CHAPITRE I
PLAIVTES CULTIVÉES.
Contrées dans lesquelles on les emploie. — Espèces cultÎYées : lupin blanc , fèves, trèfle incarnat, yesce, pois gris, ers, sarrasin , spergule , natette, navet, colza, moutarde blanche, madia sàtiva, seigle. — Conditions auxquelles les plantes doivent satisfaire. — Terrains sur lesquels on les enfouit« — Quantité de graines. — Ëtat des plantes au moment de leur application. — Epoque de Tenfouissement. — Mode d'opération. — Mode d'action. — Durée des effets qu'elles produisent. — Bibliographie. '
Centrées dams lesqnelles on les emploie. — Les végétaux que l'on enfouit à l'état frais sur les terrains où ils sont cultivés, sont moins actifs que les engrais animaux , mais ils produisent d'excellents effets dans les provinces du midi de l'Europe. L'expérience prouve chaque jour, en effet, que leur efficacité est d'autant plus marquée qu'on s'éloigne du nord vers le midi.
L'emploi des engrais verts a été pratiqué par les Romains ; de nos jours on les utilise en Italie, en Espagne et dans le
midi de la France, contrées où le climat sec et chaud en rend l'usage pour ainsi dire nécessaire.
Ces engrais ne sont pas très-utiles dans les localités froides et humides. Dans de telles contrées, la pratique a démontré depuis longtemps qu'il était plus avantageux de faire consommer les parties herbacées par le bétail, afin de les convertir en fumier, que de les enfouir comme engrais verts. Aussi est-ce à cause de l'humidité presque constante de l'atmosphère et du sol, que les agriculteurs de l'Angleterre, de l'Irlande et du nord de la France ont abandonné, pour la plupart, ce moyen de fertilisation.
On peut donc dure que les engrais verts ne sont véritablement utiles que dans les provinces du midi de l'Europe, et qu'ils ne conviennent, dans les pays septentrionaux, qu'aux sols légers, siliceux, aux terres sèches et brûlantes, aux terrains qui sont très-éloignés des bâtiments d'exploitation, et aux terres arables des montagnes auxquelles on ne parvient que par des chemins d'un accès très-difficile.
L'humidité que l'engrais vert fournit au sol a presque autant d'influence dans les sols secs, dans les années sèches, sur les plantes pour lesquelles il est appliqué, que les parties albumineuses, mucilâgineuses, etc., qu'il contient. Ainsi Leclerc-Thouin a remarqué en Anjou que les chanvres et les lins végètent mal même sur les terres abondamment fumées, lorsque les printemps sont secs, tandis que leur succès est à peu près certain suf engrais vert dans les mêmes années. De tels résultats avaient été déjà observés en Italie. On a donc raison, dans les contrées méridionales de l'Europe, de considérer les engrais verts comme des engrais rafraîchissants.
Si l'on considère à combien peu de frais ces fumures sont parfois obtenues dans les contrées du Midi, si l'on réfléchit
PLANTES CULTIVEES.
aux résultats qu'elles produisent dans la Provence et le Languedoc, on est en droit de demander pourquoi leur emploi dans ces localités n'est pas plus général. Espérons que bientôt ces engrais seront apfM'éciés comme ils le méritent partout où ils permettent d'utiliser la jachère qui précède la culture du mais, du froment ou du chanvre.
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Pig. 2. Lupin blanc.
Espèees eultlTées. — A. LÉGumNEUSES. — 1*" Lupin blanc (LupiNusALBUs, L.).— Cette légumineuse (fig. 2) est employée comme engrais dès la plus haute antiquité. Pline fait connaître que les Romains l'employaient pour favoriser la végétation des vignes et des arbres ; Golumelle la considérait
comme un excellent engrais pour les vignes maigres et épuisées, ainsi que pour les terres en général. De nos jours, on l'emploie en Italie, dans les provinces de Milan, de Yarèse, de Côme,etc., etc., et dans les provinces du sud et sud-ouest de-la France, localités où il se développe facilement sur les mauvais sols sablonneux avec une rapidité extraordinaire.
Burger et Schwerz croyaient que son usage était limité en Allemagne aux localités qui peuvent cultiver la vigne; mais, depuis quelques années, son emploi s'est étendu sur toutes les pentes de montagnes de l'Eiffel qui n'avaient pu être cultivées, parce que le transport des fumiers y était impossible.
Le lupin blanc ne mûrit pas ses graines dans les parties septentrionales de la France et de l'Europe.
Les tiges, les feuilles et les fleurs de cette légumineuse renferment à l'état normal 75 pour 100 d'eau et 0,47 d'azote.
Le lupin réussit très-mal sur les terres argileuses, compactes, ainsi que sur les sols très-calcaires ou crayeux. Dans la Lombardie vénitienne, en Toscane et dans les vallées du Rhône et de la Garonne, on ne le cultive que sur les terres sablonneuses, caillouteuses, légères et de qualité secondâre. Cette légumineuse, ainsi que l'observaient Pline et Columelle, se plaît dans une terre maigre, et surtout dans une terre ferrugineuse, un sol ocreux ou rougeâtre, un terrain calcaire ferrique.
Dans les provinces du midi de l'Europe, on sème le lupin le plus ordinairement à la fin de l'été. Ainsi, entre Milan et Varèse, les semis se font en août ou au commencement de septembre, afin de pouvoir enfouir les parties herbacées en octobre ou novembre, quelques jours avant les semailles des céréales d'automne. Ce procédé est aussi suivi dans la Bresse sur les sols légers. Dans le Frioul, on pratique les femis avant le luttage du maïs, dans le but d'enterrer aussi
le lupin avant les ensemencements. Dans la vallée du Rhône et dans les environs de Nîmes, on le sème à la Gn de février ou au commencement de mars, et on Tenterre en mai ou juin.
Dans les contrées où Ton a à redouter pendant l'hiver des froids de — 10® à — 14«, on ne peut semer les lupins qu'en mai ou en juin ; alors on enfouit les tiges vers la fin d'août ou en septembre.
On répand ordinairement de 150 à 200 litres de semences par hectare.
On fait souvent macérer les graines dans l'eau pendant
24 heures afin de rendre la germination plus prompte.
Les graines, à cause de leur grosseur, doivent être recouvertes par un fort hersage ou par un labour léger.
Quelle que soit l'époque pendant laquelle il acquiert toute sa croissance, on doit Tenterrer avant que sa floraison ne soit passée. Suivant Columelle, il n'y a pas de temps plus favorable pour enfouir le lupin dans les sols sablonneux que le moment de sa seconde fleur, et de sa troisième dans les terres rouges. Dans le premier cas, on l'enterre lorsqu'il est encore tendre, afin qu'il se décompose plus aisément ; dans le second, on le laisse durcir, pour qu'il puisse soulever plus longtemps les mottes de terre et les tenir en quelque sorte suspendues, jusqu'à ce que, pénétrées et modiDées par les chaleurs de l'été, elles soient réduites en poussière.
Le lupin produit par hectare de 12 000 à 30 000 kilog. de tiges et feuilles vertes, suivant la nature des terres sur lesquelles il a été cultivé. Quand il réussit, ses tiges ont près d'un mètre de hauteur, et il donne par hectare de 20 000 à
25 000 kilog. de parties herbacées.
Cette plante n'exerce des eflets comme engrais que pendant une année. M. Roland, près de Ntmes, est le seul agriculteur qui ait pu obtenir deux récoltes consécutives de
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froment à l'aide de cet engrais végétal et au moyen d*un seul enfouissement.
Un hectolitre de graine de lupin [blanc se vend de 14 à 18 fr.
2* Lapin jaaiie (LupiNus LUTEU5, L.). — Cette espèce, inconnue pendant longtemps dans le midi de l'Europe, est cultivée très en grand en Allemagne, où elle mûrit trèsbien ses graines. Sa culture a été introduite en France avec succès il y a quelques années.
Le lupin jaune végète très-bien «dans les terres sablonneuses, sèches et pauvres, à sous-sol ferrugineux et caillouteux. Les sols calcaires ne lui conviennent pas.
M. de Gourcy a reconnu qu'il réussissait en effet très-bien sur les terres pauvres non calcaires, mais il ne croit pas qu'il faille en recommander la culture comme engrais vert D lui reproclie de prendre moins de développement et d'être moins garni de feuilles que le lupin blanc.
Quoi qu'il en soit, cette espèce mérite d'être expérimentée. On a constaté que ses tiges et ses feuilles contenaient 0,46 pour 100 d'azote. {Voir t. V, les plantes fourragères.)
3* Fèves (Paba vuLGARis, L.). Lcs fèvcs Ont été aussi employées comme engrais verts par les anciens. Théophraste rapporte que, dans la Macédoine et en Thessalie les Grecs les enterraient quand elles étaient en fleur. Au dire de Columelle, une récolte de fèves remplaçait une fumure. Cet engrais vert est encore en usage dans le midi et le nord de l'Europe.
Dans le Bolonais, on sème les fèves aussitôt que la moisson est faite, et c'est à l'automne, lorsqu'elles sont en fleur, qu'on les ep. terre à la bêche; le sol reçoit l'année suivante, en mars, une culture de chanvre ; dans le Vicentin, on les enterre en janvier ou février, peu de temps avant les se-
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mailles de la plante qu'elles doivent alimenter; enfin, les Toscans les enfouissent à la fin d*août ou au commenœment de septembre, au moment des ensemencements; ils les emploient principalement sur les terrains légers.
Dans le midi de la France, c'est vers la mi-novembre qu'on les sème, et c'est en mars ou avril qu'elles fleurissent et qu*on les enterre. On les emploie aussi comme engrais vert sur les terres d'alluvions de la vallée d'Authion (Maine-et- Loire) , contrée où les cultivateurs les regardent comme très-riches en principes nutritifs, et peu épuisantes.
La fève demande une terre un peu argileuse ; elle végète dans les sols siliceux et légers.
La fève verte et en fleur contient 75 pour 100 d'eau et 0,51 d'azote.
Cette légumineuse peut fournir de 30 000 à 40 000 kilog. de tiges et feuilles vertes par hectare.
{Voir pour la culture de ta fève, t. V. les plantes fourragères).
4« Trèfle incarnat (TrIFOUUM INCARNATUM). — Cette légU-
mineuse est souvent enterrée comme engrais vert dans la région du Sud-Ouest. On la sème au mois d'août ou de septembre, et c'est au printemps qu'elle est enfouie, lorsque ses fleurs rouge incarnat vont s'épanouir. On l'emploie aussi comme engrais vert dans la culture de la vigne. Comme elle, sa production est .assez élevée pour être enterrée lorsqu'on lui donne le premier labour. Cet engrais vert a toujours donné de très-bons résultats.
(Voir pour la cultu/re du trèfle incarnat^ t. V, les plantes
FOURRAGERES.)
5<' vesee« pois gris, ers. — Ces légumineuses ont été aussi employées par les Romains; Pline, Columelle, Palladius, considéraient la vesce en fleur comme un excellent engrais
vert. Aujourd'hui, cette plante n'est guère cultivée pour cct usage que dans l'Italie, principalement la Calabre, le val d'Arno, le pays de Reggio, et dans le Palatinat, parce que la valeur de sa graine augmente considérablement le prix de revient de l'engrais qu'elle fournit.
Dans les environs dlssoire (Puy-de-Dôme), après la récolte du seigle on sème des pois gris que l'on enfouit en octobre par un labour pratiqué avec la bêche.
En Provence, on sème souvent Vers ou lentille ervUlière sui' les terres graveleuses et sujettes à souffrir pendant le printemps de fortes chaleurs. Les semis se font à la fin de septembre ; on l'enfouit en avril.
6^ Prairies artiacieiies. — Dans les pays où le trèfle végète avec vigueur, où il ne reste en terre que pendant dixhuit mois, on enfouit, souvent comme engrais vert, la pousse qui couvre la terre au mois d'août et de septembre, dans le but de rendre plus vigoureuse la céréale qui lui succède. Lorsque la seconde ou la troisième coupe (st abondante, elle constitue une excellente fumure verte. Les froments qui suivent de tels enfouissements sont toujours productifs.
En traitant la culture de la luzerncy du sainfoin et du trèfle rouge (voir les plantes fourragères), j'ai fait connaître la valeur, fertilisante de la fumure verte que fournissent ces diverses plantes. J*ai indiqué dans les assolements et les systèmes de cultures les circonstances où ces enfouissements sont possibles économiquement.
B. Polygonées. — Sarrasin (POLYGONUM FAG0PYRUM , L.).
— De la Chalotais a proposé, pour la première fois, en 1757, d'enfouir comme engrais la production verte du sarrasin, qu'on appelle quelquefois carabin ou blé noir»
Cette plante a été utilisée, pendant plusieurs années, comme fumure verte, par les cultivateurs du Lincoln (An-
gleterre), mais ils ont fini îpar y renoncer. En Allemagne, on ne la regarde pas comme un bon engrais vert, et le plus ordinairement c*est par nécessité qu'on l'enterre, par exemple, lorsque les gelées précoces ont détruit ses fleurs. Royer aussi ne lui accordait pas une grande puissance fertilisante.
En somme, le mérite principal du blé noir réside dans la rapidité avec laquelle il se développe.
Je crois, d'après les faits aue j'ai observés à Grand-Jouan, où j'ai enfoui plusieurs fois jies récoltes vertes de sarrasin, qu'il faut attribuer les faibles résultats que donne cet engrais vert dans le Centre et l'Ouest, à la promptitude avec laquelle ses feuilles et ses tiges se décomposent lorsqu'on l'enfouit dans des terres argilo-siliceuses à sous-sol imperméable. Il a, en outre, l'inconvénient d'augmenter la légèreté de ces terrains, et de contribuer au déchaussement des céréales qui lui succèdent.
Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier que le sarrasin exige, pour parvenir à une élévation satisfaisante et pour donner une abondante masse herbacée, un sol un peu riche et une température à la fois chaude et humide. Dans les terres pauvres et les climats secs, la masse herbacée qu'il fournit est insuffisante pour assurer l'existence d'une céréale d'automne. |
Ses tiges et ses feuilles vertes contiennent 70 pour 100 d'eau et 0,16 d*azote.
Lorsque les circonstances rendent son emploi nécessaire ou utile, on doit, avant d'enterrer les liges, les couvrir d'une légère couche de chiffons de laine ou de fumier. Kn agissant ainsi, on augmente leur puissance fertilisante et on enfouit une fumure suffisante pour assurer la réussite d'une récolte de seigle.
Le sarrasin de Tc^tarie^ beaucoup plus rustique et plus
précoce que le sarrasin ordinaire, est celui qu'il faut employer de préférence.
(Voir pour la culture du sarrasin ^ t. V, lks plantes fourragères.)