‹ Les matières fertilisantesChapitre 48 sur 116 · GAZONS · texte numérisé non relu

GAZONS

Cette augmentation de richesse oblige le cultivateur à ne pas demander à la terre, lorsqu'elle a été transformée en terre arable, des récoltes nombreuses et épuisantes. Lorsque le défrichement d'un pâturage est suivi par une succession de récolles mal coordonnées et obtenues à l'aide de fumures qui ne sont pas en rapport, quant à leur action fertilisante, avec leurs besoins, la couche arable perd promptement la richessequ'elle avait acquise par le pâturage. Quand, au contraire, les plantes sont peu épuisantes, et qu'on les fait précéder par des engrais suffisants, le nouvel humus reste dans le soi, et il accroît d'année en année, concurremment avec les parties organiques que les fumures laissent dans la couche arable, la fécondité de celle-ci. Ce n'est donc pas sans raison que Schwerz a dit : la plus grande faute qu'un cultivateur puisse commettre, après avoir rompu un pré, c'est d'épuiser, sans relâche et sans le soutenir, tout son humus, surtout de l'énerver tout à fait par l'emploi des excitants.

Malheureusement, cette prostration de fertilité est souvent observée dans les localités où le défrichement des terres de bruyères a pris une certaine extension. Ainsi, tous les cultivateurs qui ont demandé à la lande, après son défrichement, deux ou trois récoltes de froment et de colza, en se bornant à exciter la végétation de ces plantes épuisantes par l'emploi seul du noir animal, et qui ont depuis continué ce système, ont diminué tellement l'activité et la richesse de la terre, que celle-ci a toujours refusé depuis de donner des récoltes aussi favorables que celles qu'elle avait produites après sa mise en culture.

Si les premières récoltes obtenues après un défrichement des landes sont productives, c'est que le gazon, les débris des végétaux qui existaient à la surface du sol avant le défrichement( constituaient une force productive suffisante pour

satisfaire aux besoins des céréales et du sarrasin, et que, une fois qu'ils ont été enlevés, il a été impossible aux végétaux qui leur succédaient de se trouver placés dans des conditions analogues à celles au milieu desquelles les premières récoltes avaient végété. Il est donc utile, indispensable, d'appliquer d'abondantes fumures sur les terres de landes nouvellement défrichées, avant que tout l'humus du sol, les détritus du gazon aient été entièrement épuisés.

Je ne poursuivrai pas. Lorsque j'étudierai le défrichement des landes dans la pratique de l'agriculture , je prouverai, en citant des faits, que la fertilité des terres incultes et des sols couverts de pâturages n'est pas indéfinie, comme beaucoup d'agriculteurs l'ont malheureusement supposé.

En examinant les assolements qui appartiennent à la cul ture pastorale mixte^ j'ai signalé plusieurs fermes sur lesquelles on a stérilisé la terre, parce qu'on avait négligé l'emploi des engrais organiques. (Vog:' les assolements et

Page 1