CHAPITRE I
ENGRAIS DUNE DÉœMPOSlTiON RAPIDE.
SECTION L Chair mvsciilaire.
Allemand. — PîeTÔÙ'isch. ' Espagnol. — C&rne.
Historique. — ComposttioD. — Quantité de viande fournie par un cheval. — Mode d'abatage. — Emploi de la chair fraîche. ~ Chair desséchée. — Terrains auxquels elle convient. — Mode d'emploi. — Quantité à répandre. — Plantes pour lesquelles on l'emploie. —Valeur commerciale.
Historique. — L'origine des chantiers d*équarrissage est très-ancienne. Il en existait déjà un à Paris au xv» siècle; le règlement de police du 28 juin 1404 fait connaître qu'il était situé au-dessous du castel du Louvre. Cette écorcherie et celles qui furent établies depuis aux environs des Tuileries, persistèrent, malgré Todeur infecte qui s*en exhalait, jusqu'au 20 octobre 1563, époque à laquelle le parlement ordonna aux tueurs et écorcheurs de bétes d'aller s'établir hors de Paris. Cet arrêt et ses conséquences heureuses déterminèrent le chancelier de THopital à proposer à Henri III , d'enjoindre à tous les écorcheurs du royaume d'établir leurs tueries hors des villes»
C'est en 1645 que le célèbre chantier d'équarrissage de Montfaucbn fut créé par Thou et Guillot. Toutefois, malgré les ordonnances qui obligeaient alors d* abattre les animaux dans les voiries, beaucoup d'équarrisseurs continuèrent leur métier dans Paris, jusqu'en 1761, époque où une sentence de police leur enjoignit de quitter cette ville dans l'espace de quinze jours.
Si Thou et Guillot ne réussirent pas dans leur entreprise, par contre, vers la fin du siècle dernier, Charrois y acquit une fortune considérable qui le rendit célèbre f)ar le luxe qu'elle lui permit de déployer.
A cette époque, les équarrisseurs de Montfaucon obtinrent la permission de vendre les intestins et les chairs aux agriculteurs, mais à condition qu ils ne les garderaient pas plus de cinq jours dans leur enclos. Auparavant les chairs servaient à nourrir les chiens des chiffonniers, ou elles étaient enfouies profondément ainsi que les viscères. Malheureusement ces débris restaient souvent sur le sol et dégageaient une odeur détestable. Aussi, était-il impossible de rien voir de plus dégoûtant» de plus insalubre.
Les carcasses n'étaient pas utihsées, on les brûlait; toutefois, cette crémation n'avait lieu ordinairement que quand il y en avait 700 à 800 de dépouillées ^
D'après Necker, à la fin du siècle dernier, on écorchait, dans les divers chantiers d'équarrissage des environs de Paris, 25 chevaux par jour, soit 9125 par an; en 1825, on tuait chaque jour, à Montfaucon , 35 chevaux , soit par an 12775.
1. Après la bataille qui eut lieu sous les murs de Paris, le 30 mars 1814, les chevaux lues restèrent sur le sol et ne lardèreut pas à se putréfier. Pour prévenir l'apparition de maladies contagieuses, on les brûla : leur nombre s'élevait à près de 4000. Cette opération dura 13 nuits et 14 jours; eUe coûta 8265 fr. à la ville de Paris.
Depuis 1830, grâce au remarquable travail de M. Payen, sur Vemploi des aniniaux morts, la chair de cheval est utilement employée comme engrais dans toutes les contrées où il existe des chantiers d'équarrissage.
Dans les circonstances tes plus générales, la chair musculaire fournie par les animaux qui meurent dans les campagnes est complètement perdue pour l'agriculture; c'est que, le plus ordinairement, on éprouve une très-grande répugnance à dépouiller les animaux morts épuisés , malades ou par accident, et à toucher leurs débris.. Aussi, le plus souvent , les cadavres sont-ils enfouis intacts dans une fosse profonde pratiquée au milieu d'un champ ou d'une prairie, ou abandonnés dans un fossé et livrés aux corbeaux, aux chiens, etc. On est loin de penser, quand on agit ainsi, qu'on abandonne des engrais très-énergiques. Il est évident que le temps est arrivé où les débris des animaux morts de vieillesse ou de maladies non contagkuses doivent être recueillis et utilisés avec soin. Si l'odeur que développent les chairs qui se putréfient est très-nauséabonde et putride, du moins elle n'est nullement nuisible à la vie. Les ouvriers équarrisseurs ont ordinairement une santé florissante, et ils meurent le plus souvent dans un âge fort avancé. (Voir, chapitre m :
EBfPLOI DES ANIMAUX MORTS.)
Composition. — La viande desséchée, à Aubervillers (Seine), est composée, d'après M. Soubeiran, comme il suit :
Matière animale 84 J8
Phosphate de chaux 2 ,40
Substances terreuses 2,82
Eau 10,00
Elle renferme 18,23 pour 100 d'azote, chiffre qui correspond à celui qu'ont obtenu MM. Payen et Boussingault.
On remarquera , d'après celte analyse , que cet engrais est dépourvu de sels ammoniacaux, et qu'il contient très-peu de parties alcalines. Le phosphate de chaux qu'il contient est dû, d'après M. Soubeiran, à ce que les os des petits animaux, chiens, chats, que l'on ajoute aux quartiers de chevaux, restent mélangés avec la viande après la cuisson.
Quanti té de viande fonrale par on cheval. — D'après Parent-Duchâtelet, un cheval moyen fournit 166 kilog. de chair musculaire fratche, un cheval en bon état 203 kilog.
■ode d'abata^e. — Les équarrisseurs de Montfaucon emploient quatre procédés pour abattre les chevaux : 1° insufflation de l'air dans les veines; 2'* piqûre delà moelle épinière; 3« section des artères et des veines; k"* percussion du crâne à l'aide d'une massue. Le troisième moyen est le plus en usage.
Emploi de la ehair Araiche. — Lorsqu'un cultivateur perd un animal, ou lorsqu'il peut acheter dans la localité qu'il habite des animaux épuisés, hors de service ou atteints de maladies incurables ou non contagieuses, il doit d'abord les faire dépouiller. Quand l'animal a été écorchéet désarticulé, on creuse une fosse un peu profcnde, et au fur et à mesure que les divers débris y sont placés, on les saupoudre de chaux vive, dans le but de précipiter leur décomposition, et on les recouvre de la terre fournie par l'excavation ; on doit avoir soin de bien combler la fosse, et de donner à la terre qui excède le niveau du sol la forme d'un prisme, dans le but d'empêcher les chiens, etc., de déterrer les chairs ou les os. Un mois ou deux après avoir ainsi placé les cadavres, on ouvre la fosse el on sépare les os des autres débris, chairs, etc., qui ne produisent plus qu'une faible odeur. Ensuite, on mêle ces débris et la cliaux hydratée, que l'on a dû employer dans une assez forte proportion, avec la meil-
leure terre dont on puisse disposer. On peut, en dernier lieu, mêler ces diverses parties avec la terre fournie par la fosse. Quand le mélange a été parfaitement exécuté, on le dispose en forme de monticule et on l'abandonne pendant quatre ou cinq semaines. Quand le moment d'employer ce compost est arrivé, on le remue de nouveau^ afin que le mélange soit aussi intime que possible.
Les cultivateurs du village de Hoofstade (Belgique) utilisent chaque année un très-grand nombre de chevaux à la fertilisation de leurs champs. D'après M. Crouner, ils déposent la chair dans une fosse au milieu d*une forte quantité de fumier, et chaque fois qu*ils remuent ces matières (le remaniement s'opère chaque semaine), ils ajoutent de nouveau du fumier frais d'étable, afin de. maintenir constamment le compost en fermentation. Us comptent que 7 chevaux suffisent pour fertiliser 1 hectare.
On peut ajouter à la chair musculaire de la tannée au lieu de fumier. M. Gauthier, de Dinan, a obtenu, en procédant ainsi, des résultats très-remarquables : la tannée a cet avantage qu'elle atténue d'une manière sensible l'odeur fétide et désagréable que développe la chair musculaire en se décomposant.
Suivant M. Payen, il faut, lorsqu'on emploie des débris animaux, tels que viande et sang desséchés, leur ajouter quelques millièmes d'acide pyroligneux pour empêcher les rats de fouiller la terre pour s'emparer de ces débris.
Ghair dçsséehée. — Depuis plusieurs années, des usines d'équarrissage ont été créées dans les environs des grands centres de population, dans le but de réduire en poudre la chair musculaire des animaux qu'elles abattent, et de la livrer à l'agriculture comme matière fertilisante. Autrefois on dépeçait les cadavres, et la viande était désagrégée dans un autou 27
clave contenant une certaine quantité d'eau et sous une pression de deux atmosphères. Après 12 heures d'ébuUition, l'eau était convertie en bouillon gélatineux, et soutirée au moyen d'un robinet, après avoir enlevé, toutefois, au moyen d'un trou d*homme , la graisse qui existait à sa surface.
Aujourd'hui^ la chair musculaire est convertie en engrais pulvérulent au moyen de la cuisson à vapeur. On a adopté ce dernier moyen, à cause des graves inconvénients que présentait l'ancien procédé, ceux de donner naissance à des vapeurs infectes, désagréables, et de désagréger la chair avec beaucoup de lenteur. Voici comment on procède à cette préparation : l'animal est abatlu, saigné, dépouillé et dépecé, et toutes ses parties charnues sont placées dans une grande caisse de forme circulaire munie latéralement et supérieurement de deux portes ou obturateurs en fonte fermant hermétiquement à l'aide de vis et d'écrous ou de boulons à clavettes. Lorsque cette caisse est remplie de débris, on ouvre le robinet d'un tuyau en communication avec une chaudière, afin d'y introduire un jet de vapeur, en ayant soin de n'agir qu'à une tension de 0,10 à 0,15, afin de ne pas altérer la gélatine et les graisses. La durée de la coction varie entre 20 et 24 heures. Lorsque la cuisson est terminée, les chairs sont retirées de l'autodave, soumises à une forte pression, afin d'éliminer une grande partie du liquide gélatineux qu'elles renferment, puis on termine leur dessiccation soit au four, soit dans une étuve, soit dans de grandes bassines en fonte, ou sur des plaques en tôle chauffées modérément, en les remuant continuellement. Quand la viande est bien sèche et encore chaude, on la réduit en poudre au moyen de meules.
L'eau qui, pendant la cuisson, a été condensée par les chair s et a entratné les parties solubles, principalement la graisse,
la gélatine et les sels, existe au fond de la caisse. Lorsqu'on veut séparer la graisse des autres parties entraînées par l'eau, on laisse cette dernière se refroidir et la graisse ne tarde pas à surnager.
Quant au liquide gélatineux ^ on peut Tutiliser pour animàliser des substances végétales. Il contient 0,92 pour 100 d'azote.
C'est sous la forme d'une poudre rouge noirâtre, grossière, que la chair musculaire desséchée est livrée à l'agriculture; l'odeur qu'elle développe est assez forte, nauséabonde.
On peut, dans les exploitations agricoles, adopter un moyen plus simple. Ce procédé consiste à immerger les chairs après le dépeçage, dans un bequet contenant de l'eau, du sulfate de fer et du carbonate de soude, pendant une ou deux heures, selon la force des morceaux. Quand cette immersion a eu lieu, on fait sécher ces derniers sous un hangar fermé ou dans un séchoir, et quand ils sont secs, on les réduit en poudre au moyen de pilons ou de meules. L'engrais que l'on obtient n'a pas, pour ainsi dire, d'odeur. On peut aussi, suivant Darcet, tremper la viande dans de l'eau acidulée par de l'acide chlorhydrique .
Un kilog. de chair musculaire desséchée et réduite en poudre produit environ 250 grammes d'engrais.
On fabrique à Aubervilliers (Seine) un engrais appelé guano d'Aubervillers ou cheval en poudre. Cet eflfrais est fabriqué avec des chairs, des issues, du sang^ etc. La chair est cuite dans une chaudière autoclave, ensuite divisée, séchée dans une étuve et réduite en poudre.
Ce guano contient 10 pour 100 d'azote et 15 pour 100 de phosphate de chaux. On le vend 25 fr. les 100 kilogrammes.
On l'applique à raison de 300 à 400 kilogrammes par hectare.
Le guano de viande fabriqué à Levallois (Seine), par M. Landais, contient sur 100 parties : viande 33, phosphate de chaux 33, matières végétales azotées 15, eaux alcalines 19.
Il est vendu 35 fr. l'hectolitre.
M. Landais recommande de le répandre à la dose de 2 h ctolitres par hectare sur les blés qui ont souffert pendant rhiver.
Terralas auxquels elle convient. — La chair musculaire ne convient guère qu'aux sols légers et sablonneux ; appliquée sur des terrains compactes et humides, elle n'agit pas sur les plantes avec la même durée; c'est que sur de telles terres elle se dissout très-promptement. On ne peut en faire usage sur les terres argileuses et en espérer des résultats avantageux qu'en la répandant au printemps pour des cultures annuelles.
La chair desséchée n'est appliquée en automne que sur les terres légères et perméables.
iiode d*einpioi. — La chair qui a servi à faire un compost, doit être appliquée au printemps sur les labours de semailles ou sur les plantes en végétation.
Il n'est pas indispensable de décomposer la chair musculaire avant de l'employer comme substance fertilisante. On peut la diviser en petits morceaux, répandre ceux-ci sur des champs labourés, et les incorporer au sol par un labour superficiel ou un hersage très-énergique. Toutefois, ce procédé a des inconvénients. Ainsi on a reconnu, par expérience, que le sol est fertilisé très-inégalement, que les travaux de hachage sont longs et coûteux, et que les débris, à cause de l'odeur qu'ils développent quand ils se décomposent, attirent les corbeaux et les pies, qui font de grands dégâts sur les terres ensemencées de céréales.
La chair desséchée se répand à la volée avant ou après que
CHAIR mJSCULAIRE. 421
la semence a été projetée, en ayant soin du la mêler à la couche arable, aussi près que possible de la surface du sol. Ainsi enfoui, cet engrais est continuellement en contact avec les racines des plantes et agit favorablement et presque instantanément sur la végétation.
Qqaatité à répaadre par hectare. — La quantité de viande
en poudre à appliquer par hectare, varie enire 300 à 400 kilog., selon les plantes que Ton cultive.
Plantes poar lesquelles on remploie. — Dans la plupart
des circonstances, cet engrais est réservé pour le chanvre, le lin, la betterave, les plantes potagères, etc., végétaux qui, pour donner des produits très-abondants, réclament des engrais qui agissent promptement.
Vaievr eommereiaie. — A Paris, la chair musculaire desséchée et réduite en poudre est livrée à l'agriculture au prix de 14 à 16 fr. les 100 kilog. ; à Nantes, la même quantité est vendue 18 à 20 fr.
A Montfaucon, près Paris, la chair fraîche et les issues se vendent sur place de 3 à 5 fr. les 1000 kilog.
SECTION IL Sang.
Anglais, — Blood. Espagnol, — Sangre.
Historique.— Composition. — Récolte. -Emploi du sang frais. — Dessiccation du sang. —Emploi du sang sec. — Quantité à répandre. —Cultures pour lesquelles on l'emploie. — Valeur commerciale. — Bibliographie.
Historique. — Autrefois le sang était, comme les autres débris animaux, complètement perdu pour l'agriculture. Ce fut en 1825 que l'industrie apprit à le convertir en substance véritablement fertilisante. A cette époque, la Société centrale d'agriculture établit im concours qui appela lattention des industriels sur remploi des débris les plus putrescibles des animaux. M. Payen eut l'honneur d'obtenir le prix proposé. Il est aujourd'hui hors de doute que son ouvrago a puissamment contribué à la création d'usines destinées à utiliser les débris d'animaux morts ou qu'iUfaut abattre.
GomposicioB. — Le sang est extrêmement riche en matières azotées et alcalines; de toutes les matières animales, il est la plus éminemment organisée.
D'après M. Nasse, le sang normal des animaux domestiques abattus dans les chantiers d'équarrissage, présente la composition suivante :
Cheval. ChieD. Chat.
Eaux 804,75 799,50 810,02
Globules 117,13 123,85 113,39 '
Albumine 67,58 65,19 64,46
Fibrine 2,41 2,93 2,42
Graisse 1,31 2,25 '2,70
Selssolubles 6,82 6,28 ' 7,01
Suivant le même observateur, le sang obtenu dans les boucheries ou les abattoirs est ainsi composé :
Bœuf. Veaa. Brebis. Porc.
Eau 799,56 826,71 827,72 768,96
.Globules. 120,87 102,50 92,42 145,53
Albumine...... 66,93 56,41 68,77 72,87
Fibrine 3,62 5,76 2,57 3,95
Graisse 2,04 ^1,62 1,61 1,95
Sels solubles . . 6,98 7,00 6,91 6,75
Lorsqu'on abandonne le sang à lui-même, les globules se rassemblent dans un réseau de fibrine ou d'albumine coagulée, et le liquide qui se sépare, auquel on a donné le nom de sérum, n'est que de Teau tenant en dissolution de l'albumine et des sels de potasse et de soude.
D'après Berzélius, 1000 parties de sérum de sang de bœuf contiennent. 905,00 d'eau et 79,79 d'albumine. Lorsque le sérum a été desséché, il contient de 15 à 16 pour 100 d'azote.
MM. Payen et Boussingault ont trouvé :
r Dans le sang liquide obtenu dans les abattoirs, 81 pour 100 d'eau et 2,95 pour 100 d'azote ;
2*» Dans celui provenant de chevaux épuisés, 82,5 pour 100 d'eau et 2, 71 pour 100 d'azote;
3" Dans le sang sec desséché tel qu'on le livre à l'agriculture, 12,5 pour 100 d'eau et 14,87 pour 100 d'azote;
4° Le sang coagulé et pressé contenait autant d'azote que celui qui avait été. séché en fabrique.
On voit d'après ces chiffres, et les résultats obtenus par M. Nasse, que le sang obtenu dans les chantiers d'équarrissage est moins riche, moins fertilisant que celui recueilli dans les abattoirs et quels sont les avantages que présente la dessiccation de ce liquide.
Un hectolitre de sang liquide pèse en moyenne 112 kilog.
Réeoite. — Le sang, lors de Tabatage des animaux, est fortement agité avant son refroidissement. Cette agitation a pour but de précipiter la fibrine du sang et d'empêcher sacoagulation. Après ce battage, le sang marque ordinairement de 6 à 7 degrés à Vaéromètre de Baume. On a constaté dans diverses villes que le sang vendu aux fabriques d'engrais par les bouchers ne marque que 3 à 4 degrés à l'aéromètre de Baume. Cette faible pesanteur prouve que la qualité en a été altérée par laddition d'une certaine quantité d*eau.
Dix jours suffisent en été pour qu'il fermente, se putréfie et développe une odeur repoussante.
Un cheval donne en moyenne de 15 à 18 kilog. de sang.,
Emploi du saag liquide. — Le sang n'est employé à l'état liquide que quand on n'en a qu'une faible quantité; alors on l'étend d'eau et on le répand par un temps sec sur une terre parfaitement meuble. On le mêle ensuite, au sol par un léger labour ou plusieurs hersages très-énergiques.
Il se décompose rapidement.
On peut aussi se servir du sang étendu d'eau pour l'arrosage des fumiers. Ainsi employé, cet engrais n'a pas une action fertilisante bien marquée : il se décompose rapidement et favorise mal la végétation des plantes qui se développent avec lenteur.
On peut aussi l'appliquer sous forme de compost, après l'avoir mêlé le plus intimement possible à la pelle avec six ou huit fois son volume de terre sèche, ou trois fois son volume de terre chauffée au four.
M. Péplowski a proposé de mélanger au sang, lorsqu'il est encore frais, un trente-deuxième de son poids de chaux vive.
M. Caillât approuve ce procédé, et observe qu'au bout de peu de temps, le sang se pread en masse et forme un véritable albuminate de chaux insoluble. Alors, si on divise le coagulum formé, ce qui se fait très-facilement, et si on le dessèche, on obtient un engrais d*un emploi facile et d'une décomposition prompte.
Dans ces derniers temps, M. Bonnet a employé avec succès le chlorure acide de manganèse, résidu de la préparation de chlore. Ainsi traité, le sang retient plus fortement son azote que le sang que la chaleur a coagulé, et sa couleur est plus noire.
DessiccatioD- du sang. — Dans le but de retarder la décomposition rapide du sang, et pour qu'il profite entièrement aux plantes, on le coagule et on le, dessèche* On connaît aujourd'hui divers procédés de coagulation et de dessiccation. Je vais rapporter ceux qui sont les plus adoptés.
M,. Payen a proposé le moyen suivant comme le procédé le plus simple : on fait dessécher au four, immédiatement après la cuisson du pain, de la terre exempte de mottes, que Ton a soin de remuer de temps à autre au moyen du râble; il en faut environ quatre à cinq fois plus que l'on n'a de sang' liquide; on tire sur le devant du four cette terre toute chaude, et on l'arrose, en la retournant à la pelle, avec le sang à conserver ; on renfourne de nouveau le mélange et on l'agite avec le râble jusqu'à ce que la dessiccation soit complète ; on peut alors mettre le tout dans de vieux barils ou caisses, à Tabri de la pluie, pour s'en servir au besoin. La terre, dans ce mode de préparation, est utile surtout pour que le sang soit dans un état de division convenable, et sa décomposition plus régulière et plus lente.
M. Cornali d'Almeno calcinait dans le Berri des terres
silico-argileuses qui lui revenaient à 25 œntimes Thectolitre. Il faisait cuire le sang dans une chaudière dans laquelle il avait versé préalablement un hectolitre de cendres. Quand le sang (1 hectolitre 25 litres) et les cendres avaient bouilli environ deux heures, il les mêlait à 2 hectolitres de terre carbonisée.
L'engrais qu'il obtenait en opérant ainsi contenait 0,75 d'azole et pesait 98kilog. l'hectolitre. Il l'employait à la dose de 20 hectolitres pour une demi-fumure. Cet engrais lui revenait h 2 fr. 23 c. rhectolitre.
Dans les fabriques, le sang est traité ainsi qu'il suit : on place dans un local des cuves en bois pouvant contenir chacune trois ou quatre barriques de sang, et dans chaque cuve on fait arriva» un fort jet de vapeur d,'eau fourni par un générateur chauffé à feu nu, et on a soin d'agiter la masse jusqu'à ce que le sang soit entièrement coagulé. Sous l'aciion de la vapeur qui se condense dans le sang, la température s'élève progressivement jusqu'à 60 degrés centigrades.'l'albumine se coagule et le liquide s'épaissit de plus en plus. Lorsque l'opération est terminée, on remplit de petits sacs de toile de la pâle fluide et chaude, on les dépose sur un plateau en couches séparées par des claies d'osier, et on place le tout sous une presse à bras. Sous l'action de cette machine, un liquide d'un jaune rouillé, presque transparent, contenant seulement du chlorure de sodium et de potassium (sels solubles du sérum), ruisselle de tous côtés. Quant au coagulum, il se présente à la sortie de la presse sous forme de tourteaux ou galettes minces, humides^ et d'un rouge brunâtre. Toutefois, comme cette partie du sang fermenterait encore si elle était abandonnée à elle-même, on la dessèche dans un séchoir à l'air chaud. Sous l'action de la chaleur, ces galettes deviennent dures, cassantes et vi-
treuses. Quand elles sont arrivées à cet étal, on les broie dans un moulin.
Ainsi desséché et divisé, le sang se présente à l'état d'une poudre plus ou moins fine, ayant une couleur rouge noirâtre ; son odeur est faible et n'a rien de dégoûtant.
Toutefois, ces deux procédés de dessiccation sont loin de satisfaire 'aux nécessités de la santé publique, et les ouvriers qui les mettent en pratique sont sans cesse exposés à des émanations insupportables, à des odeurs suffocantes. M. V. Suquet, profondément pénétré que la cuisson des grandes masses de sang est une opération vicieuse au point de vue de l'hygiène, a proposé de traiter le sang liquide avec une solution de persulfate de fer. Les résultats qu'il a obtenus par ce rapide procédé, pendant lequel on ne constate pas de fermentation ou d'élévation de température, ont été trèsremarquables.
Voici comment on opère : on mêle au sang liquide et à froid 5 pour 100 en volume de persulfate de fer, liquide rougeâtre très-astringent et marquant 17 à 20 degrés à l'aréomètre de Baume'. Le sang se coagule instantanément en une masse solide, noirâtre, inodore et imputrescible On extrait celte pâte solide, on la dépose en un seul morceau sous un hangar. Cette masse, abandonnée à elle-même, laisse ruisseler pendant les premiers jours un liquide clair, transparent, sans traces de matières animales et contenant, avec un léger excès de sels ferriques, les sels ordinaires du sang. Peu à peu cette masse se tasse et se subdivise de manière à être détachée par blocs avec la pioche. Dans cet état, le sang est mis en poudre avec la même facilité qu'on aurait à briser
1. Le persulfate de fer ou sulfate de sesquioxyde de fer se prépare trèsfacilement; on Tobtient en traitant le peroxyde de fer ou sesquioxyde de fer par Tacide sulfurique. "'
une molle de terre friable et desséchée. Cette poudre est ensuite élendue par couches, remuée fréquemment et séchée au soleil. Pour la conserver, il faut la mettre en barils, en sacs, et placer ces objets dans un lieu à l'abri de ThumiJité.
D'après M. Derosne, 1 kilog. de sang coagulé par l'ébullition, puis desséché à Téluve, représente 4 à 5 kilog. de sang liquide.
Voici quelle est, d'après M. Soubeiran, la composition du sang que l'on a coagulé par le jet de vapeur :
Matière animale 78 ,00
Phosphate de chaux 0,30
Sels et matières terreuses 4 ,70
Eau i7,00
Cet engrais contient 15,0 pour 100 d'azote.
Emploi do sang ae«. — Les conditions essentielles pour l'emploi du sang sec sont qu'il soit bien divisé et, autant que possible, mêlé avec la terre humide, pour que sa décomposition s'opère promptement. On doit l'employer de préférence au printemps et en été, quiind on prévoit des pluies prolongées, sans quoi il produit très-peu d'effet.
Quantité à répandre. — La quantité à appliquer par hectare varie de 600 à 800 kilog., selon les exigences des plantes.
Comme le sang entre promptenaenl en putréfaction, surtout dans les temps où la température de l'atmosphère est élevée, on doit, s'il doit être appliqué en même temps que les semences de maïs, sarrasin, céréales, millet, etc., le mélanger au sol quelques jours avant d'exécuter la semaille. On peut aussi, comme le conseille M. Derosne, le mêler à une certaine quantité de terre dans une portion du champ qui sera ensemencé et arroser ensuite ce mélange. Au bout de 7 à
8 jours, on répandra ce mélange soit à la main soit à la pelle, et on sèmera ensuite la graine. Ainsi préparé, le sang sec éprouve un premier mouvement de fermentation avec dégagement de chaleur; alors on ne redoute plus qu'il manifeste des effets trop actifs et on est assuré, autant qu'il est possible de l'être, que les éléments résultant de sa décomposition seront absorbés par la terre et successivement assimilés par les plantes. ■
Cultures pour lesquelles on l'emploie. — Le sang convient spécialement aux plantes qui accomplissent promptement leurs diverses phases de végétation. On l'applique avec succès dans la culture du maïs, haricots, pois, betteraves, pommes de terre et céréales de printemps. Dans les colonies, on remploie pour la culture des cannes à sucre, des caOers, des cotonniers.
Quand on applique cet engrais à des plantes qui produisent des germes délicats, la canne à sucre par exemple , il faut l'employer avec beaucoup de prudence. M. Derosne fait observer que si le sang n'était pas bien mélangé ou s'il y en avait une trop grande proportion, la chaleur qui résulterait de la décomposition de cet engrais risquerait de brûler les jeunes racines, comme cela a eu lieu dans plusieurs plantations de cannes à sucre lors de son introduction dans les colonies. Pour obvier à cet inconvénient, il faut mêler le sang en poudre avec de la terre. Il n'est pas prudent, dans une telle culture, d'employer plus d'une partie de sang contçe 50 parties de terre.
On peut aussi employer le sang sec sur les prairies naturelles et artificielles; mais pour qu'il y produise des efl'ets marqués, il est convenable de le semer au printemps et par un temps pluvieux, pour que sa décomposition s'opère promptement.
Valeur «ommereiaie. — Autrefois le sang sec se vendait à Paris 20 fr. les 100 kilog. Aujourd'hui on le livre à l'agriculture à raison de 25 Cr.
Plusieurs fabricants d'engraiB cotent le sang sec en poudre 10 à 12 fr. les 100 kilogr. Ce prix n'est pas assez élevé pour qu'ils puissent le livrer pur, c'est-à-dire exempt de terre calcinée ou de matières charbonneuses.
M, Cornali d'Almeno achetait le sang des abattoirs de Châteauroux, Poitiers, etc., au prix de 6 fr. la barrique de 125 litres.
BIBLIOGRAPHIE
veroHiie. — Mémoire sur Temploi du sang sec , 1831 , in-4.
p»yen. — Mémoire de la Société ceairale d'agriculture, in-8, 1830, p. 67.