CHAPITRE II
F«Biier«.
Anglais.'— Dung. iîuw«.— Nawos.
Allemand. -— Duiioei*. Espagnol. — Rstiercol.
Hollandais. — Meslspecien . Portugais. — Bslerco.
Danois. -— Mog. Italim. — Lectame.
Définition. — Variétés. — Composition. — Quantité produite annuellement par les animaux. -— Méthodes pour supputer cette quantité. — Récolle des divers fumieri. — fitat sous lequel ils doivent être employés. — Conservation dans les fosses, sur les plates- formes et dans les é:ablcs. — Traitement des fumiers. — Abris à levjr donner. — Fermentation. — Quantité qu'il faut appliquer par hf^ctare. — Transports des fumiers. — Disposition dans lei champs. — Ëpandage. — Enfouissemeal. «- Fumures en couverture. — Bibliographie.
Déflniiioii. — Les fumiers se distinguent les uns des autres à Tétat naturel, par leur aspect, leurs propriétés physiques et les éléments et les matières qui les composent. Ainsi, le fumier de cheval ne ressemble pas au fumier de porc, et celui de vache ou de bœuf est tout à fait différent de Tengrais qu'on recueille dans^ les bergeries. Il faut reconnaître, d*un autre côté, que ces divers fumiers s'éloignent aussi les uns des autres suivant le degré de décomposition auquel ils sont arrivés.
On donne le nom de fumier frais au fumier qui sort des étables et qu'on emploie aussitôt, c'est-à-dire avant qu'il ait fermenté.
Le fumier qu'on a conservé longtemps en tas sur une plate-forme ou dans une fosse, et qui a éprouvé une décomposition très-apparente, est connu sous les noms de fumier gras y fumier consommé , fumier décomposé , fumier beurre noir.
Le fumier frais offre ordinairement beaucoup de volume ; II 30
son action est aussi plus longue, plus durable que celle des fumiers décomposés; on lui donne ordinairement le nom de fumier long.
Le fumier décomposé a perdu une grande partie de ses principes volatils fertilisants; si son action est instantanée, elle est de faible durée. On le désigne communément sous le nom de fumier court.
Les fumiers arrivés à un état avancé de décomposition sont beaucoup plus lourds, plus pesants que les fumiers qu'on sort des étables ou des écuries.
On appelle fumier froid le fumier qui se décompose lentement, comme les fumiers de bétes bovines et de porcs.
Le fumier chaud entre promptement en fermentation; il est produit par les chevaux et les bétes à laine.
Variétés. — A. Fumier de cheval. — Le fumier de cheval est le plus actif, le plus chaud, le plus léger de tous les fumiers. On sait que les chevaux sont ordinairement nourris de substances sèches, de foins, de grains, riches en principes azotés.
Ce fumier s'échauflfe promptement et perd beaucoup de ses propriétés fertilisantes lorsqu'il prend le blanc^ lorsqu'il se dessèche. Il est donc utile de le disposer en tas réguliers, ou de le placer dans une fosse, et de lui fournir par larrosement l'humidité qui lui manque, et qui lui est nécessaire pour conserver ses propriétés actives. Mais il ne suffit pas d'entretenir dans la masse, ainsi que le fait observer M. Boussingault, une quantité d'eau suffisante pour modérer la température, il faut aussi prévenir, par un tassement convenable, Taccès de l'air, afin de ne pas détruire une portion considérable des principes qu'il est indispensable de conserver.
M. Puvis a recoimu que, pour obtenir du fumier des che-
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vaux des résultats aussi favorables que les effets produits par les fumiers à demi consommés des bétes à cornes, il est nécessaire de lui donner plus d'humidité qu'il n'en peut recevoir par l'intermédiaire des urines. Si on ne l'arrose pas, ajoute-t-il, ou que les pluies ne lui fournissent pas un surplus d'humidité, il se dessèche et perd de sou poids et de sa qualité, tandis qu'en l'arrosant, il produit une quantité de fumier à demi consommé, de qualité meilleure et au moins égale en poids au fumier produit par les vaches. Schwerz, qui a constaté les mêmes faits et suivi le même procédé pratique, a remarqué que ce fumier ne veut pas seulement être tenu très-humide, mais mouillé.
Le fumier de cheval est appliqué le plus ordinairement, quand on l'obtient en grande masse, sur les terres compactes, les sols argileux, les terrains froids et humides; ses effels ne sont pas toujours très-favorables sur les sols légers, les terres très-perméables, à moins qu'on ne l'y conduise consommé.
B. Fumier de bêtes à contes^ — Le fumier qui provient des vaches et des bœufs est moins énergique que le fumier des chevaux, mais il est bien plus durable. Il est aussi beaucoup plus aqueux, et les excréments qui le composent se lient ordinairement très-bien avec toutes les litières, à cause de leur étal fluide, de leur grande humidité. La nourriture toutefois exerce une influence très-grande sur ses propriétés fertilisantes. Ainsi, les bœufs à l'engrais produisent des fumiers meilleurs lorsque leiir engraissement a lieu avec des grains que quand ils sont nourris avec des betteraves ou des résidus de féculerie; les bœufs de travail, qui consomment des aliments secs et très-azotés, donnent un fumier plus riche, plus fertilisant que le fumier produit par les vaches auxquelles on donne le plus ordinairement des aliments humi-
des. Cette différence se conçoit aisément, dit M. Boussingaull. les principes azotés de la nourriture sont distraits des sécrétions pour concourir au développement du fœtus, à la production du lait; par la même raison, les déjections des jeunes animaux, toutes circonstances égales d'ailleurs, procurent un engrais moins riche que celui qui dérive d'animaux adultes.
Le fumier des bétes à cornes n'exhale aucune odeur d'ammoniaque et développe beaucoup moins de chaleur par la fermentation que le fumier de cheval; il ne contient aucun alcali et ne sèche pas comme ce dernier engrais. On lui donne ordinairement le nom de fumier froid.
On applique de préférence le fumier de vache et de bœuf sur les terres siliceuses, légères, perméables, chaudes, sur les terrains calcaires, qui absorbent très-promptement les engrais, et qui manquent toujours d'humidité et de consistance. Ses effets, dans les terres argileuses, les sols humides, sont toujours moins durables que dans les terres sablonneuses; la raison de ce fait, c'est qu'il se décompose très-promptement dans cesdernières terres, surtout lorsqu'on l'applique à un état de décomposition avancée. Étant peu actif, il occasionne bien rarement la verse des céréales si on l'applique en quantité modérée.
C. Fumier de moutans. — Le fumier des bêtes à laine est moins chaud que le fumier de cheval, mais il est aussi actif, et son action est plus prolongée et aussi durable que celle du fumier des bétes à cornes.
Le fumier de mouton séjourne ordinairement pendant plusieurs semaioes et même plusieurs mois dans les bergeries. Si par ce long séjour il gagne en qualité parce que, indépendamment des urines, les litières absorbent aussi le suint il se présente, lorsqu'on le sort des bâtiments, avec
des propriétés physiques peu favorables. Ainsi, fortement tassé comme il Test sans cesse par les pieds des animaux, il se présente sous forme de grandes plaques d'une division assez difficile et qui rendent son épandage peu facile quand il est conduit directement sur les terres où il doit manifester ses effets. Ce fait s'explique aisément : les n)outons urinent moins qoe les autres ar)imaux, leurs crottins, qui sont généralement durs et qui sont peu humides, fermentent trèslentement. C'est pourquoi on applique avec succès le fumier qu'ils produisent sur les sols argileux, les terres compactes et tourbeuses, les terrains calcaires.
Tjorsqu'on récolte annuellement le fumier desbétes à laine en faible quantité, il est préférable, au lieu de l'appliquer seul, de le mêler aux autres fumiers ; par ses propriétés physiques et son énergie, il corrige les défauts que possèdent ces engrais, et il accroît leurs qualités fertilisantes.
D. Fumier de porcs. — Ce fumier, que Ton regarde encore, en France et en Allemagne, comme peu favorable à la vie des plantes, est considéré, en Angleterre, comme un engrais aussi utile que les fumiers d'étable, quoiqu'il soit froid et lent à se décomposer.
Si, en France, le fumier des porcs est moins fertilisant et moins actif que le fumier des bêtes à cornes, c'est que ces animaux ne reçoivent pour ainsi dire que des substances végétales, c'est qu'ils ne consomment pas, comme en Angleterre, une forte quantité de semences farineuses ou de tourteaux. On ne doit pas oublier que les porcs ont une digestion facile, qu'ils s'assimilent presque tous les principes actifs des aliments qu'on leur administre ordinairement en petite quantité et presque toujours liquides, qu'ils exigent beaucoup de litière et doivent évidemment produire un fumier d'une faible activité et toujours très-humide dans les exploitations
OÙ leur économie est mal comprise. Ces faits expliquent pourquoi le fumier qui provient de porcs à l'engrais auxquels on donne des aliments en quantité suffisante et toujours trèsriches en matières alibiles, est beaucoup plus fertilisant que le fumier produit par les porcs médiocrement nourris.
Quoi qu'il en soit, mélangé au fumier de cheval, conservé en tas et arrosé avec du purin pendant quelque temps, il change complètement d'état et d'aspect; ainsi, il devient moins pailleux, moins froid, moins humide, plus lourd et plus fertilisant.
Le fumier de porcs qu'on a recueilli dans des loges où les urines ne séjournent pas, où elles ne peuvent communiquer à la litière leur âcreté, peut être employé avec succès sur les sols calcaires ou silicieux.
E. Fumier de lapins. — Le fumier provenant de lapins soumis en domesticité, est aussi actif, aussi chaud que le fumier de moutons. Cet engrais ne contient pas plus d'humidité que le fumier des bêtes à laine, et il se présente aussi, à la sortie des bâtiments, sous forme de plaques. On l'emploie avec succès sur les terres argileuses ou argilo-calcaires, à cause de l'énergie de ses effets.
P. Fumier mixte ou noi^mal. — Les fumiers de bêtes à cornes, de chevaux, de moutons et de porcs, dans là plupart des exploitations, sont conduits sur des plates-formes ou dans des fosses, oii ils fermentent ensemble, où ils subissent un commencement de décomposition. Lorsque par suite de la fermentation ce fumier a été transformé en une masse uniforme un peu grasse, état qui ne permet pas très-aisément de distinguer tel fumier de tel autre, on le considère comme fumier fait, fumier fabriqué ou fumier à demi consommé.
Ce fumier mixte a été appelé par Wulfen fumier normaL
Les fumiers de vaches, de chevaux, etc., composés d'ex-
créments et de feuilles ou de bruyères, ou auxquels on aurait ajouté des curures de cours, des débris de végétaux, etc., ne peuvent être considérés comme engrais type, parce qu'ils n'ont ni l'aspect, ni les propriétés fertilisantis du fumier normal qui ne contient que des pailles et des déjections.
Composition. — Il n*est pas inutile de connaître la composition du fumier normal M. Boussingault a analysé celui de la ferme de Bechelbronn. Les animaux qui ont concouru à la production de ce fumier étaient 30 chevaux, 30 bêtes bovines e.t 1 2 à 20 porcs. Cet engrais était arrivé à un étal moyen de décomposition ; il contenait :
Eau 79,30
Matières organiques 14 ,20
— minérales 6 ,50
Richardson a obtenu en analysant un fumier mixte fabriqué en Angleterre :
Eau 65 ,00
Matières organiques 24,70
— minérales 10 ,30
Voici les détails de l'analyse faite par M. Boussingault :
Matières organiques 14,20
Acide pbosphorique 0,20
— sulfurique a 0,13
Chlore 0 ,04
Potasse et soude 0,52
Chaux 0,57
Magnésie 0 ,24
Oxyde de fer et manganèse. 0,40
Silice , sable et argile 4 ,40
" Eau 79,30
1000 kilog. conten lient donc :
Équivalent d'ammoniaque 4*" ,98
Acide pbosphorique 2 ,00
M. Soubeiran a analysé le fumier de Grignon; il'a trouvé qu'il était composé comme suit :
Matières organiques 19,20
Sels alcalins solubles 0 ,70
Carbonate de chaux et magnésie 1 ,50
Sulfate de chaux 1,10
Phosphate de chaux 0 ,40
— ammoniaco-magnésieo 1,10
Matières terreuses 6,60
Eau 69,40
100, 00 Soit :
Eau ' 69',40
Matières organiques 19/20
— minérales 11,40
Ce fumier a donné à M. Boussingault 0,72 pour 100 d'azote. Celte richesse a pour cause les soins incessants que Ton donne, à Grignon, aux fumiers.
M. de Gasparin a choisi pour fumier type le fumier d'une auberge. De tous les fumiers, observe-t-il avec raison, celui qui est le plus uniformément préparé est le fumier des auberges de rouliers qui, d'un bout de la France à l'autre, donnent la même nourriture à leurs chevaux ; c'est ce qu'on appelle /*orc^ma/r^. C'est cet engrais accumulé depuis un mois et en fermentation, mais tenu assez humide pour ne pas passer au blanc, que M. de Gs^parin a soumis à l'analyse. Il contenait 60,58 pour 100 d'eau, 0,79 d'azote, et il pesait 660 kilog. par mètre cube. Bien tassé sur la voiture qui l'a transporté, la même quantité avait un poids de 820 kilog. Ainsi cet engrais est aussi fertilisant que le fumier de Grignon.
Toutes choses égales d'ailleurs, le fumier que produisent, dans les fermes, les animaux domestiques ayant une bonne litière, peut être considéré comme fumier type. Le fumier
des auberges est un engrais accidentel, et l'agriculture, c'està-dire la pratique, n*est pas toujours à, même de profiter de la supériorité qu'il possède sur les fumiers ordinaires, parce qu'il est produit en faible quantité.
J'admets donr, avec MM. Boussingault, de Gasparin et Payen, que le fumier normal oj fumier type doit contenir à l'état normal environ ou en moyenne 0,40 pour 100 d'azote.
Poids dn mètre enbe. — La quantité d'humidité que contiennent les fumiers ainsi que leur tassement plus ou moins considérable dans les fosses et sur les plates-formes, exerce une grande influence sur leur densitt^.
Voici, d'après M. Boussingault, la composition des divers fumiers frais :
Fumifr frais. Cheval.
Matières organiques ... 29 ,247
Acide phosphorique. .. . 0,232
* — - sulfurique 0,078
Chlore 0,074
Potasse 0,674
Soude 0,047
Chaux 0 ,530
Magnésie 0 ,257
Silice 1,367
Oxyde de fer 0,040
Eau 67,454 81.869 61,648 72,872
Vache.
Moulon.
?orc.
1000 kilog. contiennent :
Équivalent d'ammoniaque 8*"', 14 , 4**', 14 10"', 00 9*", .54 Acide phosphorique 2 ,32 1 ,29 2 ,03 2 ,07
Ces analyses permettent de classer les fumiers dans l'ordre suivant : l*» fumier de mouton; 2* fumier de cheval; 3« fumier de porc; 4° fumier de vache.
De là il résulte que le fumier est plus ou moins pesant
selon son état de d(îcomposjtion. Voici le poids qu'il pèse, le mètre cube :
Fumient. Pailloux. Fuits. Décomposés.
Cheval 350à400kU. 450à500kil. 600à6o0kil.
Bêtes à cornes. . 500 à 600 — 650 à 750 — 800 à 900 —
Bêles à laine. . . 400 à 450 — 550 à 600 — 650 à 700 —
Le fumier noi^mal ou fumier type bien fait pèse de 700 à 800 kilog. le mètre cube.
Quantité de ftanler prodnite par les anlmanx. — Quelle
est la quantité de fumier produite dans le cours d*une année pour chaque tête de bétail? Cette production n'est pas toujours constante: elle varie suivant : 1" la taille et la force des animaux; 2'' la quantité d'aliments qu'ils consomment, la plus ou moins grande proportion d'humidité que renferment les fourrages; 3° la quantité de litière qui leur est accordée et la force plus ou moins absorbante des excipients; 4» enfin , selon la disposition qu'offre l'aire de l'écurie, de la vacherie ou de la bergerie.
Voici les résultats que la pratique a permis de constater :