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PLANTES HERBACÉES

SECTION I

«oéBioii on Vareeh.

Anglais, — Grass-wrech. Italien. — Alga.

Allemand. — Meergras. Espagnol. — Fuco. *

Historique. — Caractères. — Genres et espèces. — Compositioa. — Varech d'échouage. -> Varech de rocher. — Époques auxqueUes se font les récoltes. — Mode de récolte. — Législatio.i qui régit la récolte. — Mode d'emploi.—Quantité à appliqier. ^Mode d'action. — Plantes pour lesquelles on les emploie. — Valeur commerciale. — Bibliographie.

Historiqne. — ^Sousle nom de goëmoriy devarech ou fucus^ on désigne les plantes marines qui appartiennent à la famille des algues. Ces végétaux sont employés comme engrais verts, depuis fort longtemps, sur les côtes de la Bretagne, de la Saintonge, de l'Aunis, de la Normandie, de TÉcosse, de l'Irlande et de la Méditerranée.

Caraetères. — Les fucus habitent les côtes alternativement couvertes et découvertes par les marées; ils sont très-abondants sur les côtes de TOcéan et de la Manche; ils sont moins nombreux sur les rochers constamment submergés et dans la Méditerranée. On ne commence à les rencontrer que vers le 35® latitude nord et dans l'océan Atlantique. Ils ont gêné-

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ralemenl des tiges se divisant en rameaux tantôt ailés et parsemés de vésicules creuses, tantôt cylindriques, filiformes ou rubanés ; leur coloration varie du vert noir au rouge.

Ces plantes sont le plus ordinairement fixées aux rochers par des prolongements particuliers qui ont un peu d*analogie avec des racines, mais qu'il faut considérer comme de véritables crampons. Les algues les plus simples en organisation flottent^et ne tiennent ni au sol» ni aux roches. Celles des rochers que la mer ne laisse pas à découvert ont des dimensions en longueur parfois considérables.

Les algues sont vivaces et recouvertes par une sorte de substance gélatiniforme; leur texture est cellulaire ou filamenteuse ; après dessiccation, elles restent ordinairement d'un vert très-noir. Ces plantes, qui vivent isolément ou en société, végètent parfois avec une grande rapidité. Greville a constaté que six mois avaient suffi pour que le fucus escuimtuSy L,, eût atteint, depuis la récolte précédente, une longueur de deux mètres. C'est à cette végétation rapide qu'on doit de pouvoir opérer deux récoltes de goémon chaque année sur divers points des côtes de TOcéan.

L'algue en Provence estdésignée sous le nom de malaguier.

Genres et espèeea. — Les espèces les pIus communessur les côtes de la France sont les fucus vesiculosits, ceranoïdesy îongifructvSf distichusj serratus, camosus. Ces fucus forment sur les rochers des gazons jaunâtres ou brunâtres.

On rencontre aussi des laminaires ; ces plantes sont toutes des algues coriaces, rarement membraneuses ; elles sontd'un vert rougeâtre et renferment un principe sucré abondant. La laminaire bulbeuse (laminaria bulbosa) est abondante aux environs de Brest, où elle est recueillie avec soin parles cultivateurs.

On trouve encore sur les côtes de France diverses zostè-

res. Les feuilles de ces plantes sont linéaires, rubanées, allongées. La zostère marine {zostera marina, L.) habite les vases sablonneuses; ses feuilles se sèchent promptement et deviennent presque blanches. Cette espèce est commune sur les côtes de la Provence et de l'Italie, où elle est aussi employée comme engrais. En Bretagne, où elle est peu esti-

Fig. 3. Fuscus vesiculosus.

mée parce qu'elle se décompose très-lentement, on la nomme béhin.

Ces algues ne sont pas les seules qui soient recueillies ou ramassées. On emploie encore quelques c$ramium^ chorda^ diatomà, etc. hàdiatama marinumy Lin.i remarquable par ses filaments qui, en se séchant, prennent un aspect brillant, est commun sur nos côtes ; le chorda fUum^ L., a ses parties

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cylindriques, filiformes, creuses intérieurement et d'un vert olivacé presque noirAtre.

c«aipo9iti«a. — D*après MM. Boussingault et Payen, le /*ucu5 joce/iarinus sortant de la mer, et simplement égoutté, contient 75 pour 100 d'eau; le fucus digitatus^ desséché à Tair, en contient encore 0,40. Le premier renferme à Fétat normal 0,54 d'azote; le second, après avoir été séché à l'air, en contient 1,38'. Le fucus vesieubsus (fig. 3) égoutté en renferme 0,40. Les facus ont donc, à l'état normal, une valeur égale à celle du fumier type.

Analysé à Tétat à peu près sec par MM. Moride et Bobierre, le goémon a donné :

Matières organiques 74 ,24

Sels solubles 9 ,t6

Oxyde de fer et alumine 5 ,10

Carbonate de chaux et traces de magnésie 3 ,30

Silice 8,20

Les sels sont, en grande partie, des sels de soude et de potasse.

Vareeh d*échoaace. — Lorsque les vagues sont violentes, elles enlèveitt des rochers ou du fond de la mer des goémons en quantités plus ou moins considérables, selon les localités. Ces varechs sont jetés parle flux sur la côte, et c'est là que les cultivateurs les ramassent. C'est ordinairement pendant les tempêtes ou les fortes marées qu'on en recueille le plus. Ce goémon, auquel on a donné le nom de varech épave^ goé^ mondeflots^ appartient de droit à celui qui le ramasse le premier sur la grève où les flots l'ont poussé ; il est moins estimé en Normandie et en Bretagne, où on ne l'emploie souvent comme engrais qu'après Favoir utilisé comme litière. Cette dépréciation s'explique difficilement. Ainsi, le goémon d'échouage est souvent poussé à la côte avec de nombreux frag-

ments de poissons, des coquillages et des débris polypiers ou madréporiques. Il n'est inférieur au varech récolté sur les

Fig. 4. Fucus nodosus. Fig. 5. Fucus serratus.

rochers que quand il est resté longtemps sur la grève à l'action de Tair et du soleil.

Sur les côtes de la Bretagne et de la Provence, on réunit en

Fig. 6. Ulva linza.

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tas celui qu'on ramasse sur la plage, ou on le dispose par couches alternatives avec de la vase de mer ou du fumier ordinaire. Son transport a souvent lieu au moyen de bétes de somme, animaux qui atteignent plus aisément les anses des côtes hérissées de rochers.

vareeh de roeher. — Le goëmon qui reste adhérent au rocher sur lequel il s*est développé, est désigné sous le nom de varech de rocher^ goëmon vif. On le récolte avec soin sur les côtes de l'Océan et de la Manche, parce qu'on le considère comme un excellent engrais vert.

Ce goëmon végète, soit sur les rochers attenant pour ainsi dire à la côte, soit sur les tlots ou les rochers situés assez loin en mer.

Ép«qaes aaxqaelle* ae faut les véeoUes. — C'est le plus ordinairement pendant la pleine lune de mars et d^avril, époque où la mer se retire au loin en laissant beaucoup de rochers à découvert, qui restent sous l'eau pendant le reste de l'année, que se fait la récolte du goëmon. A cette époque, les varechs ont répandu leurs granules reproducteurs, et ijs n'ont pas encore reçu le frai des poissons. Quelquefois, là où le goëmon peut être recueilli en toute saison, parce que la mer, à chaque reflux, laisse les rochers sur lesquels il est fixé presque entièrement découverts, on opère une seconde récolte en septembre ou octobre..

Le|e«r dee pav^res. — Sur quelques points de la côte de l'ancienne Armorique, la récolte du goémon commence par le jour des pauvres. Ainsi, lors de l'ouverture, les pauvres seuls ont le droit de recueillir les varechs nécessaires à leurs besoins. On a voulu, par ce noble usage, adopté depuis longtemps, et qui témoigne hautement en faveur des sentiments des populations où il a pris naissance, que la tflche des indigents , qui ont toujours moins de moyens à leur dis-

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position que les classes riches, fût rendue plus facile, que les familles pauvres pussent aisément choisir les varechs les plus propres à servir de combustible ou d'engrais , et opérer leur récolte sur les rochers les plus voisins du rivage et les plus accessibles.

■o4e de réeoite^ — Lorsque le temps accordé aux pauvres est expiré, les cultivateurs commencent leur récolte.

Cette opération est facile quand les rochers sont voisins de la côte, et elle présente bien rarement desdangers'. Dans cette circonstance, le varech est conduit sur le rivage au moyen de charrettes, avant la marée montante. Il n*en est pas de même lorsque la cueille doit être faite sur des rochers ou des tlots séparés de la côte par la mer, et auxquels il est impossible de parvenir à pied, à basse mer; les obstacles à vaincre dans cette circonstance présentent souvent de très-grandes difficultés.

Les rochers ou tlots très-éloignés du rivage sont exploités par des pécheurs et des gabariers, qui livrent le goémon qu'ils ont récolté aux habitants des communes qui ne jouissent pas du privilège littoral, ou qui veulenf en employer une quantité plus grande que celle qu'ils ont pu recueillir. Ce genre d'industrie donne lieu, aux époques où la récolte peut être effectuée, à un commerce assez important. Il est en usage sur les côtes de la Bretagne et sur celles de la Normandie, et c'est avec raison qu'on le considère comme une ressource immense pour ces deux provinces, car la quantité de goémon ' que débarquent les gabariers est souvent considérable.

Ce n'est pas sans émotion que l'on assiste à la récolte du goémon sur les rochers que la mer ne découvre pas complètement, récolte qui est presque l'unique industrie des habitants des lies des Glenans, d'Ouessant, de Molène, etc. Ce spectacle a quelque chose de solennel et d'imposant; il porte

rhomme à la rêverie, il le conduit è reconnaître combien l'existence agricole est parfois pénible, triste et douloureuse. Si la récolte du goômon se faisait toujours par un beau temps, si les populations ne quittaient le rivage que pendant le jour, si le retour des travailleurs avait toujours lieu sur une mer tranquille, leur existence ne serait jamais compromise, et rhomme étranger à la vie agricole n'aurait pas à détourner les yeux du triste tableau que lui offre quelquefois la mer pendant cette opération. Malheureusement, il faut toujours, pour recueillir cet engrais marin, profiter des marées soit de nuit, soit du jour, pour pouvoir mettre les radeaux à la mer ; il faut s'embarquer sur ces frêles esquifs ou dans des barques légères, et souvent affronter la fureur des vagues pour parvenir aux rochers détachés et situés au milieu de la mer. Mais il ne suffit pas d'avoir pu lancer et les barques et les radeaux : il faut souvent rester des heures entières dans l'eau jusqu'à la ceinture pendant une saison encore rigoureuse; il faut se tenir sur les rochers de granit que les fucus rendent encore plus glissants, ou sur les parties des roches schisteuses que 1^ mer a rongées et rendues tranchantes ; il faut aussi résister aux flots menaçants qui se brisent de tous côtés avec fracas*; il faut encore disputer à la vague mugissante et impétueuse l'engrais dont on a besoin, le réunir en paquets au moyen de cordes et placer ces monceaux sur les radeaux avant que le flux se fasse sentir; il faut, enfin, diriger ces faibles moyens de transport, souvent mal conditionnés, mal chargés, de manière à les éloigner des roches qu'ils doivent traverser, à les empêcher desombrer ou de se briser, et épargner aux populations qui attendent avec anxiété sur

1. Les femmes portent souvent leurs jeunes enfants attachés sur leurs épaules, et c'est dans une telle position que l'enfant dort, bercé par le bruit des flots et les mouvements de sa mère.

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la grève le retour des travailleurs, de disputer aux flots quelques victimes. Aussi est-ce avec une émotion mêlée de tristesse et de respect qu'on voit parfois, quand la mer est houleuse, lorsque les vagues sont violentes, les populations se rendre à la prière du ministre de Dieu toujours témoin de ces pénibles travaux, s*agenouiller sur le rivage et implorer le secours de la Providence pour que les barques et surtout les radeaux puissent parvenir à la côte, et ramener tous les hommes et les femmes qui les ont chargés de goémon. Malheureusement, il ne se passe guère d*année qu'on n*ait à déplorer, sur la côte de la Basse-Bretagne, la mort de quelques travailleurs.

Pour opérer la récolte, les hommes, les femmes et les enfants se servent d'instruments tranchants; quand le goémon est coupé, on le ramasse en tas au moyen de rAteaux à longs manches. Dans quelques localités, on arrache le goémon, bien qu'il soit souvent difficile à saisir, à cause de l'enduit visqueux qui le recouvre, surtout quand il est peu élevé. On prétend qu'au lieu de couper la plante, il vaudrait mieux Tarracher, parce qu'elle repousse des Olaments attenant aux rocs, tandis que le goémon coupé ne revient à la même place qu'après la mort et la disparition de sa racine. Beaucoup de cultivateurs soutiennent une opinion contraire. Un arrêté du préfet de la Vendée, en date du 5 février 1825, interdit de l'arracher sur la partie du littoral qui appartient à ce département.

Léctslatlon qal régit la récolte. — La récolte du goëmon,

qui croit sur les rochers qui se découvrent à marée basse, n'a lieu qu'à des époques fixées par des ordonnances spéciales. Le plus ordinairement, c'est le préfet qui fixe l'époque de cette récolte, qui varie suivant les communes, et ce sont ensuite les maires qui, dans leur commune respective et

s 88 ENGRAIS VÉGÉTAUX. *

après avoir pris l'avis du conseil municipal, en indiquent les jours. Pour éviter toute contestation entre les habitants des communes limitrophes des rivages où cette récolte peut avoir lieu, tout territoire est limité d'une manière invariable. Chaque territoire comprend les rochers attenant à la côte, et ceux qui sont situés vis-à-vis et qui peuvent être atteints à pied, à mer basse, ou à l'aide de radeaux quand ils sont séparés du rivage par un petit trajet de mer. On considère ces derniers comme des portions du territoire de la commune, qui lui ont été arrachées à la longue par la violence des vagues. Toute roche qui est située vis-à-vis la ligne séparative de deux communes appartient à l'une et à l'autre, et leurs habitants en partagent le goémon qui la recouvre.

Tous les habitants des communes riveraines de la mer ne peuvent pas participer à la récolte annuelle du goémon fixé sur les rochers. Pour pouvoir concourir à cette récolte, il faut posséder et cultiver des terres. Le tribunal de Brest, se fondant sur les termes de l'article 3, titre 10, livre 4, de l'ordonnance de la marine de 1681, lequel article fait défense aux habitants de cueillir le goémon vif ailleurs que dans l'étendue des c6tes de leur paroisse, avait condamné le sieur Leborgne, cultivateur, qui avait récolté du goémon dans la conmiune de Ploudalmezeau, où il possède une pièce de terre qu'il cultive de ses propres mains, par le motif qu'il résidait dans une autre commune. Mais la cour de cassation a nettement déterminé le véritable sens du mot habitant^ employé dans l'ordonnance de marine de 1681. Par son arrêt en date du 8 novembre 1845, elle a déclaré que le droit de cueillir du varech ou goémon, conféré aux habitants des communes situées sur le bord de la mer, par ordonnance de 1681, n'appartient pas exclusivement à ceux qui ont leur demeure dans ces communes; qu'il peut être exercé par tous ceux qui,

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bien qu'habitant d*autres localités, possèdent et cultivent des terres dans les communes riveraines.

Mais un habitant des communes qui jouit du privilège littoral a-t-il le droit de s'adjoindre des hommes salariés ou non, et appartenant ou n'appartenant pas à U commune dans laquelle il réside ou ne réside pas, afin de recueillir une plus grande masse de vajrech? Aux termes^ des articles 3 et 4, titre X, livre IV, de l'ordonnance de 1681, il ne peut quitter le rivage lors des époques des récoltes, qu'accompagné des personnes qui lui sont attachées et qui exercent la profession de laboureur. Aussi, la Gourde cassation a-t-elle décidé, par son arrêt du 17 juillet 1839, que le droit de recueillir des varechs, conféré aux habitants des communes situées sur les côtes de la mer, ne peut être exercé que par eux-mêmes dans la commune où ils résident, ou par les personnes qui sont notoirement attachées à la culture ou à l'exploitation des terres que cette plante doit fertiliser, et qu'il ne leur est pas permis de s'adjoindre des étrangers pour augmenter leur part individuelle.

■ode d'emploi. — Le goëmon qui a été déposé sur le rivage pendant la récolte, ou dans les anses que les vagues ordinaires ne peuvent atteindre, est transporté ensuite dans Tinlérieur des terres.

Cet engrais est utilisé de diverses manières:

1» Les uns l'emploient à l'état vert et l'enterrent aussi vite que possible, afin que les sucs propres qu'il renferme modèrent la trop grande activité du sel marin dont il est imprégné. Ainsi appliqué, le goëmon se décompose promptement, et ses effets sur le sol et la végétation sont très-énergiques, mais de peu de durée. Cette pratique est celle que l'on suit en Angleterre et en Irlande.

2*» Les autres stratifient le goëmon avec les fumiers. Ce Il 19

procédé, qui est employé en Bretagne et en Normandie, est aussi suivi en Angleterre et en Ecosse. Dans la province de Bari, dans le royaume de Naples, après avoir placé, par couches alternatives, du goémon et du fumier jusqu'à ce que le tas soit fort élevé, on creuse sur la partie supérieure une espèce de bassin destiné à recevoir les eaux du ciel ; souvent les bouviers remplissent ce bassin de manière à ce que l'eau ruisselle de tous les côtés jusqu'à la base. Après un intervalle de six mois, le monceau est abattu et la masse est transportée, si elle est entièrement décomposée, sur les terres qu'elle doit fertiliser. Dans le cas contraire, on reforme le tas, et on attend encore pendant six mois.

y D'autres en font des composts, avec des coquillages marins, du merl ou des vases de mer. Ainsi traités, les goémons, et surtout les zostères, se sèchent moins et conservent mieux leur énergie.

4« Quelques-uns n'emploient les goémons qu'après les avoir placés comme litière dans les étables. On prétend que, ainsi employés, ils fermentent plus aisément et se décomposent plus facilement. Dans les provinces dé Bari et de Lecca, les habitants les étendent dans les rues, sur les chemins, où ils peuvent recevoir des urines ou autres liquides qui hâtent leur fermentation et leur décomposition; ensuite ils les ajoutent à la masse des fumiers.

5® Sur les rives de la mer Adriatique, dans le Ménopoli, à Otrante, etc., les cultivateurs déposent les fucus dans une fosse peu éloignée de la mer. Ils y introduisent soit les eaux d'un ruisseau^ soit les eaux de la mer, pour hâter la décomposition des plantes. Après un an, ils retournent ces matières sens dessus dessous, et dans la seconde année ils les transportent sur le terrain. Ce procédé exige un temps trop considérable pour qu'il puisse être suivi avec profit.

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6» Dans les environs d'Ancdne et dans la province d'Urbin^ les fucus, et principalement les zostères, sont convertis en terreau par une fermentation qui a lieu dans un endroit couvert.

T" Enfin, quelques cultivateurs n'emploient les goémons que lorsqu'ils sont secs et qu'ils ont été lavés par les pluies. A cet effet, on conduit ces engrais sur les terres dans lesquelles ils doivent être enfouis» on les dispose en tas de 0°*,50 de haut sur O^ySO. Quand les plantes sont à peu près sèches^ on procède à leur enfouissement. Dans d'autres endroits, on les étend sur le sable, hors de la ligne des hautes marées, et on les y laisse jusqu'à ce que les eaux pluviales aient enlevé le sel naarin qu'ils retenaient. Mais, comme le fait observer Bosc, ces fucus desséchés deviennent coriaces, et exigent alors deux ou trois ans de séjour dans la terre pour se réduire en terreau. Ce n'est que dans les terres fortes, qui ont besoin d'être soulevées pour donner passage à l'eau ^et à l'air, qu'il peut être avantageux de les employer dans . cet état.

Dans les localités où le goémon est employé à Tétat vert, on l'étend souvent quelques jours à l'avance. Beaucoup de cultivateurs le considèrent comme nuisible s'il n'a pas subi pendant quelques jours les influences de quelques pluies légères qui lui enlèvent l'excédant du sel qu'il contient, et celle des agents atmosphériques. C'est, sans contredit, pour détruire les inconvénients que présenterait une grande accumulation de parties salines au sein des terres dans les localités où ces engrais sont employés tous les ans ou tous les deux ans, que l'on donne aux jachères pendant l'été quatre à cinq, et même six labours. C'est sur ces terres que les goémons épaves sont le plus ordinairement appliqués, quand on les emploie au fur et à mesure que les vagues les poussent sur les grèves.

On a proposé depuis longtemps d'ajouter aux goémons, quand ils doivent séjourner en tas pendant quelques mois, de la poussière de chaux, afin d'accélérer leur fermentation et leur conversion en terreau, et de décomposer le sel marin qu'ils contiennent; mais cet excellent conseil n'est guère suivi, parce que la chaux n'est pas toujours abondante et à bas prix sur les rives de l'Océan et dç la Manche. Lorsque l'on confectionne de tels composts, il faut avoir soin de couvrir le tas de terre et de battre celle-ci à la pelle, pour que les eaux pluviales ne. puissent nuire à l'action de la chaux, qui, ainsi employée, a des effets très-puissants sur les sols non calcaires.

Quantité à appliquer. — La quantité de goémon que Ton applique par hectare est très-variable; elle dépend de l'abondance de laTécolte, de l'état sous lequel on emploie le goémon, de la nature du sol sur lequel il est appliqué et des plantes qui doivent suivre son application.

Dans le département du Finistère, on en répand lorsqu'il est sec, jusqu'à 60 mètres cubes par hectare sur les terres argilo-siliceuses, et on en applique jusqu'à 30 sur les terres légères. Dans celui des Côtes-du-Nord, on l'emploie à l'état frais, dans la cuhure du lin, à la dose de 16 à 20 mètres cubes par hectare, et on regarde que, ainsi appliqué, il égale une fumure de 30 000 kilog. de fumier.

Ainsi, le goémon desséché est appliqué à une dose beaucoup plus élevée que le goémon vert. Il doit toujours en être ainsi. La' pratique démontre chaque année, qu'il faut employer avec précaution les goémons qui viennent d'être recueillis à cause de la grande quantité de sel marin qu'ils portent dans les terres.

Mode d'aetioB. — Ces engrais agissent sur les végétaux par l'azote qu'ils renferment, par les sels alcalins dont ils son

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imprégnés, et par les propriétés quMls possèdent de pouvoir soutirer de l'humidité à l'air, et maintenir, par conséquent, la fratcheur dans la couche arable. Mais ainsi que le font observer MM. Moride et Bobierre, il ne faut point perdre de vue la présence et Faction des insectes, des débris animaux, des coquilles, de madrépores et autres productions calcaires qui, corps étrangers aux plantes marines, les accompagnent presque toujours, produisent de l'ammoniaque et enrichissent le sol de carbonate de chaux.

Plantes pour lesquelles on les emploie. -— Les gOémons

conviennent spécialement aux céréales. Les froments qui végètent annuellement sur la ceinture de la Bretagne sont très-productifs, et ils ont des qualités qui les font distinguer des blés que Ton récolle h Tintérieur des terres, môme sur les sols les plus riches. On les emploie aussi avec succès dans la culture du lin et d/3s pommes de terre.

Ces engrais ne conviennent guère aux trèfles et aux prairies. John Sinclair rapporte que si on les applique sur les jeunes pousses du trèfle, après la moisson, ils les détruisent. Ce fait a été souvent observé dans la basse Bretagne.

On ne saurait non plus les employer dans les vignobles. Ainsi, les vignes des lies de Noirmoutiers et de Ré, qui sont presque annuellement fumées avec des goëmons, produisent des vins connus sous le nom de vin de la Flotte, qui ont un goût de varech si prononcé, qu'il est impossible de les utiliser à autre chose qu'à la fabrication du vinaigre.

Quoi qu'il en soit, ces engrais ont l'immense avantage sur beaucoup d'autres, quand ils sont employés seuls, de ne pas contenir de semences de plantes nuisibles.

Les terres si fertiles des environs de Roscoff (Finistère), sur lesquelles existe une culture maraîchère rivale de celle de Paris, sont fertilisées avec le goëmon. La quantité de fu-

mier que peuvent se procurer les Roscovites est si faible, qu'ils se trouvent dans la nécessité de demander à la mer les moyens de fertilisation nécessaires pour continuer leur habile et intelligente culture horticole. A Hyères, à Ancône, Sinigaglia, etc., les jardins potagers sont fertilisés avec des fucus ou des zostères.

Prix da Twreeh. — Dans le département des Côtes-du- Nord, une charretée à quatre chevaux de goémon pris sur la grève vaut de 5, 6 à 8 fr., suivant la rareté et la facilité avec laquelle il a été obtenu. A Morlaix, le mètre cube se vend, pris sur les quais, de 3 fr. 50 à 4 fr. 50.

BIBUOGRAPfflE.

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