CHAPITRE III
Dépeçage. —Enlèvement des parties grasses. — Désosçement de la chair. — Emploi des os. — Emploi de la chair. — Enlèvement des tendons. — Emploi du sang. — Emploi des issues. — Utilisation des boyaux. — Préparation des cornes. — Emploi des crins, — des poils, — des plumes, — des fers et des clous. — Produits fournis par un cheval.
Les animaux domestiques qui meurent de vieillesse, de maladie ou par accident, fournissent des débris qu'on peut employer comme engrais, et des matières que le commerce achète partout. Dans un grand nombre de localités, comme je l'ai dit précédemment, on se contente de les faire dépecer et on les enfouit ensuite dans des trous profonds de plusieurs mètres. On agit ainsi à cause delà répugnance qu'on éprouve à toucher les animaux morts, et pour ne pas s'exposer à la raillerie publique. Dans le but d'éclairer les populations agricoles sur les moyens les plus simples d'utiliser les cadavres d'animaux sains, j'indiquerai brièvement les opérations qu'on peut exécuter dans une ferme quand on perd un ch( val, un bœuf ou un mouton.
Dépeçage. — Autant que possible, on doit dépecer les animaux lorsqu'ils sont encore chauds. C'est ainsi, du reste, qu'on opère dans la plupart des chantiers d'équarrissage. Alors les cadavres quels qu'ils soient ne développent aucune odeur infecte, et l'écorchage se fait mieux et plus promptement.
Avant de détacher la peau, on doit couper les crins, enle-
• EîflPLOl DES ANIMAUX MORTS. * 445
* ver les fers, si les pieds en ont, et réunir les clous pour les conserver.
Quand ces travaux préliminaires ont été exécutés, on maintient l'animal sur le dos, et, à l'aide d'un couteau bien aiguisé, on incise la peau, depuis Tanus jusqu'à la mâchoire inférieure, en traversant en ligne droite le ventre, la poitrine et le cou. Alors on incise aussi la peau des quatre membres dans toute leur longueur, et on fait à chaque pied et près du sabot une incision circulaire. On détache ensuite la peau soit avec la main, soit à l'aide d'un couteau. Il faut avoir le soin de diriger le tranchant de la lame de cet instrument vers la chair ou les muscles, afin de ne pas endommager la peau. On doit enlever entièrement la peau de la tête, des membres, de la queue, afin qu'elle soit plus pesante.
Les peaux de cheval, mulet, âne, bœuf, vache et veau doivent être livrées toutes fraîches aux tanneurs. Les peaux de bélier, brebis, mouton, agneau, chèvre, bouc, chevreau, cerf, loup, chien, etc., se vendent aux mégissiers. On peut conserver ces dernières peaux pendant plusieurs mois, si après récorchage on les étend sur une corde ou une gaule dans un endroit sec et aéré.
Ix)rsque les peaux des solipèdes et des grands ruminants doivent être expédiées à une grande distance, ou quand on est forcé de les conserver pendant plusieurs jours, et même une ou deux semaines, il faut les débarrasser avec soin de toutes les parties charnues et matières gra3ses et les étendre à l'air sous un hangar afin qu'elles sèchent et ne se putréfient point.
Eniè^eiiient de» parties grasses. — Lorsque l'animal a été dépecé, on Touvre, on enlève les intestins, qu'on dépose à une faible distance de la carcasse, et on recueille les parties grasses. Quand cette récolte est terminée, on divise la ma-
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tière grasse en petits fragments et on la fait fondre dans une * chaudière. Lorsqu'elle est fondue, on Tépure à l'aide du tamis et on la verse dans un baril pour l'employer froide dans le graissage des harnais, des voitures et des machines.
Les cretons qui restent sur le tamis servent à nourrir les chiens de garde ou de berger.
DéiMsneflieiit de la ehair. — Lorsque les parties grasses ont été enlevées, on désarticule les membres et on débarrasse les os de la chair qui les recouvre. Cette opération est un peu longue et minutieuse, mais elle est indispensable si on veut utiliser séparément et les os et la chair. ' Eaipi«i des ••. — Les OS nettoyés, c'est-à-dire débarrassés de la chair qui les enveloppait, sont réunis pour être livrés aux fabricants de noir de raffinerU ou employés comme engrais après avoir été concassés ou réduits en poudre. (Voy. Os, p, 215.) '
Les tabletiers utilisent les os plats des épaules des bétes bovines, les os cylindriques des membres de tous les grands animaux, les côtes les plus larges du bœuf et de la vache.
Les fabricants de gélatine ou de colle dos achètent les os appelés les canards f qui proviennent de la tête des bétes bovines, les os dits comillonsy qui remplissent l'intérieur des cornes, les os plats des bétes à laine, les parties osseuses formant la base des onglons des bœufs et des vaches
On vend les os des pieds de bœul , cheval , mouton aux fabricants d'huiles grasses,
Enpioi de la chair. —La chair saine peut être employée crue ou cuite dans l'alimentation des porcs. On peut aussi l'utiliser comme engrais (voy. GfiAiR, p. 413), ou la dessécher et la vendre aux fabricants de bleu de Prusse, de prussiate de potasse, etc. Cette dessiccation exige des travaux particuliers que nous ne pouvons signaler ici.
Enlèremeiil des tendons on nerfe. — On doit, avant de désarticuler les membres, séparer avec soin les tendons ou nerfs afin que leur longueur soit aussi grande que possible. Pour les détacher aisément, on passe une lame de couteau entre eux et les os; quand on les a enlevés, on les débar» rasse de la chair qui y est adhérente. On peut laisser les petits lambeaux de peau, car ils servent aux mêmes usages que les tendons.
On les vend aux fabricants de colle forte.
Emploi da oaiig. — Quel que soit le moyen qu'on emploie pour abattre un animal, il faut recueillir le sang avec soin; ce liquide, après avoir été préparé, constitue un engrais trèspuissant et très-soluble. {Voy. Sang, p. 422.)
Emploi des lûmes. — Toutes les parties intestinales et le cœur, les poumons, le foie, etc., forment un engrais trèsactif. On les utilise avec avantage dans la fabrication des composts. On ne doit les employer que lorsqu'ils ont été transformés en engrais pulvérulent.
Utilisation des boynnx. — On doit séparer les boyaux des autres parties intestinales, les laver à plusieurs eaux, et les débarrasser, en les ratissant légèrement avec le dos d'un couteau afin d'éviter de les couper, de la matière grasse qui y est adhérente. Alors on les étend à Tombre sur des cordes pour qu'ils puissent sécher. Lorsqu'ils sont en partie secs, on les soufre, on les étend de nouveau sur les cordes ; et quand ils sont secs et encore souples, on les emballe pour les livrer au commerce. Les boyaux ainsi préparés servent à la fabrica-. tion 4es cordes à violon, à rouet, etc.
Préparation des eornes. — Pour séparer aisément les , sabots et les onglons des pieds, il faut faire tremper ces derniers dans l'eau pendant plusieurs semaines. Lorsque la substance molle interposée entre l'os du pied et la corne a été
dissoute, on opère facilement la séparation de œs deux parties en introduisant une lame de couteau dans Tintervalle amolli.
Les sabots, après avoir été assortis par grandeur et par couleur, sont vendus aux aplatisseurs, qui les préparent pour les fabricants de manches de couteaux, de peignes, etc.
Les cornes entières et larges se vendent plus cher que les cornes de petites dimensions et non entières.
Les cornes défectueuses sont réduites en petits fragments ou en râpure. Cette poudre se v^nd aux fabricants de bleu de Prusse ou dobjets en corne fondue, ou on remploie comme engrais. Les cornes divisées sont utilisées comme matière fertilisante. {Voy. DÉBRIS DE CORNE, p. 440.)
Emploi des erins.-— Les crins se conservent longtemps quand ils ont été lavés et séchés. Ceux qu*on destine au rembourrement des meubles, des matelas, etc., sont tressés et exposés ensuite au-dessus de Teau bouillante. Ainsi préparés, ils sont très-élastiques.
Les crins longs servent à confectionner des étoffes de luxe. Les crins courts sont employés pour fabriquer d'excellentes cordes, pour rembourrer les selles, les fauteuils et lés matelas.
Emiiioi des poils. — Les poils qu'on sépare des peaux de cheval, de bœuf, etc., et qu'on appelle bourre, sont utilisés par les selliers, les bourreliers, les tapissiers et les maçons.
On les sépare des peaux en plongeant celles-ci dans un lait de chaux et en les y laissant séjourner pendant quelque .temps. Lorsque les poils s'arrachent aisément, on les relire pour les étendre sur un chevalet arrondi et racler la surface extérieure au mojen d'un couteau de bois.^La bourre qu'on obtient -en agissant ainsi est ensuite lav^e et étendue pour la faire sécher. On livre la peau, soit sèche, soit humide, à un tanneur.
Emploi des soles. — Les soies de porc servent à fabriquer des brosses, des pinceaux, des balais, etc.^ ou elles tiennent lieu d'aiguilles aux cordonniers. On les extrait de la peau au moyen de l'échaudage.
Emploi des plumes. — Les plumes de tous les oiseaux domestiques sont achetées par le commerce» quand elles ont été ou bien conservées ou parfaitement préparées.
On doit éviter de mêler les plumes qui proviennent d'oiseaux morts avec celles qu'on a arrachées sur des oiseaux vivants ou qu'on a plumés lorsqu'ils étaient encore chauds.
Emploi des fers et des eiovs. — Les fers de chevaux, de mulets, de bœufs, sont recherchés par les forgerons ou les maréchaux, parce qu'ils forment du fer d'excellente qualité.
Les clous arrachés des pieds de ces animaux sont achetés par le commerce, qui les vend sous le nom de rapoinlis aux maçons, aux jardiniers ou aux tonneliers.
ProdniU roarnls par bm ehe^al. — Un cheval de force
moyenne, que Ton équarrit avec soin, fournit les produits moyens suivants :
Peau 30S00 à 0',40 12' ,00
Chair 160,00 0,05 8,00
Os décharnés 45,00 0,05 2,25
Saog non desséché 16 ,00 0 ,02 1 ,80
Graisse 4,00 1,00 4,00
Crins longs et courts 0 ,20 3 ,00 0 ,60
Tendons non desséchés ' 2 ,00 0 ,10 0 ,20
Issues 40,00 0,05 2,00
Sabote 2,00 0,50 1,00
Fersetclous 0 ,50 0,50 0 ,25
ToUux 299\60 32',00
Tous ces débris, traités par les moyens en usage dans les chantiers d'équarrissage, ont une valeur de 60 à 70 fr.
Un cheval en bon état fournit souvent 25 à 30 kilog. de sang, 200 kilog. de viande et 500 gr. de crins.
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Ces chiffres sont la preuve la plus manifeste de la faute qu'on commet si fréquemment dans les campagnes lorsqu'on néglige de tirer parti des animaux morts. Les détails qui accompagnent les divers mots auxquels nous renvoyons le lecteur confirment la simplicité des opérations qu'ils font connaître ; d'un autre côté ils démontrent combien est grande l'insouciance des agriculteurs qui abandonnent sans aucun profit les animaux qu'ils perdent par maladie ou accidents.
Je terminerai ces observations en faisant remarquer qu'on ne doit pas chercher à utiliser les animaux qui ont succombé atteints du charbon.
Cette maladie contagieuse s'annonce chez le cheval par une petite grosseur dure qui se développe tantôt à la cuisse, tantôt sur la langue ou sur le palais. Cette tumeur a la forme d'une cloche ou vessie noire; elle donne bientôt naissance à des ulcères rongeurs.
Le charbon apparaît chez le mouton entre les cuisses, sous le ventre, au cou et aux mamelles.
Chez le porc la tumeur se développe sur le cou. La partie sur laquelle elle s'est développée présente des poils blancs sur les animaux à robe noire et des poils noirs sur les porcs qui ont une robe blanche.
Suivant l'article 13 de la loi du 22 septembre 1793, tous les animaux morts de maladie épidémique doivent être enfouis dans la journée à 1™,50 de profondeur, dans un endroit éloigné de 50 mètres au moins des habitations.