‹ Les matières fertilisantesChapitre 5 sur 116 · ar · texte numérisé non relu

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l'alumine contenue existe dans la proportion de 16 pour 100. En effectuant ensuite le calcul suivant:

le résultat qui est 12 représente la proportion de sable contenue dans 100 parties de niarne.

Quelques personnes refusent de croire à l'utilité des essais ou analyses chimiques. C'est une erreur de penser ainsi. Sans le secours de la chimie on peut souvent appliquer de l'argile au lieu de marne, et quelquefois ne pas savoir si les couches inférieures de la terre recèlent cette substance. Thaër a fait connaître que le grand Frédéric fit venir, de 1750 à 1760, plusieurs ouvriers habitués à cette extraction, et leur ordonna de parcourir les Marches pour y chercher cette substance, mais, de toutes parts, il reçut l'information que, malgré les recherches les plus eiactes, on n'en avait point rencontré. Cependant, il y a, dans cette contrée, de la marne en abondance, et précisément celle qui convient le mieux au sol.

J*ajouterai que Héricart de Thury a fait connaître, il y a quelques années, que les cultivateurs du canton de Tilleul, arrondissement de Mortain (Manche), emploient depuis des siècles des sables provenant de la décomposition de granités, d'eurites, de porphyres, de mélaphyres^ de diorites qui remplissent les filons des schistes phyllades de la forêt de Passay, qu'ils nomment marne, quoiqu'ils ne contiennent pas un atome de carbonate de chaux.

Héim qal doHemt être marBéB.-— La marne convient à tous les sols qui ne sont pas calcaires. Lorsqu'on l'applique sur des terrains qui contiennent naturellement plus de 9 à 10 pour 100 de carbonate de chaux, elle est plus souvent nuisible que favorable. Appliquer une marne sur un sol calcaire, c'est mettre calcaire sur calcaire.

La marne ne s'emploie que sur les terres argileuses et celles siliceuses. Il est rare qu'elle soit appliquée sur des terres schisteuses et granitiques, car elle n'existe qu'accidentellement au sein de ces formations primitives et secondaires. Cette substance convient encore aux terres acides, aux sols de landes et aux terrains tourbeux, auxquels elle donne une grande énergie.

Toutes les marnes ne peuvent pas s'appliquer sur tous les terrains. La marne argileuse doit être donnée de préférence aux terres légères, aux sols graveleux et sablonneux ; la marne sUiceme convient spécialement aux sols argileux, aux terres généralement compactes, froides et humides; la marne calcaire^ qui est la plus riche en carbonate de chaux et la plus employée, peut être appliquée sur tous les sols ; mais il est de toute évidence qu'elle convient mieux à ceux qui contiennent le moins de calcaire naturel.

Schwerz fait observer avec raison que ces propriétés respectives, tant de la marne que du terrain, commandent une

99 ENGRiUS MUfiKAUX.

grande prudence dans l'opération du mamage, et qu'un sol peut d'autant plus facilement être détérioré en le surmarnant, qu'il y a une grande analogie constitutive entre lui et la marne employée. Le cultivateur doit agir de manière à ne point appliquer argile sur argile, ou sable sur sable. Lorsque, par défaut de connaissances pratiques et théoriques, on applique une marne dont la texture est presque identique à celle du sol, le but du marnage est manqué, et on augmente les défauts que la terre arable possède et qu'il importait sinon de détruire, du moins de modiâer.

AFFiiei^tion. — A. MoDE DE TRANSPORT. — Ordinairement on conduit la marne sur les champs aussitôt que les semailles d'automne sont terminées; à cette époque les attelages ont peu d'occupation.

Ces charrois, à cause du grand poids de la marne, ne peuvent avoir lieu que par un temps sec ou une gelée> si surtout le sol est argileux et humide. Lorsque la terre a été détrempée par des pluies abondantes, la circulation est souvent diflicile, et la couche arable est pétrie p&r les pieds des hommes et des animaux. Sur les sols siliceux, les charrois ont lieu en tout temps.

Lorsque l'humidité du sol ne permet pas le transport de la marne, et qu'il y a nécessité à ce qu'elle soit conduite avant les fortes gelées, parce qu'elle se délite difficilement, il faut recourir aux bétes de somme, chevaux, mulets ou &nes. Sur divers points du Berry, son transport sur les champs s'effectue ordinairement par le moyen de mulets loués à cet usage; dans le Yexin, quelques cultivateurs emploient des ânes. Chaque animal porte un ou plusieurs sacs.

On peut remplacer ces sacs par des paniers à fond mobile et fixés au bât. Ces paniers ont un grand avantage sur

UMMNK. $3

les sacs quand la marne, après son extraction, existe sur le sol, près de Touverture de la marnière; leur chargement et déchargement a toujours lieu plus facilement et promptement.

Un mulet peut transporter 150 kilog. de marne. Un ftne ne peut en porter que 75 à 80 kilog.

Lorsque l'extraction a Heu au moyen de puits, il faut préférer les sacs aux paniers. Les sacs étant remplis dans les galeries du puits, arrivent pleins à la surface du sol et peuvent être placés immédiatement sur les animaux de somme. En agissant ainsi, on évite un chargement et un remplissage. L'ouvrier qui tourne la manivelle du treuil aide le conducteur à charger les sacs sur les animaux. .Un homme peut aisément conduire six à huit animaux et vider les sacs sur le champ où a lieu le mamage. Pour que ce genre de charroi offre moins d'inconvénients, il est nécessaire d'avoir un nombre de sacs triple de celui que peuvent transporter les animaux en un seul voyage, et il faut en outre qu'ils aient une capacité déterminée, qu'ils soient tous semblables, et que les ouvriers aient soin de bien les remplir dans les galeries.

B. Époque.— On choisit de préférence les mois de novembre et de décembre pour appliquer la marne, parce que les gelées la divisent et la délitent II est important d'exécuter les transports de très-bonne heure, afln que la marne soit réduite en miettes au moment de son enfouissement. Les marnes qui se pulvérisent aisément peuvent être conduites plus tardivement. La manie pierreuse que l'on charrie à une époque très-tardive est rarement assez divisée pour pouvoir être mêlée intimement avec la terre. Le cultivateur doit donc commencer les transports aussitôt que les gelées d'automne ou d'hiver ont raffermi les chemins et les champs ; il est bien

utile que la marne soit conduite avec les grands froids, puisque sous leur action elle se délite plus complètement.

Dans plusieurs localités de la France et de l'Angleterre^ on conduit les marnes au printemps et en été; alors elles restent étendues sur le sol pendant plusieurs mois à Faction des rayons solaires et de Tair atmosphérique. Ainsi, dans la Beauce , la Picardie et le haut Languedoc , beaucoup de cultivateurs n'exécutent les marnages que dans les mois de juin, Juillet et quelquefois août, sur des terres préalablement ameublies par des labours et des hersages. Lorsque le sol est marné à ces époques ou au printemps , il est généralement ensemencé Tautomne suivant en froment ou en seigle.

Lorsque les marnes sont conduites en automne ou en hiver, on sème ordinairement au printemps suivant de l'avoine, du maïs, de l'orge, des févftroles, des pois, des vesces , etc. '

C. Disposition et grosseur des marnons. — Au fur et à mesure que les transports s'exécutent, on dispose la marne sur le sol en petits tas que Ton appelle marnons. Pour que ces monticules se trouvent à distance égale en tous sens, on trace sur la surface du champ, au moyen de la charrue ou du rayonneur, des raies parallèles éloignées les unes des autres de 5 à 6 mètres. Lorsque la pièce que l'on destine au mamage a été ainsi rayonnée dans le sens de sa longueur et de sa largeur, on établit des tas de marne à chaque jonction des lignes.

Pour connaître le nombre et le volume de marnons que contient un hectare, il faut multiplier la superficie à marner par 10000, et diviser le résultat par la superficie carrée que doit couvrir chaque marnon : le produit indique le nombre de tas de marne qu'il faudra former sur le sol ; si l'on divise ensuite le nombre de mètres cubes de marne à appliquer

sur la superficie totale à marner par le noin|>ie de marnoos, on trouve le volume que doivent ayoir ces petits tas.

Ainsi, soit un champ de 3 hectares 60 ares à marner, chaque marnon doit occuper 25 mètres carrés; la dose de marne à appliquer par hectare est de 102 mètres cubçs. Nous aurons : . ;

TT = 1440 marnoDfl.

Chaque tas de marne égalera :

= 25 décimètres cubes ou 25 litres.

D. Préparation du sol. — Le sol sur lequel on applique la marne doit-il toujours avoir été divisé par un ou plusieurs labours? Cette condition n*est pas rigoureuse. Dans la Flandre, l'ancienne Bigorre , le Vexin normand , etc. , la marne est conduite sur les chaumes des céréales^ que la charrue n'a pas encore rompus. Ce mode d'application ne peut être adopté que sur les terres faciles à diviser, comme les sols siliceux^ calcaires et graveleux.

On peut aussi conduire la marne sans laboure^ préalablement la couche arable, lorsque celle-ci est d'une nature spongieuse et qu'elle absorbe et retient beaucoup d'eau pendant l'hiver. Ainsi, une terre tourbeuse ou un sol argilosiliceux peu profond, à sous-sol imperméable, résiste toujours mieux, durant cette saison, à Faction des véhicules lorsqu'il est sous chaume ou sous gazon, que lorsqu'il a été ameubli par la charrue.

Les terres compactes doivent être impérieusement labourées. Ainsi, 1& sol argileux qui n'a reçu aucune façon d'ameublissement depuis la récolte de la dernière céréale, et que les eaux pluviales ont détrempé pendant Thiver, est sou- II • 5 •

66 ENGRAIS ICINÉRAUX.

vent très*dur au printemps, ou se divise difficilement sous l'action de la charrue qui opère Tenfouissement de la marne. Cette cohésion permet bien rarement l'incorporation complète de la marne avec le sol.

Cette raison n'est pas la seule qui doit» dans un grand nombre de cas, engager à ne pas appliquer la marne sur les chaumes sans labourer là terre. Lorsque le sol est disposé en petits billons ou en planches convexes de 2 à 3 mètres de largeur, la circulation des véhicules est difficile , et, sous un autre rapport, les dérayures qui sont nombreuses et trèsrapprochées les unes des autres nuisent à l'épandage de la marne.

Ainsi, avant d'elécuter les transports et lorsque le sol est argileux ou qu'il a été labouré en billons pour la céréale après laquelle on répand la marne , on donne à la terre un labour à plat et on fait suivre cette opération par un hersage. Ces façons ont pour but l'ameublissement et le nivellement du sol.

E. Enfouissement de la marne. — Lorsque le sol a été labouré ou que Ton a reconnu qu'il était nécessaire de le laisser intact avant l'exécution des charrois, on conduit la marne et on la dépose en petits tas. Au printemps suivant, quand cette substance est bien délitée > friable, on la répand à la pelle le plus uniformément possible sur toute la surface du champ. Après cette opération, on donne à la terre un ou deux hersages très-énergiques. Lorsque la marne est de nature pierreuse ou qu'il existe sur le sol, après que la herse a fonctionné, de gros morceaux de marne, on fait suivre la herse par le rouleau. Par l'emploi de ces deux instruments, on arrive souvent à bien diviser la marne, si surtout on opère par un temps sec, une belle journée.

On mélange ensuite la marne à la terre en exécutant plu-

BIARNE. 67

sieurs labours. Lorsque le sol a reçu , avant l'application de cet engrais calcaire, un ou deux labours, Tenfouissement peut avoir lieu au scarificateur ou à Textirpateur. Il est important que le labour qui précède ou suit l'un de ces instruments soit peu profond. La marne ne produit jamais les effets qu'elle peut produire quand on l'enfouit profondément; d'ailleurs, un premier labour superficiel la mélange toujours mieux au sol qu'un labour exécuté à une grande profondeur.

Lorsque la marne est conduite et appliquée sur des jachères pendant le printemps et l'été , la terre doit recevoir préalablement une bonne préparation. Les labours multipliés ont ici deux avantages : ils nettoient le sol en même temps qu'ils l'ameublissent. Au mois d'août, et quelquefois de septembre, on incorpore la marne avec la terre par deux ou trois labours, selon la nature du sol et ses propriétés physiques, et on a encore recours à l'action simultanée de la herse et du rouleau, si cette substance n'est pas parfaitement délitée à l'époque de son enfouissement. Le premier labour d'incorporation doit être encore très-superficiel; ceux qui lui succèdent sont toujours de plus en plus profonds.

Condiiioiis de réussite. — La marue ne produit des effets favorables que lorsqu'on l'applique sur des terres saines. Elle n'exerce jamais, quand les terres sont humides, et sur le sol et sur les plantes, tous les résultats qu'elle peut doaner. 11 faut, en outre, ne l'enfouir que lorsqu'elle est tout à fait en poussière, et quand le temps est beau. La marne, incorporée à la terre par les pluies, reprend promptement sa cohérence et se distribue fort mal au sein de la terre, et, , sous rinfluence de Thumidité, elle se prend en grumeaux et persiste longtemps dans le sol.

L'expérience a prouvé qu'il est utile, lorsque la marne est

appliquée sur des sols humides, de faire précéder le marnage par un labour profond, a6n que la terre offre alors à l'eau une couche plus épaisse à pénétrer. La profondeur de ce labour doit être en rapport avec l'épaisseur du sol arable et la nature du sous-sol.

Lorsque la couche végétale est peu profonde, on peut remplacer ce labour de défoncement par un labour exécuté au moyen de la charrue sous-sol.

Quantité de marne à appliquer. — La dose de marne que Ton doit employer par hectare varie toujours suivant les circonstances. En général, elle est en raison directe de la cohésion, de l'épaisseur et de la fertilité du sol, de la profondeur du labour, et de la quantité de carbonate de chaux que contient la marne. Ainsi, une terre compacte, humide peut supporter un marnage plus fort qu'une terre légère, si surtout la marne est calcaire ou siliceuse; un sol riche peut recevoir un marnage plus élevé qu'une terre pauvre. Néanmoins, dans les dosages, il faut avoir égard au temps qui s'écoule entre deux marnages successifs et agir avec prudence, car on peut surmamer.

Une trop forte dose de marne fait toujours disparaître en pure perte la plupart des parties organiques qui sont la base de la fertilisation du soL

Voici les doses que l'on emploie ordinairement en France, en Allemagne et en Angleterre :

!• Marnages de la Flandre. — La marne que Ton emploie dans les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck est pierreuse et très-riche en calcaire. On l'applique sur :

les terres fortes , à la dose de 47 mètres cubes pour 15 ans ; les terres légères, à la dose de 17 mètres cubes pour 9 ans.

2^ Marnages de la Normandie. — On marne depuis fort longtemps dans cette ancienne province. La marne que Ton

y utilise est presque une craie. Elle contient de 50 à 80 pour 100 de carbonate de chaux. On rapplique sur :

les terres argileuses, à ]adose de 16 à 32 mètres cubes pour 16 ans; les terres sèches, à la dose de 40 à 80 mètres cubes pour 37 aoii.

3" Mamages de la Picardie. — La marne employée dans la Picardie est une craie tantôt dure, tantôt friable. On l'applique :

à la dose de 25 à 50 mètres cubes tous les 15 ou 20 ans.

4"* Marnages de la Puisaye. — La marne est en usage dans cette contrée, de temps immémorial. Elle contient de 80 à 90 pour 100 de carbonate de chaux. On l'applique sur :

les sols argilo-siliceuz humides, à la dose de 80 à 120 mètres cubes; les sols sablonneux humides , à la dose de 50 à 75 mètres cubes.

5° Mamages de la Sologne. — La plupart des marnes que l'on emploie en Sologne ne sont pas très-riches en calcaire; elles en renferment ordinairement de 40 à 50 pour 100. On les applique sur les sols argilo- siliceux à la dose de 15 à 30 mètres cubes.

Cette faible quantité a pour cause le prix élevé et la rareté des marnes» la pauvreté du sol et la faible quantité de fumier que Ton applique par hectare.

La Sologne tire les marnes qu'elle emploie :

1" Des marnières de Champ-Fleury, près Orléans , pour le Nord;

2° Des marnières de Vierzon pour le Midi.

Ces marnes sont vendues, aux stations du chemin de fer du Centre» 2 fr. 50 c. le mètre cube. Ce faible prix résulte des sacrifices que s'impose TÉlat pour doter cette contrée de l'élément calcaire qui lui manque. D* après la décision ministérielle du 13 août 1853, 1 fr. 40 c. sont attribués au

soumissionnaire, pour extraction, mesurage, chargement, réception , conservation , vente , etc.

La compagnie d'Orléans transporte cet engrais à raison de 3 centimes par tonne et par kilomètre, ce qui élève le prix de revient du mètre cube , ou des 1500 kilog. , en portant la moyenne du parcours à 30 kilom., à 2 fr. 64 c.

Les marnages bien exécutés ont permis de substituer le froment au seigle.

6* Marnages du Berri. — La marne dont on se sert dans le département de Tlndre est un calcaire crayeux, tantôt friable, tantôt compacte. On emploie :

le premier, à la dose de 30 à 40 mètres cubes pour 18 à 20 ans ; le second, à la dose de 90 à 120 mètres cubes pour 40 à 50 ans.

7° Marnages du Dauphiné. — Les marnes appliquées dans les arrondissements de Vienne et de la Tour-du-Pin sont sablonneuses et ne contiennent que de 35 à 70 pour 1 00 de calcaire. On marne sur :

les terres graveleuses en plaine , à la dose de 50 à 80 mètres cubes ; les coteaux de nature argileuse, à la dose de 125 à 140 mètres cubes.

Ces marnages se renouvellent tous les 6 ou 8 ans.

8° Marnages de la Bresse. — Les marnes utilisées sur le grand plateau de la Bresse, depuis le commencement de ce siècle, contiennent de 30 à 40 pour 100 de carbonate de chaux. On les applique sur les sols argilo-siliceux, à la dose de 150 à 180 mètres cubes.

Cette quantité est trop forte , parce que les terres , dans cette province, ne sont jamais labourées à plus de 0'",08 à 0™,10 de profondeur.

9'» Marnages du haut Languedoc. — Les marnages en usage dans le Tarn ne remontent guère au delà des premières années de ce siècle. Les doses de marne qu'on y emploie sont

très-variables et très-élevées. Ainsi, on applique eo moyenne, par hectare , à

Lugan 240m.cabe8. Montans 520 m. cubes.

Florentin...... 256 — Cadelen 600 —

Lagrave 450 — Parisot 720 —

Béalmont 450 »

La marne dont on se sert est calcaire; ses effets se font sentir pendant 20 à 25 ans.

10*» Marnages de la Bigarre. — Les marnages en usage dans cette ancienne province sont aussi exécutés à l'aide de quantités de marne très-variables. Ainsi , on applique en moyenne :

Surlescoteaui de Tarbes. 27 m. c. A MauIéon>Uagnoae. . . 54 m. e.

Dans la plaine de Tarbes. 14 — A Sainl-Sever 240 —

A 0s9un 72 — A Rabastens 450 —

Les marnes que l'on emploie dans ces localités sont coquillières, ou très-riches en carbonate de chaux. Quand on marne à faible dose , on renouvelle les marnages tous les 10 ans.

1 1« Marnages (allemands. — La quantité de marne que l'on applique par hectare en Allemagne varie comme en France, suivant la nature de la terre que Ton marne, et la composition de la marne que Ton emploie. En général, on applique :

les marnes calcaires, à la dose de 50 à 60 mètres cubes; les marnes argileuses, à la dose de 200 à 300 mètres cubes.

12* Marnages anglais. — Les quantités de marnes employées en Angleterre, en Ecosse et en Irlande varient à l'infini. En général, on applique, lorsque les marnes son calcaires :

au premier marnage, de 90 à 120 mètres cubes ; au second marnage , de 20 à 50 mètres cubes

On renouvelle ordinairement les marnages tous les 15 ou 20 ans.

Ces données pratiques ne sufGsent pas pour déterminer la quantité de marne qu'il faut appliquer par hectare. Puvis a conclu, des observations faites par Thaër, et des notes qu'Arthur Young a inscrites dans ses récapitulations sur les marnages en usage en Angleterre, qu'il faut marner de manière que le sol reçoive 3 pour 100 de carbonate de chaux. Cette base est celle qu'il faut regarder comme la plus pratique. Toutefois, comme les marnes sont plus ou moins riches en calcaire et les terres plus ou moins profondes, les doses doivent naturellement varier suivant la richesse de la marne et la profondeur des labours.

Ainsi, pour indiquer la quantité de marne à appliquer par hectare , il faut connaître :

1« L'épaisseur de la couche labourée;

2* La quantité de parties agissantes que contient la marne ;

3» La proportion de calcaire que l'on veut ajouter à la terre.

Supposons :

1" Une terre labourée à 0- ,20;

2*> Une marne contenant 70 pour 100 de calcaire;

3" Qu'on veuille ajouter à la terre 3 pour 100 de carbonate de chaux.

Nous aurons trois calculs à effectuer pour connaître :

1* La masse cubique ameublie par la charrue ;

2* La quantité cubique de chaux à introduire dans le sol;

3* Le nombre de mètres cubes de marne qu'il faudra appliquer.

D'après les exemples qui précèdent, on aura :

!• 10 000 X 0",20 = 2000 mètres cubes de terre ; 2° 100 : 3 :: 2000 : « = 60 mètres cubes de chaux ; 3^ 70 : 100 :: 60000 : x = 85 mètres cubes de marne.

Ainsi, un marnage que l'on exécuterait sur un terrain labouré à 0",20 de profondeur avec une marne contenant

70 pour 100 de parties calcaires agissantes, exigerait 85 mètres cubes.

M. de Gasparin n*a pas admis la base proposée par Puvis. Il pense que 1,5 à 2 pour 100 de carbonate de chaux suffisent pour constituer d'excellents sols. La pratique confirmera-t-elle cette théorie ? La base admise par Puvis repose sur de nombreux faits pratiques, et elle est justifiée par les marnages en usage dans un grand nombre de localités. M. de Gasparin appuie sa théorie sur un seul fait, une seule expérience. Cette donnée est-elle sufGsante pour qu'on puisse accepter les chiffres qu'il propose comme base régulatrice de tous les marnages ? Si les faits constatés à Gaussan concordent avec les marnages exécutés à Leugny, ils ne sont nullement en rapport avec ceux que la pratique a sanctionnés dans la Puisaye, et, a fortiori, avec les marnages exécutés dans le Perche et la Picardie. Si la quantité de calcaire proposée par M. de Gaspario était admise , si cette donnée devait être substituée à celle proposée par Puvis , et acceptée par la pratique, il faudrait de toute nécessité c^minuer le nombre de mètres cubes de marne appliqués dans presque toutes les localités de la France. Cela n'est pas possible , car la quantité adoptée par la pratique depuis un grand nombre d'années est justifiée chaque jour par le succès que Ton en obtient.

Poids d« Mèire eabe. — La marne est plus ou moins pesante, selon qu'elle contient plas ou moins de parties terreuses.

Les marnes les plus lourdes sont celles qui renferment le plus de sable. Les marnes calcaires sont les moins pesantes.

En général, le poids d'un mètre cube varie entre 1400 et 1800 kilogrammes.

Qnaattté de ealcalFe absorbée par les plantes. — Je de-

vrais examiner ici quelle est la quantité de calcaire consommée par les plantes, et démontrer que la proportion de 3 pour 100 en moyenne de carbonate de chaux est toujours suffisante. Il me faudrait, pour résoudre cette question, entrer dans des calculs trop étendus, et supposer plusieurs marnages différents entre eux par la dose appliquée et par la proportion de carbonate de chaux que les marnes pourraient contenir. Je renvoie le lecteur à Tarlicle Chaux, où j'ai consigné les résultats qui doivent servir de base aux calculs que l'on peut établir pour résoudre ce problème. Dans de telles appréciations, il est nécessaire d'avoir égard à la durée du temps pendant lequel la marne doit agir, si Ton veut arriver à un résultat réel et utile.

Renonvellemeiit des marnages. — Le renouvellement des

marnes est une question qui ne peut recevoir de solution favorable que lorsqu'on l'envisage sous un point de vue pratique. C'est que la durée des effets des marnages varie toujours suivant que la marne a été employée à haute ou faible dose; qu'elle est calcaire, argileuse ou siliceusct; qu'elle a été appliquée sur un sol léger ou compacte. En général, la durée de l'action de la marne est beaucoup plus longue que celle delà chaux, et il n'est pas rare qu'elle se prolonge pendant plus de vingt et même trente ans, quand elle est appliquée à très-haute dose.

D'après plusieurs polyptiques de l'ancienne Normandie, les baux à terme de marne, au treizième siècle, ne permettaient de marner de nouveau que 15 ou 18 ans après le premier marnage.

Cette longue action de la marne est un grand avantage pour le fermier; elle le dispense, dans beaucoup de cas, de marner plusieurs fois les champs qu'il cultive pendant la durée de son bail. Si les marnages exigeaient de la part de

ceux qui les pratiquent des déboursés moins considérables^ si leur application était aussi simple que celle des chaulages, si enfin leur renouvellement comportait moins d'inconvénients, le cultivateur aurait intérêt à appliquer ce stimulant dans une faible proportion. De cette manière, il pourrait agir chaque année sur une plus grande surface, et marner, pendant la durée du bail, toutes les terres de l'exploitation qui lui a été confiée.

Mais on sait malheureusement que la plupart des baux sont encore très-courts, et que leur durée, qui n'excède pas en moyenne plus de neuf à douze années, ne permet au fermier de ne marner qu'une partie des terres de son exploitation. Cette difQculté d'action doit-elle être regardée comme un fait nuisible aux progrès de l'agriculture! Sous un rapport, il est utile que le cultivateur ne puisse renouveler fréquemment les mamages. Ainsi, un fermier de mauvaise foi pourrait, s'il lui était possible de marner plusieurs fois ses champs pendant une période de neur à douze années, abuser de l'emploi de la marne et diminuer la fertilité de la terre. On a tellement exagéré l'emploi de cet engrais dans certaines contrées, que la plupart des baux ne permettent pas aux fermiers de remarner les champs qui l'ont été avant telle ou telle époque. Cette période de temps, durant laquelle nul marnage ne peut être pratiqué sur telle ou telle pièce de terre, coïncide toujours avec la durée des effets de la marne.

Dans d'autres localités, la clause concernant les marnages, et inscrite dans les baux, est toute différente dé la pi'écédente. Cette clause est ainsi conçue : « Il est interdit au fermier de marner sans le consentement du propriétaire. > C'est pour prévenir des marnages fréquents que les baux de l'arrondissement de Lisieux portent que l'extraction de la marne

est aux frais du propriétaire; le fermier est seulement chargé du transport. Si ces deux clauses sont nuisibles pour le cultivateur honnête et ayant un long bail, elles garantissent toute détérioration du sol par la marne. En outre, elles sont très-favorables pour un fermier entrant, puisqu'elles lui assurent que le cultivateur sortant n*a pu abuser des effets de la marne pour amoindrir la fécondité de la terre.

En thèse générale, on marne de nouveau un champ lorsqu'il y a diminution de produits dans les récoltes , lorsque les semences des céréales ont perdu des qualités qu'elles avaient acquises sous Taction de la marne.

Les seconds marnages ne conviennent plus, et doivent être longtemps différés là où le premier a été abondant. S'ils n'ont point réussi, observe Puvis, dans les départements de l'Ain, de l'Isère, de l'Yonne, c'est qu'on a employé, dans les premiers marnages, des doses qui ont fourni au sol 4, 5, 6, 8, 10 pour 100 de carbonate de chaux, proportion beaucoup au-dessus du besoin. Répétons, avec ce célèbre agronome, qu'on peut prendre des points de départ qui éclaireront, dans les lieux où les marnages sont devenus une opération régulière. Ainsi , dans des opérations qui se répètent à vingt ou trente ans l'une de l'autre, la vie des hommes est le plus souvent trop courte pour qu'on puisse suffisamment s'éclairer par des comparaisons , et l'avantage est immense quand on peut asseoir un grand travail, comme le marnage,«ur des résumés précis de pratique éclairée et de longue durée. Ce raisonnement est évidemment supérieur à toutes les théories qu'on voudrait faire prévaloir pour démontrer l'époque à laquelle il faut remarner un champ.

«odificatlons du sol par U marne. — Si les faits pratiques ne permettent pas d'admettre que la chaux modifie d'une manière apparente les propriétés physiques des ter-

rains sur lesquels on rapplique, il est impossible de nier les efftu mécaniques des marnes. Celles-ci, à cause des parties siliceuses ou argileuses qu'elles renferment, et des proportions dans lesquelles elles sont appliquées, augmentent ou diminuent la compacité ou la légèreté de la couche arable.

Ainsi, si l'on applique une marne argileuse dans une grande proportion sur un sol sablonneux ou une terre légère, ses parties constituantes, si elles sont intimement mélangées à celles du sol , augmentent , par leur interposition et leurs propriétés chimiques et physiques, la ténacité et la cohésion de la couche arable. Ainsi modifié, le sol est plus apte à la végétation du froment et à celle du trèfle, du colza, de la betterave, etc.; et, durant Télé, la consistance qu'il aura acquise le rendra moins sec et moins brûlant, puisqu'elle lui permettra de conserver une plus grande frafcheur.

Les marnes siliceuses ou calcaires font éprouver aux sols argileux des effets bien différents. Ces terrains deviennent moins compactes, moins liants sous l'action des pluies, et par la sécheresse ils ne se durcissent plus autant. Les conséquences de ces modifications sont fort importantes. Une terre argileuse, après un marnage bien appliqué, doit être, abstraction faite de sa fertilité, regardée comme plus favorable à l'existence, des plantes agricoles.

Les changements physiques que le sol marné éprouve, le rendent presque toujours moins propre à la végétation des plantes naturelles qui le recouvraient avant l'emploi de cet engrais calcaire. Cette moins grande aptitude résulte de ce que les sols argileux ou siliceux acquièrent toujours, après le marnage, certains caractères qui sont le propre des terres calcaires. Ainsi, sous l'action de la marne, le chiendent {triticum repms), la matricaire camomille (matrkaria camo-

mUla)^ la persicaire {polygonum persicaria), le chrysanthème jaune (chrysantemum segetum), Toseille sauvage (rumex acetosa), etc., languissent d'abord, et la plupart de ces plantes ne tardent pas. à disparaître.

Si les sols marnés sont plus faciles à travailler, plus favorables à la vie des végétaux agricoles, si leurs forces productives sont augmentées, si enfin ils jouissent des principales propriétés des terrains calcaires, on ne doit pas oublier qu'ils produisent souvent des plantes qu'on n'observait pas à leur surface avant le marnage. Ainsi, ils donnent naissance à la lupuline (medicago lupulina), au trèfle jaune (trifolium filiforme)^ au coquelicot (papaver rheas), etc., plantes caractéristiques des sols calcaires. Il est vrai que ces plantes nuisent par leur végétation, lorsqu'elles sont nombreuses, au développement des céréales, mais elles sont d'une destruction plus facile que le chiendent et l'oseille sauvage ; ainsi elles sont ou annuelles ou bisannuelles, tandis que ces dernières sont vivaces et à racines traçantes.

■ode d*aotioii. — V action chimique de la marne a été considérée sous divers points de vue.

Suivant Puvis, le calcaire des marnes accroît la faculté qu'a le sol, qu'ont les végétaux, de former les principes fixes des plantes, les sels et les terres, soit qu'elles en prennent les éléments dans l'atmosphère, soit dans le sol lui-même ou dans l'un ou l'autre.

Liebig rejette loin de lui cette grande puissance d'absorption du principe calcaire sur l'atmosphère. Il explique l'influence favorable des marnes sur la plupart des terrains en admettant que la chaux, qui se dissout dans l'eau saturée d'acide carbonique, agit sur l'argile comme le fait un lait de chaux. Ainsi, dans le mélange d'argile et de chaux, toutes les conditions se trouveraient réunies pour la désagrégation des

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silicates d'alumine, et aussi toutes celles nécessaires pour la dissolution des silicates alcalins.

M. Boussingault reconnaît que Faction chimique de la marne résulte du carbonate de chaux, et il est porté à penser que ce composé agit encore utilement sur le sol^ en lui portant un principe fertilisant qui appartiendrait par sa nature aux engrais organiques. Il appuie son opinion sur ce qu'une marne de Leugny (Yonne) a donné à l'analyse près de 0,002 d'azote, et qu'une autre variété du département du Bas-Rhin en contient plus de 0,001. Peut-on admettre que cette faible quantité d'azote puisse avoir une action favorable sur la vie des plantes pendant dix, quinze et môme vingt années? Je ne puis nier l'influence fécondante des principes azotés sur les plantes; toutefois, je crois qu'il est nécessaire, pour avoir une idée exacte de l'action des marnes, de négliger cette faible proportion d'azote. Il me paraît donc rationnel d*admettre que la marne agit ckimiquemeru :

l** En fournissant au sol et aux plantes du calcaire;

2* Parce que ce carbonate, en se dissolvant en partie dans l'acide carbonique, passe à l'état de bicarbonate de chaux ;

Z"* Parce que ce bicarbonate doit être regardé comme jouissant, quoique plus lentement, de toutes les propriétés et action de la chaux vive transformée en carbonate.

Caltnres qui saivent les marnm^es. — Lorsque les mar-

nages ont été bien appliqués, il est fort peu de plantes agricoles qui ne végètent ensuite avec une vigueur très-marquée. L'avoine réussit très-bien après un marnage; elle est même la seule graminée alimentaire qui puisse être cultivée après celte opération, si le sol manque de fécondité et si le marnage n'a pas été suivi ou précédé par une fumure. On a dit, il est vrai, que l'avoine marnée croît toiyours vigoureusement, mais qu'elle prolonge sa floraison etgrène peu. Cette

dernière opinion me parait peu judicieuse; la pratique a toujours remarqué que l'avoine est la plante à laquelle la marne donne sous toos les rapports l'impulsion la plus marquée.

Le froment» sous l'action du calcaire de la marne, produit un grain qui a presque toutes les qualités et les défauts des grains qui ont végété et mûri sur des sols silico-calcaires ou argilo-calcaires. Selon Puvis, au lieu de grain rond, jaune et à écorce mince, que donne le sol chaulé, la marne rendrait le grain long, grisâtre : lourd cependant, mais avec une écorce épaisse. Cette remarque est en désaccord avec un grand nombre d'observations ; les cultivateurs des localités où les marnages sont en usage constatent chaque année que les sols marnés fournissent des grains bien supérieurs en qualité à ceux produits par les terrains qui ne l'ont pas été. Royer a observé que la qualité du blé récolté en terre marnée est très-remarquable ; sa couleur est claire et dorée , sa farine plus abondante et plus blanche.

L'orge se platt beaucoup sur les terres marnées, mais à faible dose. La première année que Ton commença cette opération sur les terres situées dans la plaine de Meizieux (Isère), on employa 150 mètres cubes de marne par hectare. Le froment se trouva très-bien de l'application de cette dose; mais celle-ci fut fatale à l'orge, et nuisit à l'avoine.

Le trèfle, la luzerne, le sainfoin , et en général toutes les légumineuses, réussissent très-bien après un marnage suivi ou précédé d'une fumure. Il existe beaucoup de localités en' France, la Picardie par exemple, où Tapplication des marnes est suivie d'une culture de pois ou de vesces.

Les pommes de terre peuvent-elles être cultivées sur un sol nouvellement marné ? On a dit que la marne nuisait à la qualité des tubercules. L'expérience prouve chaque jour que cette remarque n'a aucune valeur.

La marne peut être utilisée pour régénérer ou améliorer les prairies naturelles et artificielles. En Angleterre on l'applique souvent sur les terres en herbages, et ses effets sont toujours très-remarquables lorsque les prairies ne sont pas humides.

Les colzas, choux, tabacs, etc., ont toujours une végétation remarquable sur les terrains marnés et fertiles.

ÉpniseoieBt du sol par la manie. — L'emploi de la marne a été souvent la cause de cruelles et bien tristes déceptions. Pendant de longues années, dans plusieurslocalités, en France, en Angleterre, en Allemagne, on a cru que la marne pouvait et devait être appliquée à une dose très-forte. Cette grande proportion n'a pas été la seule cause de la non-réussite des marnages; les cultivateurs qui employaient ainsi la marne croyaient qu'elle les dispensait, pour plusieurs années, de l'application des fumiers. Il est résulté de ces deux erreurs pratiques que cet engrais minéral, par suite des récoltes abondantes qu'il faisait produire, a diminué la fécondité de la terre. Combien, en effet, observe Schwerz, de cultivateurs, éblouis de l'augmentation apparente de fertilité produite par la marne , se sont imaginé que la fosse à marne pouvait remplacer la fosse à fumier ! Combien, alléchés par des produits extraordinaires , ont fait succéder sans interruption les récoltes les plus épuisables ! Et ceux-là ont fait de leur richesse momentanée la source de leur propre ruine ou de celle de leurs enfants.

Cette prostration de force a donné naissance au proverbe suivant : La marne enrichit les pères et ruine les enfants^ et elle a engagé certains propriétaires à proscrire son emploi de leurs fermés, ou à déterminer dans les baux les époques, la durée des marnages et la quantité qu'on pouvait employer.

Cette clause a-t-elle été nuisible aux progrès de Tagricul- II 6

turet Je ne le pense pas. Ainsi elle a ralenti, en faveur delà fécondité du sol, les esprits qui pensaient que la marne pouvait suppléer victorieusement aux matières organiques dans la fertilisation de la terre.

Aujourd'hui, heureusement, les conditions sont complètement changées, et 11 est bien peu de localités où le proverbe : A pères riches, enfants pauvres, puisse trouver son application. C'est que Texpérience a dirigé les cultivateurs qui marnent vers une voie nouvelle; c'est qu'elle a détruit les fausses idées que Ton avait sur les effets de la marne ; c'est que la pratique a prouvé que le mamage des terres devait être exécuté avec beaucoup de prudence et une connaissance complète des résultats que Ton est en droit d'espérer.

Les cultivateurs qui ont étudié les causes de la fécondité que la marne donne aux sols, ont compris que toutes les marnes ne dispensent pas de l'emploi des fumiers et qu'elles ne peuvent être classées parmi les engrais proprement dits. Alors, loin d'épuiser le sol, loin de diminuer sa fécondité première, on a maintenu celle-ci si on ne Ta pas accrue. Il est résulté de cet emploi judicieux que les récoltes céréales ont donné des produits plus élevés, qu'on a pu se livrer avec succès à la culture des fourrages artificiels légumirieux, qu'enfin la valeur foncière et celle locative des terres soumises au mamage ont été considérablement augmentées. Ces résultats, obtenus sans l'épuisement du sol , ont rendu suranné le vieil adage que j'ai rappelé précédemment, et il est manifeste qu'en ce moment, on doit lui donner la valeur suivante dans les localités où la marne est regardée comme la cause directe de l'élévation de la fertilité de la couche arable : La marne a enrichi les pères et assure la fortune des enfants.

Nonobstant , nul cultivateur ne peut espérer de voir son sol augmenter progressivement en fertilité par le concours

NARra. Sa-

de la marne, s'il n'est pas bien convaincu que les effets decet engrais minéral se manifestent seulement avec profit lorsque le sol est riche en bases organiques, et que la quantité employée correspond parfaitement à la richesse de la couche arable et à la force des fumures appliquées. Sans Taide du fumier, la marne, de nos jours comme sous les Romains, appauvrit le sol, elle l'épuisé, elle le brûle et le sté-.. rilise, pour ainsi dire, pour plusieurs années.

Prix de revient des marBages. — Les dépenses qu'occasionnent les marnages varient suivant la valeur de la marne, le nombre de mètres cubes que l'on emploie et les déboursés que nécessitent les transports.

Voici quelques chiffres qui prouvent combien il est utile de connaître les dépenses qu'occasionnent les marnages avant de les exécuter :

Dans le Berry, les frais d'un marnage s'élèvent par hectare de 75 à 120 fr. Dans le haut Languedoc, — — 350 à 352

DansleBigorre, — — 68 à 200

On parvient à établir un compte exact en portant en ligne de compte 1** la valeur vénale de la marne ; 2* le prix de son extraction ou le prix auquel on la paye dans les contrées où on l'achète; 3"» les frais qu'exige son transport sur le champ où elle doit être appliquée; V les dépenses que nécessite son épandage.

En divisant ensuite les dépenses générales par le nombre d'années qui constitue la durée du marnage, on détermine ce que coûte cette opération par hectare et par an.

Dans le départ, de Tlndre, un marnage coûte annuellement de 3 à 3' ,50 Dans le départ, du Nord , — — 4 à 6 ,00

A Saint-Florentin (Tarn) , — — 11 à 14 ,00

ARéalmoDt (Tarn), — — 10 à 12 ,50

Ces dépenses ne sont pas élevées et elles ne sont pas onéreuses si le cultivateur emploie une marne de bonne qua-

lité, s*il exécute son application sur un sol sain et non calcaire et s'il procède à son enfouissement par un beau temps.

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