CHAPITRE- I
UTIÈRES.
Pailles. — Feuilles. — Fougère. — Tourbe. — Bruyère. — Roseaux. — Genêts. — Tan. — Sciure de bois. — Mousse. — Terre engazonnée. — Sable et terre.
Sous le nom de litière on désigne l'excipient que l'on étend sous les animaux, sur l'aire des écuries, des étables ou des bergeries, pour qu'ils puissent se coucher plus convenablement, plus mollement, plus sèchement.
La litière est aussi destinée à absorber une portion notable des déjections, et à augmenter, si elle possède elle-même des principes fertilisants, la masse des matières agissantes. On comprend , dès lors , combien doivent être grandes les propriétés absorbantes et fertilisantes des matières qui servent de litière, afin qu'elles s'emparent d'une notable partie des urines, des déjections, et qu'elles augmentent l'énergie des fumiers qu'elles concourent à former.
Une litière ne doit être ni trop faible ni trop abondante. En général , la qualité du fumier est en raison inverse de l'abondance des matières absorbantes et en raison directe des matières excrémentitielles.
f ° Pailles. — La paille est la substance que l'on emploie
le plus ordinairement pour litière. Son tissu est spongieux, et elle se remplit assez aisément des parties liquides appartenant aux déjections. Toutefois toutes les pailles n'ont pas la même constitution chimique , et toutes ne possèdent pas les mêmes propriétés physiques.
A. Paille de froment. — Cette paille est assez flexible, molle, et se mêle bien aux déjections solides un peu fluides. Dans la pratique, on lui accorde la préférence sur la paille de seigle.
B. Paille de seigle, — Cette paille est assez dure; elle résiste plus facilement à Taction de Tair et de Teau que la paille de froment.
C. Paille d*avoine. — Cette paille est molle, très-absorbante, plus spongieuse même que celle de froment ; elle est peu employée comme liiière.
K. Paille dorge. — La paille d'orge est beaucoup plus dure que celle d'avoine et de froment; son tissu est aussi moins spongieux; en pratique, on la regarde comme une litière supérieure à celle que forme la paille de seigle.
P. PaUle de sarrasin. — Cette paille, est très-molle, trèsflexible, mais son tissu n'est pas très-spongieux; aussi estelle inférieure, sous ce rapport, aux pailles de froment et d'avoine. Cette litière ne peut être étendue que dans les étables et les bouveries; elle n'est pas assez absorbante pour servir avec avantage d'excipient dans les écuries et même les bergeries.
G. Paille de fèves. — Cette paille est très-dure , très-peu absorbante, à moins qu'elle ne séjourne assez longtemps sous les pieds des bêtes à cornes. Cette litière n'est pas employée urdinairement dans les écuries et les bergeries.
H. Paille de colza. —Cette paille est grossière, dure, et son tissu est peu spongieux. Nonobstant elle constitue une
excellente litière si elle séjourne un pou de temps dans les vacheries ou bouveries. On ne l'emploie pas comme litière dans les écuries et les bergeries, parce qu'elle se tasse avec lenteur, qu'elle forme un couchage trop volumineux, trop dur, et qu'elle se mêle mal avec les crottins.
Cette paille est riche en sels alcalins.
On peut aussi employer comme litière les tiges sèches de navette, de camdine, de pavot-œillette. Ces pailles sont aussi absorbantes que les tiges du colza. .
J. Composition. — Il n'est pas sans intérêt de connaître la composition des pailles que l'on emploie comme litière. Voici le résultat des analyses faites par M. Boussingault :
Froment. Seigle. Avoine. Orge.
Ligneux 28,90 32,40 30,00 34,40
Sels divers 5,10 3,00 3,60 4,00
Amidon, sucre, etc. 35,90 43,00 38,40 43,80
Albumine, etc 1,90 1,50 1,90 1,90
Matières grasses 2,20 1,50 5,10 1,70
Eau 26,00 18,60 21,00 14,20
Azote 0,30 0,24 0,30 0,30
l^ paille de sarrasin contient.
— de colza —
— d'œillette -
— de maïs —
— de fèves —
Eau. Sel». Azote.
Ces dernières pailles sont plus riches que les premières en sels alcalins et en acide phosphorique.
«" Feuilles. — Dans les contrées pauvres, dans les années où les pailles sont peu abondantes , les feuilles des essences forestières sont souvent employées comme litière. Toutefois, comme elles résistent longtemps à la décomposition, à cause du tanin qu'elles renferment, il est utile de les laisser séjourner plus longtemps sous les animaux, dans les étables
OU dans les fosses à fumier. Ces litières absorbent difGcilement les liquides, mais elles sont plus azotées que les pailles.
A. Feuilles de chêne. — Les feuilles de chêne sont les plus mauvaises de toutes, à cause de leur grande acidité. Nonobstant , lorsqu'elles séjournent longtemps dans les étables ou au sein d'une masse de fumier en contact avec des matières animales riches en sels alcalins, elles^ se bonifient trèsfavorablement , et peuvent être considérées comme un trèsbon surrogat de la paille.
B. Feuilles de hêtre, châtaignier et noyer. — Les feuilles du hêtre, du noyer et du châtaignier paraissent être encore plus mauvaises, plus nuisibles à la végétation que celles du chêne. Toutefois, comme elles se décomposent plus promptement, elles se boniûent plus facilement.
C. Feuilles de peuplier, d'acacia et de saule. — Les feuilles de ces essences se décomposent plus facilement, plus promptement que celles du chêne, du châtaignier, etc., mais elles augmentent très-peu le volume des déjections. Il faut les répandre en plus grande quantité que les autres sous les pieds des animaux pour qu'elles soient véritablement utiles.
D. Feuilles d'essences résineuses. — Les aiguilles des pins et des sapins peuvent aussi être employées comme litière. Toutefois, comme ces parties entrent très-difQcilement en fermentation, parce qu'elles absorbent mal les urines, il leur faut un plus long séjour dans les fosses ou sur. les platesformes pour arriver à un état satisfaisant de décomposition. Thaër a reconnu que lorsque la décomposition des aiguilles a eu lieu, le fumier, loin de le céder en rien à celui qui a été fait avec de la paille, a sur celui-ci des avantages, parce que les feuilles des essences résineuses contiennent beaucoup plus de parties fertilisantes que la paille.
E. Composition. — MM. Boussingault et Payen ont analysé
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quelques feuilles tombées en automne. Voici les résultats qu'ils ont constatés :
Baa. Azote.
Feuilles de chêne 25,00 p. 100 1,18 p. 100
— de peuplier .. . 15,10 — 0,54 —
— dehôtre 39,30 — 1,18 —
— d'acacia.. 53,60 — 0,72 —
F. Récolte des feuilles. ^ Dans les localités où les héritages sont divisés et entourés de haies vives et de grands arbres, on ramasse avec soin en automne les feuilles qui couvrent la terre, pour les employer comme litière ou les déposer sur les chemins ou dans les endroits parcourus par les animaux. Quelquefois encore on les enlève des prairies naturelles pendant rhiver ou les premiers jours du printemps, pour les faire servir au même usage. Cette récolte a lieu sans grandes dépenses, et constitue une opération économique, puisqu'elle accroît les moyens de fertilisation.
Mais doit-on enlever les feuilles des bois et des forêts, et les faire servir à l'augmentation de la fertilité des terres arables? Si l'on considère le préjudice que cet enlèvement cause à la production du bois, on reconnaîtra que cet acte est crime de lèse-forêt. C'est que ces organes foliacés, après avoir été détachés, c'est-à-dire après leur mort, ne trouvent pas de repos; ils subissent des décompositions, des combinaisons, leurs éléments deviennent impérissables et concourent par la suite à la création de nouveaux arbres. Ce n'est donc réellement, ainsi que l'observe avec raison Schwerz, que là où les feuilles sont le jouet des vents, où il peut les chasser dans les chemins creux, les ravins, les vallées, où elles ne tombent pas au profit du taillis, de la forêt même, qu'on peut sans inconvénients lui enlever ces dépouilles perdues pour elle, afin d'empêcher qu'elles ne soient perdues aussi pour l'agriculture.
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Pabst, de Darnlstadt, a fait quelques expériences sur la quantité de litière que fournissent les forêts à divers âges, dans différentes conditions. Voici les résultats qu'il a con-
l*" La quantité de feuilles que fournissent par hectare, et tous les 8 ou 10 ans, les arbres à feuilles caduques, varie entre 3500 et 5500 kilog.
2« Le produit en feuilles des arbres conifères varie par hectare tous les 12 à 15 ans entre 6500 et 7800 kilog.
Les faits qu'il a observés démontrent : !•* que la production en feuilles dans les forêts est considérable; 2"" que ces feuilles se décomposent au bout de 10 à 15 ans; S^'que le terreau qui existe sur le sol atteste qu'elles sont utiles, après leur mort, à l'existence des essences; 4» qu'on ne doit renouveler l'enlèvement des feuilles dans les forêts que tous les 15 ans au moins, pour ne pas diminuer sensiblement la quantité de bois que le soi doit produire pendant une période d'années déterminée; 5" que l'enlèvement annuel des feuilles devient, pour une forêt ou un taillis, une servitude trèsonéreuse.
Les feuilles ne sont employées comme litière que dans les étables et les bouveries.
3" Fougère. — La fougère n'est* une bonne litière que quand elle a*été coupée verte en juillet ou août; recueillie sèche, elle se divise facilement, mais elle se décompose avec une très-grande lenteur. 11 faut donc la faucher lorsqu'elle est encore en végétation, la laisser sur le sol jusqu'à ce qu'elle soit presque sèche , et la recueillir ensuite pour la conserver en meule. Cette litière est très-riche en parties alcalines. Th. de Saussure a reconnu que plus la fougère est jeune, plus elle fournit de potasse. Lorsque cette plante a été bien saturée d'urine et mêlée à des déjections solides, elle
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augmente sensiblement Ténergie de Tengrais qu'elle concourt à former.
D'après M. Malaguti, la fougère desséchée contient de 1,88 à 1,96 pour cent d'azote.
4« Tourbe. — La tourbe est très-absorbante quand on l'emploie sèche et à l'état poudreux. II est vrai qu'elle est acide, mais cette acidité, quoique aussi forte que celle qui caractérise les feuilles de chêne, de châtaignier, et qui les rend inertes à l'état naturel, s'anéantit assez promptement par la fermentation , lorsque cette substance est en contact avec des principes alcalins et des déjections animales. Meadowbank estime qu'une partie de fumier est suffisante pour rendre trois à quatre parties de tourbe propres à être employées comme engrais.
On peut, dans le but de hâter sa décomposition, la mêler, après qu'elle a servi de litière, à une certaine quantité de chaux. Thaër et Einhoff ont reconnu que la tourbe, qui est presque totalement insoluble dans l'eau, se dissout complètement, à rexception de quelques fibres ligneuses, si on la mélange avec de la chaux vive.
La tourbe sèche peut être utilement employée comme litière dans les poulaillers.
5" Bruyère. — Cette plante offre de grandes ressources dans les localités où elle croît naturellement, où elle couvre de grandes étendues de terre, où la pénurie de fourrages secs ou verts oblige le cultivateur à faire consommer une partie de la paille qu'il récolte.
Cette litière ligneuse se décompose lentement, et il est utile, néceî*saire même, qu'elle reste longtemps dans les établesou au milieu de tas de fumiers souvent arrosés. Celle qui a séjourné pendant plusieurs semaines, et même pendant plusieurs mois, dans les étables, sous les pieds des bêtes à
cornesy celle qui a été bien imprégnée d'urine, recouverte de déjections solides, mais humides, possède la propriété de persis^r pendant plus longtemps au sein de la couche arable que les pailles, et de fournir aux plantes, lorsqu'elles sont abondamment chargées de déjections animales, une nourriture plus soutenue, plus égale.
C'est cet avantage bien connu des cultivateurs de la région de l'Ouest, qui les engage à recueillir chaque année avec soin les bruyères qui ont végété sur le sol qu'ils exploitent ou sur les landes. 'Malheureusement ces litières ne jouissent pas toujours de propriétés fertilisantes aussi prononcées. Lorsqu'elles ont été mêlées à des ajoncs avant d'être placées sous les animaux, ou lorsqu'elles ont été alliées, après leur sortie des étables et leur mise en tas, aux végétaux ligneux qui avaient été dépos'és sur les chemins et dans les cours, et qu'aucun arrosement ne leur est donné pendant les grandes chaleurs de l'été, elles deviennent sèches, fermentent mal, se décomposent difficilement, se dépouillent trèslentement des parties astringentes qu'elles contiennent, et forment dès lors des fumiers ayant une faible action fertilisante.
Toutes choses égales, d'ailleurs, la bruyère n'est une trèsbonne litière que si elle a été fauchée encore jeune, si elle est alliée à des déjections molles, fluides, et si on lui donne pendant l'été l'humidité dont elle a besoin pour se décomposer.
Ordinairement on ne l'emploie que dans les vacheries, les bouveries et les porcheries.
B" Roseaux. — Dans les contrées humides et marécageuses, où il existe des étangs et des marais, on emploie comme litière les plantes aquatiques. Lorsqu'on utilise de pareils surrogats, il faut les recueillir avant qu'ils soient
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complètement sçcs ; alors ces plantes, et particulièrement les roseaux, forment une litière très-absorbante. Les roseaux récoltés encore verts et séchés ensuite sont poreux, flexibles et se décomposent très- facilement. Il n'en est pas ainsi lorsqu'on les récofte très-tardivement , je veux dire lorsqu'ils sont secs : ils absorbent plus difQcilement les parties liquides et se décomposent avec lenteur, à moins qu'on ne les laisse pendant très-lontemps dans les fosses à fumier.
MM. Boussingault et Payen ont reconnu que les roseaux (Arundo phragmites) contenaient 20 pour 100 d'eau et 0,75 d'azote.
T Gesèts. — Le genêt est regardé en Vendée comme une excellente litière. Toutefois, comme il absorbe très-difQcilement les urines, qu'il se décompose lentement, il faut séparer les fortes tiges des pieds faibles. Ces derniers sont seuls employés comme litière dans les étables, où ils séjournent pendant plusieurs mois ; les gros pieds, les tiges dures sont étendus dans les chemins ou sur les lieux parcourus par les animaux et les véhicules, pour qu'ils y soient piétines, brisés et imbibés par les pluies.
C'est seulement lorsque les genêts, encore verts, sont restés longtemps sous les pieds des bœufs ou des vaches, qu'ils sont considérés comme de véritables matières fertilisantes, et qu'ils augmentent très-avantageusement la masse du fumier.
Le genêt contient pour 100 : eau, 10,4; azote, 1,22; il est très-riche en potasse.
8" Tassée.— On emploie peu la tannée comme litière, parce que, malgré ses propriétés absorbantes, ses fibres se décomposent très-lentement ; on sait d'ailleurs que l'acidité qu'elle possède disparaît difficilement, si elle ne reste pas en contact pendant plusieurs mois avec des matières animales, de la
dÔO ENGRAIS VÉGÉTAUX- ANIMAUX.
chaux vive ou des urines. Nonobstant, une iBxploitation qui qui n'a pas une quantité suffisante de paille, qui ne peut se procurer d'autres litières que qcs fragments d'écorces lessivés si riches en tanin, peut les utiliser pour absorber les urines et augmenter ainsi la masse de ses matières fertilisantes. Lorsqu'on peut agir ainsi, on couvre l'aire de la bergerie ou de rétable d'une couche de tannée, puis on répand de la chaux, ou de la marne, ou des cendres, et ensuite de la tannée et une légère couche de paille. C'est sur un tel excipient que résident les animaux. Chaque jour, lorsque les be- ' soins Texigent, on ajoute un peu de paille.
Lorsque la tannée reste dans cet état pendant plusieurs semaines, il se forme des tannâtes alcalins solubles et insolubles, de potasse, de soude, d'ammoniaque et de chaux. Alors elle s'altère sensiblement et devient assez promptement une bonne matière fertilisante.
9" ficinre de boi«. — La sciure sèche de bois de chêne ou de sapin est une substance très-absorbante. On l'emploie comme litière en Suisse et en Hollande. A cause de l'acidité qui la caractérise, on doit la laisser en tas avec les matières animales pendant un temps assez long, c'est-à-dire jusqu'à ce que, par la fermentation, elle ait perdu ses propriétés astringentes. Cette litière, qui se décompose plus dif- (îcilement que les feuilles, peut être jetée avec avantage, lorsqu'elle est enlevée des étables, dans les fosses contenant des urines.
D'après MM. Boussingault et Payen, la sciure de bois de ciiêne contient, à l'état normal, 26 pour 100 d'eau et 0,54 d'azote; celle de bois de sapin renferme 24,0 d*eau et 0,31 d'azote; celle de bois d'acacia contient 25,0 d'eau et 0,29 d'azote.
fO'' Mousse. — La mousse peut être aussi employée
comme litière. On sait qu'elle est commune, abondante, dans les contrées humides, dans les lieux ombragés. Cette litière est plus absorbante que les feuilles, et elle se décompose plus promptement. Il faut, autant que possible, ne Tutiliser comme excipient que lorsqu'elle est presque sèche. Arrivée à cet état, ses propriétés absorbantes sont considérables, et elle se décompose facilement.
La mousse est regardée, dans les lieux où elle est employée en litière, comme aussi fertilisante que les pailles.
«««^ Terre engazonnée. — Dans plusieurs contrées, en France et en Allemagne, on place sur Taire des établés et des bergeries une couche de gazon, dans le but de recueillir les urines , les parties fluides des déjections qui ne sont pas retenues par les litières sur lesquelles reposent les animaux. Ces gazons ne doivent être employés que secs, parce que leurs propriétés absorbantes sont alors plus considérables.
Dans le département du Morbihan , l'usage des gazons comme litière est très-réj>andu, et le système cullural que l'on y a adopté repose en partie sur les avantages qu'on retire de Yétrépage des landes. Par cette opération , on enlève au sol et la bruyère et les débris organiques qui existent à la superficie de la terre, pour les conduire, après qu'ils ont été modifiés par l'action des substances animales, sur les terres' labourables, où ils favorisent la production des céréales d'une manière très-remarquable , au détriment de la fécondité des terres de bruyères.
Quoi qu'il en soit, des gazons enlevés sur le bord des routes, des chemins, sur les chaintres ou fourrières des ciiamps, et placés sur l'aire des étables comme parties absorbantes, peuvent concourir eflicacement à la fertilisation des terres arables, puisqu'ils absorbent les liquides qui s'inliltrent dans le sol lorsque la surface des bâtiments n'est
pas pavée ou recouverte d'une couche de béton ou de ciment.
f ft"" Sable et terre. — Le sable, ainsi que la terre légère, est souvent employé comme litière dans les contrées où le fumier séjourne sous les animaux dans les étables ou les bergeries pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Ces parties se chargent, comme les gazons, des urines, des parties fluides des déjections. Toutefois, comme les parties terreuses s'imbibent d'autant mieux des urines qu'elles sont plus divisées, on devra choisir des sables très-meubles, des terres soit calcaires, soit siliceuses ou faiblement argileuses. Les terres très-cômpacles sont de mauvais récipients : elles se divisent mal et ont une trop grande pesanteur.
Lorsqu'on veut employer dans une bergerie des terres calcaires ou argilo-siliceuses sèches comme litière, on doit en répandre chaque jour une certaine quantité sous les animaux et appliquer ensuite une légère quantité de paille, de feuilles, de mousse. Ces substances ont cet immense avantage, qu'elles assurent au bétail un couchage plus favorable, plus sec, et qu'elles ne permettent pas à la terre d'adhérer au corps des animaux ou de souiller la laine'des moulons; en outre, le fumier qui résulte d'un tel arrangement est moins compacte, et il se divise et fermente plus aisément.
Les leries argilo-siliceuses, argilo-calcaires , sont trèsabsorbantes, retiennent facilement les miasmes, l'odeur des urines et des déjections, et par conséquent les principes ammoniacaux, et elles concourent très-avantageusement à rendre les habitations plus saines, plus hygiéniques pour les animaux.
Soit qu'on emploie du sable, soit qu'on applique sur l'aire de rétable de la terre , on ne doit en répandre que sur les parties où les animaux déposent leurs déjections. Dans les
bergeries où les bêtes à laine vivent en liberté , la surface entière de l'aire doit en être recouverte.
Alb. Block a employé pendant plusieurs années la terre comme excipient des déjections des animaux, et il en a obtenu d'excellents résultats.
Voici les quantités qu'il appliquait:
Par jour. Par mois.
10 bêtes à laine 0,018 6 , 666
1 bête à cornes 0,055 20,369
Ainsi que l'observe ce célèbre expérimentateur, il y a bien peu d'établissements ruraux où Ton ne puisse «se procurer la terre nécessaire et la plus propre à servir de litière aux bestiaux, et accroître par ce moyen la quantité des engrais et les améliorer. Le creusement des foss.és dans les champs, les prairies, le long des chemins ruraux, le curage des mares, des abreuvoirs, etc., sont autant d'occasions qu'il faut saisir pour se procurer cette terre utile à ce service. La marne est aussi employée depuis longtemps comme • litière dans plusieurs localités. Cette substance a été regardée par plusieurs agriculteurs comme un mauvais récipient, parce qu'elle laisserait dégager le sous-carbonate d'ammoniaque des déjections. Le même reproche a été fait aux terres calcaires. Ces objections ont été combattues par plusieurs praticiens, et elles ont conduit M. Payen à faire diverses séries d'expériences. Il résulte des faits constatés par ce savant chimiste :
l^" Que la chaux conserve à l'air, et pendant six jours, la plus grande partie des matières azotées des urines, et presque la totalité, plus même que l'argile, lorsque les mélanges sont en couches épaisses ;
464 ENGRAIS VÉGÉfAUX-A^aMAUX.
2<> Que la craie sèche conserve aussi les principes azotés de l'urine, mais avec moins d'énergie que la chaux ;
S*' Que la craie humide hâte la décomposition et la déperdition des mêmes substances, comparativement avec la chaux et Targile;
4« Que la craie mêlée à Targile dans la proportion de 10 pour 100, est aussi efficace que l'argile pure.
Ces remarques permettent de dire que les agriculteurs qui manquent de pallie exécutent une chose utile eu mêlant aux litières qu'ils emploient, des terres sècliss argilo-calcaires et argilo-siliceuses, ou des marnes et de la craie.
La terre ou la marne qu'on veut employer comme litière doit être extraite pendant l'été et conservée sous des hangars à l'abri de la pluie. Ces substances ne sont absorbantes que lorsqu'on les emploie privées pour ainsi dire d'humidité.
Dans le sud-ouest de la France on remplace souvent la paille-litière par du sable sec.