CX
Ces résidus sont très-recherchés à cause de la grande quantité de phosphate de chaux qu'ils contiennent.
3* Noirs d'Italie. — Les noirs de Trieste sont d'un grain moins fin que ceux de Marseille ; les noirs de Venise sont II 16
242 ENGRAIS BflNÉRAUX.
très-riches en phosphate de chaux. Ces résidus ont donné à l'analyse:
Trieste. Venise.
Phosphate de chaux 62 .10 75 ,00
Carbonate de chaux 9,00 5,00
Silice 8,00 4,00
Alumine et oxyde de fer 1 ,00 1 ,00 ■
Magnésie . 0 ,70 0 ,50
Sels solubles dans Teau . , 1,30 0,50
Charbon et matière organique.. 17,90 I4,00
Ces résidus sont très-estimés.
Qaaniitéd*haiiiidité. — Les noirs ne renferment pas la même quantité d'humidité normale. Voici celle que Ton a constatée :
Noir de Nantes : . 35 pour 100
— de Marseille 34 —
— de Hambourg , 21 —
La différence d'humidité qui existe entre les noirs de Nantes et de Marseille et celui de Hambourg provient de ce que ce dernier est presque toujours en fermentation quand il en arrive dans les ports de l'Ouest. Quoi qu'il en soit, l'humidité normale du noir animal pur ne doit guère dépasser 35 à 36 pour 100. MM. Boussingault et Payen ont trouvé que les noirs de Paris contenaient en moyenne 37,86 pour 100 d'eau. Quand les résidus ont été fraudés avec des substances absorbantes ou hygrométriques, par exemple, des matières alumineuses additionnées de chaux, la quantité d'eau qu'ils renferment, quand ils ne sont pas abrités sous des hangars, dépasse généralement 35 pour 100.
Qaaniiié d*axoie. — Pour opérer la clarification du sucre, on emploie par chaque 100 parties de sucre brut 2 litres de sang il 8 degrés aréométriques ; le noir qui décolore le jus est employé à la dose de3 a 4 pour 100. C'est le sang coagulé
NOIR ANIICAL. 243
qui reste interposé entre le noir sur le Gitre, qui constitue sa richesse en matière azotée, puisque le charbon animal n*en contient que fort peu.
Voici, d'après MM. Moride et Bobierre, la quantité d'azote que renferment les noirs :
Noin firaoçaiB. Noirs étrangers.
Nantes 1,95p. 100 Hambourg I,73p.l00
Bordeaux 1,46 — Amsterdam 1,62 —
Marseille 1,85 — Rotterdam 1,50 —
Paris 1,83 — Berlin 1,86 —
Orléans 1 , 75 — St-Pétersboiifg. . . 1 ,45 —
Valenciennea 0,75 — Riga 0,60 ■—
Lille 0,96 — . Venise 1,45 —
Dunkerque 1,02 — Triesle 0,98 —
Moyenne 1,44 p. 100 Moyenne 1,40 p. 100
AévivifleaiioB des BoirB. — Les noirs retirés de dessus les filtres, et que Ton emploie de nouveau à la clarification du sucre de qualité inférieure, offrent dans leur composition et quant à la quantité d'azote qu'ils renferment, des modifications très-curieusesy et qui expliquent pourquoi quelquefois, dans les noirs très*purs, la matière organique et le phos-. phate de chaux augmentent ou diminuent. MM. Moride et Bobierre ont soumis à l'analyse des noirs fins neufs, et les ont analysés de nouveau après avoir servi une ou deux fois à la clarification. Voici les faits qu'ils ont constatés :
Charbon et matière Pbosphate organique. de chaux.
Noirflnneuf. 11,30 73,63
Après avoir servi une fois.. 29 , 76 66 ,96
A près avoir se rvi deux fois. . 42 , 30 46 , 65
Ainsi, d'après ces chiffres, le phosphate de chaux accomplit une progression inversement proportionnelle aux matières organiques, et Tazote augmente en raison directe de ces dernières. Il faut conclure de ces faits que plus un résidu de rafiinerie contiendra de parties azotées, moins il renfermera
Carbonate
Azute
de chaux.
244 ENGRAIS MINÉHAUX.
de phosphate et de carbonate de chaux, et plus il contiendra de sels calcaires, moins il comportera de substances azotées. Mais comme le font observer MM. Moride et Bobierre, le noir, en tout état de cause, ne saurait être employé plus de deux fois, car il perd sa propriété décolorante, et, en outre, suivant la dose plus ou moins forte de sang, devient spongieux, élastique, difficile à laver et à presser. Les résidus qui ont servi une seconde fois à la clarification sans avoir été préalablement soumis à la révivification n'entrent que pour un cinquième au flus dans la masse du noir destiné à la fer«tilisation des terres.
Voici maintenant les résultats que ces chimistes ont obtenus en analysant des noirs revivifiés ayant servi une ou deux fois :
Cbarbon et niMtière Phosphale organique. de chaux.
Noir grain neuf 11,16 81,96
Après avoir servi une Tois. . 12 ,70 76 ,95
Après avoir été révivifié ... 10,30 .75,75
Après avoir servi deux fois.. 12,30 77,40
Les déductions à tirer de ces résultats ne sont pas tout à fait analogues à ceux qui résultaient des chirO'res précédents. Ainsi, les matières organiques, quoique suivant encore une progression inverse proportionnelle au phosphate de chaux, n'augmentent pas d'une manière aussi sensible ; mais si le phosphate de chaux varie dans des limites très-peu importantes, on doit reconnaître que la révivification diminue la proportion des matières organiques et de l'azote, et qu'elle augmente un peu celle du carbonate de chaux. Le noir grain est celui que Ton révivifie et qu'on emploie à plusieurs reprises.
Poids de l'heetoiitre. — Les résidus de raffinerie sont d'autant plus pesants que leur grain est gros, qu'ils contiennent davantage de silice; ils sont d'autant plus légers que
Carbonate
Azote
de chaux.
leur grain est fin, qu'ils sont riches en matières organiques, quêteurs molécules ont été séparées par une longue fermentation et le sont encore au moment de la vente^ ou qu'ils ont été falsifiés avec des tourbes, du tan, etc. Voici la pesanteur spécifique de quelques noirs :
Nantes 86,20 Russie 92,40
Marseille 92,40 Hambourg 104,16
Le noir pur de Nantes pèse 95 kilog. l'hectolitre. Le poids des noirs de Hambourg, si souvent falsifiés, varie entre 80 et 100 kilog. Les bons noirs de Russie pèsent de 103 à 104 kilog.
Le noir grain pèse de 95 à 100 kilog.
Conservation. — Cet engrais est ordinairement conservé dans les chantiers sous des hangars ; quand on l'accumule en tas dans une cour ou un chantier, il faut fortement tasser la surface delà masse au moyen d'une pelle, pour que les pluies ne puissent la pénétrer facilement, et que l'air ne puissent s'y introduire et précipiter la décomposition des matières azotées. Le noir pur, le résidu qui n'a point été fraudé, reste pendant de longues années sans se couvrir de végétation. Ce fait explique très-bien son action défavorable sur la végétation quand il est employé à des doses très-fortes.
FnisincniUn. — Les principales matières que l'on emploie pour falsifier le noir animal sont au nombre de quatre, et quelques-unes d*entre elles donnent lieu à des transactions commerciales très-importantes.
l'» Tourbe naturelle. — La tourbe, après avoir été exposée à l'influence du soleil, est écrasée, divisée, au moyen de pelles; puis des femmes s'occupent, à l'aide de cribles en fer à mailles plus ou moins serrées, de la réduire en poudre plus ou moins fine. Pour lui donner une couleur ayant de l'analo-
gie avec celle du résidu pur de raffinerie, quelques fraudeurs la colorent avec de la poudre de charbon de terre, du charbon de varech^ de la lie de vin carbonisée, des phyllades noirs moulus et réduits en poussière ou du noir de fumée. La teinture en noir d'un hectolitre de tourbe coûte de 0>35 à 1 fr., selon la matière que l'on emploie.
Lorsque la tourbe a acquis une teinte foncée, on la mélange au noir animal dans la proportion de deux hectolitres pour un hectolitre de résidu. Le prix moyen de la tourbe pulvérisée est de I fr. l'hectolitre. Ce faible prix permet aux fraudeurs de réaliser des bénéfices énormes.
2« Tourbe carbonisée. — La tourbe carbonisée ou torréfiée, mêlée avec de la tourbe naturelle bien sèche, très-ffne, est aussi employée dans la falsification des résidus de raffinerie. Pour la préparer, on prend de la tourbe émottée que l'on fait sécher à l'air le plus possible, puis on la met dans une chambre en briques chaulïées à l'extérieur; au bout de quelque temps on ouvre une trappe à la partie supérieure de cette chambre, et alors il se dégage des torrents de vapeur d'eau chargée de vapeurs empyreumatiques, et l'on obtient ainsi une carbonisation incomplète, une tourbe torréfiée.
Cette tourbe qui contient des parties non altérées, mais seulement desséchées, est placée ensuite sous la pression d'une meule verticale, où elle s'écrase, se mêle et se noircit de manière à pouvoir être livrée comme charbon de tourbe.
1000 kîiog. de tourbe donnent de 300 à 350 kilog. de charbon, composé ainsi qu'il suit : matière végétale 50,00; sels solublcs dans l'eau 14,30; sels solubles dans l'acide nitrique 25,60; résidu 10,10.
3*» Chaux. — La chaux est aussi ajoutée aux résidus de raf-
NOIR ANDfAL. 247
fineries. Voici comment on opère cette fraude : on mêle parties égales de la tourbe noircie par du goudron de houille, avec de la chaux en poudre, et on soumet ce mélange à l'action d'une meule mise en mouvement par une machine à vapeur. Lorsque la chaux est intimement mêlée à la tourbe, on carbonise ces substances dans des cornues à gaz. Le produit que l'on obtient par ces opérations est d'un beau noir velouté. On ie vend à raison de 4 fr. l'hectolitre. Les fraudeurs le mêlent par parties égales avec le noir animal. F-e noir que l'on obtient par cette sophistication, a l'aspect des noirs de Hambourg, et contient beaucoup de carbonate de chaux.
4*» Laitiers de hauts fourneaux et scories de forge. — Enfin, on emploie des laitiers de hauts fourneaux ou des scories de forge, après les avoir pulvérisés et tamisés. Cette fraude est assez facile à reconnaître.
Ces diverses substances prouvent combien il est important, dans les essais faits dans le but de constater la qualité des noirs, d'avoir en vue le dosage direct de l'azote.
Toutefois, si le seul essai rationnel, celui qui offre toutes les garanties désirables, est le dosage de l'azote, on ne doit pas oublier que le principe fertilisant le plus précieux après l'azote est le phosphate de chaux, et qu'il est aussi indispensable de le doser et de constater la proportion dans laquelle il existe. Les noirs anglais sont toujours falsifiés avec des matières fécales; la quantité d'azote qu'ils renferment est toujours plus élevée que celle que contiennent les résidus purs; mais le phosphate de chaux y dépasse rarement 45 pour 100.
Terrains Bar lesquels •■ remploie. — Le noir animal ne
convient pas à toutes les terres. On ne doit remployer que sur les terres humides, les sols argileux, argilo-siliceux.
silico-argileux, granitiques et schisteux. Son emploi est à peu près inconnu dans les contrées où les sols sontcalcaires,dans les localités où le climat est sec.
Dans les régions de l'Ouest on remploie avec succès lorsqu'il est pur, sur les terres dites de landes, terrains très-riches en parties organiques.
■ode d*enpioi. — Avant d'être appliqué, le noir doit avoir été battu à la pelle, émotlé et bien divisé. Souvent, afin de le répandre uniformément, on le mêle soit avec de la (erre très-meuble et sèche, soit avec des cendres.
Cet engrais doit être répandu à la main au moment même de la semaille; la quantité que Ton applique par hectare est trop faible pour qu*on puisse le disposer en petits tas sur la surface du champ et le 'distribuer ensuite à la pelle. Quand le premier labour présente des. mottes, des cavités, on ne jette le noir sur le champ que lorsque la terre a reçu un coup de herse; sans cette opération, cet engrais pourrait être placé à une trop grande profondeur.
On le recouvre, ainsi que la semence* soit avec la charrue, soit au moyen d'une herse.
ftaaiitité qnii fani appliquer. — Le résidu pur de raffineries s'empIoie communément à la dose de 4 à 8 hectol.par hectare. De nombreuses expériences faites dans TOuest ont démontré que lorsqu'on l'appliquait à une dose plus forte que 10 hectolitres dans la culture des céréales, celles-ci donnaient toujours une quantité considérable de paille relativement à celle du grain.
Cet engrais est trop cher pour qu'on puisse l'employer avec avantage à une dose plus forte que le maximum que je viens de citer. On ne peut l'appliquer à une dose plus élevée que lorsqu'il n'est pas pur et que sa valeur est moindre que celle des véritables noirs. Les résidus purs des raffineries de Nan-
tes se vendent 15 fr. l'hectolitres, tandis que le prix des noirs de Hambourg dépasse rarement 12 fr. l'hectol. Employé à la dose de 8 hectolitres, le noir pur occasionne donc un déboursé de 120 fr., mais comme il n'élève pas la production moyenne du froment à plus de 18 hectolitres par hectare, il en résulte qu'il augmente le prix de revient de chaque hectolitre de grain, de 6 fr. 65 c. Ces faits prouvent que le noir animal pur ne peut pas être employé à la dose de 12 à 15 hectolilres, comme oh le propose si souvent.
■ode d*aetioii. — Le noir animal agit-il par le sang coagulé qu*il tient interposé, ou par les sels de chaux qui entrent dans sa composition?
Puvis attribue un rôle très -important au phosphate de chaux et refuse pour ainsi dire toute action aux matières organiques. Si le phosphate de chaux agissait seul sur les plantes, si les parties organiques ne concouraient pas à rendre les résidus de rafûneries véritablement utiles, les noirs vierges, contrairement aux faits constatés par l'expérience, agiraient à peu près avec la même intensité.
M. Payen refuse au phosphate de chaux le pouvoir d'agir seul sur les végétaux, et il reconnaît que la matière organique réunie aux produits minéraux carbonisés a une action constante et incontestable. Ainsi, le charbon augmenterait la durée du sang et il servirait d'agent intermédiaire en absorbant les gaz ambiants et la chaleur pour les transmettre aux plantes. M. de Gasparin adopte l'idée émise par M. Payen.
Suivant M. Ducoin, le résidu des raffineries doit ses propriétés végétatives : 1*» au sang qui agit dans le charbon d'os par la fermentation lente et alcaline qu'il produit, les réactions électriques qu'il détermine et les gaz qu'il fournit; 2<' à l'azote qui agit, en contribuant à la formation de l'ammoniaque ; 3** au charbon d'os qui retient une énorme quantité
250 ENGRATS MINÉRAUX.
de gaz qui seraient perdus pour la végétation ; 4<' enfin, aux phosphate et carbonate de chaux, qui agissent mécaniquement, chimiquement soit en divisant et isolant les molécules du charbon, soit en remplissant les fonctions dont jouissent les sels calcaires.
MM. Moride et Bobierre ont édifié une théorie un peu différente des précédentes et qui leur semble avec raison plus conforme aux conditions de la pratique agricole. D'abord, ils reconnaissent que les faibles quantités du sucre qui restent dans le noir résidu de raffinerie, après lavage de ce dernier jusqu'à zéro aréométrique, favorisent de la manière la plus marquée par leur décomposition ultérieure, la solubilité du phosphate de chaux, et facilitent par suite Vassimilation de ce composé. Mais l'acide acétique ne jouit pas seul des propriétés dissolvantes si nécessaires au rôle des phosphates ; rammoniaque qui résulte de la fermentation du noir dans la couche arable, en se développant au fur et à mesure de la décomposition du sang, procure encpre à Tengrais au milieu duquel il prend naissance une solubilité, et par cela même, une activité des plus précieuses. Quant à Tacide carbonique, qui se développe aussi pendant la décomposition du noir de raffinerie mêlé au sol, il augmente encore la solubilité du phosphate de chaux et est absorbé directement par les végétaux auprès desquels il est mis en liberté. Ainsi, l'ammoniaque et Facide carbonique, en prenant naissance par suite de la décomposition du sang et la combustion lente du carbone, rendent les phosphates plus assimilables par les plantes.
Si le noir animal suivant MM. Moride et Bobierre est un corps essentiellement précieux à Tagriculture, ce n'est pas seulement parce que, contenant de fortes proportions de phosphate, il peut, dans les terres non calcaires, donner la matière constitutive d'une grande quantité de céréales; ce n'est
pas non plus uniquement parce que, concentrant sous un petit volume une foule de principes trop disséminés dans les fumiers, il peut relativement à ces derniers corps, jouer le rôledela polasse vis-à-visdes cendres, etc., maisplutôt encore parce que, dans l'ensemble des éléments qu*fl renferme au sortir delà chaudière à clarification, réside une solidarité de réaction extrêmement remarquable à tous égards, et la meilleure preuve de la justesse de cette opinion se trouve dans la dissemblance frappante de deux noirs de raffinerie contenant les mêmes doses de phosphate et de matière azotée, mais soumis aune manipulation préalable différente. Aussi un grand avantage agricole résultera toujours, à dose égale, et même quelque peu inférieure, de l'emploi d*un noir animal n}tablement azoté, contrairement à un autre seulement phosphaté; l'activité imprimée à la végétation, tant par le rôle propre de la matière animale que par la solubilité qu'elle aura communiquée indirectement au phosphate , compensera largement l'intérêt du capital que l'inactivité d'un noir peu assimilable forcerait ainsi à enfouir dans le sol cultivé.
Enfin, M. Malaguti, sans refuser au phosphate toute espèce d'action, pense qu'on ne pourra jamais attribuer au charbon d'os les effets remarquables que donne son emploi; selon ce savant distingué, c'est à l'azote que les noirs devraient leur efficacité. Il appuie son opinion sur ce fait, qu'en même temps que le sucre fermente, la matière animale fermente aussi et produit du carbonate d'ammoniaque, lequel est converti en partie en acétate et en lactate. Ainsi, après la fermentation du noir, la plus grande partie de son azote serait transformée en acétate, lactate et carbonate d'ammoniaque ; et ces sels, absorbés et condensés dans les pores du charbon, ne seraient cédés à la végétation qu'à mesure que celle-ci l'exige.
252 ENGRAIS MINÉBAUX.
Toutes choses égales, d^ailleurs, il faut reconnaître et aux sels de chaux et au sang coagulé sec une action pour ainsi dire simultanée, et constater qu'il est presque impossible de séparer, quant à leur action, l'azote du charbon d'os. Cette explication des effets du noir animal n*est pas une hypothèse ; jusqu'à ce jour, tous les faits constatés prouvent, d'une manière évidente, que le noir vierge, le charbon d'os pur, est loin d'être aussi favorable à la végétation que le noir animal qui a servi aux opérations de clarification et de décoloration. Si le résidu des raffineries de Nantes est si recherché des agriculteurs de l'Ouest, c'est qu'il est riche en principes azotés; s'il produit sur les plantes des effets plus sensibles que le noir de Russie, c'est que ce dernier contient plus de phosphate de chaux, et que, par suite d'une longue fermentation, il a perdu beaucoup de ses principes azotés. Si les sels de chaux agissaient, pour ainsi dire, seuls sur les plantes, les noirs de Prusse seraient plus fertilisants que ceux de Bordeaux, ce qui n'est pas.
Cultnres pour lesquelles on remploie. — Le noir animal
est employé avec succès dans la culture des céréales, du sarrasin ou blé noir, du lin, des navets et lors de la transplantation des choux, des betteraves, du colza. Il peut être aussi utilisé avec avantage dans la culture des vesces, des pois gris, et être répandu sur les trèfle, luzerne, lupuline en végétation. Toutefois, il n*est pas assez puissant pour être employé seul dans la culture des pommes de terre, des carottes, des betteraves, à moins que ces plantes ne soient cultivées sur des terres fertiles.
Le noir animal, que l'on regarde aujourd'hui avec justes raisons comme nécessaire, indispensable même, pour les premières récoltes qui suivent les défrichements des landes, sert aussi à ranimer la végétation des céréales d'automne qui
languissent au printemps. Enfin, cet engrais favorise d*une manière spéciale la croissance des légumineuses, particulièrement celle du petit trèfle jaune {Trifolium filiforme, L.) sur les prairies naturelles. Lorsqu'on l'applique, dans ce but, sur des prairies basses, il faut préalablement les assainir et le répandre en mars ou avril, après les grandes pluies et avant les fortes chaleurs.
Époisemeiit du sol par le noir. — Si les résidus de raffineries, malgré leur action qui n'est évidemment qu'annuelle, ont contribué à imprimer en Bretagne, en Vendée et en Anjou, une vive impulsion aux défrichements des terres incultes couvertes de bruyères et d'ajoncs; si leur emploi a permis à plusieurs cultivateurs de diminuer l'étendue consacrée aux jachères périodiques; enfin, si, sur diverses exploitations, cet engrais a concouru à l'augmentation de la masse des fourrages, il faut malheureusement constater que son emploi a été la cause de résultats agricoles bien tristes. Séduits par les produits qu'il fait nattre sur des terres arides riches en matières organiques, beaucoup de propriétaires et d'agriculteurs en bannissant, pour ainsi dire, complètement l'emploi des fumiers de leurs exploitations, en adoptant des assolements qui avaient pour appui l'emploi répété du noir à des doses assez fortes, ont éprouvé les revers les plus éclatants. Il devait en être ainsi. Ces modes de culture, ni pratiques, ni économiques, n'ont pas tardé à épuiser la terre, et cette prostration de force, au lieu d'enrichir ceux qui l'avaient fait naître, a été la cause directe de leur chute. Les uns se sont ruinés dans leurs entreprises de défrichements en cultivant des plantes oléagineuses et du froment, secondés par remploi du noir animal seul ; les autres ont anéanti leur fortune en faisant produire aux landes qu'ils avaient défrichées des céréales ou des fourrages dont les prix de revient
254 ENGRiUS MINÉRAUX.
dépassaient de beaucoup le prix de vente, et cela parce qu'ils accordaient aux résidus de raffineries une puissance, une durée d'action supérieure à celle que possèdent les fumiers proprement dits.
L'engouement pour le noir animal a été tel en Bretagne» que des spéculateurs et des défricheurs de landes ont engagé les cultivateurs à vendre une partie de leurs fumiers pour la remplacer par du noir animal.
Cet engrais minéral n'a pas seulement Tinconvénient d'anéantir presque complètement la fertilité des terres arables, quand on répète pendant un certain nombre d'années son emploi, et lorsqu'on . refuse de l'employer alternativement avec les fumiers ; il augmente aussi l'aridité des terres de bruyères, et les force à produire en grande abondance la petite oseille ou vinette {Ruinex acetosella, L.). On a voulu, dans ces derniers temps, que l'apparition de celte plante rampante, d'une destruction si difficile, soit un fait providentiel ; il est difficile d'admettre une telle opinion en présence des faits que l'on constate sur les landes défrichées sur lesquelles on a alterné l'emploi du noir animal et du fumier. Cette plante nuisible couvre rarement de telles terres de bruyères.
Ces observations sur l'emploi du noir animal dans les terres de landes ou de bruyères ne sont pas admises par les agriculteurs qui sont parvenus à se faire une renommée factice et mensongère. Je renvoie le lecteur au volume intitulé : Us assolements et les systèmes de culture^ dans lequel j'ai rapporté divers exemples à l'appui de l'opinion que je soutiens. Je reviendrai évidemment sur ces observations dans le volume ayant pour titre : La pratique de l* agriculture. Alors, je prouverai de nouveau que l'emploi irréfléchi du noir animal rciidu pur de raffineries a occasionné des revers complets,
insuccès qui brilleraient encore si des circonstances particu^ lièr^ et indépendantes de Tagriculture n'avaient pas permis à ceux qui les ont éprouvés, de refaire en partie leur fortune.
Valeur eoMUBercimie. — Le Boir animal du conunerce se vend de 12 à 13 fr. l'hectolitre. Celurque livrent les raffineries de sucre est acheté à Nantes au prix de 15 à 17 fr., et à Paris de 11 à 13fr.
Gouinieree do noir animal. —Le commerce du noir animal a pris beaucoup d'extension dans les provinces de TOuest depuis environ trente ans, et certes, les transactions commerciales eussent été beaucoup plus importantes encore si certaines industries ne s'étaient point exclusivement vouées à l'altération de ces engrais. Cette fraude a beaucoup nui à Tagricullure, en ce qu'elle a empêché beaucoup de cultivateurs d'employer autant de noir animal qu'ils auraient pu le faire.
Les quantités de noirs importés à Nantes, atteignent chaque année un clûfTre considérable. De 1840 à 1854, elles se sont élevées en moyenne à 16 500 000 kilog. En 1855, elles n'ont pas dépassé 15 222 000 kilog. En 1857, elles se sont élevées à 15 867 000 kilog.
De 1840 à 1844, les importations étrangères atteignaient de 11 à 12 millions de kilog., et celles de provenances françaises de4 à 5 millions seulement. De 1848 à 1855, les premières n'ont pas dépassé annuellement 6 millions, mais les noirs français se sont élevés à 9 et 10 millions.
La diminution dans les importations de noirs étrangers est due à une circulaire de la douane française en date du 6 septembre 1845, qui autorise ses agents à percevoir 7 fr. par 100 kilog. de résidu de raffineries, toutes les fois que le t.rain du noir sera assez gros pour être révivifié et servir de
nouveau dans les raffineries. Depuis cette époque, Tintroduction des noirs de Russie, qui s*était élevée en 1844 à 3 232 954 kilog., a beaucoup diminué.
Si Ton ajoute aux chiffres précédents les noirs qui sortent chaque année des raffineries de Nantes, d'Orléans, de Paris, etc., et qui s'élèvent à près de 2000 000 de kilog., on reconnaîtra que la place de Nantes reçoit chaque année de l'agriculture de l'Ouest, pour le noir animal qu'elle lui livre, la somme énorme de 2 500 000 fr. Ce résultat prouve que le noir animal est une des principales substances fertilisantes de la région nord-ouest, et que, sous ce rapport, il mérite que le gouvernement se préoccupe sérieusement des moyens d'arrêter les falsifications qu'il subit chaque année.
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