partie de phosphate de chaux
Sable , Traces 0,90
Sulfate de chaux Traces -43,62
Substances en grande partie de nature organique 8,10 6,11
Sulfates et chlorures alcalins 2,77 2 ,55
Eau 3,3:^ 12,00
Azote pour 100 1,19 0,61
Ainsi, le guano des îles Baker est le plus riche en phosphate de chaux, et par conséquent en acide phosphorique.
Selon Liebig on augmente la solubilité du phosphate du guano Baker en y ajoutant une quantité de sel ordinaire (chlorure de sodium). On a proposé de remplacer ce sel par du nitrate de soude ou des carbonates alcalins.
On accroîtra incontestablement les propriétés fertilisantes de cet engrais en y ajoutant des matières organiques azotées promptement assimilables.
Ce guano présente des fragments pierreux contenant une forte proportion de phosphate de chaux ; ces rognons sont tantôt très-friables, tantôt très-durs.
F. Guano d'Arabte. — En 1853, sir James Graham a découvert sur la côte de l'Arabie des îles couvertes de guano. Il évalue la quantité qu'il a observée à plus de 2 millions de tonnes de 1000 kilog. Ces îles sont situées «dans la baie de Koorza-Morya.
Ce guano n'a pas encore été analysé, mais on le considère comme égal en qualité au guano d'Ichaboë.
G. Guano des Antilles. — On a découvert, il y a quelques années, dans les îles situées au sud de Cuba, dans la mer des Antilles, des gisements importants de guano. Cet engrais,
suivant M. Nesbit, contient 72 pour 100 de matières organiques.
H. Guano du Mexiqxje.— On a reconnu, en 1856, que l*île Ëlède, qui est située à une faible distance de la côte de la basse Californie, mais bien au-dessous du cap San Lucas, était couverte d'une couche de guano dont Tépaisseur peut Varier entre deux et cinq mètres. On évalue ce dépôt à 3000000 de kilog.
•En 1859, le comte deKerveguen a pris possession, au nom de la France, d'une lie à guano connue sous le nom de Clipperton. Cette lie est située à 1000 kilomètres environ d'Acapulco, point de la côte du Mexique qui s'en rapproche le plus.
Ces deux engrais n'ont pas encore été analysés.
I. Guano sarde. — On a découvert, il y a quelques années, dans plusieurs grottes des provinces de Sassari et d'Alghero (Sardaigne) des dépôts considérables de déjections de chauves*souris.
Ce guano est plus foncé, plus brun que le guano du Pérou ; il a une odeur très-forte et infecte.
D'après M. Barrai cet engrais contient :
Grotte Grotte
de rsnrer. de Laemi.
Matières organiques et sels ammoQÎacauz ... 42 , 80 44 ,40
Sels solubles de potasse et de soude 6 ,00 5 ,70
Phosphate de soude 15,64 1,66
Carbonate de soude 0,48 1,58
— de magnésie 1,34 1,66
Sable et argile 7 ,14 11 ,aO
Azote 4 , 05 4 , 40
Ces chiffres permettent de dire que cet engrais doit être beaucoup moins fertilisant que le guano du Pérou, puisqu'il ne contient ni acide urique ni pliosphate de chaux.
Les guanos sardes livrés à l'agriculture allemande n'ont
pas donné à l'analyse des résultats très-satisfaisants. On a reconnu que la plupart avaient été fraudés.
Des dépôts semblables ont été découverts dans les grottes deBeaume,*de Revigny et Ligny, dans le Jura et en Algérie.
Le guano de Beaume, suivant M. Hervé-Mangon, contient 8,03 pour 100 d'azote.
ComparalBon den guanos entre enx.— Des analyses faites,
soit en Angleterre, soit en France, on peut conclure que Yammoniaque existe en moyenne dans le
Guano du Pérou , dans la proportion de 17 à 18 p. 100
— d'Ichaboë, - 7à 8 —
— du Chili, — 5 à 6 —
— de Patagonie, — 2 à 3 —
— de Saldanha, — 1 à 2 —
Le phosphate de chaux dans le
Guano des fies Baker, dans la propoition de 78 à 85 p. 100
— deSaldanha, — 56 à 58 —
— de Patagonie, — 44 à 46 —
— d'Ichaboë, — 30 à 32 —
— du Chili, - 30 à 32 —
— du Pérou, — 24 à 26 —
Vazote dans le
Guano du Pérou, dans la proportion de 15,00 à 16,00 p. 100
— d'Ichaboé, — 8,00 à 10,00 -
— de Patagonie, — 6,00 à 8,00 —
— du Chili, — 4,00 à 8,00 —
— des îles Baker, — 0,32 à 1,20 —
— deSaldanha, — 0,50 à 1,00 —
Le guano du Pérou est donc, sous tous les rapports, celui qu'il faut regarder comme le plus fertilisant. En Angleterre, celui qui contient moins de 16 pour 100 de parties ammo^ niacales n'est pas considéré comme guano de première qualité.
Poids de i*heetoiitre. — Le guano est plus OU moins pe-
sant^ selon qu'il renferme plus ou moins de sable, de parties organiques et d'eau.
Voici les poids que Ton a constatés par expérience :
Guano du Pérou 90 à 98 kil.
— d'Ichaboé 80 à 86 —
— du Chili 100 à 110 —
Altération. — Le guano, pendant son transport sur mer, subil des altérations. Celui qui a perdu de sa qualité est séparé, à Londres, du guano qui n'a subi aucune avarie. Selon son altération, on forme trois catégories : altéré, doublement altéré^ mouillé, que l'on désigne dans le commerce par les lettres suivantes D. S. — D. D.'S. — W.'S. Ces guanos sont vendus dans les ventes publiques à des prix réduits, comme engrais de qualité inférieure. Le premier doit encore contenir 13 à 14 pour 100 d'ammoniaque , le second 12 à 13, et le troisième 10 à il.
Faisiaeation. — Le prix élevé auquel se vend cet engrais a déterminé des fraudes ignobles; on le falsifie avec de la terre jaunâtre, de la sciure de bois, de la poudre de tourteaux, de la brique pilée, de la marne, etc.
On a proposé divers moyens pour reconnaître les falsifications que Ton fait subir au guano ; les procédés indiqués sont moins certains que l'analyse à laquelle il faut recourir quand on doute de la qualité du guano que l'on achète.
Le seul moyen que le cultivateur puisse adopter, quand fi lui est impossible de s'assurer, par l'analyse, de la composi-» tion du guano qu'on lui offre, consiste à mettre une pincée de guano dans une capsule de porcelaine et à l'arroser d'un peu d'acide nitrique. Par l'évaporation au bain-marie, le bon guano du Pérou colore en rouge vif et prend une teinte rouge encore plus foncée si on imbibe le résidu d'un peu d'ammoniaque caustique ; cette coloration est d'autant plus pronon-
cée que Tengrais contient plus d'acide urique. Lorsqu'on le chauffe, il noircit, brûle avec une flamme légère et laisse un résidu blanc un peu azuré.
100 grammes de guano pur donnent de 31 à 34 grammes de cendres. La cendre qui a un poids beaucoup plus considérable ou moins élevé indique que le guano a été fraudé.
Les guanos ammoniacaux ont une saveur salée, piquante et caustique.
On a vendu à Londres, en 1858 et 1859, du guano du Pérou qui contenait 21 à 60 pour 100 de sable, argile, brique pilée, etc., ou 30 à 60 pour 100 de carbonate dechaux.
Les falsifications qu*on fait subir au guano du Pérou prouvent la nécessité de n'acheter du guano qu'aux négociants qui le reçoivent directement des lieux de provenance et qui le garantissent très-pur.
Terrains sur lesquels on remploie. — Cet engrais peut
être employé dans toutes les contrées et sur tous les terrains. Toutefois, lorsqu'on l'applique tardivement, au printemps ou en été, sur des sols secs, sur les terres qui laissent évaporer facilement leur humidité , il est nécessaire de l'enterrer un peu profondément, afin qu'il puisse plus aisément se dissoudre et agir sur les plantes.
Conservation. -* Quelle que soit sa provenance, le guano doit être conservé dans des lieux parfaitement secs. C'est à tort qu'on laisse souvent les sacs sur la terre, sous des hangars ou dans des locaux oti le sol est frais; le cultivateur ne doit pas oublier un seul instant que le guano du Pérou nous arrive d'un climat situé sous les tropiques, où règne presque constamment une atmosphère sèche , et qu'il contient beaucoup de principes solubles dans l'eau. Toutes les fois que le guano reste exposé à l'action de l'air chargé de vapeur d'eau ou sur la terre humide , il perd de son énergie. Cet engrais
est livré par le commerce à l'agriculture dans des sacs de toile ou des paillassons. II esl aisé dès lors de comprendre avec quelle facilité on peut l'emmagasiner dans des bâtiments sains et secs et le placer sur des planches ou de la paille, atin qu'il ne se charge pas, par son contact avec le sol, d'une humidité anomale.
Préparation qo*!! exige. — Le guano s'emploie seul ou mélangé avec deux, trois ou quatre fois son poids de terre ou de cendres. Avant de l'appliquer, il faut écraser avec soin, par le concours d'une pelle en fer, toutes les parties agglomérées que l'on désigne sous les noms de grutneaux, A cet effet , on verse un sac de guano sur un sol durci et propre» ou sur une aire à battre soit dans une cour, soit à l'intérieur d'une grange, selon l'état de l'atmosphère, et on écarte avec précaution, c'est-à-dire sans remuer vivement les parties. poudreuses, toutes celles réunies et dures pour les déposer non loin du lieu sur lequel on opère. Quant aux parties agglomérées friables , on les divise , on les réduit en poudre au moyen du dos de la pelle, au fur et à mesure qu'on opère le triage des grumeaux. Lorsque la quantité de guano contenue dans le premier sac a été bien ameublie et débarrassée des parties dures, on ouvre un second sac et on verse son contenu sur l'endroit où l'on avait déposé le premier guano.
Quand la quantité de guano qu'onr doit employer a été ainsi manipulée, on s'occupe de réduire en poudre les grumeaux. Si ces parties sont très-dures, il faudra les diviser au moyen d'un pilon ou d'une masse soit en fer, soit en bois, et terminer leur pulvérisation avec la pelle. Dès que ces corps solides sont réduits à l'état de poudre, on mélange celle-ci avec les parties déjà ameublies.
On a proposé de soumettre le guano à l'action d'un crible II 26
OU d'un tamis, afin de séparer plus aisément les grumeaux des parties poudreuses; ce procédé ne peut pas être suivi sans qu'une certaine quantité des parties fines se dissipe dans Tair et soit complètement perdue. Cet inconvénient ma engagé à préférer le moyen que je viens de signaler à l'emploi de ces instruments.
On peut simplifier l'opération en soumettant le guano à l'action d'un concassewr-aplatisseur. Cet engrais , en passant entre les deux cylindres, sort de l'appareil complètement pulvérisé. On le reçoit dans un sac ou une caisse.
Si le guano doit être employé en mélange avec de la terre ou du sable , il faut choisir des terres bien pulvérisées et bien sèches. Des terres ou des sables humides se mélangeraient mal avec le guano, et leur application ne pourrait avoir lieu avec facilité. Quand la partie terreuse qu'on veut mêler au guano contient des pierres ou des débris de végétaux d'un volume assez^fort, on la passe à un crible ou à une claie. Le mélange de la terre et du guano doit avoir lieu dans un bâtiment à l'abri de la pluie si le temps est couvert. Si le ciel était pur on pourrait opérer dans une cour. Ce lieu doit être choisi de préférence au premier, toutes les fois que cela est possible, car les ouvriers souffrent moins de l'ammoniaque.
Quantité à appliquer.— La quantité de guano à répandre par hectare varie suivant les plantes que l'on cultive.
La quantité moyenne que l'on emploie le plus ordinairement dans la culture des céréales et qu'on applique sur les prairies naturelles ou artificielles, varie entre 250 et 400 kilogr., soit, en moyenne, 300 kil.
Les plantes industrielles, telles que colza , chanvre, tabac, betteraves, en exigent davantage. La quantité que Ton répand par hectare varie entre 400 et 500 kilog.
Dans les environs d*Âréquipa (Pérou), on l'emploie depuis longtemps dans la culture du maïs à la dose moyenne de 375 kilog.
Mais cet engrais peut-il être appliqué, comme ou le propose encore, à la dose de 600 et même 800 kilog. par hectare? La pratique agricole n'a pas jusqu'à ce jour justiflé l'application de quantités aussi grandes. Si je limite la quantité moyenne à 300 kilog., c'est que la raison économique s'oppose à ce qu'il soit répandu, dans les circonstances ordinaires, dans une proportion considérable. Ainsi, 300 kilogrammes coûtent actuellemeut, soit au Havre ou à Nantes, soit à Bordeaux ou à Marseille, 105 fr. Si l'on ajoute 5 fr. par chaque kilog. pour les frais de transport, cette quantité occasionnera une dépense de 120 fr. Si cette dose permet de récolter 22 hectolitres de froment par hectare, la quote-part de l'engrais supporté par chaque hectolitre s'élèvera à 5. fr. 30 c. Si, au lieu de 300 kil., on en applique 800, la dépense atteindra 320 fr., et la production ne dépassera pas 35 hectolitres. Dans ce cas, chaque hectolitre supportera une dépense de 9 fr. Ce résultat n'exige aucune explication !
Mode d^empioi. — On doit choisir un temps calme pour ^ répandre le guano. Quand on l'applique lorsque l'atmosphère est agitée, une partie plus ou moins forte de la quantité à employer se dissipe dans l'air et doit être considérée comme perdue.
Cet engrais, & cause de son énergie, ne doit pas être appliqué, quoi qu'on en dise, en même temps que la semence, car il détruit souvent sa faculté germinative, surtout si on l'emploie dans une forte proportion. MM. de Humbold^et Bonpland ont constaté, lors de leur voyage dans les lies de l'océan Pacifique, que le guano, appliqué dans une trop forte proportion et en même temps que les semences du maïs,
détruit le germe de ces graines au moment où il apparaît. On doit donc le répandre, puis donner un coup de herse et procéder ensuite à l'opération de la semaille.
On peut aussi l'appliquer en couverture quand les plantes sont déjà développées. Il faut, autant que possible, répandre cet engrais par un temps couvert qui présage de la pluie. L'expérience a démontré que s'il pleut dans les jours qui suivent son emploi, il agit toujours avec plus d'énergie et d'instantanéité. J'ai dit plusieurs fois que le guano exerçait une action moins sensible sur les plantes dans les années sèches que dans celles où le sol conserve sans cesse une certaine fraîcheur.
Quand on emploie cet engrais pour les pommes de terre, on le répand dans les sillons où l'on pose les tubercules.
Lorsqu'il fut question en France, il y a vingt années, d'employer le guano , on crut qu'on pouvait le répandre avec le même avantage, soit en automne, soit au printemps, sur des prairies ou des céréales en végétation. L'expérience a démontré qu'on ne devait l'appliquer sur les prairies qu'au printemps, alors que les plus grandes pluies ne sont plus à craindre, ou aussitôt après la première coupe, et qu'il fallait, surtout sur les sols humides ou situés dans des contrées pluvieuses, n'appliquer en automne, pour les céréales d'hiver, que la moitié de la quantité qu'on doit employer, et répandre l'autre portion au printemps sur les plantes en végétation, immédiatement après les hersages ou râtelages. En agissant ainsi, on est certain que l'action du guano ne sera pas entièrement paralysée par les pluies de novembre , les fontes de neige, et que cet engrais aura une action très-directe sur le tallement de la céréale cultivée et le développement de ses tiges. Cette manière de procéder est celle'que j'ai toujours adoptée, et je m'en suis bien trouvé.
Les ouvriers qui appliquent le guano le répandent à la main et à la journée.
Mode d*aetioii. — L*actiyité dont jouit le guano est due & la grande quantité d'azote et d'amnoioniaque qu'if renferme. Il est vrai qu'il contient des sels alcalins, mais ceux-ci sont en petite quantité relativement aux sels ammoniacaux. Si la puissance fertilisante de cet engrais était due principalement à la chaux, potasse, soude, combinées aux acides urique, oxalique, phosphorique, il faudrait admettre que le guano du Chili et celui d'Afrique sont aussi énergiques que le guano du Pérou, si riche en azote.
Le guano qui provient des ties de l'océan Pacifique a une action plus sensible, plus instantanée que celui d'autres contrées, mais moins prolongée. Le guano du Chili agit plus lentement, mais ses effets se font toujours sentir pendant deux années. Ces particularités sont dues, d'une part, à ce que le guano du Pérou contient une très-forte proportion d'ammoniaque qui se volatilise très-promptement, de l'autre, à ce que le guano du Chili renferme une quantité con sidérable de phosphate de chaux, sel d'une décomposition très-lente. C'est certainement à l'action si prononcée que ce sel de chaux exerce sur la vie des végétaux appartenant à la classe des céréales, qu'il faut attribuer les produits remarquables obtenus dans la cultilre du froment au moyen de ce dernier guano ou du guano phosphaté du Pérou que je signalerai en étudiant les engrais commerciaux.
Bnrée de son aetion. — Cette substance fertilisante doit être comparée à la poudrette, à la colombine, quant à la durée de son action. Si, appliquée à une dose convenable, elle peut être regardée comme équivalant à une fumure qui agit pendant deux ans, cela ne peut avoir lieu que quand on l'em* ploie sur des prairies naturelles. Répandue sur des céréales
OU des crucifères en végétation^ ou quelques jours avant ou après les semailles, ses effets ne se manifestent guère que pendant une année. Au Pérou, le guano agit généralement pendant Tibnée où on l'applique et durant celle qui la suit : mais, dans cette partie de l'Amérique méridionale, le sol et le climat sont toujours secs ; en Europe, les pluies sont trop fréquentes, la terre est ordinairement trop humide pour que cet engrais puisse offrir encore aux plantes, durant l'année qui suit celle où on l'emploie, une fécondité suffisante pour qu'elles végètent avec vigueur.
Plantes pour lesquelles on l'emploie. — Jusqu'à Ce jOUr,
le guano a eu sur les prairies naturelles des effets très-remarquables. Appliqué en mars et avril sur des prairies de mauvaise qualité, il a changé, en quelques semaines seulement, la nature de l'herbe, c'est-à-dire l'aspect des plantes. Ainsi, sousson action énergique et puissamment fertilisante, les tiges se sont élevées à une hauteur remarquable, les plantes ont formé des touffes vigoureuses, les feuilles ont pris une plus grande largeur et se sont colorées d'un vert très-foncé. C'est évidemment sur les prairies naturelles qu'on peut le plus utilement employer cet engrais. Toutefois, si, comme le disait Leclerc-Thouin, le guano agit d'une manière insolite sur les graminées, on ne doit pas oublier que ses effets sont bien moins remarquables sur le trèfle, la vesce ou la luzerne.
Cet engrais a une grande action sur les céréales d'automne et de printemps ; il active le développement des tiges, des feuilles et des semences d'une manière vraiment admirable. Ainsi, quand les plantes, au printemps, se montrent chétives, soit qu'elles aient souffert l'hiver, soit qu'elles soient arrêtées dans leur développement par l'action des agents atmosphériques, si on les saupoudre de guano, on
constate bientôt une différence énorme ; les plantes qui ont profité de cet engrais offrent des touffes plus fortes, et la verdeur de leurs feuilles est beaucoup plus foncée. L'accroissement rapide que prennent les céréales sur lesquelles on a appliqué du guano, oblige le cultivateur à employer cet engrais avec modération. Nonrseulement il est bien prouvé aujourd'hui que, généralement, l'augmentation des produits n'est pas en rapport avec la quantité employée, mais on sait que quand il survient des pluies abondantes en mai et en juin, et que le guano a été appliqué à haute dose, les céréales, par le fait d'une végétation luxuriante, se penchent et versent. Leclerc-Thouio, qui avait employé cette substance fertilisante à haute dose sur du froment d'automne, a constaté que les champs ont produit des masses de paille considérables, de nombreux épis, mais du grain petit et retrait. Ce fait, qui a été confirmé depuis, soit en France, soit en Angleterre, démontre avec quelle prudence on doit appliquer le guano sur les céréales, si on veut en obtenir les effets utiles et économiques que sa grande puissance fertilisa^nte lui permet de produire.
On peut aussi employer cet engrais pour les pommes de terre et les carottes, mais il convient mieux aux crucifères. En Angleterre et en France, on en a toujours obtenu des résultats très-satisfaisants chaque fois qu'on l'a appliqué sur les navets et sur les pépinières de colza et de rutabaga. Toutefois, on ne doit pas l'employer de préférence au noir animal quand on transplante des plantes délicates, telles que choux, betteraves, laitues, etc., ou alors n'en appliquer qu'une très-faible pincée. La plupart des choux, rutabagas, betteraves, que j'ai fait repiquer avec du guano pur, ont été complètement brûlés.
Commerce. — L'exportation du guano pour l'Europe n'est
plus libre. Par suite des guerres civiles qui ont rendu indépendant l'ancien empire des Incas , les lies où se trouve le guano ont été déclarées partie intégrante du domaine national des républiques du Pérou et de la Bolivie. De là, les règlements qui régissent son exportation et les droits perçus sur les ventes et affectés aux dépenses publiques.
En 1840, une société, dite Péruvienne, dont le siège était à Lima, obtint, après avoir fourni un cautionnement de 3 500 000 fr., le privilège exclusif de vendre cet engrais pour le compte du gouvernement du Pérou. De 1846 à 1852, cette société envoya en Angleterre 686000 tonnes ou 690 000 000 de guano.
Aujourd'hui, cet engrais est vendu, en Europe, au profit du Pérou, par MM. Antony Gibbs et Sons, de Londres.
Les entrepositaires en France sont :
MM. Santa-Coloma, à Bordeaux (Gironde);
Quesnel frères, au Havre (Seine-Inférieure); Maës, à Nantes (Loire-Inférieure); Dankaerts, à Dunkerque (Nord); Garoly, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Les sacs de guano du Pérou sont toujours livrés ficelés et plombés. Les cachets portent l'inscription suivante :
Gua7io du Pérou, monopole.
La France importe, chaque année, une quantité de guano beaucoup moins considérable que l'Angleterre. Voici les causes de cette différence :
L'administration française, voulant protéger le pavillon national , a supprimé les taxes qui frappaient l'importation du guano par navires français; mais, par contre, elle a maintenu à 3 francs par 100 kilog., la surtaxe établie à
rimportation par navires étrangers. Cette décision est une erreur^ et elle nuit aux progrès de l'agriculture. Ainsi, jusqu'à ce jour, un très-petit nombre de navires apparlenant à notre marine, a profité du privilège du droit prohibitif que la loi leur accorde : sur 77 navires qui ont importé en 1856 du guano du Pérou. 28 seulement appartenaient à la France.
L'Angleterre, qui n'a pas jugé nécessaire d'admettre un tel droit protecteur, a importé en J855, 281 761 tonnes de cet engrais. La France n'en a reçu que 13961 tonnes. Si Ton compare ces importations avec retendue que présentent ces deux royaumes, on constatera que notre agriculture ne reçoit pas la quantité qu'elle peut employer.
La même année, les États-Unis en ont importé 64 293 tonnes; l'Espagne 26430; Ttle Maurice 18193; et la Chine 1114. La quantité expédiée du Pérou, s'est donc élevée à 405 752 tonnes de jauge, équivalant & 500000 tonnes de 1000 kilog.
La quantité importée en France a atteint, en 1856, 43 829 tonnes ou 57 000 000 de kilog.
vaieiiF eommereiaie. — Il y a dix ans, le guano du Pérou se vendait, en France, de 22 à 25 fr. les 100 kilog. Le prix auquel on le livre aujourd'hui varie entre 32 et 35 fr., selon la quantité achetée. Cette augmentation de valeur a pour cause le droit dont est frappé cet engrais à l'importation sous pavillons étrangers, droit qui s'élève à 36 fr. par tonne, y compris le double décime.
Ce prix atteindra un chiffre plus élevé encore. Ainsi, le gouvernement du Pérou constatant bientôt que le guano est de plus en plus recherché en France et en Angleterre, ordonnera à ses consignataires d'en élever le prix. Celte décision sera fatale à l'agriculture française, parce que le guano
arrivant en Angleterre libre de tous droits de douane, s'y vendra encore moins cher qu'en France.
Le guano de Patagonie est livré, au Havre, au prix de 27 à 30 fr. les 100 kilog., lorsqu'il contient sur 100 parties 32 de phosphate de chaux et 9 d'azote.
Le quano des tles Baker et Jarvis est vendu de 20 à 24 fr. les 100 kilogr.
ËpaUement du sol par le guano. — On répète souvent
que le guano diminue la fertilité des terres sur lesquelles on l'emploie. Cette opinion n'est pas exacte et ne peut être soutenue que par les fabricants d'engrais artificiels. Au Pérou, où son emploi remonte à plusieurs siècles, on Tutilise indéfiniment dans la culture du maïs et de la pomme de terre, et, jusqu'à ce jour, on n'a pas constaté qu'il avait amoindri la richesse du sol cultivé autrefois par les Incas.
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