
NogeaMe-Rotrou (B.-et-L.). 3,50 42,20 29,43 6,14
Luzarches (Seine-et>Oise) ... 3 ,50 32 ,35 51 , 15 9 ,01
Marly (Seine-et-Oise) 4,00 25,00 58,96 7,73
3* Marnes argileuses. — On désigne sous le nom àemameê argileuses celles qui contiennent plus d*argile que de calcaire et de sable. Elles offrent une certaine cohésion et plus d'onctuosité que les autres et renferment de 50 à 70 pour 100 d'argile. La coloration est généralement un peu foncée et très-variée.
Elle renferme :
Localités Eau Araîle Carbonate Carbonate
Localités. Eau. Argile, de chaux, de magnésie.
Luzarches (Seine-et-Oise). .. . 10,50 56,10 16,16 4,24
Diore (Indre) 3,95 26,50 49,73 13,12
Lignières (Cber) 4,00 51,00 32,33 2,19
Gourçon (Gharcnte-Infér.) ... 5 ,50 64 ,50 14 ,56 6,51
Origiion(Drôme). 6,00 42,25 36,23 2,26
4* Marnes biagnésiennes. —La marne qu'on appelle marne magnésienne contient de 15 à 25 pour 100 de carbonate de magnésie. Cette marne est rare en France.
Cette division des marnes est un peu vague; mais elle est pratique, et sous ce rapport elle s'harmonise très-bien avec le langage de l'agriculteur.
Toutes les marnes n'ont pas l'aspect d'une substance terreuse. Il en est plusieurs qui sont très-dures et en rognons, d'autres qui ont l'apparence et la solidité d'une pierre, quelques-unes qui, sous la forme de grumeaux, ont un aspect pulvérulent.
DÉuTEiiENT DES MARNES. — Lorsque le carbonate de chaux contenu dans une marne dépasse 70 pour lOO, celle-ci se
MARiqB. SI
durcit et commence à devenir pierreuse. Quand cette substance existe au-delà de 80 pour 100, la marne est pierreuse et se délite parfois très-difGcilement.
Les marnes ne se délitent pas de la même manière. Ainsi, certaines se fondent dans l'eau avec une grande promptitude en une poudre homogène sans laisser de noyaui; d'autres ne se délitent qu'en partie et laissent des rognons calcaires plus ou moins volumineux que les agents atmosphériques parviennent difficilement à diviser. On conçoit» dès lors, l'immense avantage que présentent les marnes qui se fondent complètement dans l'eau, siur celles qui laissent des noyaux solides lorsqu'elles se délitent dans l'eau ou à l'air.
TemiMs eottteMABi ie« auinies. — L'action bienâdsante de la marne sur le sol et les plantes impose au cultivateur l'obligation d'examiner avec attention le sol qu'il cultive et les terres qui environnent son exploitation, afin de savoir si cette substance y existe.
La marne est abondante dans les terrains de formation secondaire et tertiaire. Ainsi, elle eat commune dans les terrains appartenant aux formations jurassique, oolitique, liasique, crétacé et supra-crétacé. Elle n'existe pas dans les terrains primitifs et secondaires.
Les marnes forment des couches parallèles horizontales ou un peu inclinées, d'une épaisseur plus ou moins grande, et eUes existent tantôt à la superficie de la terre, sous le sol ou au-dessous du sous-sol, tantôt à une grande profon-r deur au-dessous de ce dernier.
Lorsque la marne forme des couches qui affleurent la surface de la terre, la couche arable est généralement recou-. verte par des plantes naturelles particulières. Ces plantes indicatives sont: l'ononis des champs (ononis arverw), la.
sauge-verveine {naîvia verbenacea), la sauge-sclarée (salvia sclarea)^ le tussilage pas d'âne {tussitago farfara), la ronce (rubiis fruiicosus)j la lupuline {medicago lupulina), etc. Quand aucun indice ne révèle la présence de la marne, le cultivateur doit sonder la terre aveô une tarière dont la longueur variera suivant les circonstances. Cette opération est trèssimple et facile, surtout lorsque la sonde ne doit pas pénétrer dans le sol au delà de 4 à 5 mètres; en outre, elle est plus économique et plus plausible dans ses résultats que les recherches qui ont lieu à l'aide de la pelle et de la pioche.
Mode d>xtrAetioii. — - Les mames qui sont rapprochées de la surface de la terre et que Ton rencontre plus particulièrement sur les pentes sont d*une extraction facile. On les extrait en ouvrant des marnières à ciel ouvert. Toutefois ces carrières ne peuvent être exploitées à toutes les époques de Tannée, car, pendant les pluies, le travail y est pénible et^ dangereux à cause des éboulements, et parfois même impossible.
Lorsque Ton a reconnu, à l'aide de la tarière des mineurs, la présence de la marne, l'épaisseur de la couche ou de plusieurs bancs, et celle des lits pierreux qui alternent souvent avec les stratiQcations marneuses, on enlève la terre végétale qui recouvre le point où existe la marnière. Quand la marne affleure avec le sous-sol ou que là couche est très-faible, et que, par conséquent, l'excavation doit être peu profonde, on n'exécute le déblai qu'au fur et à mesure de l'enlèvement de la marne. En agissant ainsi, on diminue les dépenses, puisque les terres qui proviennent du déblayement sont employées à remblayer la cavité d'où la marne a été précédemment extraite.
Après avoir enlevé la terre végétale, on déblaye aussi les terres sableuses ou les couches pierreuses qui peuvent exis«-
ter entre la couche de marne et la couche arable. Cette opé* ration doit être parfaitement exécutée et la marne mise tout à fait à découvert, aGn de ne point extraire et conduire des substances qui n*auraient aucune qualité fertilisante. En gé« néral, les couches marneuses situées très-près de la surface du sol, ne sont pas celles que le cultivateur doit considérer comme les plus stimulantes.
Lorsque la marne a été mise à nu, on s'occupe de son extraction. Cette opération peut avoir lieu à l'aide d'ouvriers à la journée ou à la tâche. Le travail à la tâche est plus écono* mique que celui à la journée. Dans ce dernier cas, l'extraction ne peut avoir lieu que lorsque la marnière est située près des fermes. Alors, on surveille facilement les ouvriers.
Lorsque la marnière est située au milieu d'une surface plane et que la couche marneuse est peu épaisse et profonde, on fait piocher la marne par un ou plusieurs ouvriers et on la sort de la marnière au moyen de charrettes ou de tombereaux. Si la sortie n'était pas accessible aux voitures , ou si le cultivateur se trouvait dans l'indispensable nécessité d'employer pour ce travail un grand nombre d'animaux, il devrait renoncer à la sortir de cette manière. Alors des hommes, au moyen de brouettes, conduiraient la marne piochée à quelques mètres de l'excavation. On rend cette sortie facile en établissant deux petits chemins de bois, au moyen de lé-gers madriers ou de fortes planches. Ces voies facilitent beaucoup la circulation des brouettes.
Si l'enlèvement de la marne ne pouvait avoir lieu au moyen de brouettes parce que la sortie serait difficile, il faudrait, si les circonstances le permettaient, la faire jeter à la pelle en dehors de la marnière, en ayant soin que les ouvriers la placent à une certaine distance du bord de l'excavation. Si la marne était placée près du bord de l'ouverture , elle pour*
54 ENGRAIS MINËRAUX.
rait, par son poids qui est considérable , charger fortement ses parois et occasionner des éboulements. Pour que la marne jetée hors de la fosse soit placée à une distance convenable, il Ihut la faire enlever à la pelle par d'autres ouvriers chargés de la rejeter à un ou deux mètres de l'ouverture. Alors la marne peut rester en tas pendant longtemps, c'est-à-dire jusqu'au moment où elle sera transportée sur le champ qu'on lui destine^
Lorsqu'une marnière se trouve sur une pente rapide ou à la base de parties montagneuses, l'extraction de la marne n'est difficile que lorsqu'elle est située profondément et que les charrois sont rendus pénibles par une forte montée. Ainsi, si la marnière existe dans le fond d'un vallon, à la base d'un coteau, et si les terres à marner se trouvent sur un plateau situé au sommet de la montée, le transport de la marne ne pourra avoir lieu souvent que durant la belle saison et au moyen de véhicules légers et d'une faible capacité. Dans le cas contraire, le transport de la marne s'effectue facilement au moyen de tombereaux ou charrettes ordinaires.
Il est des cas où l'extraction de la marne a lieu avec moins de dépenses et plus facilement que dans les circonstances que je viens de signaler. Ainsi, lorsque la marne existe directement au-dessous de la couche végétale que l'on veut marner, il n'est pas toujours nécessaire de recourir aux attelages et aux voitures. Des ouvriers pratiquant alors çk et là, suile champ, de petites excavations, extraient la quantité nécessaire et la répartissent au moyen de brouettes.
Quand la marne a été extraite et répartie sur le sol, dn remblaye au moyen de terres enlevées sur les parties du champ qui le permettent. Ordinairement ces terres sont prises ixsr les parties que Ton appelle c/wimre, ceinture forrière, coulasse^ etc., suivant les localités, parce que ces endroits sont
toujours plus élevés que le champ. Cette éléfation a pouf cause les terres que les eaux plufiales ou la charrue y ont amenées. Leur enlèvement constitue une excellente opéra«^ tion. On sait que les cheintres élevés nuisent toujours à Tégouttement des terres argileuses ou imperméables.
Lorsque la marne est située profondément, il est impossible de l'extraire sans percer un puits. Cette extraction à une très-grande profondeur remonte à une époque très-éloignée. Pline dit que sur quelques points de la Gaule, on tirait la marne de puits de plus de 33 mètres de profondeur et ayant des galeries comme ceux des mines. En Picardie, on extrait de puits de 7 à 10 mètres de profondeur ; celle que l'on em« ploie en Normandie s'exploite souvent à 25 et même à 80 mè-^ très au-dessous de la couche arable. Les puits, au moyen desquels on l'obtenait en 1318| à Saint-Imer, avaient SO mè^ très de profondeur.
La marne que l'on retire des marnières aussi profondes n'est pas la moins active, parc&qu'elle est ordinairement plus homogène, plus calcaire. L'extraction, à l'aide de puits profonds, ne doit avoir lieu que Iprsqu'on est dans la nécessité d'en envoyer cherctier à des distances considérables. L'expérience prouve chaque année qu'il est plus économique d'extraire la marne à 10 ou à 15 mètres de profondeur que de l'aller chercher à 2 ou 3 myriamètres.
Vextraciion au moyen de puits ou de galeries ne peut être exécutée que par des hommes habitués aux carrières ou par des marneurs bien exercés à ce genre d'opération. On évite les accidents causés par des éboulements ou des pleurs d'eau^ en plaçant de distance en distance à l'intérieur du puits, des étais destinés à maintenir les terres, et en y établissant une pompe. Cette appareil sert à épuiser l'eau. A son défaut, on peut se servir de seaux que l'on monte et descend par un
56 ENGRAIS mNÉRAUX.
moulinet. En outre, il est souvent utile de bien étayer les galeries et de ne les abandonner que lorsqu'elles sont tout à fait épuisées.
. On opère l'élévation de la marne du fond du puits au moyeu d'un treuil simple. Cette machine se compose de deux croix de Saint- André placées à 0,30 ou 0,40 de chaque côté de l'ouverture; ces pièces de bois soutiennent un rouleau qui porte une manivelle à l'une ou à ses deux extrémités. Au milieu de ce rouleau est iixée une corde dont un bout descend un panier ou un baquet vide et l'autre un pani^ ou baquet rempli de marne. Quelquefois, lorsque les puits sont profonds et la marne abondante, on remplace le treuil par un manège.
L'eau peut empêcher l'extraction de la marne, soit que la marnière soit à ciel ouvert, soit que son exploitation ait lieu par le moyen de puits. Le cultivateur ne doit négliger aucun moyen pour s'en débarrasser. Cette opération ne constitue pas une dépense ; au contraire, elle a pour but de rendre les travaux plus faciles à exécuter, et elle permet en outre l'extraction à fond. Lorsque les marnières sont situées à mi-côte, on se débarrasse aisément des eaux qyi proviennent des pluies ou de sources en creusant une tranchée profonde sur l'un des côtés de l'entrée et en lui donnant une forte pente, afin que les eaux arrivent facilemerit à la partie inférieure de la colline.
Prix de i>xtrae(ioB.— L'extraction se paye au mètre cube. Lorsque les marnières sont exploitées à ciel ouvert, l'extraction revient de 0 fr. 40 à 0 fr. 75. Quand on les exploite au moyen de puits, ce prix varie entre 0 fr. 80 et l fr. SO.
Essai et aDaiyse. — Lorsqu'on a reconnu, par des recherches faites à l'aide de la pelle ou de la sonde, une substance terreuse que l'on considère comme étant de la marne, on
doit la traiter par Tàcide chlorhydrique ou l'acide nitrique ; à défaut de ces acides, on peut employer du vinaigre trèsfort. Alors, on jette dans un verre contenant de l'eau de pluie un peu de la terre que l'on soupçonne être de la marne; lorsque cette susbtance s'est bien délitée, ce qui a lieu assez promptement si l'on agite l'eau avec une baguette de bois, on verse dans le verre un peu d'un acide ou de vinaigre. Si, sous l'action de l'un de ces corps, il se produit une eUerves* cence, on aura la certitude que la terre renferme un carbonate; dans le cas contraire, elle n'en renferme pas.
Lorsque par le concours de cette opération on a la certi* tude que la substance contient un carbonate, il faut s'assurer si ce corps est calcaire et le doser afin de pouvoir déterminer le nombre de mètres cubes à appliquer par hectare. Cette opération est minutieuse ; mais elle n'est pas très-difficile, et tout culiivateur peut s'y livrer, pour peu qu'il possède quelques notions de diimie. Voici comment on doit procéder.
l"" On dessèche une certaine quantité de la terre que l'on veut analyser et on en pèse 25 grammes que l'on réduit en poudre fine et que l'on dépose dans un verre ordinaire ou mieux dans une fiole ou un ballon en verre contenant un peu d'eau de pluie ou de l'eau distillée. On verse ensuite un peu d'acide chlorhydrique. Il faut avoir l'attention de laisser tomber le réactif goutte à goutte pour ainsi dire, afin qu'il ne produise pas une trop forte effervescence et que l'écume ou les bulles ne sortent pas du verre. Quand cette première effervescence s'est produite et que la mousse a disparu, on. verse de nouveau quelques gouttes d'acide, on agite avec un tube de verre plein^ et l'on continue ainsi jusqu'à ce que le réactif ne produise aucune effervescence.
S"" Lorsque l'acide a enlevé ou dissous le carbonate, on décante avec précaution, on ajoute ensuite une nouvelle por-
58 ENGRAIS SaHÉRAUX.
tioo d'eau de pluie ; ou réagite le mélange et on laisse dépo« ser de nouveau. Aussitôt que l'eau est limpide, et ne tient aucune des parties terreuses en suspension , on exécute un nouveau lavage. On continue ainsi jusqu'à ce que l'eau sorte du verre sans aucune saveur acide. Ces divers lavages ont pour but d'enlever le calcaire qui est devenu soluble dans l'eau, sous l'action du réactif, en se transformant en chlorydrate de chaux.
a» L'eau n'a plus aucune saveur qui rappelle celle de l'acide employé, on décante pour la dernière fois, on fait sécher de nouveau le dépôt qui est au fond du vase, on le pèse et on note son poids.
Si le résidu pèse 7 grammes, il est sensible que les 25 parties de marne ne renferment que 18 parties de carbonate de chaux. Or, en établissant la proportion suivante :
on constate que 79 est la proportion de calcaire renfermée dans 100 parties de marne.
Le résidu contient souvent de petits rognons de silicate ou de carbonate de chaux. Le poids de ces nœuds calcaires ne doit pas être ajouté au carbonate de chaux rendu soluble, parce qu'ils n'ont aucune action sur la vie des plantes et la fertilisation du sol. On doit se borner à doser les parties calcaires solubles, les seules qu'il faut regarder comme réellement agissantes.
4* Lorsqu'on n'a pas la certitude que le carbonate contenu dans la marne est calcaire, il faut réunir avec soin les eaux de lavage et les filtrer à l'aide d'un filtre formé d'une feuille de papier non collé. Cette opération terminée, on verse dans la liqueur en excès une dissolution d'oxalate d'ammoniaque. Le chlorhydrate de chaux se décompose et se transforme en
MAKIVE. 59
oxalate de chaux, sel insoluble qui se préeipile au fond du vase. Quand l'eau est limpide, on Tenlève au moyen d'un si* phon, ou lare par plusieurs décantations l'oxalate de chaux et on le laisse égoutter sur un filtre. Lorsqu'il est sec, on le calcine au rouge blanc pendant une demi-heure afin que l'acide oxalique se dégage et qu'il ne reste dans le creuset que de la chaux. Dès que cette substance est refroidie, on la pèse et on note son poids.
La chaux était dans la marne à l'état de carbonate. On trouve l'acide carbonique qui lui était uni au moyen d'une proportion qui a pour base les deux termes suivants: la chaux: l'acide carbonique :: 56,29: 43,71. Si la chaux obtenue par calcination pèse 10 gr. 13, on établit la proportion
suivante :
dès lors on trouve que les 10 gr. 13 de chaux étaient unis à 7,86 d'acide carbonique. En réunissant ces deux nombres, on constate que les 25 parties de marne contenaient 18 parties de carbonate de chaux, soit 72 pour 100. Toutefois, si à la fin de la troisième opération on avait constaté que la marne renferme 10 pour 100 de rognons ou noyaux calcaires, elle ne contiendrait plus que 65 pour 100 de parties agissantes
puisque
Cette analyse n'est pas très-rigoureuse, mais elle suffit toujours aux cultivateurs. Les autres procédés auxquels on pourrait avoir recours ne sont pas à la portée du praticien et exigent une balance très-sensible et des opérations minutieuses.
5° Si l'on voulait connaître la proportion d'alumine que contient le dépôt, il faudrait introduire les 7 grammes de
60 ENGRAIS mNÉRAUZ.
parties terreuses dans une fiole ou un ballon en verre, y verser un peu (l*eau et moitié de celle-ci d'acide sulfurique concentré et la placer sur le feu en ayant la précaution de chauffer graduellement. Après une heure environ d'ébullition, on retire la fiole, on la laisse refroidir et on y verse une nouvelle quantité d'eau. Alors on filtre pour recueillir le résidu et on pèse ce dernier avec soin après l'avoir desséché et détaché du filtre.
Si ce nouveau résidu pèse 3 grammes, il est évident que les 7 grammes formant le dépôt sur lequel on a opérée contiennent 4 parties d'alumine. Or, d'après la proportion suivante: